Cornelius Van Til

Cornelius Van Til (1895–1987)

Cor­ne­lius Van Til [wiki]

Cor­ne­lius Van Til est un théo­lo­gien cal­vi­niste ortho­doxe né à Groo­te­gast, aux Pays-Bas le 3 mai 1895 et mort le 17 avril 1987. Cor­ne­lius Van Til a ensei­gné au sémi­naire de théo­lo­gie de Prin­ce­ton – où il a été influen­cé par Ben­ja­min B. War­field et Gee­rhar­dus Vos – avant de deve­nir, en 1929, pro­fes­seur au sémi­naire de théo­lo­gie de West­mins­ter où il est res­té jus­qu’à sa mort. Auteur pro­li­fique et apo­lo­gète cal­vi­niste, il s’est fait connaître par ses cri­tiques à l’en­contre de la théo­lo­gie dia­lec­tique, du catho­li­cisme romain et de l”« évan­gé­lisme armi­nien » répan­du dans le monde anglo-saxon.

Wiki­pe­dia (article assez com­plet)

Voir de cet auteur :

L’apologétique chré­tienne est cer­tai­ne­ment l’un des pre­miers livres de Van Til à lire pour se fami­lia­ri­ser avec son approche réfor­mée et biblique du sujet et de ses impli­ca­tions. Il nous encou­rage à adop­ter une apo­lo­gé­tique enra­ci­née dans la véri­té de l’Écriture et déployée dans une vision glo­bale du monde. La méthode spé­ci­fique de Van Til per­met d’appliquer la théo­lo­gie réfor­mée dans sa plé­ni­tude. Elle se veut radi­ca­le­ment cen­trée sur un point de contact biblique essen­tiel entre les croyants et les non-croyants. C’est la pré­sence du Dieu révé­lé dans les Écri­tures : un Dieu tri­ni­taire qui se suf­fit à lui-même, qui parle et qui est l’autorité ultime dans tous les domaines de la vie humaine.

En pré­sen­tant les rai­sons qu’il a de croire en Dieu l’auteur invite le lec­teur à être lucide sur ses a prio­ri fon­da­men­taux. Une saine argu­men­ta­tion apo­lo­gé­tique.

Articles sur Cornelius Van Til :


Joël R. Beeke, « Cor­ne­lius Van Til, le gar­dien d’une nou­velle apo­lo­gé­tique », Revue Réfor­mée, nº 196, 1997 [article repro­duit ci-des­sous]

Van Til a gar­dé bon nombre des prin­cipes théo­lo­giques d’Abraham Kuy­per, tels que la posi­tion cen­trale de la sou­ve­rai­ne­té abso­lue de Dieu sur toute la créa­tion, sur le cœur de l’homme (volon­té, intel­li­gence, sen­ti­ments) consi­dé­ré comme le centre de son exis­tence, de sa vie et de sa rela­tion à Dieu, ce qui conduit à la convic­tion que toute la vie est reli­gieuse : diri­gée soit vers Dieu, soit contre Dieu.

Le nom de Cor­né­lius Van Til est insé­pa­rable de l’apologétique réfor­mée confes­sante. Pour rendre jus­tice à l’importante pen­sée de Van Til et à son œuvre en géné­ral, nous pro­po­sons un bref som­maire de la vie de ce défen­seur de la foi et de sa métho­do­lo­gie apo­lo­gé­tique.

Cor­né­lius (Kees) Van Til est né il y a plus de cent ans (le 3 mai 1895) à Groot­gast, dans la pro­vince de Gro­nin­gen, aux Pays-Bas. Il est le sixième fils d’une famille pieuse, très atta­chée à la Bible ; famille cha­leu­reuse et cal­vi­niste, adhé­rant aux trois formes d’unité (La Confes­sion de Foi des Pays-Bas, Le Caté­chisme de Hei­del­bergLes Canons de Dor­drecht), qui ont une influence for­ma­trice sur le jeune Kees, en par­ti­cu­lier sur sa com­pré­hen­sion de l’Écriture sainte.

En 1905, la famille Van Til émigre à High­land dans l’Indiana (Etats-Unis), pour exploi­ter une ferme, dans une région plus pros­père que le nord de la Hol­lande. Elle s’intègre de façon active dans une Église chré­tienne réfor­mée.

