Siméon

Luc 2.22–40 : « Mes yeux ont vu ton salut » – Vincent Bru (prédication)

Dimanche 31 décembre 2023 – Fête de la Sainte Famille – N’D­ja­mé­na (Tchad)

Pré­di­ca­tion sur Luc 2.22–40 : « Mes yeux ont vu ton salut » (Pas­teur Vincent Bru)

Autres lec­tures : Genèse 15.1–6 ; 21.1 – 3 ; Hébreux 11.8, 11–12, 17–19

22Et, quand les jours de leur puri­fi­ca­tion furent accom­plis selon la loi de Moïse, on l’a­me­na à Jéru­sa­lem pour le pré­sen­ter au Sei­gneur – 23suivant ce qui est écrit dans la loi du Sei­gneur : Tout mâle pre­mier-né sera consa­cré au Sei­gneur – 24et pour offrir en sacri­fice une paire de tour­te­relles ou deux jeunes pigeons, comme c’est pres­crit dans la loi du Sei­gneur.

25 Et voi­ci qu’il y avait à Jéru­sa­lem un homme du nom de Siméon. Cet homme était juste et pieux ; il atten­dait la conso­la­tion d’Is­raël, et l’Es­prit Saint était sur lui. 26Il avait été divi­ne­ment aver­ti par le Saint-Esprit qu’il ne ver­rait pas la mort avant d’a­voir vu le Christ du Sei­gneur. 27Il vint au temple, (pous­sé) par l’Es­prit. Et, comme les parents appor­taient le petit enfant Jésus pour accom­plir à son égard ce qui était en usage d’a­près la loi, 28il le reçut dans ses bras, bénit Dieu et dit :

29Maintenant, Maître, tu laisses ton ser­vi­teur

S’en aller en paix selon ta parole.

30 Car mes yeux ont vu ton salut,

31Que tu as pré­pa­ré devant tous les peuples,

32 Lumière pour éclai­rer les nations

Et gloire de ton peuple, Israël.

33Son père et sa mère étaient dans l’ad­mi­ra­tion de ce qu’on disait de lui. 34Siméon les bénit et dit à Marie, sa mère : Voi­ci : cet enfant est là pour la chute et le relè­ve­ment de beau­coup en Israël, et comme un signe qui pro­vo­que­ra la contra­dic­tion, 35et toi-même, une épée te trans­per­ce­ra l’âme, afin que les pen­sées de beau­coup de cœurs soient révé­lées.

36 Il y avait aus­si une pro­phé­tesse, Anne, fille de Pha­nuel, de la tri­bu d’A­ser. Elle était d’un âge fort avan­cé. Après avoir vécu sept ans avec son mari depuis sa vir­gi­ni­té, 37elle res­ta veuve, et, âgée de quatre-vingt-quatre ans, elle ne quit­tait pas le temple et ser­vait (Dieu), nuit et jour, par des jeûnes et des prières. 38Elle sur­vint elle aus­si, à cette même heure ; elle louait Dieu et par­lait de Jésus à tous ceux qui atten­daient la rédemp­tion de Jéru­sa­lem.

39Lorsqu’ils eurent tout accom­pli selon la loi du Sei­gneur, ils retour­nèrent en Gali­lée, à Naza­reth, leur ville.

40Or le petit enfant gran­dis­sait et se for­ti­fiait ; il était rem­pli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui.

Introduction

Vous est-il déjà arri­vés d’attendre quelque chose impa­tiem­ment, voire très impa­tiem­ment ?

Lorsque l’on espère que quelque chose arrive, et que, fina­le­ment, cette chose finit par arri­ver, après une longue période de temps, nous éprou­vons alors un vrai sou­la­ge­ment, comme un ath­lète qui arrive au bout de la course, comme le marin qui finit par arri­ver au port après avoir bra­vé la tem­pête, comme la terre aride qui attend la pluie, comme la nuit attend le jour…

Le texte qui nous est pro­po­sé pour aujourd’hui nous intro­duit dans le mys­tère du salut qui se trouve en Jésus-Christ, l’enfant de Noël, salut qui a été annon­cé long­temps aupa­ra­vant dans la Sainte Écri­ture, avec la venue du Mes­sie. Le Mes­sie qui est dépeint sous dif­fé­rents traits : le pro­phète comme Moïse, selon le livre du Deu­té­ro­nome, le roi-sau­veur, le Fils de David, venu pour déli­vrer son peuple, et dont le règne n’aura pas de fin (Jéré­mie 23.5), le ser­vi­teur de l’Éternel, aus­si, dont parle le livre du pro­phète Ésaïe.

