Jean 1.8ss : « Ce Messie que vous ne connaissez pas ! » – Vincent Bru (prédication)

Dimanche 17 décembre 2023 – 3e dimanche de l’Avent

Pas­teur Vincent Bru, N’Djaména (Tchad)

Autres textes : Ésaïe 61.1–2a, 10–11 ; 1 Thes­sa­lo­ni­ciens 5.16–24

6 Il y eut un homme envoyé par Dieu, du nom de Jean.

Dimanche der­nier nous nous sommes pen­chés sur le per­son­nage de Jean-Bap­tiste à tra­vers ce qu’en dit le pre­mier cha­pitre de l’évangile de Marc.

Per­son­nage au cha­risme décoif­fant, vêtu de poils de cha­meau, prê­chant le bap­tême de repen­tance dans le désert.

Nous sommes loin ici de notre socié­té mar­chande.

Et cela fait du bien de se recen­trer ain­si sur l’essentiel.

J’avais un ami autre­fois qui par­lait de se recen­trer dans le sens du ver­ti­cal !

Le sens du ver­ti­cal : c’est tout-à-fait ça !

C’est de cela dont il est ques­tion pen­dant cette période de l’Avent, et c’est de cela dont nous avons besoin, dont l’homme moderne a besoin, sans qu’il le sache.

Retour au désert, à la source, pour ren­con­trer Dieu dans le dénue­ment, les mains vides, sans arti­fices, sans faux-sem­blants…

Est-ce bien là aus­si votre état d’esprit ce matin ? Soyez hon­nêtes avec vous-mêmes !

Êtes-vous vrai­ment prêts à ren­con­trer Dieu ? A vous lais­ser sur­prendre par Lui, à vous lais­ser chan­ger aus­si s’il le faut ? A chan­ger votre men­ta­li­té, votre façon de pen­ser, votre façon de vivre aus­si ?

« Avent » signi­fie venue, ou avè­ne­ment, et avec la nais­sance de Jésus, c’est bien de la venue de Dieu lui-même dont il s’agit.

A Noël, Dieu vient à notre ren­contre, il vient nous ren­con­trer pour nous sau­ver.

Il vient pour bous­cu­ler nos habi­tudes, pour nous sur­prendre, et pour nous révé­ler qui il est véri­ta­ble­ment, lui, la lumière du monde. La seule vraie lumière.

« il en est un que vous ne connaissez pas » !

Au ver­set 26 le texte dit :

« Au milieu de vous, il en est un que vous ne connais­sez pas… »

Il peut paraître assez étrange que Jean-Bap­tiste dise cela aux spé­cia­listes de la Loi qu’étaient les pha­ri­siens, les théo­lo­giens dument auto­ri­sés de l’époque, avec aus­si les prêtres, Lévites et sacri­fi­ca­teurs.

Tout ce beau monde qui est venu inter­ro­ger Jean-Bap­tiste sur son iden­ti­té, tout ce beau monde revê­tu non pas de poils de cha­meau mais de toute l’aura d’une ins­ti­tu­tion mul­ti­sé­cu­laire, avec tout leur savoir, toute leur intel­li­gence, tous leurs diplômes, toutes leurs connais­sances, avec sur­tout leurs idées pré­con­çues, leurs idées toute faites, bien fice­lées, bien pha­go­cy­tées du Mes­sie : il fal­lait que le Mes­sie soit comme ceci ou comme cela, et pas autre­ment !

Tout ce beau monde me fait pen­ser à bien des théo­lo­giens aujourd’hui pour qui les contours de la foi chré­tienne doivent néces­sai­re­ment s’inscrire dans les limites de notre rai­son : un chris­tia­nisme rai­son­nable, pour gens rai­son­nables, un Christ humain, un maître de sagesse, un guide, mais cer­tai­ne­ment pas Dieu lui-même, comme l’affirme pour­tant le sym­bole de Nicée.

Un tel dit être un adepte de la « chris­to­lo­gie d’en bas » qui s’oppose à la « chris­to­lo­gie d’en haut » : un Christ à notre por­tée dont il s’agit de s’inspirer, de suivre l’exemple, enfin, jusqu’à un cer­tain point tout de même ! L’homme moderne n’est-il pas sen­sé être beau­coup plus intel­li­gent que l’humanité pri­mi­tive de l’époque du Christ et des Apôtres ?

