Pharisien et publicain

Luc 18.9–14 : « Dieu, sois apaisé envers moi, pécheur ! » (Vincent Bru)

Dimanche 26 octobre – Année C

Culte de la Réfor­ma­tion

Texte cen­tral : Luc 18.9–14 – « Dieu, sois apai­sé envers moi, pécheur »

Thème : La jus­ti­fi­ca­tion par la grâce seule

Lectures de la Bible

Première lecture – Exode 17.8–13 [Catholiques romains : Ben Sira le Sage 35.15b-17.20–22a1]

Résu­mé :
Alors qu’Israël che­mine dans le désert, Ama­lec attaque le peuple. Moïse, sur la col­line, élève les mains pen­dant que Josué com­bat dans la plaine. Tant que les mains de Moïse res­tent levées, Israël est vic­to­rieux ; quand elles s’abaissent, Ama­lec prend le des­sus. Aaron et Hour sou­tiennent alors ses bras, et la vic­toire est don­née par Dieu.

Théo­lo­gie :
Ce récit mani­feste que la vic­toire du peuple de Dieu ne dépend pas de la force humaine, mais du secours divin invo­qué dans la prière. Les bras levés de Moïse sym­bo­lisent la dépen­dance abso­lue à Dieu : c’est Lui qui com­bat pour son peuple. La prière per­sé­vé­rante et com­mu­nau­taire (Moïse, Aaron, Hour, Josué) obtient la déli­vrance.

Psaume 34 (33 Bibles catholiques)

Résu­mé :
Le psal­miste bénit le Sei­gneur sans cesse, car Il écoute le cri des pauvres et les délivre de leurs angoisses. Le Sei­gneur est proche du cœur bri­sé et sauve ceux qui ont l’esprit abat­tu.

Théo­lo­gie :
Le psaume répond par­fai­te­ment à la scène d’Exode 17 : c’est dans la sup­pli­ca­tion et la confiance que le Sei­gneur agit. Le com­bat de la foi ne se gagne pas par la puis­sance mais par la prière confiante du juste. Dieu écoute les humbles et les sou­tient au jour du com­bat.

Deuxième lecture – 2 Timothée 4.6–8.16–18

Résu­mé :
Paul, proche de la mort, contemple son minis­tère comme un com­bat ache­vé. Il a gar­dé la foi et attend désor­mais la cou­ronne de jus­tice que lui don­ne­ra le « juste juge ». Aban­don­né des hommes, il confesse que le Sei­gneur l’a assis­té et l’a déli­vré de tout mal.

Théo­lo­gie :
Paul vit ce qu’a figu­ré Moïse : un com­bat spi­ri­tuel sou­te­nu par Dieu. La vic­toire n’est pas triom­pha­lisme, mais fidé­li­té per­sé­vé­rante dans la foi. Comme Moïse sou­te­nu par Aaron et Hour, Paul est por­té par la grâce du Sei­gneur au cœur de la soli­tude. Le Sei­gneur, juste juge, donne la cou­ronne non aux par­faits, mais à ceux qui per­sé­vèrent hum­ble­ment dans la foi.

Évangile – Luc 18.9–14

Résu­mé :
Deux hommes montent au Temple pour prier : un pha­ri­sien satis­fait de lui-même, et un publi­cain conscient de sa misère. Jésus déclare que le publi­cain, non le pha­ri­sien, rentre chez lui jus­ti­fié. « Qui s’élève sera abais­sé ; qui s’abaisse sera éle­vé. »

Théo­lo­gie :
L’humilité du publi­cain rejoint la prière de Moïse et de Paul : le salut est don de Dieu, non résul­tat de la per­for­mance humaine. Celui qui s’abandonne à Dieu dans la véri­té de sa fai­blesse reçoit la vic­toire de la grâce.


Lien théologique entre les lectures

Toutes les lec­tures pro­clament une même véri­té : la puis­sance de Dieu se mani­feste dans la fai­blesse de ceux qui se confient en Lui.

  • Exode 17 montre la vic­toire d’Israël non par les armes mais par la prière per­sé­vé­rante.
  • Le psaume 33 chante la fidé­li­té de Dieu envers les pauvres qui crient vers Lui.
  • 2 Timo­thée 4 illustre cette véri­té dans la vie de Paul : seul et faible, il triomphe par la fidé­li­té de Dieu.
  • Luc 18 révèle la source de cette vic­toire : la jus­ti­fi­ca­tion par la grâce, reçue dans l’humilité du cœur.

La prière de Moïse, la per­sé­vé­rance de Paul et l’humilité du publi­cain sont trois visages d’une même foi : celle qui s’élève vers Dieu, non pour reven­di­quer des mérites, mais pour rece­voir la misé­ri­corde.


Thème unique du dimanche

« Dieu élève les humbles et écoute la prière de celui qui se recon­nait pécheur. »
ou
« La vraie jus­tice naît de l’humilité du cœur. »

Ce dimanche pro­clame la bonne nou­velle de la gra­tui­té de la grâce divine : Dieu jus­ti­fie non pas celui qui se croit juste, mais celui qui recon­naît sa misère. C’est la logique de la misé­ri­corde — celle du Dieu qui se penche sur les petits, comme sur Paul au soir de sa vie, comme sur le publi­cain au Temple, et comme sur tout croyant qui prie du fond de sa pau­vre­té :
« Mon Dieu, montre-toi favo­rable au pécheur que je suis. »


Proposition de Sermon : « Dieu, sois apaisé envers moi, pécheur ! »

