Galilée

8 janvier 1642 : Décès du savant italien Galilée

Sur le sujet voir en par­ti­cu­lier, pour une approche apo­lo­gé­tique et théo­lo­gique : Pierre Mar­cel, « Cal­vin & Coper­nic la légende ou les faits ? – La science et l’as­tro­no­mie chez Cal­vin », La Revue Réfor­mée, nº 121, 1980/1.

Biographie [wiki]

Gali­lée (en ita­lien : Gali­leo Gali­lei), né à Pise le 15 février 1564 et mort à Arce­tri près de Flo­rence le 8 jan­vier 1642, est un mathé­ma­ti­cien, géo­mètre, phy­si­cien et astro­nome ita­lien du xviie siècle.

Galilée

Por­trait de Gali­lée par Gius­to Sus­ter­mans en 1636.

Par­mi ses réa­li­sa­tions tech­niques, il a per­fec­tion­né et exploi­té la lunette astro­no­mique, per­fec­tion­ne­ment de la décou­verte hol­lan­daise d’une lunette d’ap­proche, pour pro­cé­der à des obser­va­tions rapides et pré­coces qui ont bou­le­ver­sé les fon­de­ments de l’astro­no­mie. Cet homme de sciences s’est ain­si posé en défen­seur de l’ap­proche modé­li­sa­trice coper­ni­cienne de l’Uni­vers, pro­po­sant d’a­dop­ter l’hélio­cen­trisme et les mou­ve­ments satel­li­taires. Ses obser­va­tions et géné­ra­li­sa­tions se sont alors heur­tées aux cri­tiques des phi­lo­sophes par­ti­sans d’Aris­tote (pro­po­sant un géo­cen­trisme stable, une clas­si­fi­ca­tion des corps et des êtres, un ordre immuable des élé­ments et une évo­lu­tion réglée des sub­stances et des scien­ti­fiques atta­chés au modèle de Pto­lé­mée), ain­si qu’à une par­tie des théo­lo­giens de l’É­glise catho­lique romaine et des Églises pro­tes­tantes. Gali­lée, qui ne dis­po­sait pas de preuves directes du mou­ve­ment ter­restre, a par­fois oublié la pru­dence qui lui était prô­née par ses pro­tec­teurs reli­gieux.

Dans son opus sur les comètes de 1623, il se fait le par­ti­san de « l’é­cri­ture mathé­ma­tique du livre de l’U­ni­vers ». Si Gali­lée n’a pas contri­bué à faire pro­gres­ser l’al­gèbre, il a tout de même pro­duit des tra­vaux inédits et remar­quables sur les suites, sur cer­taines courbes géo­mé­triques et sur la prise en compte des infi­ni­ment petits.

Par ses études et ses nom­breuses expé­riences, par­fois uni­que­ment de pen­sée, sur l’é­qui­libre et le mou­ve­ment des corps solides, notam­ment leur chute, leur trans­la­tion rec­ti­ligne, leur iner­tie, ain­si que par la géné­ra­li­sa­tion des mesures, en par­ti­cu­lier du temps par l’iso­chro­nisme du pen­dule, et la résis­tance des maté­riaux, ce cher­cheur a posé les bases de la méca­nique avec la ciné­ma­tique et la dyna­mique. Il est consi­dé­ré depuis 1680 comme le fon­da­teur de la phy­sique, qui s’est impo­sée comme la pre­mière des sciences exactes modernes.

Galilée face à l'Inquisition.

Gali­lée face au tri­bu­nal de l’Inqui­si­tion romaine, par Cris­tia­no Ban­ti, 1857.

Le Dialogue et la condamnation de 1633

Dans les années 1620, après la cen­sure de ses thèses, Gali­lée passe un mois à Rome où il est reçu plu­sieurs fois par le pape Urbain VIII qui a pour lui une grande ami­tié. Il lui expose le plan de l’é­tude com­man­di­tée par celui-ci Dia­logue sur les deux grands sys­tèmes du monde, ouvrage devant pré­sen­ter de façon neutre les avan­tages comme les incon­vé­nients du sys­tème de Pto­lé­mée et du sys­tème de Coper­nic. En effet, le pape qui appré­cie Gali­lée ne veut pas qu’il fasse figu­rer des argu­ments peu convain­cants notam­ment à pro­pos de sa théo­rie sur les marées, conseil dont Gali­lée ne tien­dra pas compte.