Je pense aus­si à toutes ces pré­ten­dues vies de Jésus qui ont fleu­ries au 19e siècle. C’était un phé­no­mène de mode, et il s’agissait, à la suite du phi­lo­sophe ratio­na­liste Ernest Renan de ten­ter de déga­ger le véri­table Jésus, le Jésus his­to­rique, par-delà la gangue mytho­lo­gique du récit des évan­giles : Christ de la foi ou Jésus de l’histoire ? Comme s’il ne pou­vait en aucun cas s’agir du même Jésus ? Du même Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme à la fois !

Notre texte nous invite à nous lais­ser sur­prendre et à rece­voir la révé­la­tion de Dieu, à rece­voir le Christ de l’Écriture, et l’Écriture du Christ, car autre­ment, ce serait pas­ser à côté de l’essentiel, ce serait ima­gi­ner au autre Mes­sie, un faux Mes­sie, un Mes­sie de paille comme le sont trop sou­vent ceux de l’imagination débri­dée de l’homme moderne.

« Au milieu de vous, il en est un que vous ne connais­sez pas… »

« envoyé par Dieu »

Je lis au ver­set 6 :

6 Il y eut un homme envoyé par Dieu, du nom de Jean.

La pre­mière chose que l’on doit dire au sujet de Jean-Bap­tiste c’est que cet homme a été « envoyé par Dieu ».

C’est ce que le texte dit.

Il faut com­prendre que dès lors que l’on admet l’existence de Dieu, alors tout est pos­sible, car rien n’est impos­sible à Dieu.

Aus­si quand la Bible dit que Dieu a envoyé Jean, comme il a envoyé tant de pro­phètes avant lui, comme il a envoyé son Mes­sie après lui, comme le Christ a envoyé les Apôtres après sa résur­rec­tion, alors c’est que c’est vrai.

C’est quelque chose qu’il nous faut rece­voir dans la foi.

Parce que c’est là l’essence même de la foi chré­tienne.

Fides qua­rens intel­lec­tum disait Saint Anselme : la foi en quête d’intelligence.

La foi est pre­mière, l’intelligence suit.

Les deux ensemble, mais la foi d’abord !

« témoin »

Ver­set 7 :

7 Il vint comme témoin pour rendre témoi­gnage à la lumière, afin que tous croient par lui.

Notez bien l’expression « témoin » : Jean est envoyé par Dieu pour rendre témoi­gnage à la lumière.

Le verbe « témoi­gner » est un verbe sou­vent uti­li­sé dans un contexte judi­ciaire : Jean est appe­lé à être témoin en faveur de la cause du Christ. Le dia­logue avec les auto­ri­tés reli­gieuses est d’ailleurs construit comme un véri­table inter­ro­ga­toire lors d’un pro­cès avec dans le boxe des accu­sés : Jean-Bap­tiste. Qui est-il donc ?

« à la lumière »

7 Il vint comme témoin pour rendre témoi­gnage à la lumière, afin que tous croient par lui.

Jean-Bap­tiste a été envoyé par Dieu pour rendre témoi­gnage à la lumière. La lumière !

On pense ici à la parole de Jésus : « Je suis la lumière du monde » (Jn 8.12 ; 9.5)

Ou encore dans ce même cha­pitre 1 :

1 Au com­men­ce­ment était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu. 2Elle était au com­men­ce­ment avec Dieu. 3Tout a été fait par elle, et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans elle. 4En elle était la vie, et la vie était la lumière des hommes. 5La lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas accueillie.

Ver­set 8 :

8 Il n’é­tait pas la lumière, mais (il vint) pour rendre témoi­gnage à la lumière.

Évi­dem­ment, l’intention de l’évangéliste ici, l’apôtre Jean, c’est de bien nous faire com­prendre que nos regards doivent se por­ter sur le Christ, non sur son témoin.

Vous connais­sez le pro­verbe : « Quand le sage montre la lune avec son doigt, le fou regarde le doigt » !

