Illustration du Psaume 86 : un serviteur pauvre à genoux demande secours, entouré d’adversaires mais tourné vers une lumière unique.

Psaume 86 – À mon cri prête l’oreille – ARC 86

Le clair-obs­cur conduit le regard vers la prière et l’espérance du Psaume 86.

Le Psaume 86 est une sup­pli­ca­tion indi­vi­duelle. Il déploie la pau­vre­té du ser­vi­teur, l’unicité de Dieu et la demande d’un cœur uni­fié dans sa crainte. Cette prière porte l’expérience humaine devant le Dieu de l’alliance. Dans la litur­gie, elle convient par­ti­cu­liè­re­ment à la confes­sion du péché, à l’intercession et à la consé­cra­tion.

Média

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Quatre strophes – haut­bois.

Paroles

1. A mon cri prête l’oreille,
Dans ta bon­té sans pareille.
Je suis faible et mal­heu­reux ;
Viens à mon aide, ô mon Dieu.
Que ta grâce renou­velle
Dans l’esprit de ton fidèle
Le désir de te cher­cher
Et la joie de te trou­ver.

2. Ton par­don et ta patience,
Ton amour en abon­dance,
Qui t’invoque les reçoit ;
Nul ne donne comme toi.
Les nations que tu as faites
Ver­ront tes œuvres par­faites ;
Toutes se ras­sem­ble­ront
Et leurs mains te ser­vi­ront.

3. Sur la route où tu me guides,
Rends mon esprit plus avide
De savoir ta véri­té,
De mar­cher dans sa clar­té.
Sei­gneur, quel amour t’anime,
Que du plus pro­fond abîme
Tu sois venu me tirer !
O mon Dieu, je te loue­rai.

4. Vois l’orgueil et la vio­lence
Contre moi faire alliance
Et redou­bler leurs efforts
Pour mon­trer que tu es mort.
Viens donc, Sei­gneur admi­rable,
Bien­veillant et secou­rable,
Et qu’un signe en ma faveur
Révèle ton bras sau­veur.

Source : recueil Psaumes et Can­tiques – Foe­dus, ARC 86. L’attribution pré­cise de cette révi­sion fran­çaise n’étant pas éta­blie dans les don­nées dis­po­nibles, aucune attri­bu­tion sup­plé­men­taire n’est ajou­tée.

Place du psaume dans le Psautier de Genève

Le Psaume 86 appar­tient au Psau­tier com­plet de Genève. Le recueil ARC en pro­pose la pièce « À mon cri prête l’oreille » sous le numé­ro 86. Le réper­toire cano­nique l’attribue à la tra­di­tion ver­si­fiée de Clé­ment Marot et/ou Théo­dore de Bèze selon les don­nées propres à cette pièce ; aucune attri­bu­tion plus pré­cise n’est ajou­tée ici lorsqu’elle n’est pas éta­blie. Le chant met la Parole biblique sur les lèvres de l’assemblée : il unit mémoire de l’alliance, prière com­mune et réponse croyante. Son usage litur­gique prin­ci­pal relève de confes­sion du péché ; inter­ces­sion ; consé­cra­tion. Lu dans l’unité de l’Écriture, le psaume conserve sa pre­mière por­tée en Israël et trouve son accom­plis­se­ment en Jésus-Christ, Roi, juste, priant et Sau­veur de son peuple.

Texte biblique du psaume (Louis Segond 1910)

1. Prière de David. Éter­nel, prête l’o­reille, exauce-moi ! Car je suis mal­heu­reux et indi­gent.

2. Garde mon âme, car je suis pieux ! Mon Dieu, sauve ton ser­vi­teur qui se confie en toi !

3. Aie pitié de moi, Sei­gneur ! Car je crie à toi tout le jour.

4. Réjouis l’âme de ton ser­vi­teur, Car à toi, Sei­gneur, j’é­lève mon âme.

5. Car tu es bon, Sei­gneur, tu par­donnes, Tu es plein d’a­mour pour tous ceux qui t’in­voquent.

6. Éter­nel, prête l’o­reille à ma prière, Sois atten­tif à la voix de mes sup­pli­ca­tions !