Dès l’adolescence, le jeune Van Til éprouve for­te­ment l’appel de Dieu à son ser­vice. Peu après son arri­vée en Amé­rique, il entre au Cal­vin Col­lege à Grand Rapids, où il se plonge dans l’étude des trai­tés de phi­lo­so­phie de Socrate, Pla­ton, Aris­tote, Kant, Hegel et Scho­pen­hauer. Après son bac, il s’inscrit à l’Université de Prin­ce­ton pour cinq ans d’études et, en 1922, il va au Sémi­naire de Prin­ce­ton (Prin­ce­ton Theo­lo­gi­cal Semi­na­ry), qui était encore un haut lieu du cal­vi­nisme, où il obtient sa Maî­trise en théo­lo­gie. En 1927, il y reçoit le grade de Doc­teur. Sa thèse de doc­to­rat est inti­tu­lée Dieu et l’Absolu. Pen­dant ses années à Prin­ce­ton, Van Til étu­die sous la direc­tion d’un nombre impres­sion­nant de pen­seurs réfor­més ortho­doxes.

Les années 1920 ont été un temps de crise pour le Sémi­naire réfor­mé de Prin­ce­ton. La foi réfor­mée régu­lière ensei­gnée par Archi­bald Alexen­der, Charles et A.A. Hodge et Ben­ja­min B. War­field est contes­tée et déni­grée de façon crois­sante par le moder­nisme, intro­duit par de nou­veaux pro­fes­seurs de plus en plus libé­raux.

Après un bref minis­tère pas­to­ral dans l’Église Spring Lake, à Mus­ke­jon, Michi­gan (1927–1928), Van Til enseigne l’apologétique pen­dant une année à Prin­ce­ton ; il y est, ensuite, élu pro­fes­seur d’apologétique, mais l’assemblée géné­rale ne le confirme pas à ce poste, sous pré­texte de réor­ga­ni­sa­tion.

Van Til est retour­né à Spring Lake, bien déter­mi­né à refu­ser tout ensei­gne­ment à Prin­ce­ton et même au West­mins­ter Semi­na­ry récem­ment fon­dé, dont le but est de pour­suivre l’œuvre magni­fique de l’ancien Prin­ce­ton, sous la conduite du très com­pé­tent Gre­sham Machen. Néan­moins, la visite de Machen et du pro­fes­seur O.T. Allis déter­mine Van Til, ain­si que R.B. Kui­per, à entrer au ser­vice de ce sémi­naire. Depuis l’ouverture du West­mins­ter Semi­na­ry, en 1929, jusqu’à ce qu’il en devienne pro­fes­seur émé­rite en 1975, à l’,ge de 80 ans, Van Til enseigne l’apologétique réfor­mée et les cours connexes, selon une pers­pec­tive biblique, en confor­mi­té avec les textes sym­bo­liques de la théo­lo­gie réfor­mée.

Sa forte pen­sée apo­lo­gé­tique, avec la phi­lo­so­phie et la théo­lo­gie réfor­mées, a exer­cé une influence crois­sante, non seule­ment sur de nom­breux diplô­més du Sémi­naire de West­mins­ter, mais aus­si sur des évan­gé­liques conser­va­teurs dans le monde entier. Aujourd’hui, son point de vue conti­nue de se déve­lop­per dans la réflexion et l’action de ses nom­breux élèves ; il consti­tue un élé­ment cen­tral pour les théo­lo­giens et apo­lo­gètes réfor­més.

Van Til a écrit plus de 30 livres au cours de sa car­rière pro­fes­so­rale, aux­quels il faut ajou­ter ses poly­co­piés, qui ont lar­ge­ment cir­cu­lé (même en France). Pas­sé 80 ans, Van Til demeure sur le même front, sui­vant les déve­lop­pe­ments de l’apologétique réfor­mée et contri­buant à sa dif­fu­sion. Sa mort, en 1987, au bel âge de 92 ans, marque la fin d’une époque au West­mins­ter Theo­lo­gi­cal Semi­na­ry.