L’attente mes­sia­nique à l’époque du Nou­veau Tes­ta­ment était omni­pré­sente en Israël, et la ques­tion n’était pas de savoir si le Mes­sie devait venir mais quand il allait venir.

Plus de quatre cents ans s’étaient écou­lées depuis la mort du der­nier pro­phète, le pro­phète Mala­chie, aus­si le peuple était ani­mé par une réelle impa­tience : 400 ans de silence ! Cela com­mence à faire !

La ques­tion qui se posait alors c’était de savoir de quel genre de Mes­sie il serait, car les pro­phé­ties sem­blaient par­fois se contre­dire, ou plu­tôt l’interprétation de celles-ci n’étaient pas si évi­dentes que cela.

Serait-il un grand roi, un roi-guer­rier comme David, qui vien­drait chas­ser l’occupant romain ?

Moïse n’avait-il pas été envoyé par Dieu pour déli­vrer le peuple de l’esclavage en Égypte ?

Fal­lait-il s’attendre ici aus­si à une libé­ra­tion d’ordre poli­tique, qui ne concer­ne­rait que le seul peuple d’Israël ?

Ou bien le Mes­sie devait-il être autre chose, quelque chose de beau­coup plus grand, de beau­coup plus éle­vé, de beau­coup plus uni­ver­sel aus­si comme le lais­saient entendre les nom­breux pas­sages du pro­phète Ésaïe au sujet du ser­vi­teur de l’Éternel, le ser­vi­teur souf­frant venue pour appor­ter le salut à Israël et aux nations ?

La « conso­la­tion d’Israël » qu’évoque Siméon, en écho à la pro­phé­tie d’Ésaïe 40, et la « déli­vrance de Jéru­sa­lem » dont parle la pro­phé­tesse Anne, en lien avec tant d’autres pas­sages de l’Ancien Tes­ta­ment, ne devaient-elles pas s’étendre, pour finir, à tous les peuples de la terre ?

Conso­la­tion d’Israël : conso­la­tion de toutes les nations de la terre !

Seule­ment voi­là, tous ne l’entendaient pas de cette oreille : Pha­ri­siens, Sadu­céens, Zélotes, com­mu­nau­té de Qum­ran, gens du peuple, tout ce monde-là était for­te­ment divi­sé sur la signi­fi­ca­tion et la por­tée des temps mes­sia­niques, et sur la nature du royaume, et il le sera de plus en plus au fur et à mesure que les pro­phé­ties mes­sia­niques devien­dront une réa­li­té dans les faits et gestes, et les paroles de Jésus.

Ain­si, avec la bonne nou­velle du salut appor­té par l’enfant de Noël qu’il tient dans ses bras, Siméon annonce la divi­sion inévi­table qui ne man­que­ra pas d’arriver au sein même du peuple élu, du peuple d’Israël, autour de la ques­tion du Mes­sie, ver­set 34 :

« Voi­ci : cet enfant est là pour la chute et le relè­ve­ment de beau­coup en Israël, et comme un signe qui pro­vo­que­ra la contra­dic­tion, 35et toi-même, une épée te trans­per­ce­ra l’âme, afin que les pen­sées de beau­coup de cœurs soient révé­lées. »

Cette contra­dic­tion, nous la voyons se mani­fes­ter tout au long de l’histoire de l’Église et de l’humanité : c’est la divi­sion radi­cale dont parle Saint Augus­tin dans la Cité de Dieu entre ceux qui aiment Dieu jusqu’au mépris d’eux-mêmes, et ceux qui s‘aimes eux-mêmes jusqu’au mépris de Dieu.

Il y a un glaive qui sépare deux huma­ni­tés : celle en Adam, l’humanité péche­resse, en révolte contre Dieu, et celle qui a été rache­tée par Jésus-Christ, l’humanité croyante, obéis­sante, prête à rece­voir le Mes­sie de Dieu tel qu’il se fait connaître, tel qu’il s’est fait connaître.

Siméon et Anne sont les pré­mices de cette huma­ni­té-là, la nou­velle huma­ni­té créée selon Dieu.

Le contexte

Un mot sur le contexte de notre texte.