Introduction

Frères et sœurs,
en ce jour de la Réfor­ma­tion, nous nous sou­ve­nons de cette véri­té que Dieu a fait res­plen­dir de nou­veau au XVIᵉ siècle : le juste vivra par la foi (Romains 1.17). Ce cri de l’apôtre Paul, redé­cou­vert par Mar­tin Luther, a reten­ti comme un ton­nerre spi­ri­tuel dans une Église obs­cur­cie par la peur et la super­sti­tion. L’homme cher­chait son salut dans ses œuvres, ses prières, ses pèle­ri­nages, ses mérites. Mais l’Évangile pro­clame une tout autre jus­tice : celle que Dieu accorde gra­tui­te­ment à celui qui croit en Jésus-Christ.
Jus­ti­fiés par la foi seule, non par les œuvres de la Loi, nous recon­nais­sons que rien en nous ne mérite la faveur de Dieu. Nos efforts, nos dévo­tions, nos sacri­fices ne sau­raient ache­ter la paix du cœur. Car le péché a infec­té jusqu’à nos meilleures inten­tions. La foi seule nous rend justes, non parce qu’elle serait une œuvre supé­rieure, mais parce qu’elle s’attache à Jésus-Christ, le seul Juste. Elle n’est pas un mérite, mais une main vide ten­due vers la grâce.
Et cette foi repose sur la grâce seule. Car tout vient de Dieu, non de l’homme. C’est Dieu qui jus­ti­fie le pécheur, qui par­donne sans condi­tion, qui régé­nère par son Esprit et relève celui qui s’humilie. La grâce, c’est le sou­rire de Dieu offert à celui qui ne le mérite pas. C’est la ten­dresse du Père envers le fils pro­digue, le par­don du Christ envers le publi­cain qui dit : « Sei­gneur, sois apai­sé envers moi, pécheur. »
Telle est la véri­té qui a embra­sé les Réfor­ma­teurs :
« À Dieu seul la gloire ! » Car si le salut dépen­dait en quoi que ce soit de nous, nous pour­rions nous en glo­ri­fier. Mais puisqu’il dépend entiè­re­ment de la grâce, tout hon­neur revient au Sei­gneur. L’Évangile est une bonne nou­velle, non une nou­velle loi. Il n’exige pas, il offre. Il ne com­mande pas d’abord de faire, il annonce que tout est accom­pli.
C’est pour­quoi nous célé­brons aujourd’hui la Réfor­ma­tion, non comme une vic­toire humaine, mais comme le retour à l’Évangile. Luther, Cal­vin, Bucer et tant d’autres n’ont rien inven­té : ils ont sim­ple­ment rou­vert le livre de Dieu et redé­cou­vert ce que les apôtres pro­cla­maient déjà. Ils ont rap­pe­lé au monde que le salut n’est ni dans l’Église, ni dans le pape, ni dans les saints, mais dans le Christ seul.
« Car il n’y a sous le ciel aucun autre nom don­né par­mi les hommes par lequel nous devions être sau­vés. » (Actes 4.12)
Aujourd’hui encore, cette véri­té demeure la source et le centre de notre foi :
Nous sommes jus­ti­fiés par la foi seule,
par la grâce seule,
en Jésus-Christ seul,
selon l’Écriture seule,
pour la gloire de Dieu seul.
C’est cela que nous célé­brons. C’est cela que nous croyons. C’est cela que nous annon­çons.

Et notre texte d’au­jourd’­hui illustre remar­qua­ble­ment cette grande et belle véri­té.

I. Contexte et typologie des personnages

Le pharisien : le pieux modèle du premier siècle

Les Pha­ri­siens étaient, au temps de Jésus, les repré­sen­tants du judaïsme pieux. Ils pre­naient leur nom de l’hébreu per­ushim, « les sépa­rés » : sépa­rés des impu­re­tés, sou­cieux de gar­der la Loi jusque dans les moindres détails.
L’archéologie, notam­ment à Qum­rân et Jéru­sa­lem, nous montre qu’ils for­maient une élite spi­ri­tuelle res­pec­tée, non des fana­tiques, mais des gens sin­cères, ins­truits, qui lisaient la Loi chaque jour. Ils étaient les “ortho­doxes” de leur temps, à la fois pieux et patriotes.

Jésus, dans les Évan­giles, ne condamne pas leur zèle, mais leur auto­sa­tis­fac­tion spi­ri­tuelle. Il dit :

« Faites donc et obser­vez tout ce qu’ils vous disent, mais n’agissez pas selon leurs œuvres » (Mat­thieu 23.3).
Il reproche leur hypo­cri­sie, c’est-à-dire leur ten­dance à jouer un rôle reli­gieux sans conver­sion inté­rieure.

Le publicain : le traître méprisé

Le publi­cain, ou col­lec­teur d’impôts (telōnēs en grec), tra­vaillait pour l’administration romaine. Les fouilles de Caphar­naüm et Césa­rée ont révé­lé les “bureaux de douane” où ces hommes opé­raient. Ils per­ce­vaient les taxes pour Rome et ajou­taient sou­vent leur marge per­son­nelle.
Dans la socié­té juive, ils étaient vus comme des col­la­bo­ra­teurs, impurs, traîtres à la nation et à Dieu. Leur richesse sen­tait l’injustice.

Ain­si, Jésus place face à face le plus pieux des croyants et le plus mépri­sé des pécheurs. C’est une para­bole explo­sive. Et pour­tant, le ver­dict divin ren­verse tout : le pécheur humble est jus­ti­fié, le reli­gieux orgueilleux est condam­né.

II. Exégèse du texte – Luc 18.9–14

Verset 9

« Il dit encore cette para­bole à l’adresse de cer­tains qui se per­sua­daient qu’ils étaient justes et mépri­saient les autres. »

Le mot grec pepoi­tho­tas (ayant confiance) signi­fie une auto­suf­fi­sance, une assu­rance en soi-même.
La racine pei­tho veut dire “être per­sua­dé” — mais ici, c’est une per­sua­sion men­son­gère : ils se font confiance à eux-mêmes plu­tôt qu’à Dieu.

Verset 10–12 : la prière du pharisien

Le pha­ri­sien se tient debout (sta­theis), pos­ture légi­time de prière. Mais son cœur est tour­né vers lui-même :

« Je ne suis pas comme les autres hommes… je jeûne deux fois par semaine, je donne la dîme… »

Il fait l’inventaire de ses ver­tus : il n’est pas un bri­gand, ni adul­tère, ni injuste.
Chry­so­stome com­mente :

« Il n’est pas condam­né pour ses œuvres, mais pour son orgueil. Ce qu’il a de bon, il le détruit en se glo­ri­fiant. » (Homé­lie sur Mat­thieu 66.3)

Et Cal­vin ajoute :

« Il n’y a rien de plus contraire à la grâce que de vou­loir mar­chan­der avec Dieu par ses mérites. L’homme qui se glo­ri­fie devant Dieu n’a pas encore com­pris la misère de son âme. » (Com­men­taire sur Luc 18.11)

Verset 13 : la prière du publicain

« Le publi­cain, se tenant à dis­tance, n’osait même pas lever les yeux vers le ciel, mais il se frap­pait la poi­trine en disant : Ô Dieu, sois apai­sé envers moi, pécheur ! »

Ici, l’humilité s’exprime en trois gestes :

  1. Il se tient à dis­tance (makro­then) – il sait qu’il n’a pas sa place près de l’autel.
  2. Il n’ose pas lever les yeux – image du repen­tir vrai.
  3. Il se frappe la poi­trine – signe de contri­tion et de dou­leur inté­rieure.