La théo­lo­gie de Van Til a tou­jours été, sans aucune équi­voque, réfor­mée confes­sante, dans ses prin­cipes et dans sa pra­tique. Sa pre­mière source est Jean Cal­vin, dont les écrits ont été la manne spi­ri­tuelle qui a nour­ri sa pen­sée et mode­lé sa vie : pour Van Til, Cal­vin est tou­jours res­té le pre­mier théo­lo­gien.

Sa deuxième source for­ma­trice est le Caté­chisme de Hei­del­berg, com­men­té par ses pré­dé­ces­seurs réfor­més des Pays-Bas, ain­si que les Textes de West­mins­ter étu­diés à Prin­ce­ton. Tels sont les fon­de­ments de la théo­lo­gie de Van Til. En 1936, il quitte l’Église chré­tienne réfor­mée pour rejoindre la nou­velle Union d’Eglises pres­by­té­riennes (Ortho­dox Pres­by­te­rian Church) en cours de for­ma­tion, dont il est membre le reste de sa vie.

La troi­sième source à laquelle Van Til est rede­vable est celle des théo­lo­giens hol­lan­dais : Abra­ham Kuy­per (1837–1920) et Her­man Bavinck (1854–1921). Si Van Til rejette la pré­somp­tion de régé­né­ra­tion par le bap­tême, il garde un bon nombre des prin­cipes théo­lo­giques de Kuy­per, tels que la posi­tion cen­trale de la sou­ve­rai­ne­té abso­lue de Dieu sur toute la créa­tion, sur le cœur de l’homme (volon­té, intel­li­gence, sen­ti­ments), consi­dé­ré comme le centre de son exis­tence, de sa vie, et de sa rela­tion à Dieu, ce qui conduit à la convic­tion que toute la vie est reli­gieuse : diri­gée soit vers Dieu, soit contre Dieu. Il recon­naît aus­si la néces­si­té d’une phi­lo­so­phie chré­tienne sou­cieuse du point de vue biblique sur tous les sujets, selon l’ordre de la créa­tion. Le fonc­tion­ne­ment de cet ordre créa­tion­nel a été affec­té de façon incom­men­su­rable par la Chute, mais l’ordre ori­gi­nel sera res­tau­ré par le Christ.

Van Til a revu et cor­ri­gé Kuy­per et Bavinck et, ce fai­sant, il a pré­cieu­se­ment gar­dé la thèse de la Réforme : le chris­tia­nisme expo­sé et ensei­gné dans la Bible est la révé­la­tion du seul vrai Dieu ; c’est la seule vraie reli­gion. Le cal­vi­nisme en est l’expression la plus claire et la plus sub­stan­tielle, aus­si bien dans son conte­nu que dans le mode de vie et la repré­sen­ta­tion du monde qu’il pro­pose ; Van Til a sou­te­nu cela tout au long de sa vie.

En phi­lo­so­phie, les prin­cipes cal­vi­nistes de Kuy­per ont eu un impact majeur sur l’école connue sous le nom de phi­lo­so­phie d’Amsterdam ou phi­lo­so­phie cal­vi­niste. Cette phi­lo­so­phie a éga­le­ment influen­cé Van Til, plus par­ti­cu­liè­re­ment dans ses pre­mières années de pro­fes­so­rat au West­mins­ter Theo­lo­gi­cal Semi­na­ry.

La phi­lo­so­phie cal­vi­niste a été déve­lop­pée dans les écrits et les cours de Her­man Dooye­weerd (1894–1977) et dans ceux de son beau-frère, Dirk Vol­len­ho­ven (1891–1978). Ils ont été nom­més, en 1926, le pre­mier à la chaire de droit et le second à la chaire de phi­lo­so­phie de l’Université libre d’Amsterdam. Dooye­weerd a mon­tré que quatre motifs de base ont fonc­tion­né au cours de l’histoire :

  • le dua­lisme forme-matière de la phi­lo­so­phie grecque ;
  • la syn­thèse nature-grâce de la phi­lo­so­phie médié­vale ;
  • le dua­lisme nature-liber­té de la phi­lo­so­phie moderne ;
  • le vrai motif de base chré­tien, fon­dé sur le motif biblique Créa­tion-Chute-Rédemp­tion par le Christ-Jésus, dans la com­mu­nion du Saint-Esprit.

