Traductions françaises de la Bible

Traduire la Bible : pourquoi toutes les méthodes ne se valent pas

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Une éta­gère pré­sente plu­sieurs tra­duc­tions fran­çaises de la Bible ali­gnées côte à côte. L’image évoque la diver­si­té des tra­duc­tions humaines face à l’unique Parole de Dieu, appe­lant au dis­cer­ne­ment dans la trans­mis­sion fidèle de l’Écriture.


La mul­ti­pli­ca­tion des tra­duc­tions bibliques modernes pose une ques­tion rare­ment exa­mi­née : toutes les méthodes de tra­duc­tion se valent-elles ? Der­rière le débat tech­nique se cache en réa­li­té une ques­tion théo­lo­gique majeure. Si la Sainte Écri­ture est ins­pi­rée jusque dans ses paroles, alors la manière de la tra­duire devient un enjeu doc­tri­nal.

La théo­lo­gie réfor­mée confes­sante a tou­jours insis­té sur ce point. La Confes­sion de foi de West­mins­ter (1647), cha­pitre 1.8, affirme que les Écri­tures en hébreu et en grec sont « immé­dia­te­ment ins­pi­rées par Dieu » et consti­tuent la norme ultime de toute contro­verse doc­tri­nale. Les tra­duc­tions sont néces­saires pour que le peuple de Dieu puisse lire la Parole, mais elles doivent res­ter aus­si trans­pa­rentes que pos­sible au texte ori­gi­nal.

La ques­tion déci­sive : tra­duire ou inter­pré­ter

Toute tra­duc­tion implique une part d’interprétation. Les langues dif­fèrent, les struc­tures gram­ma­ti­cales ne se cor­res­pondent pas tou­jours, et un mot peut por­ter plu­sieurs nuances. La ques­tion n’est donc pas de savoir s’il y aura inter­pré­ta­tion, mais où elle doit appa­raître.

Dans la tra­di­tion réfor­mée clas­sique, la règle est simple : la tra­duc­tion doit res­ter fidèle au texte et l’interprétation doit être expli­quée dans les notes ou dans le com­men­taire.

Lorsque le tra­duc­teur résout dans le texte lui-même ce qui est débat­tu dans l’exégèse, il déplace sub­ti­le­ment l’autorité : le lec­teur ne ren­contre plus direc­te­ment le texte biblique, mais l’interprétation du tra­duc­teur.

Trois grandes méthodes de tra­duc­tion

Les spé­cia­listes dis­tinguent géné­ra­le­ment trois approches prin­ci­pales.

La pre­mière est l’équi­va­lence for­melle.
Elle cherche à repro­duire autant que pos­sible les mots, la struc­ture et les répé­ti­tions du texte ori­gi­nal. Les tra­duc­tions de type « essen­tial­ly lite­ral » (comme l’ESV ou cer­taines révi­sions de la Segond) relèvent de cette approche.

Son objec­tif est la trans­pa­rence au texte source : le lec­teur doit pou­voir voir, autant que la langue le per­met, la forme et la logique du texte ins­pi­ré.

La deuxième est l’équi­va­lence dyna­mique ou fonc­tion­nelle.
Cette méthode pri­vi­lé­gie la trans­mis­sion du « sens géné­ral » plu­tôt que la repro­duc­tion des mots et des struc­tures. Le tra­duc­teur refor­mule libre­ment pour pro­duire un texte plus fluide et immé­dia­te­ment com­pré­hen­sible.

La troi­sième est la para­phrase.
Ici, la tra­duc­tion devient une refor­mu­la­tion expli­ca­tive qui déve­loppe le texte pour le rendre plus acces­sible. La fron­tière entre tra­duc­tion et com­men­taire devient alors très mince.

Les forces de l’équivalence dyna­mique

Il serait injuste de nier les avan­tages de cette approche.

Les tra­duc­tions dyna­miques peuvent faci­li­ter l’accès à la Bible pour des lec­teurs peu fami­liers du lan­gage biblique. Elles peuvent être utiles pour l’évangélisation, pour les jeunes lec­teurs ou pour ceux qui découvrent la foi.