N’avons-nous pas la fâcheuse ten­dance de détour­ner nos regard de l’essentiel, sou­vent, pour nous arrê­ter à des choses futiles et sans grand inté­rêt, par­fois inten­tion­nel­le­ment, pour ne pas avoir à nous remettre en ques­tion ?

L’espérance messianique

Ver­set 19 :

19 Voi­ci le témoi­gnage de Jean, lorsque les Juifs envoyèrent de Jéru­sa­lem des sacri­fi­ca­teurs et des Lévites pour lui deman­der : 20 Toi, qui es-tu ? Il confes­sa sans le nier, il confes­sa : Moi, je ne suis pas le Christ.

Les ques­tions posées à Jean-Bap­tiste reflètent bien l’é­tat d’es­prit qui régnait en Israël au moment de la venue du Christ : visi­ble­ment, on atten­dait le Mes­sie de façon très pro­chaine ; et dans cer­tains milieux, au moins, cette attente était deve­nue une impa­tience, si bien que dans les der­nières décen­nies avant la venue du Christ, on a cru plu­sieurs fois le recon­naître enfin ; et de toute évi­dence, Jean-Bap­tiste jouis­sait d’une répu­ta­tion telle qu’on s’est posé la ques­tion à son sujet.

Tout le monde atten­dait, oui, mais tout le monde n’attendait pas la même chose, ou le même per­son­nage : c’est pour cela que les ques­tions se bous­culent

Les pre­miers à inter­ro­ger Jean-Bap­tiste sont des prêtres, des « sacri­fi­ca­teurs et des Lévites ».

Ils ont été envoyés par « les juifs », expres­sion qui désigne pro­ba­ble­ment les membres du San­hé­drin avec à leur tête les sadu­céens. N’oublions pas que ce sont eux qui plus tard livre­ront Jésus au romains.

Plus loin dans notre texte il est aus­si ques­tion des pha­ri­siens.

Tout ce monde-là atten­dait le Mes­sie, avec plus ou moins d’impatience.

On sait que c’était plus par­ti­cu­liè­re­ment le cas des pha­ri­siens qui étaient ani­més d’une espèce de « fièvre escha­to­lo­gique », une impa­tience fié­vreuse, une attente que l’on pour­rait qua­li­fier d’exacerbée, tel­le­ment il était urgent pour eux que Dieu accom­plisse enfin ses pro­messes au sujet du Mes­sie.

Je pense à deux textes en par­ti­cu­lier qui sont men­tion­nés, au moins impli­ci­te­ment, dans les ver­sets qui suivent.

Malachie 3.23–24

Le pre­mier c’est Mala­chie 3.23–24 :

23 Voi­ci : moi-même je vous enver­rai

Le pro­phète Élie

Avant la venue du jour de l’É­ter­nel,

(Jour) grand et redou­table.

24Il ramè­ne­ra le cœur des pères à leurs fils

Et le cœur des fils à leurs pères,

De peur que je ne vienne frap­per le pays d’in­ter­dit.

Tels sont les toutes der­nières paroles du der­nier des pro­phètes de l’Ancien Tes­ta­ment pro­non­cées plus de 400 ans de cela.

Mala­chie, 5e siècle avant Jésus-Christ, annonce la venue du pro­phète Élie, un nou­vel Élie, un pro­phète comme Élie.

400 ans de silence, cela com­mence à faire !

Avec en plus de cela la domi­na­tion romaine : quel hori­zon res­tait-il au peuple juif ?

Et le Mes­sie qui se fait attendre : roi ou pro­phète ? Ou bien les deux peut-être bien ? Un roi-pro­phète ?

Nous savons aujourd’hui que le Mes­sie est en réa­li­té tout-à-la fois pro­phète, prêtre et roi.

Mais à ce moment-là, com­ment savoir ?

Pour cer­tains il devait être un roi, un nou­veau David, un chef de guerre pour­quoi pas, venu pour chas­ser l’occupant romain, et libé­rer son peuple de l’esclavage, comme au temps de l’Exode.

Pour d’autres, il devait être un guide spi­ri­tuel, venu pour rame­ner le peuple aux exi­gences de la Loi de Moïse, à la tra­di­tion, aux direc­tives de l’alliance.