Pour Dooye­weerd, seul ce der­nier motif peut fonc­tion­ner dans une phi­lo­so­phie chré­tienne. Aus­si est-ce dans cette direc­tion qu’il a cher­ché à construire son sys­tème phi­lo­so­phique, qui est connu sous le nom de phi­lo­so­phie de l’idée de loi, ou idée cos­mo­no­mique, d’après son œuvre majeure, De Wij­be­geerte der Wet­si­dee.

Cepen­dant, dans la der­nière décen­nie de sa vie, Van Til devient très cri­tique sur plu­sieurs aspects de cette phi­lo­so­phie, mal­gré la dette qu’il a envers elle. Par exemple, il cri­tique Dooye­weerd pour s’être éloi­gné de la posi­tion radi­cale de la phi­lo­so­phie chré­tienne et cal­vi­niste, en adop­tant une approche qui per­met com­plai­sance et com­pro­mis, et au mini­mum, sym­pa­thie envers la pen­sée non chré­tienne, qui est en géné­ral anti­chré­tienne.

Néan­moins, des points saillants de la pen­sée de Kuy­per ont direc­te­ment influen­cé Dooye­weerd, Vol­len­ho­ven et Van Til dans une mesure plus ou moins grande. Entre autres, on trouve les pro­po­si­tions sui­vantes :

  • Pour fonc­tion­ner cor­rec­te­ment, les sciences dépendent de consi­dé­ra­tions phi­lo­so­phiques et de prin­cipes sous-jacents.
  • Pour atteindre la tota­li­té de sens dans les acquis scien­ti­fiques, un point de départ phi­lo­so­phique est néces­saire : l’action créa­trice de Dieu.
  • La phi­lo­so­phie non chré­tienne ne peut avoir aucune trans­cen­dance, elle demeure essen­tiel­le­ment à l’intérieur du cos­mos, dans un monde clos.
  • La foi et la pen­sée opèrent tou­jours en allant soit sur une bonne voie, qui conduit à la véri­té, soit dans une fausse direc­tion, qui conduit à l’erreur.
  • La logique ne doit pas être sur­es­ti­mée au sein de la pen­sée et de la réflexion phi­lo­so­phique.

Par­tant de là, Van Til déve­loppe une nou­velle apo­lo­gé­tique dans laquelle il défend l’ancienne véri­té. Bien qu’il ait été, par excel­lence, un pré­di­ca­teur de la Parole, Van Til s’est fait connaître pre­miè­re­ment par son œuvre pion­nière dans le champ apo­lo­gé­tique. Il a été appe­lé, à juste titre, « le gar­dien d’une nou­velle apo­lo­gé­tique ».

L’apologétique est défi­nie comme la branche de la théo­lo­gie qui s’occupe de l’histoire et des efforts à faire pour éta­blir une défense effec­tive de la foi chré­tienne contre toutes les attaques venant de l’extérieur. L’apologétique est une argu­men­ta­tion sys­té­ma­tique pour défendre l’origine divine et, par suite, la vraie auto­ri­té de la foi chré­tienne. Van Til lui-même l’a défi­nie comme la reven­di­ca­tion de la phi­lo­so­phie chré­tienne de la vie, contre les nom­breuses formes de phi­lo­so­phies non chré­tiennes de la vie, celles qui sont sans Créa­teur.

Le terme apo­lo­gé­tique est déri­vé de la racine grecque signi­fiant défendrerépondredon­ner une réponsese défendre soi-même selon la loi. Au temps des Apôtres, l’apologie était une défense sys­té­ma­tique, selon le droit, devant une cour de jus­tice (2 Tm 4:16). Le verbe grec apo­lo­geo­mai se trouve dix fois dans le Nou­veau Tes­ta­ment, et le nom apo­lo­gia huit fois. Dans presque tous les cas, le pre­mier sens est défense. Tel est, d’ailleurs, le titre de l’œuvre majeure de Van Til : The Defense of the Faith (La défense de la foi), qui offre le meilleur résu­mé de sa pen­sée.

L’idée de cer­tains chré­tiens, bien inten­tion­nés, selon laquelle évan­gé­li­ser et défendre leur foi devant un monde hos­tile n’a rien d’obligatoire, est sans aucun sup­port biblique. De plus, il est évident que Jésus a défen­du son titre de Mes­sie (Mt 22) et l’apôtre Paul son apos­to­lat (Ga 1–2 ; 1 Co 9 ; Ac 22–26); et que l’admonition de l’apôtre Pierre implique clai­re­ment que la foi chré­tienne doit être défen­due de façon ration­nelle (1 P 3:15).