Après la double annon­cia­tionZacha­rie 1.5–25 et à Marie 1.26–38), et nos deux nais­sances et cir­con­ci­sions (de Jean 1.57–66 et de Jésus 2.1–21), l’évangéliste Luc nous fait reve­nir au Temple (1.5–25) où se déroulent deux autres scènes : la pré­sen­ta­tion de Jésus (2.22–40) et la fugue de ce der­nier, à ses douze ans (2.41–52).

Ces deux tableaux reprennent le thème du des­sein de l’enfant, en pré­sence des parents de Jésus.

Rares épi­sodes de cette période un peu mys­té­rieuse de la vie de Jésus, tan­dis qu’il prend petit à petit conscience de sa mis­sion, et que le des­sein de Dieu envers lui se pré­cise, ici par la bouche de Siméon et Anne, lors de sa pré­sen­ta­tion au Temple. A douze ans, il est clair que Jésus mani­feste déjà là une claire conscience de son iden­ti­té et de sa mis­sion : il sait qui il est et pour­quoi il a été envoyé par Dieu dans ce monde.

L’ensemble de ces textes sont impré­gnés de la Loi de Moïse et de la parole des pro­phètes.

Il y a à chaque fois une évo­ca­tions des com­man­de­ments de la Loi de Dieu, et une parole claire sur la réa­li­sa­tion des pro­phé­ties mes­sia­niques.

Notre texte du jour est com­po­sé de cinq sec­tions concen­triques :

  1. L’arrivée des parents au Temple et la Loi (2.22–24)
  2. Le can­tique de Siméon sur l’enfant (2.25–32)
  3. La parole de Siméon à Marie (2.33–35)
  4. La louange de la pro­phé­tesse Anne (2.36–38)
  5. Et enfin, le départ des parents et la Loi (2.39–40)

Nous voyons que la parole de Siméon à Marie aux ver­sets 33 et sui­vants, est au centre de cette sec­tion et repré­sente, ain­si, un élé­ment clé pour com­prendre l’ensemble de ces paroles.

Je lis au ver­set 22 :

La présentation au Temple (2.22–24)

22Et, quand les jours de leur puri­fi­ca­tion furent accom­plis selon la loi de Moïse, on l’amena à Jéru­sa­lem pour le pré­sen­ter au Sei­gneur – 23suivant ce qui est écrit dans la loi du Sei­gneur : Tout mâle pre­mier-né sera consa­cré au Sei­gneur – 24et pour offrir en sacri­fice une paire de tour­te­relles ou deux jeunes pigeons, comme c’est pres­crit dans la loi du Sei­gneur.

Il faut savoir que l’offrande ici concerne la puri­fi­ca­tion de la mère : un couple de tour­te­relles ou deux petites colombes (2.24), quand bien même il est aus­si ques­tion dans le texte de la consé­cra­tion de Jésus.

La loi juive pré­voyait en effet un moment pour la puri­fi­ca­tion de la mère, 40 jours après l’accouchement d’un gar­çon, 20 jours pour un fille.

Après l’accouchement, la femme était écar­tée, momen­ta­né­ment, de la fré­quen­ta­tion du Temple exi­geant un état de pure­té. La jeune mère devait sim­ple­ment attendre le temps néces­saire pour sa puri­fi­ca­tion et l’offrande pou­vait avoir lieu plus tard, comme indi­qué en Exode 13.2–15 (Lire aus­si Ex 34.9 et Nb 18.5–16). Celle-ci était géné­ra­le­ment effec­tuée par l’époux : les femmes ne pou­vant s’approcher du sanc­tuaire et de l’autel.

Le rite de la consé­cra­tion des pre­miers-nés était dis­tinct de la puri­fi­ca­tion. Il est lié à la Pâque rap­pe­lant le salut offert aux hébreux lors de la sor­tie d’Égypte (Ex 12–15). Il mani­feste la liber­té et la vie des­ti­nées aux hébreux esclaves, alors que l’ange du Sei­gneur déci­mait les pre­miers-nés égyp­tiens afin de flé­chir la déci­sion de Pha­raon.

La consé­cra­tion des pre­miers-nés n’est pas seule­ment un rite lié à la nais­sance, elle mani­feste la foi des fils d’Israël en Dieu Sau­veur. L’offrande à cette occa­sion n’est pas pré­ci­sée sinon dans le livre des Nombres qui demande, durant le mois sui­vant la nais­sance, un don aux prêtres de cinq sicles (équi­va­lem­ment à 3 ou 4 jours de tra­vail).