Se pou­vait-il qu’il soit plus que cela ? Se peut-il qu’il soit plus que ce que nous pen­sons par­fois ? Que ce que cer­tains pensent ?

Tout ce monde-là était bien loin de s’imaginer que le Mes­sie serait Dieu lui-même.

Deutéronome 18

Le deuxième texte que tout juif pieux connais­sait bien et qui nour­ris­sait l’attente d’Israël, c’est

Deu­té­ro­nome 18 :

15 L’É­ter­nel, ton Dieu, te sus­ci­te­ra du milieu de toi, d’entre tes frères, un pro­phète comme moi : vous l’é­cou­te­rez ! 16C’est là tout ce que tu as deman­dé à l’É­ter­nel, ton Dieu, à Horeb, le jour du ras­sem­ble­ment, quand tu disais : Que je ne conti­nue pas à entendre la voix de l’É­ter­nel, mon Dieu, et que je ne voie plus ce grand feu, afin de ne pas mou­rir. 17L’Éternel me dit : Ce qu’ils ont dit est bien. 18Je leur sus­ci­te­rai du milieu de leurs frères un pro­phète comme toi, je met­trai mes paroles dans sa bouche, et il leur dira tout ce que je lui com­man­de­rai. 19Et si quel­qu’un n’é­coute pas mes paroles qu’il dira en mon nom, c’est moi qui lui en deman­de­rai compte.

Vous voyez qu’ici il est ques­tion d’un pro­phète comme Moïse, autant dire un nou­veau Moïse.

Alors on com­prend mieux les ver­sets sui­vants que je vous lis :

« je ne suis pas le Messie »

21 Et ils lui deman­dèrent : Quoi donc ? Es-tu Élie ? Et il dit : Je ne le suis pas. Es-tu le pro­phète ? Et il répon­dit : Non.

Élie fait réfé­rence à la pro­phé­tie de Mala­chie, et l’expression « le pro­phète » à Deu­té­ro­nome 18.15 et 18.

A ces deux ques­tions Jean-Bap­tiste répond non. Il n’est ni l’un ni l’autre. Il n’est pas le Mes­sie, mais seule­ment son témoin.

L’objectif de ces ver­sets est double : ils per­mettent de rela­ti­vi­ser l’action du bap­tiste à la figure, bien­tôt dévoi­lée, de Jésus-Christ.

Tout ce que Jean n’est pas, Jésus en assu­me­ra l’identité : le Christ des­ti­né à sau­ver Israël ; le pro­phète Élie dont le retour est annon­cé pour le Jour du Juge­ment (Ml 3,23) ; le Pro­phète comme Moïse, pro­mis par Dieu (Dt 18,15).

En Luc 4, ver­set 16, au tout début de son minis­tère public, on voit Jésus entrer dans une syna­gogue, et là, il ouvre le livre du pro­phète Ésaïe, il lit :

18 L’Es­prit du Sei­gneur est sur moi,

Parce qu’il m’a oint

[Pour gué­rir ceux qui ont le cœur bri­sé  ;]

Pour annon­cer la bonne nou­velle aux pauvres ;

Il m’a envoyé pour pro­cla­mer aux cap­tifs la déli­vrance,

Et aux aveugles le recou­vre­ment de la vue,

Pour ren­voyer libres les oppri­més,

19 Pour pro­cla­mer une année de grâce du Sei­gneur .

Ver­set 20 :

20Puis il rou­la le livre, le ren­dit au ser­vi­teur et s’as­sit. Les yeux de tous, dans la syna­gogue, étaient fixés sur lui.

21 Alors il se mit à leur dire : Aujourd’­hui cette (parole de l”) Écri­ture, que vous venez d’en­tendre, est accom­plie.

Il faut bien com­prendre la dif­fé­rence entre Jésus et Jean-Bap­tiste : là où le Christ dit « aujourd’hui cette parole est accom­pli », Jean dit : « il vient après moi celui qui est plus puis­sant que moi… »

Jean se pré­sente sim­ple­ment comme le témoin de foi annon­cé par Ésaïe et pré­pa­rant le peuple à la venue de ce Christ des der­niers temps.