Ain­si, le man­dat de Dieu, selon l’Écriture sainte, est clair : la foi chré­tienne doit être défen­due ; l’apologétique a pour tâche de le faire, de façon claire, signi­fi­ca­tive et pres­sante. Mais la méthode à adop­ter est tou­jours l’objet de débats intenses. Trois écoles dif­fé­rentes au moins offrent une réponse au com­ment des apo­lo­gistes.

A) L’approche présuppositionnelle

Le « moto », la devise, de l’école pré­sup­po­si­tion­nelle est Cre­do ut intel­li­gam (je crois, donc je com­prends). Cette approche pré­sup­pose la révé­la­tion sur­na­tu­relle de la Parole de Dieu, la Bible, seul fon­de­ment pour l’entreprise théo­lo­gique tout entière. R. Rey­mond la décrit suc­cinc­te­ment ain­si :

  • la foi en Dieu pré­cède la com­pré­hen­sion de tout ce qui existe (Hé 11 : 3);
  • l’élucidation du sys­tème de véri­té vient après la foi ;
  • l’expérience reli­gieuse doit être ancrée sur la Parole objec­tive de Dieu, et sur l’œuvre objec­tive du Christ ;
  • un acte par­ti­cu­lier de régé­né­ra­tion effec­tué par le Saint-Esprit est indis­pen­sable pour que la foi chré­tienne naisse.

Cette école est repré­sen­tée par Augus­tin et les augus­ti­niens, les réfor­més confes­sants, dont Van Til.

Van Til a déve­lop­pé le pré­sup­po­si­tion­na­lisme sur la voie réfor­mée, bien au-delà de tout ce qui avait été fait avant lui. Il a construit l’apologétique pré­sup­po­si­tion­nelle sur deux affir­ma­tions fon­da­men­tales :

i) la dis­tinc­tion Créa­teur-créa­ture, qui implique que les êtres humains recon­naissent pre­miè­re­ment l’Éternel Dieu tri­ni­taire, et son œuvre créa­trice, dans toutes leurs façons de pen­ser ;

ii) la réa­li­té qui montre le refus de cette dis­tinc­tion fon­da­men­tale par les incroyants dans tous les aspects de la vie et de la pen­sée.

Cela dit, il insiste sur le fait que toute pen­sée est ana­lo­gique et doit être plei­ne­ment consciente qu’elle est dépen­dante de la réa­li­té de la créa­tion par Dieu, qui s’est révé­lé dans l’Écriture, avec toute son auto­ri­té sou­ve­raine. Van Til s’oppose à l’autonomie, c’est-à-dire à la ten­ta­tive de pen­ser et de vivre avec d’autres cri­tères de véri­té que ceux de la Parole de Dieu.

B) L’école évidentialiste

Cette école a pour fon­de­ment l’évidence, qui se vou­drait objec­tive et qui peut être défi­nie par la devise Intel­li­go et cre­do (je com­prends donc je crois). La métho­do­lo­gie de l’évidence sou­ligne une cer­taine forme de théo­lo­gie natu­relle, qui serait la base de l’apologétique. R. Rey­mond la résume ain­si :

i) la rai­son humaine a l’aptitude suf­fi­sante pour atteindre, par elle-même, la véri­té dans sa recherche de la connais­sance reli­gieuse ;

ii) par un effort de com­pré­hen­sion des faits empi­riques et/ou his­to­riques véri­fiables, cha­cun peut arri­ver à la foi :

iii) les faits reli­gieux doivent faire l’objet de véri­fi­ca­tions ana­logues – en réa­li­té des démons­tra­tions – à celles que subissent les acquis scien­ti­fiques.

La tra­di­tion tho­miste catho­lique romaine, cer­tains réfor­més (inco­hé­rents) et les armi­niens sont dans de ce groupe.