Il convient de faire plu­sieurs remarques ici.

Pre­miè­re­ment, si nous sommes en pré­sence de deux rites, une seule offrande est men­tion­née et concerne la puri­fi­ca­tion de la mère : un couple de tour­te­relles ou deux petites colombes (2.24). Ce don au Sei­gneur cor­res­pond à l’offrande du pauvre qui n’a pas les moyens de sacri­fier une tête de petit bétail. Ce détail est avant tout des­ti­né à rap­pe­ler la pau­vre­té de la man­geoire et le minis­tère du Christ annon­çant la Bonne Nou­velle aux pauvres (4.18). Au cœur du Temple, Jésus rejoint déjà la pau­vre­té de son peuple. Aus­si, est-ce pro­ba­ble­ment inten­tion­nel­le­ment que Luc omet les cinq sicles d’argent des­ti­nés à la classe sacer­do­tale qui seront les pre­miers accu­sa­teurs du pro­cès de Jésus. L’offrande est des­ti­née à Dieu seul.

Deuxiè­me­ment, l’évangéliste fait se dépla­cer l’ensemble de la famille : le couple et l’enfant nou­veau-né. Or, il n’était pas néces­saire pour ces rites, de faire se dépla­cer la mère et l’enfant. Cepen­dant, pour son récit, tous sont néces­saires en par­ti­cu­lier Marie et Jésus qui seront tout deux béné­fi­ciaires d’une parole pro­phé­tique par Siméon. Ain­si, ces deux rites concernent la mère (la puri­fi­ca­tion) et l’enfant (la consé­cra­tion) et annoncent déjà le temps de la « pure­té » retrou­vée des fils d’Israël et l’avènement d’une nou­velle Pâque en Jésus-Christ. Notre pas­sage est effec­ti­ve­ment intro­duit par cet accom­plis­se­ment du temps (2.22) qui ne peut se réduire aux seuls rites et pren­dra tout son sens avec la parole de Siméon.

Aus­si, Luc insiste-t-il davan­tage sur la consé­cra­tion de l’enfant pour laquelle il cite expli­ci­te­ment le pré­cepte de la Loi. A cette occa­sion, il reprend l’expression biblique pour dési­gner ce que le texte a tra­duit par pre­mier-né : Celui qui ouvre l’utérus, dia­noi­gon metran (διανοῖγον μήτραν). Dans son évan­gile, le verbe ouvrir (dia­noi­gô) ne se retrouve qu’à un autre endroit : lors de la mani­fes­ta­tion du Res­sus­ci­té aux dis­ciples d’Emmaüs (24.31, 32, 45). Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le recon­nurent (24.31). D’autres yeux vont bien­tôt s’ouvrir sur ce salut déjà pré­sent.

Ver­set 25 :

Siméon et l’enfant (2.25–32)

25 Et voi­ci qu’il y avait à Jéru­sa­lem un homme du nom de Siméon. Cet homme était juste et pieux ; il atten­dait la conso­la­tion d’Is­raël, et l’Es­prit Saint était sur lui. 26Il avait été divi­ne­ment aver­ti par le Saint-Esprit qu’il ne ver­rait pas la mort avant d’a­voir vu le Christ du Sei­gneur. 27Il vint au temple, (pous­sé) par l’Es­prit. Et, comme les parents appor­taient le petit enfant Jésus pour accom­plir à son égard ce qui était en usage d’a­près la loi, 28il le reçut dans ses bras, bénit Dieu et dit :

29Maintenant, Maître, tu laisses ton ser­vi­teur

S’en aller en paix selon ta parole.

30 Car mes yeux ont vu ton salut,

31Que tu as pré­pa­ré devant tous les peuples,

32 Lumière pour éclai­rer les nations

Et gloire de ton peuple, Israël.

Les rites de la Loi enfin accom­plis, Luc nous fait entendre des paroles pro­phé­tiques.

L’ordre n’est pas ano­din : après le temps de la Loi, vient celui des pro­phètes atten­dus avec l’avènement du temps mes­sia­nique.

Remar­quez que Siméon est décrit comme un homme juste et pieux, sur qui repose l’Esprit Saint : impos­sible par consé­quent de confondre ses paroles avec les élu­cu­bra­tions d’un vieux fou.

Ses paroles ont autant de poids que si c’était Moïse lui-même qui par­lait, ou le pro­phète Élie !