Le verbe grec qu’il emploie est cru­cial : hilas­the­ti moi – « sois pro­pice envers moi ».
C’est la même racine que hilastē­rion, le mot employé pour le “pro­pi­tia­toire”, le cou­vercle de l’arche où le sang était répan­du au Jour du Grand Par­don (Lévi­tique 16).
Ain­si, sa prière dit lit­té­ra­le­ment : « Que le sacri­fice expia­toire me couvre ! »
Le publi­cain ne demande pas un adou­cis­se­ment, mais une expia­tion. Il sait que seule la misé­ri­corde obte­nue par le sang peut le sau­ver.

Verset 14 : l’exégèse centrale

« Je vous le dis, celui-ci redes­cen­dit dans sa mai­son jus­ti­fié (dedi­kaiō­me­nos), plu­tôt que l’autre. Car qui­conque s’élève sera abais­sé, et qui­conque s’abaisse sera éle­vé. »

Le verbe dikaioō est au par­fait pas­sif : dedi­kaiō­me­nos – « ayant été jus­ti­fié ».
C’est un ver­dict défi­ni­tif : Dieu a ren­du sa sen­tence. Le publi­cain repart jus­ti­fié, décla­ré juste devant Dieu.

Ori­gène com­mente :

« Le publi­cain est des­cen­du jus­ti­fié, non parce qu’il était pécheur, mais parce qu’il a recon­nu l’être. » (Homé­lies sur Luc 13)

Luther, en écho, écrit :

« La jus­tice de Dieu n’est pas celle qu’il exige, mais celle qu’il donne à celui qui croit. Ce publi­cain a cru que Dieu pou­vait le rendre juste. Voi­là la foi. » (Pré­face à l’Épître aux Romains)

Et Cal­vin sou­ligne encore :

« Dieu ne jus­ti­fie que ceux qu’il a d’abord humi­liés. » (Ins­ti­tu­tion IV.17.3)

La phrase finale, ho hypsōn heau­ton tapeinō­thē­se­tai — « celui qui s’élève sera abais­sé » — est un prin­cipe spi­ri­tuel uni­ver­sel :
l’humilité est la porte de la grâce, l’orgueil en est le ver­rou.

Dans nos armées, nous connais­sons la ten­ta­tion du pha­ri­sien : celle de croire que la dis­ci­pline, la bra­voure, ou la loyau­té suf­fisent à nous rendre justes.
Mais Dieu ne cherche pas des sol­dats impec­cables : il cherche des hommes qui savent qu’ils ne peuvent pas tout.
Dans le com­bat spi­ri­tuel, comme à Rephi­dim, les bras levés vers Dieu sont plus forts que l’épée.

On raconte qu’un aumô­nier mili­taire bri­tan­nique, pen­dant la guerre, priait chaque matin avec ces mots :

« Sei­gneur, garde-nous d’être fiers d’être debout, mais apprends-nous à savoir plier le genou. »
Cette atti­tude est celle du publi­cain : une pos­ture de dépen­dance et de confiance.

III. Applications

  1. Dans la prière :
    Per­sé­vé­rer comme Moïse, non par per­for­mance, mais par foi. Même nos bras fati­gués peuvent être sou­te­nus par la com­mu­nau­té — Aaron et Hour d’aujourd’hui sont nos frères et sœurs en prière.
  2. Dans la vie chré­tienne :
    Comme Paul, ne pas cher­cher la gloire humaine, mais la fidé­li­té jusqu’au bout. La « cou­ronne » n’est pas pour les par­faits, mais pour les per­sé­vé­rants.
  3. Dans la foi :
    Se tenir devant Dieu comme le publi­cain : recon­naître sa misère, confes­ser sa faute, et s’appuyer sur la seule jus­tice du Christ.
    La jus­ti­fi­ca­tion n’est pas un mérite, mais une grâce reçue par la foi seule.

Conclusion

Frères et sœurs,
l’Évangile que la Réfor­ma­tion a redé­cou­vert brille tout entier dans cette courte para­bole racon­tée par Jésus : deux hommes montent au Temple pour prier. Le pre­mier se confie dans sa pié­té, dans la pure­té de sa vie, dans l’apparence de sa jus­tice. Il remer­cie Dieu, mais en réa­li­té, il se glo­ri­fie lui-même. Le second n’a rien à pré­sen­ter, rien à reven­di­quer. Il se tient loin, n’ose même pas lever les yeux, et mur­mure seule­ment : « Dieu, sois apai­sé envers moi, pécheur. »
Et Jésus conclut : « Je vous le dis, celui-ci redes­cen­dit dans sa mai­son jus­ti­fié, plu­tôt que l’autre. »
Voi­là toute la Réfor­ma­tion en une phrase.
Le pha­ri­sien incarne la reli­gion des mérites, le publi­cain celle de la grâce. Le pre­mier se fie à ses œuvres, le second s’abandonne à la misé­ri­corde. Et c’est le pécheur repen­tant que Dieu déclare juste — non parce qu’il a chan­gé, mais parce que Dieu, dans sa grâce sou­ve­raine, l’a cou­vert de la jus­tice du Christ.
Telle est la jus­tice de la foi : elle ne vient pas d’en bas, mais d’en haut. Elle ne s’obtient pas, elle se reçoit.
Celui qui croit, comme le publi­cain, reçoit du Sei­gneur une jus­tice étran­gère, une jus­tice don­née, une jus­tice impu­tée — celle de Jésus-Christ, mort et res­sus­ci­té pour nous.
C’est pour­quoi le croyant peut sor­tir du temple, comme le publi­cain, jus­ti­fié, libé­ré, récon­ci­lié avec Dieu.
En célé­brant aujourd’hui la Réfor­ma­tion, nous confes­sons que cette Parole demeure vraie pour tous les temps et pour tous les cœurs :
Dieu résiste aux orgueilleux, mais il fait grâce aux humbles.
Il ne cherche pas des justes, mais il rend justes les pécheurs.
Il ne demande pas des héros, mais il sauve ceux qui espèrent en sa misé­ri­corde.
Alors, comme l’Église réfor­mée depuis cinq siècles, redi­sons ensemble :
Nous sommes jus­ti­fiés par la foi seule,
par la grâce seule,
en Jésus-Christ seul,
selon l’Écriture seule,
et pour la gloire de Dieu seul.
Et que cette parole du Christ reten­tisse dans nos vies comme une béné­dic­tion :
« Celui qui s’humilie sera éle­vé. » (Luc 18.14)
Soli Deo Glo­ria.