Jus­qu’en 1631, Gali­lée consacre son temps à l’é­cri­ture du Dia­lo­go qui sera le triomphe de ses idées et à ten­ter de les faire admettre par la cen­sure. L’ou­vrage est ache­vé d’im­pri­mer en février 1632. Les yeux de Gali­lée com­mencent à le tra­hir en mars et avril.

Le 22 juin 1633, au couvent domi­ni­cain de San­ta-Maria, la sen­tence est ren­due :

« Il est paru à Flo­rence un livre inti­tu­lé Dia­logue des deux sys­tèmes du monde de Pto­lé­mée et de Coper­nic dans lequel tu défends l’o­pi­nion de Coper­nic. Par sen­tence, nous décla­rons que toi, Gali­lée, t’es ren­du fort sus­pect d’hé­ré­sie, pour avoir tenu cette fausse doc­trine du mou­ve­ment de la Terre et repos du Soleil. Consé­quem­ment, avec un cœur sin­cère, il faut que tu abjures et mau­disses devant nous ces erreurs et ces héré­sies contraires à l’Église. Et afin que ta grande faute ne demeure impu­nie, nous ordon­nons que ce Dia­logue soit inter­dit par édit public, et que tu sois empri­son­né dans les pri­sons du Saint-office. »

Sen­tence du Saint-office, 22 juin 1633.

Il pro­nonce éga­le­ment la for­mule d’abju­ra­tion que le Saint-office avait pré­pa­rée :

« Moi, Gali­leo, fils de feu Vin­cen­zo Gali­lei de Flo­rence, âgé de soixante-dix ans, ici tra­duit pour y être jugé, age­nouillé devant les très émi­nents et révé­rés car­di­naux inqui­si­teurs géné­raux contre toute héré­sie dans la chré­tien­té, ayant devant les yeux et tou­chant de ma main les Saints Évan­giles, jure que j’ai tou­jours tenu pour vrai, et tiens encore pour vrai, et avec l’aide de Dieu tien­drai pour vrai dans le futur, tout ce que la Sainte Église catho­lique et apos­to­lique affirme, pré­sente et enseigne. Cepen­dant, alors que j’a­vais été condam­né par injonc­tion du Saint-office d’a­ban­don­ner com­plè­te­ment la croyance fausse que le Soleil est au centre du monde et ne se déplace pas, et que la Terre n’est pas au centre du monde et se déplace, et de ne pas défendre ni ensei­gner cette doc­trine erro­née de quelque manière que ce soit, par oral ou par écrit ; et après avoir été aver­ti que cette doc­trine n’est pas conforme à ce que disent les Saintes Écri­tures, j’ai écrit et publié un livre dans lequel je traite de cette doc­trine condam­née et la pré­sente par des argu­ments très pres­sants, sans la réfu­ter en aucune manière ; ce pour quoi j’ai été tenu pour hau­te­ment sus­pect d’hé­ré­sie, pour avoir pro­fes­sé et cru que le Soleil est le centre du monde, et est sans mou­ve­ment, et que la Terre n’est pas le centre, et se meut. J’ab­jure et mau­dis d’un cœur sin­cère et d’une foi non feinte mes erreurs. »

Voir le texte com­plet : Texts from The Gali­leo Affair [archive] : A Docu­men­ta­ry His­to­ry, edi­ted and trans­la­ted by Mau­rice A. Finoc­chia­ro.

Le fameux apar­té attri­bué à Gali­lée E pur si muove ! (ou Eppur si muove – « Et pour­tant elle tourne ») est pro­ba­ble­ment apo­cryphe : cette rétrac­ta­tion l’au­rait en effet immé­dia­te­ment fait pas­ser pour relaps aux yeux de l’É­glise et aurait pu lui faire ris­quer le bûcher, voire perdre tout espoir de com­mu­ta­tion de sa peine.