Siméon incarne à lui seul l’espérance du peuple d’Israël et de tous les pro­phètes de l’Ancien Tes­ta­ment : il attend de voir l’avènement du Mes­sie du Sei­gneur ; il sait, parce que Dieu le lui a révé­lé, qu’il ne mour­ra pas avant de l’avoir vu de ses yeux.

Com­ment Siméon a‑t-il eu cette révé­la­tion ? Mys­tère ! Il y a un mys­tère de la pro­phé­tie biblique, du minis­tère pro­phé­tique dans la Bible ; tout ce que l’on peut dire c’est que les pro­phètes dans la Bible avaient une rela­tion unique avec Dieu, et qu’ils étaient, à ce tire, l’objet de révé­la­tions spé­ciales de Dieu, comme nous le voyons ici avec Siméon.

On sait peu de chose sur ce per­son­nage, sur son pas­sé, ni même sur ce qu’il devien­dra par la suite, mais ce que l’on sait en revanche, c’est que c’était un pro­phète, et qu’à ce titre, sa parole ici est véri­ta­ble­ment une parole de Dieu, la Parole de Dieu.

Le propre du pro­phète c’est de par­ler de la part de Dieu. Dieu parle à tra­vers lui. Comme aujourd’hui Dieu parle à tra­vers sa Parole, la Bible.

Reve­nons à notre texte.

Luc insiste : Jésus n’est pas deve­nu le Sau­veur, le Christ et Sei­gneur (2.11), il l’a été dès sa concep­tion et sa nais­sance. Siméon contemple ce sau­veur dans la fra­gi­li­té d’un enfant, comme, plus tard, ce même Sau­veur sera contem­plé dans l’abaissement du cru­ci­fié. Siméon vient don­ner sens à toutes les annonces pré­cé­dentes.

Au ver­set 25 il est dit que Siméon atten­dait « la conso­la­tion d’Israël ».

La consolation d’Israël et l’Esprit

L’enfant qu’il tient dans ses bras incarne cette conso­la­tion d’Israël, une expres­sion pui­sée au livre du pro­phète Ésaïe qui annonce la fin de l’exil à Baby­lone et le retour de la gloire du Sei­gneur en Israël :

És 40.1 Conso­lez, conso­lez mon peuple, – dit votre Dieu – 2 par­lez au cœur de Jéru­sa­lem. Pro­cla­mez que son ser­vice est accom­pli, que son crime est expié, qu’elle a reçu de la main du Sei­gneur le double pour toutes ses fautes. 3 Une voix pro­clame : « Dans le désert, pré­pa­rez le che­min du Sei­gneur ; tra­cez droit, dans les terres arides, une route pour notre Dieu. […] 5 Alors se révé­le­ra la gloire du Sei­gneur, et tout être de chair ver­ra que la bouche du Sei­gneur a par­lé.

Siméon dont le nom signi­fie « Dieu a enten­du » attend lui-aus­si, lui plus que qui­conque la conso­la­tion d’Israël, la libé­ra­tion décrite au cha­pitre 40 d’Esaïe, qui annonce aus­si d’ailleurs l’ouver­ture du salut à toutes les nations.

L’enfant sera le salut pour la gloire d’Israël, mais aus­si la lumière des nations (Es 42.6) atten­du pour la fin des temps. L’ensemble du voca­bu­laire des paroles de Siméon s’appuient sur des textes de l’Écriture annon­çant l’avènement du règne de Dieu et de son Mes­sie. Mais, dans sa bouche, elles n’évoquent pas un pas­sé, ni même un ave­nir, mais, et c’est ce qui fait toute la dif­fé­rence, un pré­sent. Siméon a vu, ce jour, le salut de Dieu dans la per­sonne de l’enfant Jésus.

Ver­set 33 :

Siméon et Marie (2.33–35)

33Son père et sa mère étaient dans l’ad­mi­ra­tion de ce qu’on disait de lui. 34Siméon les bénit et dit à Marie, sa mère : Voi­ci : cet enfant est là pour la chute et le relè­ve­ment de beau­coup en Israël, et comme un signe qui pro­vo­que­ra la contra­dic­tion, 35et toi-même, une épée te trans­per­ce­ra l’âme, afin que les pen­sées de beau­coup de cœurs soient révé­lées.

Glaive et contradiction

L’étonnement des parents rend compte de l’inattendu, cher à Luc, de ce mes­sie, mais, cet inat­ten­du est sur­tout mis en valeur par les paroles de Siméon à Marie.