Exégèse détaillée des textes

Exode 17.8–13 — Amalec et les mains levées de Moïse

Contexte

Israël est en marche vers le pays pro­mis, et Ama­lec attaque par der­rière à Rephi­dim. Ce pas­sage illustre la lutte spi­ri­tuelle et mili­taire, où la vic­toire dépend de l’intercession et du sou­tien com­mu­nau­taire.

Analyse verset par verset

Ver­set 8 : “Ama­lec vint atta­quer Israël à Rephi­dim”

  • Mot hébreu clé : “va’yavo” (וַיָּבֹא) : indique un mou­ve­ment sou­dain et agres­sif. Ama­lec n’est pas seule­ment un enne­mi mili­taire, il est un sym­bole de l’opposition sys­té­ma­tique à Dieu.
  • Impli­ca­tion théo­lo­gique : l’attaque n’est pas seule­ment phy­sique, elle repré­sente le conflit per­ma­nent entre la foi et le mal.

Ver­set 9 : “Josué fit sor­tir des hommes pour com­battre Ama­lec”

  • “Yetse’u” (יֵצְאוּ) : sortent ou avancent — nuance de pas­sage à l’action obéis­sante.
  • Dieu agit par l’intermédiaire de Josué, mon­trant que la vic­toire divine se mani­feste sou­vent par l’action humaine fidèle.

Ver­sets 10–11 : “Quand Moïse éle­vait les mains, Israël l’emportait”

  • Média­tion : la main levée = geste de prière, sym­bole d’intercession.
  • Hébreu : “ya’amod” (יַעֲמֹד), “se tenir” ou “sou­te­nir” : insiste sur la sta­bi­li­té et la per­sé­vé­rance.
  • La dépen­dance de Josué vis-à-vis de Moïse illustre la co-dépen­dance de la foi et de la prière.

Ver­set 12 : “Ses mains sou­te­nues par Aaron et Hur, Israël vain­quit”

  • L’intervention de la com­mu­nau­té montre l’importance de l’appui fra­ter­nel dans la prière et l’action.
  • Théo­lo­gie pra­tique : la vic­toire spi­ri­tuelle se pro­duit à tra­vers la per­sé­vé­rance et la col­la­bo­ra­tion.

Ver­set 13 : “Josué vain­quit Ama­lec”

  • La vic­toire finale est attri­buée à Dieu, mon­trant que l’humilité et la dépen­dance à l’égard du Sei­gneur sont essen­tielles.
  • La figure de Moïse pré­fi­gure le Christ, média­teur entre Dieu et le peuple.

2 Timothée 4.6–8,16–18 — Derniers mots de Paul

Contexte

Paul, dans sa pri­son romaine, se pré­pare à mou­rir. Il fait le bilan de sa vie et de son minis­tère. La lettre insiste sur la jus­ti­fi­ca­tion par la foi, la fidé­li­té dans la course spi­ri­tuelle et la dépen­dance à Dieu.

Analyse détaillée avec mots grecs

Ver­set 6 : “Je suis déjà offert en sacri­fice”

  • Grec : “ἐκκαθίστημι” (ekka­thistē­mi) : lit­té­ra­le­ment “mettre hors d’état”, “offrir entiè­re­ment”.
  • Sens : Paul se donne comme offrande volon­taire, anti­ci­pant son mar­tyr.
  • Dimen­sion théo­lo­gique : Paul voit sa vie comme sacri­fice et offrande pour Dieu, écho à l’expiation du Christ.

Ver­set 7 : “J’ai mené le bon com­bat, j’ai ache­vé ma course, j’ai gar­dé la foi”

  • “ago­ni­zo­mai” (ἀγωνίζομαι) : com­battre dans une lutte spor­tive ou mili­taire → lutte spi­ri­tuelle active.
  • “dro­mos” (δρόμος) : course de fond, image de per­sé­vé­rance sur le long terme.
  • La com­bi­nai­son de ces termes montre que la vie chré­tienne est com­bat + endu­rance + fidé­li­té.

Ver­set 8 : “Cou­ronne de la jus­tice”

  • “ste­pha­nos” (στέφανος) : cou­ronne de lau­riers pour vain­queur, pas une récom­pense moné­taire mais sym­bo­lique d’honneur et de gloire.
  • Appli­ca­tion : la cou­ronne est pro­mise par le juge juste, donc fon­dée sur la foi et la fidé­li­té, non sur les œuvres humaines.

Ver­sets 16–17 : “Per­sonne ne m’a sou­te­nu… Le Sei­gneur m’a assis­té”

  • “epis­ta­mai” (ἐπισταμαι) : com­prendre, connaître → Paul sou­ligne la pleine conscience de la soli­tude humaine.
  • “endu­na­moō” (ἐνδυναμόω) : rem­pli de force, puis­sance divine qui dépasse les capa­ci­tés humaines.
  • Théo­lo­gie : Dieu est le véri­table sou­tien et garant de l’efficacité du minis­tère.

Ver­set 18 : “Il me sau­ve­ra et me fera entrer dans son Royaume”

  • “rhyo­mai” (ῥύομαι) : déli­vrer, arra­cher à un dan­ger, pro­tec­tion active.
  • Dimen­sion escha­to­lo­gique : déli­vrance finale = entrée dans le Royaume céleste.
  • Lien avec Exode : tout comme Israël a été sau­vé par l’intercession de Moïse, Paul est sau­vé par l’intercession et la puis­sance de Dieu.

Points communs avec Exode

  1. Média­tion : Moïse inter­cède avec les mains levées → Paul se donne comme offrande.
  2. Dépen­dance à Dieu : la vic­toire ou le salut dépend de Dieu, non des forces humaines.
  3. Per­sé­vé­rance : mains levées + sou­tien com­mu­nau­taire → fidé­li­té dans la course de la foi.
  4. Typo­lo­gie mes­sia­nique : Moïse pré­fi­gure le Christ, tout comme Paul incarne l’apôtre modèle de fidé­li­té.

Luc 18.9–14 — La parabole du pharisien et du publicain

Texte et contexte

Jésus s’adresse à « cer­tains qui étaient convain­cus d’être justes et mépri­saient les autres » (v.9). Il oppose deux atti­tudes devant Dieu : le pha­ri­sien, qui se féli­cite de sa jus­tice, et le publi­cain, qui recon­naît sa faute.