Dans cer­tains contextes mis­sion­naires, elles peuvent même consti­tuer un pre­mier contact pré­cieux avec le texte biblique.

Mais ces avan­tages ont un coût.

Les limites théo­lo­giques de cette méthode

Les cri­tiques for­mu­lées par plu­sieurs théo­lo­giens réfor­més contem­po­rains — notam­ment dans les milieux de l’Orthodox Pres­by­te­rian Church, de Ligo­nier Minis­tries ou de West­mins­ter Semi­na­ry — convergent sur plu­sieurs points.

Pre­miè­re­ment, l’équivalence dyna­mique tend à rem­pla­cer les mots de l’Écriture par les mots du tra­duc­teur. Le texte biblique dis­pa­raît alors der­rière une refor­mu­la­tion inter­pré­ta­tive.

Deuxiè­me­ment, elle efface sou­vent les ambi­guï­tés pré­sentes dans le texte ori­gi­nal. Or ces ambi­guï­tés font par­fois par­tie du mes­sage biblique lui-même. Les résoudre dans la tra­duc­tion revient à impo­ser une inter­pré­ta­tion par­ti­cu­lière.

Troi­siè­me­ment, elle détruit fré­quem­ment la concor­dance lexi­cale : un même mot grec ou hébreu peut être tra­duit par plu­sieurs expres­sions dif­fé­rentes. Le lec­teur ne per­çoit plus les liens internes de l’Écriture.

Enfin, cer­taines tra­duc­tions dyna­miques tendent à rem­pla­cer des termes théo­lo­giques pré­cis — jus­ti­fi­ca­tion, sanc­ti­fi­ca­tion, pro­pi­tia­tion, chair — par des para­phrases plus vagues ou plus contem­po­raines.

Une ques­tion de doc­trine de l’Écriture

Pour la théo­lo­gie réfor­mée, le pro­blème n’est donc pas sim­ple­ment lin­guis­tique.

Si l’on confesse l’ins­pi­ra­tion ver­bale de l’Écriture, alors les mots eux-mêmes comptent. Les répé­ti­tions, les struc­tures gram­ma­ti­cales, les nuances lexi­cales font par­tie de la révé­la­tion divine.

Dans cette pers­pec­tive, une méthode de tra­duc­tion qui cherche à res­ter au plus près du texte ori­gi­nal est pré­fé­rable à une méthode qui rem­place régu­liè­re­ment les for­mu­la­tions bibliques par une inter­pré­ta­tion sup­po­sée plus claire.

Comme l’écrit la pré­face de l’English Stan­dard Ver­sion, la tâche du tra­duc­teur est de trans­mettre « le libel­lé pré­cis du texte ins­pi­ré » autant que pos­sible.

Tra­duire avec humi­li­té

Le tra­duc­teur biblique doit faire preuve d’une grande modes­tie. Son rôle n’est pas d’améliorer l’Écriture ni de la rendre plus accep­table pour son époque. Il est de trans­mettre fidè­le­ment ce qui a été révé­lé.

Lorsque le texte est dif­fi­cile, la solu­tion n’est pas de l’adoucir, mais de l’expliquer.

L’interprétation appar­tient à l’exégèse, à la pré­di­ca­tion et au com­men­taire — non à la tra­duc­tion elle-même.

C’est pour­quoi, dans la tra­di­tion réfor­mée confes­sante, les tra­duc­tions pri­vi­lé­giées pour l’étude sont celles qui cherchent à res­ter le plus trans­pa­rentes pos­sible au texte ins­pi­ré.

Conclu­sion

Toutes les tra­duc­tions bibliques peuvent rendre ser­vice. Cer­taines faci­litent la lec­ture, d’autres éclairent des aspects du texte.

Mais toutes ne rem­plissent pas la même fonc­tion.

Si l’on prend au sérieux l’autorité et l’infaillibilité de la Sainte Écri­ture, la prio­ri­té doit être don­née aux tra­duc­tions qui cherchent à trans­mettre les paroles mêmes du texte biblique, plu­tôt qu’à les rem­pla­cer par l’interprétation du tra­duc­teur.

