Illustration du Psaume 72 : la justice du roi messianique, la défense des pauvres et la bénédiction promise aux nations.

Psaume 72 – Revêts, Seigneur – ARC 72

Pour lire l’image : Le clair-obs­cur conduit le regard vers la prière et l’espérance du Psaume 72.

Introduction au psaume

Le Psaume 72 est un psaume royal. Il déploie la jus­tice du roi mes­sia­nique, la défense des pauvres et la béné­dic­tion pro­mise aux nations. Sa prière porte l’expérience humaine devant le Dieu de l’alliance et conduit l’assemblée à rece­voir sa parole, à lui répondre et à espé­rer son œuvre. Dans la litur­gie, il convient par­ti­cu­liè­re­ment aux moments sui­vants : Confes­sion de foi ; Inter­ces­sion ; Consé­cra­tion. Cha­cun de ces emplois doit res­pec­ter le mou­ve­ment entier du psaume et non iso­ler une for­mule ras­su­rante de son contexte.

Média

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Paroles

Ver­sion chan­tée du recueil ARC, Psaume 72.

1. Revêts, Seigneur, de ta justice
Le Prince de la paix
Et parmi nous qu’il établisse
Son royaume à jamais.
En lui, les plus humbles du peuple
Trouvent un défenseur,
Délivrant les fils de la veuve
Et brisant l’oppresseur.
2. Qu’il règne sur toute la terre, 
Sur tous les océans,
Tant que le soleil les éclaire
Jusqu’à la fin des temps.
Des sommets qu’il fasse descendre
La paix et la bonté,
Sur les coteaux qu’il vienne étendre
Le droit et l’équité.
3. Comme l’ondée il renouvelle, 
Il reverdit nos prés.
Il donne au droit vigueur nouvelle ;
Le monde en est paré.
Dans son royaume sans frontières
Les grands s‘inclineront ;
Et tous les peuples qu’il libère
En paix le serviront.
4. Il est l’appui dans leur détresse
Des plus abandonnés.
Sa main guérit, son bras redresse
Le faible méprisé.
Il vient sauver dans son épreuve
L’esprit du malheureux ;
Plus que le sien, le sang du pauvre
A du prix à ses yeux.
5. Vive ton roi ! Que l’on bénisse
Et glorifie son nom.
Que l’or afflue pour sa justice
De tous les horizons.
Les blés croîtront en abondance
Jusqu’au sommet des monts ;
Tous verront la magnificence
Des jardins de Sion.

Le psaume dans le Psautier de Genève

Le Psaume 72 appar­tient au Psau­tier com­plet de Genève. Le recueil ARC en pro­pose la pièce « Revêts, Sei­gneur » sous le numé­ro 72. Le réper­toire cano­nique l’attribue à la tra­di­tion ver­si­fiée de Clé­ment Marot et/ou Théo­dore de Bèze selon les don­nées propres à cette pièce ; aucune attri­bu­tion plus pré­cise n’est ajou­tée ici lorsqu’elle n’est pas éta­blie. Le chant met la Parole biblique sur les lèvres de l’assemblée : il unit mémoire de l’alliance, prière com­mune et réponse croyante. Son usage litur­gique prin­ci­pal relève de confes­sion de foi ; inter­ces­sion ; consé­cra­tion. Lu dans l’unité de l’Écriture, le psaume conserve sa pre­mière por­tée en Israël et trouve son accom­plis­se­ment en Jésus-Christ, Roi, juste, priant et Sau­veur de son peuple.