1. Ver­set 9 : “Cer­tains qui se croyaient justes et mépri­saient les autres”

  • Grec : “οἱ πεποιθότες ἑαυτοῖς δίκαιοι εἰσίν”
    • “pepoi­thotes” (πεποιθότες) : confiance exces­sive, assu­rance en soi.
    • “dikaios” (δίκαιος) : juste, selon la Loi, mais ici détour­né vers l’auto-justification.
  • Appli­ca­tion : Jésus met en garde contre la confiance en ses mérites, source d’orgueil et de juge­ment des autres.

2. Ver­sets 10–12 : Le pha­ri­sien et le publi­cain au Temple

Pha­ri­sien

  • Grecs clés :
    • “histē­mi” (ἵστημι) : se tenir debout, pos­ture de supé­rio­ri­té.
    • “en heautōi” (ἐν ἑαυτῷ) : “en lui-même”, intros­pec­tion cen­trée sur l’ego.
    • “egō ouk eimi hṓs hoi loi­poi” : “je ne suis pas comme les autres” → arro­gance morale.
  • Typo­lo­gie et archéo­lo­gie :
    • Les pha­ri­siens étaient une élite reli­gieuse juive, atta­chée à la Loi orale et écrite.
    • Archéo­lo­gi­que­ment, on trouve des manus­crits de Qum­rân et des ins­crip­tions qui montrent leur zèle pour la pure­té rituelle et la stricte obser­vance.
  • Atti­tude spi­ri­tuelle : confor­mi­té exté­rieure à la Loi, mais coeur fer­mé.

Publi­cain

  • Grec clés :
    • “teleiōn” (τελώνιον) : col­lec­teur d’impôts, sou­vent consi­dé­ré comme col­la­bo­ra­teur et pécheur.
    • “deinōs” (δεινῶς) : frap­per sa poi­trine, geste de contri­tion pro­fonde.
    • “epi­trep­sei moi” (ἐπιτρέψῃ μοι) : “montre-toi favo­rable” → demande de misé­ri­corde, recon­nais­sance de sa condi­tion.
  • Typo­lo­gie et archéo­lo­gie :
    • Les publi­cains étaient des employés romains col­lec­tant les taxes. Ils pou­vaient abu­ser de leur posi­tion.
    • Archéo­lo­gi­que­ment, ins­crip­tions romaines confirment leur rôle fis­cal et sou­vent impo­pu­laire.
  • Atti­tude spi­ri­tuelle : humi­li­té, conscience de la dépen­dance totale à Dieu.

3. Ver­set 13 : “Je vous le déclare : celui-ci des­cen­dit chez lui jus­ti­fié”

  • Grec : “λέγω ὑμῖν ὅτι οὗτος κατεβήκεν εἰς τὸν οἶκον αὐτοῦ δικαιωθεὶς”
    • “dikaiō­thēs” (δικαιωθεὶς) : jus­ti­fié, recon­nu juste devant Dieu, pas par mérites mais par humi­li­té et repen­tance.
  • Lien théo­lo­gique :
    • La jus­ti­fi­ca­tion par la foi et non par les œuvres — thème cen­tral chez Paul et chez Luther.
    • Rap­pel de l’enseignement des pro­phètes : Dieu regarde le cœur (1 S 16.7).

4. Ver­set 14 : “Qui s’élève sera abais­sé, qui s’abaisse sera éle­vé”

  • Ana­lyse grecque :
    • “ho hup­sooōn katō­thē­se­tai, ho de tapeinōn hup­sooō­thē­se­tai”
    • “hup­sooōn / tapeinōn” : hauteur/abaissement, sym­bo­li­sant l’orgueil vs l’humilité.
  • Exé­gèse patris­tique :
    • Ori­gène : la para­bole montre que l’ascension spi­ri­tuelle n’est pas par le mérite, mais par l’humilité devant Dieu.
    • Augus­tin : le pha­ri­sien est l’homme de l’orgueil, le publi­cain est l’homme de la grâce.
  • Réfor­ma­teurs :
    • Luther : met l’accent sur la dépen­dance totale à la misé­ri­corde de Dieu, cri­ti­quant la confiance en ses œuvres.
    • Cal­vin : sou­ligne que Dieu récom­pense l’humilité et l’appel sin­cère, non les œuvres visibles.

5. Liens avec les autres textes

Lec­tureLien avec Luc 18.9–14
Exode 17.8–13Dépen­dance totale à Dieu : Moïse doit gar­der les mains levées, Paul doit res­ter fidèle, le publi­cain doit s’abaisser.
2 Timo­thée 4.6–8,16–18Fidé­li­té jusqu’au bout, course spi­ri­tuelle, espé­rance de la cou­ronne divine.
Thème cen­tralLa vic­toire et la jus­ti­fi­ca­tion dépendent de Dieu seul, par humi­li­té, per­sé­vé­rance et foi sin­cère.

Commentaires de Martin Luther sur Luc 18.9–14

Mar­tin Luther a beau­coup médi­té sur la para­bole du pha­ri­sien et du publi­cain (Luc 18.9–14), car elle illustre de façon écla­tante le cœur de sa théo­lo­gie : la jus­ti­fi­ca­tion par la foi seule (sola fide).
Je vais te pré­sen­ter les prin­ci­paux pas­sages où Luther com­mente ce texte, avec extraits, contexte, et ana­lyse doc­tri­nale.

1. Dans ses “Sermons sur les Évangiles dominicaux” (1522–1525)

Luther prêche sur Luc 18.9–14 dans le cadre du 11e dimanche après la Tri­ni­té (dans le lec­tion­naire luthé­rien).
Il en tire une dis­tinc­tion fon­da­men­tale entre la jus­tice de l’homme et la jus­tice de Dieu.

a. Sur la prière du pharisien

« Le pha­ri­sien se glo­ri­fie devant Dieu et se confie en ses œuvres, comme si Dieu devait lui être rede­vable. Il ne prie pas, il accuse Dieu de ne pas lui don­ner assez de mérite. »

Luther sou­ligne que le pha­ri­sien parle à Dieu mais pense à lui-même : sa prière est une auto-ado­ra­tion.