Car la mis­sion pre­mière du tra­duc­teur n’est pas de par­ler à la place de l’Écriture.

Elle est de lais­ser l’Écriture par­ler.


Annexe – Que pen­ser de la Bible Nou­velle Fran­çais Cou­rant (NFC) ?

La Nou­velle Fran­çais Cou­rant (NFC), publiée en 2019 par l’Alliance biblique fran­çaise, consti­tue une révi­sion impor­tante de la Bible en fran­çais cou­rant. Elle s’inscrit dans la méthode dite de l’équivalence dyna­mique, qui cherche à trans­mettre le sens géné­ral du texte biblique dans un fran­çais simple et acces­sible. Cette orien­ta­tion pos­sède de réelles qua­li­tés, mais elle com­porte aus­si des risques sérieux lorsque la dyna­mique inter­pré­ta­tive prend le pas sur l’équivalence avec le texte ori­gi­nal.

Il faut d’abord recon­naître les forces de cette tra­duc­tion. La NFC se dis­tingue par une lisi­bi­li­té remar­quable. Le style est fluide, le voca­bu­laire simple, et la struc­ture du texte faci­lite la lec­ture publique. Pour une pre­mière décou­verte de la Bible, pour des jeunes lec­teurs ou pour un usage mis­sion­naire, cette clar­té peut être un atout. Le tra­vail a éga­le­ment été réa­li­sé par une équipe impor­tante de biblistes issus de plu­sieurs tra­di­tions chré­tiennes, ce qui témoigne d’un effort sérieux et d’un inves­tis­se­ment réel.

Mais ces qua­li­tés ne doivent pas mas­quer une ques­tion de fond : la méthode d’équivalence dyna­mique donne au tra­duc­teur une marge d’interprétation beau­coup plus large. Tant que cette méthode reste réel­le­ment orien­tée vers l’équivalence, elle peut être utile. Le pro­blème appa­raît lorsque l’accent glisse pro­gres­si­ve­ment du côté de la refor­mu­la­tion sub­jec­tive. Dans ce cas, la tra­duc­tion cesse d’être une trans­mis­sion du texte pour deve­nir une inter­pré­ta­tion inté­grée dans le texte lui-même.

Le dan­ger devient par­ti­cu­liè­re­ment grave lorsque les pré­sup­po­sés du tra­duc­teur sont for­te­ment influen­cés par les idéo­lo­gies domi­nantes du moment. Dans ce cas, la tra­duc­tion peut ser­vir à atté­nuer ou à réorien­ter cer­tains pas­sages bibliques jugés dif­fi­ciles pour la sen­si­bi­li­té contem­po­raine. Le résul­tat n’est pas for­cé­ment une fal­si­fi­ca­tion bru­tale du texte, mais un dépla­ce­ment sub­til de son sens ou de sa por­tée.

Plu­sieurs exemples dans la NFC illus­trent ce pro­blème.

Dans Romains 1.17, le texte grec parle de « la jus­tice de Dieu » (dikaio­synē theou), expres­sion théo­lo­gique cen­trale pour toute la tra­di­tion réfor­mée. La NFC refor­mule cette expres­sion en expli­quant direc­te­ment que Dieu « rend les hommes justes ». Cette refor­mu­la­tion pri­vi­lé­gie une inter­pré­ta­tion pré­cise du pas­sage et réduit la richesse séman­tique du texte ori­gi­nal, qui peut aus­si dési­gner la jus­tice propre de Dieu ou son action sal­va­trice. L’interprétation a pris la place de la tra­duc­tion.

Un autre exemple se trouve en Romains 16.7, où Paul men­tionne Andro­ni­cus et Junia. Le texte grec per­met plu­sieurs lec­tures. La NFC adopte une for­mu­la­tion qui tranche impli­ci­te­ment la ques­tion, alors que l’ambiguïté existe réel­le­ment dans le texte. Une tra­duc­tion plus pru­dente aurait lais­sé appa­raître cette ambi­guï­té et expli­qué les options pos­sibles en note.