Van Til a accom­pli un véri­table tra­vail pion­nier en expo­sant le carac­tère fal­la­cieux de cette métho­do­lo­gie. Il a mon­tré qu’elle néglige ou ignore tota­le­ment les effets radi­caux de la chute d’Adam, le péché ori­gi­nel ; pour elle, la rai­son n’a été qu’affaiblie et ne serait pas deve­nue impo­tente. Van Til a mon­tré l’erreur de deux évi­den­cia­listes des plus connus : Tho­mas d’Aquin, le théo­lo­gien catho­lique du Moyen Age, et l’évêque angli­can But­ler au XVIIIe siècle. Tho­mas d’Aquin a cher­ché un ter­rain com­mun (point de contact) entre la reli­gion chré­tienne et la phi­lo­so­phie grecque, affir­mant que l’existence de Dieu révé­lée dans l’Écriture peut être démon­trée par la rai­son. Son but était de faire la syn­thèse entre la pen­sée natu­relle et la révé­la­tion sur­na­tu­relle, entre la pen­sée chré­tienne et la pen­sée païenne, entre Augus­tin et Aris­tote.

Van Til montre que l’approche tho­miste part de l’homme sépa­ré de Dieu par le péché, et pré­tend le conduire à la véri­té sur­na­tu­relle, ce qui est la néga­tion com­plète de toute la struc­ture biblique : de cette façon, il n’y a plus de sys­tème de véri­té révé­lée. De la même façon, Van Til expose le carac­tère fal­la­cieux de l’œuvre de l’évêque But­ler Ana­lo­gy of Reli­gion (1736), qui ramène la véri­té chré­tienne au niveau d’une « simple pro­ba­bi­li­té ».

C) La méthode expérimentale

La méthode apo­lo­gé­tique appe­lée expé­ri­men­tale, ou métho­do­lo­gie sub­jec­tive. Sa devise, ou « moto », est Cre­do quia absur­dum est (je crois, sinon c’est absurde). Pour l’expérimentalisme, l’expérience reli­gieuse inté­rieure est le fon­de­ment de toute théo­lo­gie. Cette tra­di­tion, à laquelle appar­tient le bar­thisme, accen­tue le carac­tère para­doxal de l’enseignement chré­tien, et affirme que la véri­té chré­tienne ne per­met pas une ana­lyse rai­son­nable ; elle sou­ligne le Tout Autre, la trans­cen­dance cachée de Dieu, au dépend de sa révé­la­tion concrète et objec­tive, en véri­té, dans la Bible.

Van Til a éga­le­ment beau­coup écrit pour mettre en évi­dence le carac­tère dubi­ta­tif de la théo­lo­gie de K. Barth. Les bar­thiens, comme beau­coup d’autres, consi­dèrent l’expérience comme indé­pen­dante ou supé­rieure au carac­tère objec­tif de la Bible qui, pour­tant, éta­blit seule la Véri­té révé­lée par Dieu.

* * *

Van Til a joué un rôle majeur en fai­sant res­sor­tir les dérives des méthodes, ou des façons de pen­ser, exis­tant chez des non-réfor­més, comme aus­si chez des réfor­més – en par­ti­cu­lier dans l’apologétique de l’ancien Prin­ce­ton, telle que l’avait sou­te­nue War­field. Il a aus­si détec­té des points faibles chez Kuy­per et chez Bavinck. Van Til a construit avec talent une apo­lo­gé­tique réfor­mée entiè­re­ment cohé­rente et en accord avec la Bible. Son œuvre a contri­bué à pur­ger la théo­lo­gie réfor­mée des infil­tra­tions de l’apologétique néo-évan­gé­lique. Il a aus­si don­né un fon­de­ment réfor­mé à l’ontologie, à l’épistémologie et à l’éthique chré­tienne.

Nous avons donc encore beau­coup à apprendre de Van Til[2].


* Cet article a été publié dans le Chal­ce­don Report, 358 (mai 1986). La tra­duc­tion et l’adaptation sont de M. André Coste. Joël Beeke est pas­teur à Grand Rapids, dans le Michi­gan (États-Unis).

1 Citons Gee­rhar­dus Vos, Cas­par W. Hodge, William P. Arm­strong, Robert D. Wil­son, Oswald T. Allis, W.P. Green et J. Gre­sham Machen.

2 Voir l’article de J. Frame, « Van Til, le théo­lo­gien », La Revue réfor­mée 42 (1991:1), 7–42.


Publié

dans

par

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.