« Il remer­cie Dieu, non pour les dons de Dieu, mais pour sa propre sain­te­té. Il fait de Dieu un spec­ta­teur de sa ver­tu. »

C’est ce qu’il appelle ailleurs une pié­té char­nelle (flei­schliche Fröm­mig­keit) : une reli­gion du mérite et de la com­pa­rai­son.


b. Sur la prière du publicain

« Le publi­cain ne trouve rien en lui qui puisse plaire à Dieu. Il ne se recom­mande que par la misé­ri­corde divine. Voi­là la vraie foi, voi­là la vraie prière. »

Et encore :

« Celui-là seul prie vrai­ment qui ne trouve en lui rien dont il puisse se glo­ri­fier, mais tout ce dont il doit rou­gir. »

Le mot grec hilas­the­ti (« sois apai­sé envers moi ») per­met à Luther d’établir un lien direct avec la doc­trine de l’expiation :

« Le publi­cain ne s’approche pas sans média­tion, mais il s’appuie sur la grâce du pro­pi­tia­toire, c’est-à-dire sur le Christ, notre jus­tice. »

Ain­si, la prière du publi­cain anti­cipe pour lui la foi du chré­tien en la jus­ti­fi­ca­tion par le sang du Christ.

c. Sur la justification

« Celui-ci des­cen­dit jus­ti­fié, non parce qu’il avait jeû­né, prié ou don­né l’aumône, mais parce qu’il a cru. Voi­là la jus­tice de Dieu : celle qu’il donne gra­tui­te­ment à celui qui se recon­naît pécheur. »

Luther met ici en oppo­si­tion :

  • la jus­tice active (ius­ti­tia acti­va) – celle du pha­ri­sien, qui agit pour méri­ter ;
  • la jus­tice pas­sive (ius­ti­tia pas­si­va) – celle du publi­cain, qui reçoit.

« La jus­tice chré­tienne n’est pas celle que nous fai­sons, mais celle que nous rece­vons. »

2. Dans la “Préface à l’Épître aux Romains” (1522)

Même si le texte de Luc n’est pas cité direc­te­ment, Luther s’y réfère impli­ci­te­ment :

« L’homme doit être com­plè­te­ment abat­tu, afin qu’il apprenne à ne rien attendre de lui-même. Car celui qui veut être jus­ti­fié par ses œuvres est encore le pha­ri­sien. »

Le publi­cain, au contraire, est l’image de la foi nue :

« Le croyant ne se pré­sente pas devant Dieu avec ses ver­tus, mais avec son besoin de grâce. »

3. Dans les “Table Talk” (Tischreden, propos de table)

Luther revient sou­vent, avec humour et pro­fon­deur, sur cette para­bole :

« Si Dieu avait vou­lu des pha­ri­siens, il n’aurait pas envoyé son Fils. Le Fils de Dieu est venu pour les publi­cains, pour les voleurs, pour les pauvres pêcheurs comme moi. »

Et encore :

« Le pha­ri­sien est pieux, mais il prie mal. Le publi­cain est mau­vais, mais il prie bien. Dieu pré­fère une mau­vaise prière d’un cœur bri­sé à mille bonnes prières d’un cœur fier. »

4. Synthèse doctrinale de Luther sur Luc 18.9–14

Élé­mentPha­ri­sienPubli­cain
Atti­tudeSe glo­ri­fieSe repent
AppuiSes œuvresLa misé­ri­corde de Dieu
CœurSatis­fait, orgueilleuxBri­sé, dépen­dant
Prière“Moi, je…”“Sei­gneur, sois pro­pice”
Résul­tatNon jus­ti­fiéJus­ti­fié par la foi

Luther voit dans ce texte une minia­ture de l’Épître aux Romains :

  • Romains 3.28 : « L’homme est jus­ti­fié par la foi, sans les œuvres de la loi. »
  • Le publi­cain illustre la sola gra­tia et la sola fide : il ne fait rien, il reçoit tout.

5. Quelques citations clés de Luther à retenir

  1. « Le publi­cain n’apporte rien, et il reçoit tout ; le pha­ri­sien apporte tout, et il ne reçoit rien. »
  2. « Le pha­ri­sien ne manque pas d’œuvres, mais de foi ; le publi­cain ne manque pas de péchés, mais de foi. »
  3. « Dieu ne peut rem­plir que ce qu’il a d’abord vidé. »
  4. « Celui qui se glo­ri­fie devant Dieu n’a pas encore connu Dieu. »
  5. « Le cœur abais­sé attire la jus­tice de Dieu, comme la val­lée reçoit la pluie. »

Commentaire de Jean Calvin

Jean Cal­vin a éga­le­ment livré un com­men­taire très pro­fond et pas­to­ral sur Luc 18.9–14, notam­ment dans son Com­men­taire sur l’Évangile selon Luc (1555) et dans son Ins­ti­tu­tion de la reli­gion chré­tienne.
Ce pas­sage illustre chez lui la doc­trine de la jus­ti­fi­ca­tion par la foi seule, tout autant que chez Luther, mais avec une rigueur exé­gé­tique et une sen­si­bi­li­té pas­to­rale propres à la Réforme gene­voise.

Voi­ci une pré­sen­ta­tion com­plète des com­men­taires de Cal­vin sur ce texte, avec extraits, contexte théo­lo­gique, et cita­tions exactes tra­duites du fran­çais du XVIe siècle (moder­ni­sé pour clar­té).

1. Le contexte du commentaire de Calvin

Dans son Com­men­taire sur Luc, Cal­vin aborde la para­bole du pha­ri­sien et du publi­cain comme une leçon sur la vraie pié­té et sur la fausse jus­tice reli­gieuse.
Il voit dans cette para­bole un résu­mé de l’Évangile :
Dieu jus­ti­fie non ceux qui se croient justes, mais ceux qui s’humilient en confes­sant leur péché.

2. Sur Luc 18.9 — “Ils se persuadaient qu’ils étaient justes et méprisaient les autres”

« C’est une mala­die ancienne et presque natu­relle à l’homme, de vou­loir s’estimer devant Dieu selon la mesure de sa propre jus­tice. »

Cal­vin com­mence par diag­nos­ti­quer le fond du pro­blème : l’autosuffisance spi­ri­tuelle.
Pour lui, l’orgueil reli­gieux est la racine de toutes les cor­rup­tions de la prière.

« La pré­somp­tion d’une jus­tice propre est une peste qui infecte toute reli­gion. Car, tant que l’homme s’imagine avoir quelque chose en soi, il ne se sou­met point à la grâce de Dieu. »

Cette idée revient sans cesse chez Cal­vin : la vraie pié­té com­mence quand la gloire humaine est anéan­tie.

3. Sur la prière du pharisien (versets 10–12)

« Ce n’est pas que le pha­ri­sien mente en se disant hon­nête homme : mais son erreur est qu’il s’arroge à soi-même ce que Dieu seul opère. »

Cal­vin recon­naît que le pha­ri­sien est peut-être mora­le­ment irré­pro­chable — mais sa faute est spi­ri­tuelle : il attri­bue à lui-même la source de sa ver­tu.