Le cas de 1 Timo­thée 2.12 est encore plus révé­la­teur. Paul y affirme qu’il ne per­met pas à la femme d’enseigner ni d’exercer auto­ri­té sur l’homme. Dans la NFC, la refor­mu­la­tion tend à adou­cir la dimen­sion d’autorité pré­sente dans le verbe grec. La ten­sion du texte est atté­nuée, ce qui cor­res­pond mani­fes­te­ment aux sen­si­bi­li­tés contem­po­raines sur les ques­tions d’autorité et de rela­tions entre hommes et femmes.

On observe une dyna­mique simi­laire en Éphé­siens 5.22–24, pas­sage sur la rela­tion entre mari et épouse. Le grec parle expli­ci­te­ment de sou­mis­sion. La NFC choi­sit une for­mu­la­tion plus expli­ca­tive et moins directe, ce qui modi­fie la per­cep­tion du rap­port d’autorité éta­bli par Paul.

Un autre cas appa­raît en 1 Corin­thiens 6.9, où les termes grecs mala­koi et arse­no­koi­tai dési­gnent des com­por­te­ments pré­cis. La NFC adopte une for­mu­la­tion large et inter­pré­ta­tive qui affai­blit la pré­ci­sion morale du texte, pro­ba­ble­ment afin d’éviter cer­taines ten­sions avec les débats contem­po­rains sur la sexua­li­té.

Enfin, Mat­thieu 5.3, la pre­mière béa­ti­tude, offre un exemple révé­la­teur. L’expression « pauvres en esprit » est rem­pla­cée par une para­phrase expli­ca­tive. La refor­mu­la­tion faci­lite la com­pré­hen­sion immé­diate, mais elle sup­prime la den­si­té théo­lo­gique et la pro­fon­deur spi­ri­tuelle de l’expression ori­gi­nale.

Pris iso­lé­ment, cha­cun de ces choix pour­rait être dis­cu­té. Mais l’ensemble révèle une ten­dance pré­oc­cu­pante : la tra­duc­tion se rap­proche par­fois davan­tage de l’interprétation du tra­duc­teur que de l’équivalence stricte avec le texte ins­pi­ré.

Dans une pers­pec­tive réfor­mée confes­sante, cette évo­lu­tion est pro­blé­ma­tique. La doc­trine de l’inspiration ver­bale implique que les mots de l’Écriture comptent. Le rôle du tra­duc­teur n’est pas de lis­ser les aspé­ri­tés du texte ni de les adap­ter à l’air du temps. Lorsque le texte dérange, il doit déran­ger. L’explication appar­tient à la pré­di­ca­tion, au com­men­taire et aux notes, non à la tra­duc­tion elle-même.

Lorsque l’équivalence dyna­mique glisse vers la refor­mu­la­tion sub­jec­tive, sur­tout sous l’influence d’idéologies contem­po­raines (exis­ten­tia­lisme, idéo­lo­gie woke, fémi­nisme, etc.), il faut savoir dire clai­re­ment que la méthode atteint ses limites. Une tra­duc­tion qui intro­duit trop d’interprétation dans le texte lui-même risque de dépla­cer l’autorité de l’Écriture vers celle du tra­duc­teur.

Pour cette rai­son, même si la NFC peut être utile comme Bible de lec­ture ou de décou­verte, elle ne consti­tue pas, à mes yeux, une tra­duc­tion suf­fi­sam­ment trans­pa­rente au texte ori­gi­nal pour être uti­li­sée dans le cadre du culte. La pro­cla­ma­tion publique de la Parole demande une tra­duc­tion qui laisse par­ler l’Écriture elle-même, sans que la sub­jec­ti­vi­té du tra­duc­teur ne s’interpose entre le texte ins­pi­ré et l’Église.