Ésaïe 40 : voix dans le désert

Ver­set 22 :

22 Ils lui dirent alors : Qui es-tu ? afin que nous don­nions une réponse à ceux qui nous ont envoyés ; que dis-tu de toi-même ?

23 Il dit :

Je suis la voix de celui qui crie dans le désert :

Ren­dez droit le che­min du Sei­gneur,

comme a dit le pro­phète Ésaïe.

Notez bien que ce n’est pas dans la figure du pro­phète Élie que Jean-Bap­tiste se recon­nait, pas plus que dans celle du nou­veau Moïse, mais dans la parole pro­phé­tique du livre d’Ésaïe, que nous avons lu dimanche der­nier. Voix qui crie dans le désert : ren­dez droit le che­min du Sei­gneur !

Chez Ésaïe, c’était une annonce de la libé­ra­tion pro­chaine du peuple exi­lé à Baby­lone : le Sei­gneur allait venir lui-même prendre la tête de son peuple et le rame­ner sur sa terre.

Par la suite, ce texte avait été relu comme une annonce de la venue du Mes­sie, et c’est bien dans ce sens là que Jean-Bap­tiste le cite : le Mes­sie est proche, lui-même (Jean) est seule­ment la voix qui l’annonce.

Au tour des pharisiens

Ver­set 24, les pha­ri­siens insistent à leur tour :

24 Ceux qui avaient été envoyés étaient des Pha­ri­siens. 25Ils l’in­ter­ro­gèrent et lui dirent : Pour­quoi donc bap­tises-tu, si tu n’es pas le Christ, ni Élie, ni le pro­phète ?

Jean leur répon­dit : 26Moi, je bap­tise dans l’eau ; au milieu de vous, il en est un que vous ne connais­sez pas et qui vient après moi ; 27je ne suis pas digne de délier la cour­roie de sa san­dale.

Et enfin le ver­set 28 :

28 Cela se pas­sait à Bétha­nie, au-delà du Jour­dain, où Jean bap­ti­sait.

Ain­si, Jean annonce la venue immi­nente (il vient après moi dit Jean), d’un mes­sie si grand que lui-même ne méri­te­rait pas l’honneur de délier la cour­roie de sa san­dale.

Son bap­tême n’est rien à l’approche de sa venue.

Pour Jean, le Christ qui vient, est celui que les Pha­ri­siens ne connaissent pas.

« Au milieu de vous, il en est un que vous ne connais­sez pas et qui vient après moi »

Autre­ment dit, ces Pha­ri­siens, et bien d’autres, comme bien des chré­tiens aujourd’hui aus­si, et bien des théo­lo­giens, ces pha­ri­siens devront se défaire de leurs propres repré­sen­ta­tions du Mes­sie, en l’occurrence ici d’un Christ au bras armé et au juge­ment sévère, et ils auront tout à apprendre de lui, comme nous avons tout à apprendre de lui.

N’en sommes-nous pas là nous aus­si en un sens ? Quel est notre Mes­sie, le Mes­sie que nous ima­gi­nons, le Mes­sie auquel nous vou­lons bien croire ?

Est-il vrai­ment le véri­table Mes­sie, celui de la révé­la­tion ? Celui de la Sainte Écri­ture ? Celui de la Bible ?

C’est une vraie ques­tion !

La nuit de la foi

Il nous faut reve­nir un ins­tant sur le per­son­nage de Jean-Bap­tiste car il en dit long aus­si sur nous-mêmes et sur la réa­li­té de la vie de la foi.

Notez que Jean-Bap­tiste lui-même, au moment où il est inter­ro­gé sur son iden­ti­té et sur la venue du Mes­sie, semble ne pas le connaître encore.

Il le dit expli­ci­te­ment quelques ver­sets plus loin : c’est seule­ment lorsque Jésus s’est pré­sen­té à lui pour lui deman­der le bap­tême que Jean-Bap­tiste a eu la cer­ti­tude qu’il était le Mes­sie.