Sou­dain, le ton devient dra­ma­tique : l’avènement du Sau­veur apporte, certes le salut, la gloire et la lumière, mais éga­le­ment : chute et relè­ve­ment, contra­dic­tion, glaive.

À tra­vers cette annonce, Luc montre com­bien l’avènement du Christ, en Jésus, inau­gure, aus­si, un temps de divi­sion.

À ce point du récit, Marie, la mère venant au Temple accom­plir la Loi, repré­sente Sion : l’ensemble du peuple croyant atten­dant le salut de Dieu :

Ps 87.5 Mais on appelle Sion : « Ma mère ! » car en elle, tout homme est né. C’est lui, le Très-Haut, qui la main­tient.

Or Sion sera divi­sée à pro­pos de Jésus notam­ment lors de son pro­cès. Et Luc le rap­pel­le­ra à ses lec­teurs :

Luc 12.51 Pen­sez-vous que je sois venu mettre la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien plu­tôt la divi­sion.

La parole de Siméon annonce déjà ces débats et ces luttes au sein du Judaïsme de la syna­gogue comme aus­si par­mi les chré­tiens comme le rap­por­te­ra le livre des Actes des Apôtres.

Le salut est bien pré­sent au Temple, mais c’est aus­si au sein du Temple que s’annonce bien des divi­sions (Lc 20–23) qui vont « par­ta­ger » le cœur de la mère.

Jean 1.3 : « La lumière est venue chez les siens et les siens ne l’ont pas reçue… »

Divi­sion au sein du peuple d’Israël que l’on voit se des­si­ner tout au long de l’Évangile de Luc.

Marie repré­sente le peuple d’Israël, Sion : elle est la juive par excel­lence, et elle porte dans sa per­sonne même toute la foi du peuple juif.

Le glaive est pro­ba­ble­ment aus­si une allu­sion à ses souf­frances au pied de la croix, celle d’une mère aimante pleu­rant son fils sup­pli­cié…

Ver­set 36 :

Anne, la prophétesse

36 Il y avait aus­si une pro­phé­tesse, Anne, fille de Pha­nuel, de la tri­bu d’A­ser. Elle était d’un âge fort avan­cé. Après avoir vécu sept ans avec son mari depuis sa vir­gi­ni­té, 37elle res­ta veuve, et, âgée de quatre-vingt-quatre ans, elle ne quit­tait pas le temple et ser­vait (Dieu), nuit et jour, par des jeûnes et des prières. 38Elle sur­vint elle aus­si, à cette même heure ; elle louait Dieu et par­lait de Jésus à tous ceux qui atten­daient la rédemp­tion de Jéru­sa­lem.

Le texte grec parle d’une pro­phé­tesse. Ce terme désigne, comme en Ésaïe (És 8.3), la femme du pro­phète. Cepen­dant, dans le livre de l’Exode, le mot pro­phé­tesse est attri­buée à Myriam, sœur de Moïse. Dans le livre des Juges (Jg 4.4), Débo­rah est qua­li­fiée ain­si, de même Houl­da au livre des Rois (2R 22.14).

Dans le contexte de l’évangile de Luc des récits d’enfance, comme on peut le voir avec Éli­sa­beth, Marie et Zacha­rie, le pro­phé­tisme est omni­pré­sent, et ce pas­sage ne fait pas excep­tion : Anne est pro­phé­tesse et, comme Myriam à la sor­tie d’Égypte (Ex 15.20–21), elle chante la déli­vrance d’Israël sur les chars de Pha­raon.

Le nom de Anne nous ren­voie éga­le­ment à la mère du pro­phète Samuel (1S 1–2). Elle fut celle, qui dans l’humiliation, eut la faveur de Dieu qui mit fin à sa sté­ri­li­té et lui don­na un fils, Samuel. Ce der­nier, met­tra fin aux exac­tions des prêtres de Silo et intro­dui­ra la Royau­té, notam­ment avec l’onction de David (1S 13). Luc avait d’ailleurs emprun­té de nom­breux pas­sages du can­tique d’Anne (1S 2.1–10) pour le mag­ni­fi­cat de Marie (1.46–56).

La délivrance d’Israël

Anne est dépeinte sous les traits d’une per­sonne très âgée (pour l’époque) et d’une veuve n’ayant connu que sept ans de mariage. À elle seule, elle repré­sente cette longue attente d’Israël pour l’avènement d’un sau­veur, de l’époux escha­to­lo­gique.