Outils pédagogiques

1. Ques­tions pour ana­ly­ser les pré­sup­po­sés

  1. Lorsque nous lisons la Sainte Écri­ture, par­tons-nous d’abord du texte lui-même ou d’une grille d’interprétation déjà consti­tuée (poli­tique, phi­lo­so­phique, socio­lo­gique) ?
  2. En quoi une lec­ture qui cherche d’abord à confir­mer une cause contem­po­raine dif­fère-t-elle d’une lec­ture qui cherche à com­prendre ce que Dieu a réel­le­ment révé­lé ?
  3. Pour­quoi les lec­tures idéo­lo­giques de la Bible appa­raissent-elles sou­vent dans des périodes de forte agi­ta­tion cultu­relle ou poli­tique ?
  4. Une tra­duc­tion biblique peut-elle être tota­le­ment neutre ? Quels sont les pré­sup­po­sés qui peuvent influen­cer un tra­duc­teur ?
  5. Quelle dif­fé­rence existe-t-il entre expli­quer un texte dif­fi­cile et modi­fier sa for­mu­la­tion pour évi­ter qu’il ne choque le lec­teur moderne ?
  6. En quoi la méthode de l’équivalence dyna­mique peut-elle deve­nir pro­blé­ma­tique si la refor­mu­la­tion du sens l’emporte sur la fidé­li­té aux mots du texte ori­gi­nal ?
  7. Pour­quoi la ten­ta­tion d’adapter l’Écriture à la culture domi­nante peut-elle paraître pas­to­rale tout en étant théo­lo­gi­que­ment dan­ge­reuse ?
  8. Que signi­fie concrè­te­ment l’affirmation selon laquelle l’Écriture doit juger nos inter­pré­ta­tions et non l’inverse ?
  9. Com­ment dis­tin­guer une inter­pré­ta­tion légi­time de la Bible d’une ins­tru­men­ta­li­sa­tion idéo­lo­gique du texte ?
  10. Dans quelle mesure les idéo­lo­gies modernes (mar­xisme, indi­vi­dua­lisme, rela­ti­visme moral, fémi­nisme radi­cal, etc.) peuvent-elles influen­cer la manière dont cer­tains pas­sages bibliques sont tra­duits ou inter­pré­tés ?

2. Fon­de­ment biblique

Plu­sieurs pas­sages de la Sainte Écri­ture rap­pellent que la Parole de Dieu pos­sède une auto­ri­té nor­ma­tive qui dépasse les cultures et les idéo­lo­gies humaines.

2 Timo­thée 3.16–17 affirme :
« Toute l’Écriture est ins­pi­rée de Dieu et utile pour ensei­gner, pour convaincre, pour cor­ri­ger et pour ins­truire dans la jus­tice, afin que l’homme de Dieu soit accom­pli et propre à toute bonne œuvre. »

Ce texte rap­pelle que l’Écriture cor­rige l’homme ; elle n’est pas un maté­riau que l’homme peut remo­de­ler selon ses pré­fé­rences.

2 Pierre 1.20–21 sou­ligne éga­le­ment que l’origine de l’Écriture ne se trouve pas dans l’initiative humaine :
« Sachant tout d’abord vous-mêmes qu’aucune pro­phé­tie de l’Écriture ne peut être un objet d’interprétation par­ti­cu­lière, car ce n’est pas par une volon­té d’homme qu’une pro­phé­tie a jamais été appor­tée, mais c’est pous­sés par le Saint-Esprit que des hommes ont par­lé de la part de Dieu. »

Enfin, Hébreux 4.12 rap­pelle la puis­sance cri­tique de la Parole de Dieu :
« Car la parole de Dieu est vivante et effi­cace, plus tran­chante qu’aucune épée à deux tran­chants… elle juge les sen­ti­ments et les pen­sées du cœur. »

Ces textes montrent que la fonc­tion de l’Écriture n’est pas de confir­mer nos idéo­lo­gies, mais de juger et trans­for­mer nos pen­sées.

3. Lien avec les confes­sions de foi réfor­mées

La tra­di­tion réfor­mée confes­sante a constam­ment insis­té sur l’autorité suprême de la Parole de Dieu.

La Confes­sion de foi de La Rochelle (1559) affirme :
« Nous croyons que la Parole conte­nue en ces livres pro­cède de Dieu et reçoit son auto­ri­té de lui seul et non des hommes. » (Article 5)

La Confes­sion de foi de West­mins­ter (1647) ajoute que les Écri­tures en hébreu et en grec sont « immé­dia­te­ment ins­pi­rées par Dieu » et qu’elles doivent être tra­duites dans les langues des peuples afin que tous puissent les lire et les com­prendre.