La condam­na­tion de Gali­lée est immé­dia­te­ment com­muée par le Pape en rési­dence sur­veillée. Le scien­ti­fique n’est donc jamais allé en pri­son et conti­nue même à per­ce­voir les reve­nus de deux béné­fices ecclé­sias­tiques que le sou­ve­rain pon­tife lui a octroyés. La deuxième sanc­tion, la réci­ta­tion des psaumes de la péni­tence une fois par semaine pen­dant un an, sera effec­tuée par sa fille reli­gieuse car­mé­lite.

Postérité : de l’incompréhension des scientifiques au réexamen par l’Église

Le pro­cès de Gali­lée, spé­cia­le­ment pour sa pré­sen­ta­tion jugée non neutre de l’ou­vrage qui lui avait été com­man­dé, Dia­logue sur les deux grands sys­tèmes du monde (1633), a eu des retom­bées consi­dé­rables sur la méthode scien­ti­fique, tant la méthode expé­ri­men­tale que théo­rique, mais aus­si indi­rec­te­ment sur la phi­lo­so­phie et d’autres domaines de la pen­sée. En phi­lo­so­phie, on a vu ain­si appa­raître des cou­rants de pen­sée ratio­na­listes (Des­cartes) et empi­riques (voir Fran­cis Bacon et Robert Boyle).

En 1728, James Brad­ley fut le pre­mier à prou­ver scien­ti­fi­que­ment, par l’ex­pli­ca­tion qu’il don­na à « l’aber­ra­tion de la lumière », la rota­tion de la Terre autour du Soleil.

Le pape Benoît XIV auto­ri­sa les ouvrages sur l’hélio­cen­trisme dans la pre­mière moi­tié du xviiie siècle, et ceci en deux temps :

  • en 1741, devant la preuve optique de l’or­bi­ta­tion de la Terre faite par Brad­ley en 1728, il fit don­ner par le Saint-office l’im­pri­ma­tur à la pre­mière édi­tion des œuvres com­plètes de Gali­lée, avec cepen­dant l’a­jout du fait que le mou­ve­ment de la Terre est sup­po­sé. Ce geste consti­tua une révi­sion impli­cite des sen­tences de 1616 et 1633, même si celles-ci ne furent pas abro­gées ;
  • en 1757, les ouvrages favo­rables à l’hé­lio­cen­trisme furent à nou­veau auto­ri­sés, par un décret de la Congré­ga­tion de l’In­dex, qui reti­ra ces ouvrages du cata­logue des livres inter­dits.

Dans le Dis­cours pré­li­mi­naire de l’En­cy­clo­pé­died’A­lem­bert cri­tique sévè­re­ment l’Inqui­si­tion pour la condam­na­tion de Gali­lée :

« Un tri­bu­nal deve­nu puis­sant dans le midi de l’Eu­rope, dans les Indes, dans le Nou­veau Monde, mais que la foi n’or­donne point de croire, ni la cha­ri­té d’ap­prou­ver, ou plu­tôt que la reli­gion réprouve, quoique occu­pé par ses ministres, et dont la France n’a pu s’ac­cou­tu­mer encore à pro­non­cer le nom sans effroi, condam­na un célèbre astro­nome pour avoir sou­te­nu le mou­ve­ment de la terre, et le décla­ra héré­tique […]. C’est ain­si que l’a­bus de l’au­to­ri­té spi­ri­tuelle réunie à la tem­po­relle for­çait la rai­son au silence ; et peu s’en fal­lut qu’on ne défen­dît au genre humain de pen­ser. »

D’A­lem­bert, in Colette Le Lay, Jacques Gapaillard (dir.), Les articles d’astronomie dans l’Encyclopédie de Dide­rot et d’Alembert, mémoire de DEA d’histoire des sciences et des tech­niques, facul­té des Sciences et des tech­niques de Nantes Centre Fran­çois Viète, 1997, lire en ligne [archive], p. 21.

Dans l’ar­ticle « Astro­no­mie », l’Ency­clo­pé­die indique :

« Les opi­nions de Gali­lée lui atti­rèrent les cen­sures de l’in­qui­si­tion de Rome mais ces cen­sures n’ont pas empê­ché qu’on ne l’ait regar­dé comme un des plus grands génies qui ait paru depuis long­temps. »

Colette Le Lay, Jacques Gapaillard (dir.), Les articles d’astronomie dans l’Encyclopédie de Dide­rot et d’Alembert, mémoire de DEA d’histoire des sciences et des tech­niques, facul­té des Sciences et des tech­niques de Nantes Centre Fran­çois Viète, 1997, lire en ligne [archive], p. 13.