Le nombre 84 repré­sente la mul­ti­pli­ca­tion des chiffres 7 (l’accomplissement) et 12 (Israël).

De même, Luc la situe nuit et jour dans le Temple, à ser­vir le Sei­gneur – comme le fai­sait éga­le­ment le jeune Samuel (1S 3.1) au temps où la parole du Sei­gneur était rare et la vision peu répan­due.

La pré­sence de Jésus au Temple vient donc inau­gu­rer un temps nou­veau espé­ré, pour la déli­vrance d’Israël.

Je lis au ver­set 39 :

À Nazareth (2.39–40)

39Lorsqu’ils eurent tout accom­pli selon la loi du Sei­gneur, ils retour­nèrent en Gali­lée, à Naza­reth, leur ville.

40Or le petit enfant gran­dis­sait et se for­ti­fiait ; il était rem­pli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui.

La finale de ce pas­sage n’est pas sans rap­pe­ler la conclu­sion du can­tique de Zacha­rie à pro­pos de Jean-Bap­tiste :

1.80 L’enfant gran­dis­sait et son esprit se for­ti­fiait. Il alla vivre au désert jusqu’au jour où il se fit connaître à Israël.

Les deux phrases sont proches, mais Luc ajoute, à pro­pos de Jésus, la sagesse et la grâce.

Comme pour Jean, Luc sou­ligne la crois­sance de l’enfant au milieu de son peuple : Jésus doit lui aus­si gran­dir et se for­ti­fier, comme tout enfant de son âge ; tout n’est pas acquis d’avance ; cette matu­ra­tion est ici syno­nyme d’épa­nouis­se­ment.

L’enfant est asso­cié à la sagesse et à la grâce : La sagesse, au sein du Judaïsme, repré­sente la connais­sance de Dieu, l’attention à la Parole de Dieu (Pr 1.1–2) ; elle est ain­si sou­vent asso­ciée à sa jus­tice (Ps 36.30) et à la crainte du Sei­gneur (Ps 111.10).

La sagesse ne repré­sente pas seule­ment une qua­li­té humaine mais un sur­tout un don de Dieu, comme l’éclaire aus­si le terme de grâce.

Pour Luc, c’est déjà dans cette peti­tesse que Dieu, en son Fils (2.1ss) se mani­feste et demeure au milieu des siens, dans le petit vil­lage, sans renom­mée, de Naza­reth. Ces quelques ver­sets de Luc expriment ain­si tout l’humilité de Dieu.

Conclusion

En conclu­sion je dirai ceci.

Siméon repré­sente le peuple d’Israël dont la voca­tion a été d’apporter le Mes­sie, et donc le Salut au monde.

Jésus dira plus tard – c’est dans l’évangile de Jean – que « le salut vient des juifs ».

Il nous faut avoir cette image magni­fique de Siméon por­tant l’enfant Jésus dans ses bras, tan­dis qu’il adresse à Dieu cette parole dans une prière que nous pou­vons faire notre désor­mais :

29Maintenant, Maître, tu laisses ton ser­vi­teur

S’en aller en paix selon ta parole.

30 Car mes yeux ont vu ton salut,

31Que tu as pré­pa­ré devant tous les peuples,

32 Lumière pour éclai­rer les nations

Et gloire de ton peuple, Israël.

Une prière en forme de béné­dic­tion qui nous rap­pelle que Christ est notre paix.

Je ter­mine avec ces mots du Caté­chisme de Hei­del­berg qui semblent faire échos aux paroles de Siméon :

Quelle est ton unique conso­la­tion dans la vie comme dans la mort ?

Mon unique conso­la­tion, c’est que, dans la vie comme dans la mort, j’ap­par­tiens, corps et âme, non pas à moi-même, mais à Jésus-Christ, mon fidèle Sau­veur :

  • par son sang pré­cieux, il a tota­le­ment payé pour tous mes péchés et m’a déli­vré de toute puis­sance du diable ;
  • il me garde si bien qu’il ne peut tom­ber un seul che­veu de ma tête sans la volon­té de mon Père qui est dans les cieux,
  • et que toutes choses doivent concou­rir à mon salut.
  • C’est pour­quoi, par son Saint-Esprit, il m’as­sure la vie éter­nelle et me rend prêt et dis­po­sé à vivre désor­mais pour lui, de tout mon cœur.

Amen !


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