Ces confes­sions rap­pellent deux prin­cipes essen­tiels :

  1. L’Écriture pos­sède une auto­ri­té supé­rieure à toute tra­di­tion humaine.
  2. Les tra­duc­tions doivent cher­cher à trans­mettre fidè­le­ment le texte ins­pi­ré.

Dans cette pers­pec­tive, le rôle du tra­duc­teur est minis­té­riel et non magis­té­riel : il sert le texte, il ne le cor­rige pas.

4. Exer­cice d’analyse biblique

Pre­nez un pas­sage biblique connu (par exemple Romains 1.17, Éphé­siens 5.22 ou 1 Timo­thée 2.12).

  1. Com­pa­rez trois tra­duc­tions dif­fé­rentes.
  2. Notez les dif­fé­rences de for­mu­la­tion.
  3. Posez les ques­tions sui­vantes :
    • Quelle tra­duc­tion est la plus proche du texte ori­gi­nal ?
    • Quelle tra­duc­tion inter­prète davan­tage le pas­sage ?
    • Quels pré­sup­po­sés théo­lo­giques peuvent expli­quer ces dif­fé­rences ?

Cet exer­cice montre concrè­te­ment com­ment les choix de tra­duc­tion peuvent influen­cer la com­pré­hen­sion d’un texte.

5. QCM de syn­thèse

  1. L’équivalence dyna­mique consiste prin­ci­pa­le­ment à :
    A. Tra­duire mot à mot le texte ori­gi­nal
    B. Refor­mu­ler le sens du texte pour le rendre plus acces­sible
    C. Tra­duire uni­que­ment les idées prin­ci­pales sans tenir compte des mots
    D. Sup­pri­mer les pas­sages dif­fi­ciles

Réponse : B

  1. Le prin­ci­pal risque de l’équivalence dyna­mique est :
    A. De rendre le texte illi­sible
    B. D’introduire l’interprétation du tra­duc­teur dans la tra­duc­tion
    C. D’utiliser un voca­bu­laire trop ancien
    D. De sup­pri­mer les notes expli­ca­tives

Réponse : B

  1. Dans la pers­pec­tive réfor­mée clas­sique, l’interprétation d’un texte biblique doit appa­raître prin­ci­pa­le­ment :
    A. Dans la tra­duc­tion elle-même
    B. Dans les notes et les com­men­taires
    C. Dans les titres de sec­tion
    D. Dans les intro­duc­tions édi­to­riales

Réponse : B

  1. Selon la doc­trine réfor­mée, l’Écriture pos­sède une auto­ri­té :
    A. Équi­va­lente aux tra­di­tions ecclé­sias­tiques
    B. Infé­rieure aux déci­sions des conciles
    C. Supé­rieure à toute auto­ri­té humaine
    D. Limi­tée à la sphère spi­ri­tuelle

Réponse : C

  1. Une lec­ture idéo­lo­gique de la Bible se carac­té­rise géné­ra­le­ment par le fait que :
    A. Le texte cor­rige les pré­sup­po­sés du lec­teur
    B. Le lec­teur cherche à com­prendre le contexte his­to­rique
    C. Une grille exté­rieure déter­mine à l’avance le sens du texte
    D. Le lec­teur com­pare plu­sieurs tra­duc­tions

Réponse : C

Conclu­sion péda­go­gique

La ques­tion n’est pas sim­ple­ment de savoir quelle tra­duc­tion est la plus agréable à lire. La ques­tion déci­sive est celle-ci : la tra­duc­tion per­met-elle encore d’entendre la voix du texte ins­pi­ré, ou bien intro­duit-elle déjà l’interprétation du tra­duc­teur ?

Dans la tra­di­tion réfor­mée confes­sante, cette vigi­lance n’est pas un excès de scru­pule. Elle découle direc­te­ment de la convic­tion que la Sainte Écri­ture est la Parole de Dieu et qu’elle doit res­ter la norme qui juge toutes nos inter­pré­ta­tions et toutes nos idéo­lo­gies.

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