7. Je t’in­voque au jour de ma détresse, Car tu m’exauces.

8. Nul n’est comme toi par­mi les dieux, Sei­gneur, Et rien ne res­semble à tes oeuvres.

9. Toutes les nations que tu as faites vien­dront Se pros­ter­ner devant ta face, Sei­gneur, Et rendre gloire à ton nom.

10. Car tu es grand, et tu opères des pro­diges ; Toi seul, tu es Dieu.

11. Enseigne-moi tes voies, ô Éter­nel ! Je mar­che­rai dans ta fidé­li­té. Dis­pose mon coeur à la crainte de ton nom.

12. Je te loue­rai de tout mon coeur, Sei­gneur, mon Dieu ! Et je glo­ri­fie­rai ton nom à per­pé­tui­té.

13. Car ta bon­té est grande envers moi, Et tu délivres mon âme du séjour pro­fond des morts.

14. O Dieu ! des orgueilleux se sont levés contre moi, Une troupe d’hommes vio­lents en veulent à ma vie ; Ils ne portent pas leurs pen­sées sur toi.

15. Mais toi, Sei­gneur, tu es un Dieu misé­ri­cor­dieux et com­pa­tis­sant, Lent à la colère, riche en bon­té et en fidé­li­té ;

16. Tourne vers moi les regards et aie pitié de moi, Donne la force à ton ser­vi­teur, Et sauve le fils de ta ser­vante !

17. Opère un signe en ma faveur ! Que mes enne­mis le voient et soient confus ! Car tu me secours et tu me consoles, ô Éter­nel !

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Brève exégèse du texte

Le Psaume 86 doit être lu comme une uni­té poé­tique et théo­lo­gique. Ses 17 ver­sets ne jux­ta­posent pas des sen­tences indé­pen­dantes : ils conduisent le lec­teur selon un mou­ve­ment de prière. L’ouverture – « Prière de David. Éter­nel, prête l’o­reille, exauce-moi ! Car je suis mal­heu­reux et indi­gent. » – éta­blit la situa­tion, l’adresse ou l’appel ini­tial. La conclu­sion – « Opère un signe en ma faveur ! Que mes enne­mis le voient et soient confus ! Car tu me secours et tu me consoles, ô Éter­nel ! » – montre vers quelle confes­sion, demande ou louange ce mou­ve­ment tend. Cette tra­jec­toire com­mande l’interprétation : la pau­vre­té du ser­vi­teur, l’unicité de Dieu et la demande d’un cœur uni­fié dans sa crainte.

Le genre du texte – sup­pli­ca­tion indi­vi­duelle – déter­mine sa manière de par­ler. La poé­sie hébraïque avance par paral­lé­lismes, reprises, contrastes et inten­si­fi­ca­tions. Une seconde ligne ne répète pas méca­ni­que­ment la pre­mière : elle la pré­cise, l’élargit ou la porte à son accom­plis­se­ment. Les chan­ge­ments de per­sonne, les impé­ra­tifs, les ques­tions et les images signalent les arti­cu­la­tions du poème. Il faut donc obser­ver qui parle, à qui, devant quels témoins et à quel moment la plainte devient confiance, l’enseignement louange ou la mémoire espé­rance.

Le nom ren­du par « l’Éternel » tra­duit le tétra­gramme YHWH et ins­crit la prière dans l’alliance. Le psal­miste ne s’adresse pas à une puis­sance reli­gieuse indé­ter­mi­née, mais au Dieu qui s’est fait connaître, qui a déli­vré son peuple et qui demeure fidèle à sa pro­messe. Lorsque le psaume parle de bon­té, de fidé­li­té, de jus­tice ou de salut, ces mots décrivent les actes du Dieu de l’alliance. La grâce n’efface donc ni la véri­té ni le juge­ment : elle délivre le pécheur, res­taure le peuple et ordonne une vie d’obéissance recon­nais­sante.

Les images du Psaume 86 donnent à cette confes­sion une forme incar­née. Elles ne sont ni déco­ra­tives ni éso­té­riques. Elles tra­duisent dans le lan­gage du corps, du che­min, de la mai­son, de la créa­tion, du com­bat ou du sanc­tuaire la manière dont Dieu ren­contre son peuple. La réa­li­té du mal n’est pas niée, mais elle n’est jamais sou­ve­raine. Le fidèle peut nom­mer la peur, la faute, l’injustice ou l’épuisement sans leur aban­don­ner le der­nier mot. La prière devient ain­si un acte de véri­té devant Dieu et un refus des faux appuis.

La lec­ture cano­nique conduit à Jésus-Christ sans sup­pri­mer Israël ni trans­for­mer chaque détail en sym­bole arbi­traire. Jésus a prié les psaumes, accom­pli l’obéissance qu’ils réclament et por­té en sa pas­sion la détresse du juste. Sa résur­rec­tion atteste la vic­toire du juge­ment et de la grâce. Les affir­ma­tions royales, sacer­do­tales, sapien­tielles ou péni­ten­tielles trouvent en lui leur centre : il est le Roi fidèle, le Ser­vi­teur sans fraude et le Média­teur par lequel l’Église peut reprendre toute la prière ins­pi­rée.