Ver­set 33 :

33et moi, je ne le connais­sais pas, mais celui qui m’a envoyé bap­ti­ser d’eau m’a dit : Celui sur qui tu ver­ras l’Es­prit des­cendre et demeu­rer, c’est lui qui bap­tise d’Es­prit Saint. 34Et moi, j’ai vu et j’ai ren­du témoi­gnage que c’est lui le Fils de Dieu.

Ce qui veut dire que Jean-Bap­tiste a connu ce que nous appe­lons quel­que­fois la nuit de la foi : il a com­men­cé à annon­cer la pré­sence de Jésus au milieu des hommes avant même de l’avoir recon­nu dans sa plé­ni­tude.

Le vrai prophète !

Mais n’est-ce pas à cela que l’on recon­naît le vrai pro­phète ? Le vrai pas­teur aus­si…

Tout d’abord, il pour­suit sa mis­sion, même dans la nuit… car ce qui compte avant tout, c’est que les hommes croient : « Il est venu comme témoin, pour rendre témoi­gnage à la Lumière, afin que tous croient par lui. »

On retrouve là une très grande insis­tance de l’apôtre Jean tout au long de son évan­gile : « afin que tous croient ».

Tout ce qui est écrit dans la Bible et dans les évan­giles en par­ti­cu­lier, l’a été afin que nous croyons que Jésus est véri­ta­ble­ment ce qu’il a pré­ten­du être, le Christ-Sau­veur.

La mis­sion des pas­teurs aujourd’hui est la même car « la foi vient de ce qu’on entend, et ce qu’on entend vient de la Parole de Dieu », selon l’apôtre Paul.

Deuxiè­me­ment, le vrai pro­phète, mais on peut en dire autant du vrai pas­teur, du vrai théo­lo­gien, du vrai homme de Dieu, ne nous attire pas vers lui-même, ni même vers une sagesse d’homme, une sagesse humaine, mais vers celui qu’il annonce : Jean-Bap­tiste remet bien les choses en place, car si c’est vers lui que les foules viennent, il les dirige aus­si­tôt vers le Christ.

Il ne se pré­sente pas en por­teur de la véri­té, mais il tourne les cœurs vers la véri­té.

Conclusion

J’aimerais en conclu­sion insis­ter sur ce der­nier point.

L’Église tra­verse, à bien des égards, depuis plu­sieurs décen­nies déjà une crise, dont il nous faut com­prendre les rai­sons.

Avec l’avènement de l’humanisme athée, vous savez cette espèce de reli­gion de l’homme, une reli­gion sans prêtres et sans Mes­sie où l’homme pré­tend être son propre sau­veur…, plu­sieurs ont été ten­té d’accommoder le mes­sage de l’Évangile, de mettre la foi chré­tienne au gout du jour.

En un sens la ten­ta­tion a tou­jours exis­té, mais aujourd’hui, c’est beau­coup plus grave en un sens.

Car s’il s’agit de suivre les modes, alors on risque fort d’être entraî­nés par de forts cou­rants bien loin de la radi­ca­li­té du mes­sage de l’Évangile du Christ Sau­veur, vrai Dieu et vrai homme.

Le « wokisme » a gagné une par­tie de la chré­tien­té, de la civi­li­sa­tion chré­tienne.

On le dit de l’Église d’Angleterre, l’Église Angli­cane, pour une par­tie non négli­geable de cette bonne vieille ins­ti­tu­tion en tout cas.

On le dit de bien des églises his­to­riques, les églises dites luthé­ro-réfor­mées… et ce même risque, cette même ten­ta­tion existe aus­si, bien que de façon moins pro­non­cée aujourd’hui, dans les églises de la mou­vance évan­gé­liques, qui ne sont pas à l’abri de tout ceci.

L’Église catho­lique résiste assez bien au moder­nisme, soi-disant pro­gres­siste, du fait du poids de la Tra­di­tion et du Magis­tère. Et c’est tant mieux ! Mais elle n’est pas non plus au-des­sus de la ten­ta­tion.

Le résul­tat c’est que l’on se retrouve par­fois avec un Christ rabou­gri comme le disait le regret­té pas­teur Pierre Mar­cel, un Mes­sie racor­ni, un chris­tia­nisme à la dérive, c’est l’expression qu’il uti­lise dans « Face à la cri­tique, Jésus et les apôtres ».