« Il remer­cie Dieu, mais ce n’est que par feinte : car il ne rend pas gloire à Dieu, mais à sa propre ver­tu. Ain­si la bouche loue Dieu, et le cœur se loue soi-même. »

Et encore :

« Il ne cherche point la grâce, parce qu’il s’imagine ne pas en avoir besoin. »

Cal­vin sou­ligne donc le dan­ger du reli­gieux pieux mais auto­suf­fi­sant — un dan­ger bien plus sub­til que celui du pécheur décla­ré.

4. Sur la prière du publicain (verset 13)

« Le publi­cain n’a d’autre bou­clier que la misé­ri­corde. Et cette seule connais­sance suf­fit à le rendre plus juste que mille sacri­fices. »

Cal­vin admire la sim­pli­ci­té de cette prière :

« Ô Dieu, sois apai­sé envers moi, pécheur. »
Il tra­duit hilas­the­ti moi par :
« Sois récon­ci­lié avec moi par quelque moyen d’expiation. »

Ce verbe hilas­ko­mai ren­voie, dit-il, à la notion d’expia­tion, de pro­pi­tia­tion.
Cal­vin com­mente :

« Il appelle Dieu à misé­ri­corde par l’espérance du sacri­fice qui apaise sa colère : ce qui nous apprend que nul ne peut avoir paix avec Dieu, sinon par la récon­ci­lia­tion qui est en Jésus-Christ. »

Ain­si, le publi­cain prie déjà comme un chré­tien : il s’appuie non sur ses œuvres, mais sur la grâce expia­trice que Dieu pour­voi­ra en Christ.

5. Sur le verdict du Christ (verset 14)

« Celui-ci des­cen­dit jus­ti­fié, plu­tôt que l’autre. »

Cal­vin remarque ici deux points essen­tiels :

  1. La jus­ti­fi­ca­tion du publi­cain n’est pas une récom­pense, mais un ver­dict gra­cieux.
  2. Ce ver­dict est immé­diat et com­plet : « il des­cen­dit dans sa mai­son jus­ti­fié ».

« Ce mot jus­ti­fié ne veut pas dire que le publi­cain ait été ren­du juste par quelque trans­for­ma­tion inté­rieure, mais que Dieu l’a reçu en grâce, lui impu­tant la jus­tice qu’il n’avait pas. »

C’est une phrase capi­tale :
Cal­vin dis­tingue entre la jus­ti­fi­ca­tion impu­tée (décla­ra­tive) et la sanc­ti­fi­ca­tion infu­sée (trans­for­mante).
Le publi­cain est décla­ré juste parce que Dieu lui impute une jus­tice qui n’est pas la sienne : celle du Christ.

« Dieu ne jus­ti­fie que ceux qu’il a d’abord humi­liés, afin que, n’ayant plus rien d’eux-mêmes, ils cherchent tout en sa misé­ri­corde. »

Et Cal­vin conclut :

« La porte de la jus­ti­fi­ca­tion est fer­mée à qui­conque s’élève, et elle s’ouvre à celui qui s’abaisse. »

6. Synthèse théologique

ThèmeEnsei­gne­ment de Cal­vin
Nature du pha­ri­sienSym­bole de la pié­té orgueilleuse, confiante en elle-même.
Nature du publi­cainSym­bole du vrai croyant, repen­tant, conscient de son indi­gni­té.
Jus­ti­fi­ca­tionActe judi­ciaire de Dieu, par pure grâce, sans œuvres.
FoiConfiance nue en la misé­ri­corde divine révé­lée en Christ.
Humi­li­téCondi­tion indis­pen­sable de la grâce : Dieu élève les humbles.
PrièreNon pas un mérite, mais une dépen­dance qui reçoit.

7. Passages parallèles dans l’Institution de la religion chrétienne

Dans Ins­ti­tu­tion, III.xi.3–7, Cal­vin reprend les prin­cipes de Luc 18.

« Quand le publi­cain, se frap­pant la poi­trine, s’accuse lui-même et ne plaide autre chose que misé­ri­corde, il obtient plus auprès de Dieu que le pha­ri­sien char­gé de mille ver­tus. »

Et encore :

« Celui qui se confie en sa propre jus­tice met Dieu en dette envers lui. Mais celui qui se recon­naît pécheur laisse à Dieu toute gloire de le sau­ver. »

Enfin, Cal­vin résume la leçon spi­ri­tuelle ain­si :

« Nous ne sommes jus­ti­fiés que lorsque nous sommes dépouillés de toute gloire, afin que Dieu seul soit glo­ri­fié en notre salut. »

8. Citations clés de Calvin à retenir

  1. « La bouche du pha­ri­sien loue Dieu, mais son cœur se loue soi-même. »
  2. « Dieu ne jus­ti­fie que ceux qu’il a d’abord humi­liés. »
  3. « Le publi­cain n’a d’autre espé­rance que la misé­ri­corde, et cela lui suf­fit. »
  4. « Être jus­ti­fié, c’est être reçu en grâce, non pour nos mérites, mais parce que Dieu nous impute la jus­tice du Christ. »
  5. « La porte de la jus­ti­fi­ca­tion s’ouvre à celui qui s’abaisse. »

Textes liturgiques

Pro­po­si­tion com­plète de textes litur­giques pour un culte réfor­mé autour du thème cen­tral : humi­li­té, per­sé­vé­rance et dépen­dance totale à Dieu, à par­tir des textes de Exode 17.8–13, 2 Timo­thée 4.6–8,16–18 et Luc 18.9–14, selon l’ordre clas­sique d’un culte réfor­mé : ouver­ture, loi, confes­sion de péché, par­don, illu­mi­na­tion, pré­di­ca­tion, prière d’in­ter­ces­sion, béné­dic­tion.

Accueil et salutation

Frères et sœurs, nous sommes ras­sem­blés en ce jour de la Réfor­ma­tion pour célé­brer la fidé­li­té du Sei­gneur qui conduit son Église selon sa Parole.
Notre secours est dans le nom de l’Éternel, qui a fait les cieux et la terre.
Grâce et paix vous sont don­nées de la part de Dieu notre Père et du Sei­gneur Jésus-Christ, par l’œuvre du Saint-Esprit.