L’É­glise catho­lique a recon­nu lors du concile Vati­can II (1962–1965) que les inter­ven­tions de cer­tains chré­tiens dans le domaine scien­ti­fique étaient indues, en men­tion­nant Gali­lée.

En 1979 et en 1981, Jean-Paul II, récem­ment élu, charge une com­mis­sion d’é­tu­dier la contro­verse pto­lé­méo-coper­ni­cienne des xvie et xviie siècles et le pro­cès de Gali­lée, nom­mant le car­di­nal Paul Pou­pard à la tête de cette com­mis­sion. Il ne s’a­git pas d’é­ta­blir une réha­bi­li­ta­tion, le tri­bu­nal qui a condam­né Gali­lée n’exis­tant plus, et la mise à l’In­dex étant levée depuis le xviiie siècle. Celle-ci est d’ailleurs impli­cite après les auto­ri­sa­tions de l’é­di­tion des œuvres de Gali­lée don­nées par Benoît XIV en 1741 et en 1757.

Le 31 octobre 1992, Jean-Paul II recon­naît, lors de son dis­cours aux par­ti­ci­pants à la ses­sion plé­nière de l’Aca­dé­mie pon­ti­fi­cale des sciences, les erreurs de « la plu­part » des théo­lo­giens du xviie siècle dans l’af­faire :

« Ain­si la science nou­velle, avec ses méthodes et la liber­té de recherche qu’elle sup­pose, obli­geait les théo­lo­giens à s’in­ter­ro­ger sur leurs propres cri­tères d’in­ter­pré­ta­tion de l’É­cri­ture. La plu­part n’ont pas su le faire.

Para­doxa­le­ment, Gali­lée, croyant sin­cère, s’est mon­tré plus pers­pi­cace sur ce point que ses adver­saires théo­lo­giens. « Si l’é­cri­ture ne peut errer, écrit-il à Bene­det­to Cas­tel­li, cer­tains de ses inter­prètes et com­men­ta­teurs le peuvent, et de plu­sieurs façons ». On connaît aus­si sa Lettre à Chris­tine de Lor­raine (1615) qui est comme un petit trai­té d’her­mé­neu­tique biblique.

L’er­reur des théo­lo­giens d’a­lors, quand ils sou­te­naient la cen­tra­li­té de la terre, fut de pen­ser que notre connais­sance de la struc­ture du monde phy­sique était, d’une cer­taine manière, impo­sée par le sens lit­té­ral de l’É­cri­ture Sainte. »

Car­di­nal Paul Pou­pard, L’Af­faire Gali­lée, édi­tions de Paris, p. 125–126.

Jean-Paul II sou­ligne que le grand savant a eu une « intui­tion de phy­si­cien de génie » en com­pre­nant pour­quoi seul le Soleil pou­vait avoir fonc­tion de centre du monde, tel qu’il était alors connu, c’est-à-dire comme sys­tème pla­né­taire.

En jan­vier 2008, 67 pro­fes­seurs de l’uni­ver­si­té de Rome « La Sapien­za », sou­te­nus par des étu­diants, s’en prennent à Benoît XVI, au point que ce der­nier doit renon­cer à par­ti­ci­per à la céré­mo­nie d’i­nau­gu­ra­tion de l’an­née uni­ver­si­taire à laquelle il avait été convié. Ces pro­fes­seurs lui reprochent sa posi­tion sur l’af­faire Gali­lée telle qu’elle était appa­rue dans un dis­cours pro­non­cé par lui à Parme en 1990, dans lequel il s’ap­puie sur l’in­ter­pré­ta­tion du phi­lo­sophe des sciences Paul Feye­ra­bend jugeant la posi­tion de l’É­glise d’a­lors plus ration­nelle que celle de Gali­lée. Une mani­fes­ta­tion en sou­tien du pape réunit 100 000 fidèles sur la place Saint-Pierre le 20 jan­vier 2008.


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