Notre texte nous met en garde : il est pos­sible de pas­ser à côté de la véri­té, à côté de la vraie foi, à côté du véri­table Mes­sie, tout en pré­ten­dant le connaître, pour­tant.

Il faut se méfier des idées toute faites, des conclu­sions trop logiques, des théo­lo­gies trop savantes aus­si…

Ver­set 26 :

26Moi, je bap­tise dans l’eau ; au milieu de vous, il en est un que vous ne connais­sez pas et qui vient après moi…

« Au milieu de vous, il en est un que vous ne connais­sez pas… »

Semper Reformanda

Il y a un adage auquel les pro­tes­tants sont sen­sés être très atta­chés, mais qui est sou­vent mal com­pris.

« L’Église réfor­mée, tou­jours à réfor­mer » !

Aujourd’hui on le cite à tout de champ pour dire que l’Église doit se réfor­mer en sui­vant les modes, les évo­lu­tions socié­tales, ou pré­ten­dues telles…

Les évo­lu­tions socié­tales que l’on connaît aujourd’hui… Dois-je les men­tion­ner ?! Vous les connais­sez.

Alors on nous parle d’une Église ouverte au monde, de com­mu­nau­tés « inclu­sives », où il s’agit d’inclure tout le monde, y com­pris, et sur­tout, le péché

Or, comme le disait si bien l’écrivain catho­lique anglais du siècle der­nier, Ches­ter­ton : « Nous ne vou­lons pas, comme le disent les jour­naux, d’une Église qui suive le monde, nous vou­lons d’une Église qui entraîne le monde. »

Je pense aus­si ici à ce qu’écrivait déjà à l’époque le pas­teur Pierre Mar­cel dans les années 80 :

« Incroyable, mais vrai : on offre pour remède à l’homme-moderne ce qu’on croit qu’il est deve­nu : on se fait le porte-parole de son idéo­lo­gie et de ses misères. Si le monde et pré­sent dans l’Église, com­ment l’Église peut-elle être pré­sente au monde ? – Les dif­fi­cul­tés de l’homme-moderne à rece­voir l’Évangile sont celles de tous les temps. Il y faut la repen­tance et la foi, par la puis­sance de l’Esprit Saint. Mais l’Esprit n’a pas de place dans la nou­velle théo­lo­gie ! » (Face à la cri­tique, Jésus et les Apôtres, Labor & Fides, p. 149)

Selon la Parole de Dieu !

« L’Église réfor­mée, tou­jours à réfor­mer » !

Ce qu’il faut dire ici, c’est qu’en réa­li­té la for­mule entière c’est plus exac­te­ment : « L’Église réfor­mée tou­jours à réfor­mer selon la Parole de Dieu » !

Les cinq der­niers mots sont essen­tiels. Sans eux la for­mule ne veut stric­te­ment, plus rien dire du tout.

Les Réfor­ma­teur ont cher­ché à remettre l’Église sur le moule de la Parole de Dieu.

L’Église était défor­mée, il fal­lait donc la re-for­mer. C’est le sens même du mot « Réfor­ma­tion », ou re-for­ma­tion.

Qu’en est-il aujourd’hui des ins­ti­tu­tions ecclé­siales ?

Où est l’autorité de la Parole de Dieu ?

Où est le Christ de l’Écriture Sainte ? Où est notre obéis­sance à celui-ci ? Où est la Foi de l’Église ?

Ce temps de l’Avent nous invite à faire table rase de nos infi­dé­li­tés, hypo­cri­sies, héré­sies, apos­ta­sies…

Il s’agit de reve­nir à la source, au désert, dans un tête-à-tête avec le Dieu vivant et vrai, afin de rece­voir sa révé­la­tion d’un cœur sin­cère, aimant, libre, joyeux, recon­nais­sant et obéis­sant.

« La lumière est venue chez les siens, mais les siens ne l’ont pas reçue » !

Noël nous invite à rece­voir la lumière venue d’en haut, alors lais­sons-nous sur­prendre comme tout à nou­veau.

Dans la foi !

Amen.

Pas­teur Vincent Bru


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