La struc­ture de l’alliance relie enfin l’individu et la com­mu­nau­té. Même lorsque le « je » domine, le priant appar­tient au peuple que Dieu ras­semble ; même lorsque le « nous » parle, chaque fidèle est per­son­nel­le­ment appe­lé à croire et à obéir. Le sanc­tuaire, Sion, la créa­tion, l’histoire d’Israël et les nations ne doivent donc pas être réduits à des états inté­rieurs. Ils ins­crivent la prière dans l’œuvre publique de Dieu. Le Psaume 86 forme ain­si une conscience ecclé­siale : la déli­vrance reçue devient témoi­gnage, la jus­tice deman­dée devient enga­ge­ment, et la louange répond à une grâce qui pré­cède toute œuvre humaine.

Mar­tin Luther carac­té­rise ce psaume par cet extrait exact : « David streng­the­neth his prayer by the conscience of his reli­gion,; by the good­ness and power of God.; He ». Source véri­fiée : Mar­tin Luther, A Manual of the Book of Psalms, sec­tion « Psalm LXXXVI », tra­duc­tion anglaise de Hen­ry Cole, Londres, 1837, texte du domaine public, Pro­ject Guten­berg, livre numé­rique 75892 : source pri­maire. Cet extrait situe le Psaume 86 dans la prière et la doc­trine de l’Église ; il ne dis­pense pas de suivre le texte ver­set par ver­set.

Pas­to­ra­le­ment, le Psaume 86 n’offre ni tech­nique de pro­tec­tion ni pro­messe de confort immé­diat. Il apprend à por­ter toute l’existence devant Dieu, à dis­tin­guer la foi de l’optimisme et à rece­voir l’espérance comme dépen­dance envers la parole divine. L’Église peut donc le chan­ter dans les moments de confes­sion du péché ; inter­ces­sion ; consé­cra­tion, à condi­tion de lais­ser sa pro­gres­sion com­plète for­mer la prière. En Christ, elle confesse que Dieu demeure fidèle, que le mal sera jugé, que le par­don est réel et que l’obéissance recon­nais­sante est le fruit de la grâce.

Observation du texte

Reli­sez les 17 ver­sets d’un seul tenant. Qui parle et à qui ? Quels mots, verbes, images ou noms divins reviennent ? Com­ment l’ouverture pré­pare-t-elle la conclu­sion ? Où se pro­duit le prin­ci­pal chan­ge­ment de ton ? Quels paral­lé­lismes pré­cisent ou inten­si­fient la pen­sée ? Dis­tin­guez ce que le psaume affirme de Dieu, ce qu’il recon­naît de l’être humain et ce qu’il demande. Véri­fiez enfin que votre lec­ture rend compte de l’ensemble et ne repose pas seule­ment sur un ver­set fami­lier.

Interprétation théologique

Que révèle le Psaume 86 de la sain­te­té, de la jus­tice, de la bon­té et de la fidé­li­té de Dieu ? Com­ment l’alliance éclaire-t-elle la pau­vre­té du ser­vi­teur, l’unicité de Dieu et la demande d’un cœur uni­fié dans sa crainte ? Quelle place le texte donne-t-il au péché, au juge­ment, au par­don, à la pro­vi­dence et à l’espérance ? Com­ment Jésus-Christ assume-t-il et accom­plit-il cette prière ? De quelle manière sa mort et sa résur­rec­tion empêchent-elles une lec­ture triom­pha­liste ou mora­liste ? Que reçoit ici l’Église pour sa confes­sion, son culte et son témoi­gnage ?

Appropriation spirituelle

Quelle réa­li­té per­son­nelle ou com­mu­nau­taire peux-tu pré­sen­ter à Dieu avec les mots du Psaume 86 ? Quel faux appui ou quelle résis­tance ce texte met-il en lumière ? Quel attri­but de Dieu sou­tient l’attente et l’obéissance ? Choi­sis un ver­set à mémo­ri­ser sans l’arracher au mou­ve­ment du psaume. For­mule ensuite une confes­sion, une inter­ces­sion et un acte concret de consé­cra­tion. L’appropriation chré­tienne ne consiste pas à se pla­cer spon­ta­né­ment par­mi les justes, mais à rece­voir en Christ le par­don et la fidé­li­té qui rendent pos­sible une vie nou­velle.

Conclusion pastorale

Le Psaume 86 donne à l’Église des mots vrais pour la pau­vre­té du ser­vi­teur, l’unicité de Dieu et la demande d’un cœur uni­fié dans sa crainte. Il nous apprend à prier sans feinte, à attendre sans pas­si­vi­té et à vivre de la fidé­li­té de Dieu mani­fes­tée en Jésus-Christ.