Prière d’ouverture

Réjouis­sons-nous dans le Sei­gneur, car il est notre jus­tice.
Appro­chons-nous de lui, non en nous confiant en nos œuvres, mais en la grâce qui nous est don­née en Jésus-Christ.
Écou­tons ce que dit le Psal­miste :
« Les sacri­fices qui plaisent à Dieu, c’est un esprit bri­sé ;
Ô Dieu, tu ne dédaignes pas un cœur bri­sé et contrit. » (Psaume 51.19)
Prions :
Prière d’ouverture Sei­gneur notre Dieu,
Toi qui as rele­vé ton Église par la puis­sance de ta Parole,
Toi qui as sus­ci­té des témoins pour rap­pe­ler au monde ta grâce et ta véri­té,
nous te bénis­sons pour la lumière de ton Évan­gile.
Donne-nous aujourd’hui d’adorer ton Saint Nom,
dans la recon­nais­sance et l’humilité du cœur,
afin que tout ce que nous ferons et dirons en ce lieu soit pour ta gloire seule.
Par Jésus-Christ notre Sei­gneur.
Amen.

Lecture de la loi

Écou­tons la Loi de Dieu, telle qu’elle nous révèle notre péché et notre besoin de grâce :
« Tu aime­ras le Sei­gneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force.
Et tu aime­ras ton pro­chain comme toi-même. » (Deu­té­ro­nome 6.5 ; Lévi­tique 19.18)

Sei­gneur, ta Loi est sainte et bonne,
mais nous recon­nais­sons que nous ne l’avons pas gar­dée.
Nous avons mis notre confiance en nous-mêmes,
et non dans ta jus­tice.

Confession de péché

Prions ensemble :
Sei­gneur notre Dieu,
nous venons à toi comme le publi­cain du temple,
ne nous confiant pas en nos mérites,
mais te disant :
« Dieu, sois apai­sé envers moi, pécheur. »
Nous confes­sons notre orgueil, nos hypo­cri­sies et notre indif­fé­rence.
Nous avons sou­vent sub­sti­tué nos tra­di­tions à ta Parole,
nos œuvres à ta grâce,
nos cer­ti­tudes à ta misé­ri­corde.
Par­donne-nous, Sei­gneur,
et recrée en nous un cœur pur,
par Jésus-Christ, notre unique jus­tice.
Amen.

Pardon et assurance

Écou­tons la bonne nou­velle :
« Si nous confes­sons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous les par­don­ner et pour nous puri­fier de toute ini­qui­té. » (1 Jean 1.9)
Ain­si parle le Sei­gneur :
« Le publi­cain des­cen­dit dans sa mai­son jus­ti­fié, plu­tôt que l’autre. » (Luc 18.14)
En Jésus-Christ, nous sommes par­don­nés, récon­ci­liés et jus­ti­fiés par la foi seule.
Ren­dons gloire à Dieu !

Can­tique sug­gé­ré : Psaume 130 – « Du fond de ma détresse »
ou un can­tique sur la grâce : “À toi la gloire” ou “C’est par ta grâce”.

Prière d’illumination

Éter­nel notre Dieu,
ta Parole est la lampe qui éclaire notre che­min.
Comme aux jours de la Réforme, répands de nou­veau ton Esprit sur ton Église.
Délivre-nous de l’orgueil du savoir et ouvre nos cœurs à la véri­té de ta grâce.
Fais-nous entendre, dans la lec­ture et la pré­di­ca­tion de ton Évan­gile,
ta voix qui jus­ti­fie le pécheur et relève le pauvre.
Par Jésus-Christ, notre Sei­gneur.
Amen.

Lecture biblique pour la prédication

  1. Exode 17.8–13 — Moïse et la vic­toire sur Ama­lec
  2. 2 Timo­thée 4.6–8,16–18 — Paul et la fin de sa course
  3. Luc 18.9–14 — Para­bole du pha­ri­sien et du publi­cain

Prière d’intercession

Sei­gneur notre Dieu,
nous te prions pour ton Église répan­due dans le monde :
qu’elle demeure fidèle à ta Parole,
unie dans la véri­té,
et cou­ra­geuse dans le témoi­gnage de l’Évangile.
Sou­viens-toi de celles et ceux qui souffrent pour le nom du Christ,
de ceux qui sont per­sé­cu­tés pour leur foi.
Nous te prions pour nos pays, pour les auto­ri­tés que tu as éta­blies,
afin qu’elles recherchent la jus­tice et la paix.
Sou­tiens ceux qui servent, pro­tègent et secourent leurs sem­blables,
par­ti­cu­liè­re­ment les sol­dats, les méde­cins, et tous ceux qui portent le far­deau du devoir.
Sou­viens-toi des pauvres, des malades, des affli­gés,
et fais de ton Église un ins­tru­ment de conso­la­tion et de véri­té.
Rends-nous humbles et fidèles,
afin que notre vie pro­clame la grâce que nous avons reçue.
Par Jésus-Christ, notre Sei­gneur.
Amen.

Offrande

Sou­ve­nons-nous :« Ce n’est pas à cause de nos œuvres que Dieu nous a sauvés,mais selon sa misé­ri­corde. » (Tite 3.5)Offrons-lui nos dons en signe de recon­nais­sance.

Bénédiction finale

Rece­vons la béné­dic­tion du Sei­gneur :
Que le Dieu de toute grâce, qui nous a appe­lés en Jésus-Christ à sa gloire éter­nelle,
vous affer­misse et vous for­ti­fie dans la foi.
Et que la paix de Dieu, qui sur­passe toute intel­li­gence,
garde vos cœurs et vos pen­sées en Jésus-Christ.
Amen.

Can­tique final sug­gé­ré : Psaume 46 – « Dieu est pour nous un sûr abri » (le psaume de Luther)


  1. Pre­mière lec­ture – Ben Sira le Sage 35.15b-17.20–22a
    Résu­mé :
    Ben Sira pro­clame que Dieu est un juge impar­tial, qui écoute la prière du pauvre, de l’orphelin, de la veuve et de l’opprimé. Le Sei­gneur ne se laisse pas impres­sion­ner par les sacri­fices exté­rieurs mais regarde le cœur. La prière authen­tique, celle qui monte jusqu’au ciel, est celle du pauvre, du cœur bri­sé et humble. La vraie jus­tice n’est pas dans les rites, mais dans la droi­ture inté­rieure et la confiance confiante en Dieu.
    Théo­lo­gie :
    Dieu est juste et misé­ri­cor­dieux. Il ne se laisse pas cor­rompre par l’apparence ou le pres­tige, mais se laisse tou­cher par la véri­té d’un cœur pauvre. La prière du pauvre révèle la véri­table jus­tice divine : celle d’un Dieu qui se penche vers la misère humaine. ↩︎

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