Texte intégral du psaume – Louis Segond 1910

1. De Salo­mon. O Dieu, donne tes juge­ments au roi, Et ta jus­tice au fils du roi !

2. Il juge­ra ton peuple avec jus­tice, Et tes mal­heu­reux avec équi­té.

3. Les mon­tagnes por­te­ront la paix pour le peuple, Et les col­lines aus­si, par l’ef­fet de ta jus­tice.

4. Il fera droit aux mal­heu­reux du peuple, Il sau­ve­ra les enfants du pauvre, Et il écra­se­ra l’op­pres­seur.

5. On te crain­dra, tant que sub­sis­te­ra le soleil, Tant que paraî­tra la lune, de géné­ra­tion en géné­ra­tion.

6. Il sera comme une pluie qui tombe sur un ter­rain fau­ché, Comme des ondées qui arrosent la cam­pagne.

7. En ses jours le juste fleu­ri­ra, Et la paix sera grande jus­qu’à ce qu’il n’y ait plus de lune.

8. Il domi­ne­ra d’une mer à l’autre, Et du fleuve aux extré­mi­tés de la terre.

9. Devant lui, les habi­tants du désert flé­chi­ront le genou, Et ses enne­mis léche­ront la pous­sière.

10. Les rois de Tar­sis et des îles paie­ront des tri­buts, Les rois de Séba et de Saba offri­ront des pré­sents.

11. Tous les rois se pros­ter­ne­ront devant lui, Toutes les nations le ser­vi­ront.

12. Car il déli­vre­ra le pauvre qui crie, Et le mal­heu­reux qui n’a point d’aide.

13. Il aura pitié du misé­rable et de l’in­di­gent, Et il sau­ve­ra la vie des pauvres ;

14. Il les affran­chi­ra de l’op­pres­sion et de la vio­lence, Et leur sang aura du prix à ses yeux.

15. Ils vivront, et lui don­ne­ront de l’or de Séba ; Ils prie­ront pour lui sans cesse, ils le béni­ront chaque jour.

16. Les blés abon­de­ront dans le pays, au som­met des mon­tagnes, Et leurs épis s’a­gi­te­ront comme les arbres du Liban ; Les hommes fleu­ri­ront dans les villes comme l’herbe de la terre.

17. Son nom sub­sis­te­ra tou­jours, Aus­si long­temps que le soleil son nom se per­pé­tue­ra ; Par lui on se béni­ra mutuel­le­ment, Et toutes les nations le diront heu­reux.

18. Béni soit l’É­ter­nel Dieu, le Dieu d’Is­raël, qui seul fait des pro­diges !

19. Béni soit à jamais son nom glo­rieux ! Que toute la terre soit rem­plie de sa gloire ! Amen ! Amen !

20. Fin des prières de David, fils d’I­saï.

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Brève exégèse du texte

Le Psaume 72 doit être lu comme une uni­té poé­tique et théo­lo­gique. Ses 20 ver­sets ne jux­ta­posent pas des sen­tences indé­pen­dantes : ils conduisent le lec­teur selon un mou­ve­ment de prière. L’ouverture – « De Salo­mon. O Dieu, donne tes juge­ments au roi, Et ta jus­tice au fils du roi ! » – éta­blit la situa­tion, l’adresse ou l’appel ini­tial. La conclu­sion – « Fin des prières de David, fils d’I­saï. » – montre vers quelle confes­sion, demande ou louange ce mou­ve­ment tend. Cette tra­jec­toire com­mande l’interprétation : la jus­tice du roi mes­sia­nique, la défense des pauvres et la béné­dic­tion pro­mise aux nations.

Le genre du texte – psaume royal – déter­mine sa manière de par­ler. La poé­sie hébraïque avance par paral­lé­lismes, reprises, contrastes et inten­si­fi­ca­tions. Une seconde ligne ne répète pas méca­ni­que­ment la pre­mière : elle la pré­cise, l’élargit ou la porte à son accom­plis­se­ment. Les chan­ge­ments de per­sonne, les impé­ra­tifs, les ques­tions et les images signalent les arti­cu­la­tions du poème. Il faut donc obser­ver qui parle, à qui, devant quels témoins et à quel moment la plainte devient confiance, l’enseignement louange ou la mémoire espé­rance.

Le nom ren­du par « l’Éternel » tra­duit le tétra­gramme YHWH et ins­crit la prière dans l’alliance. Le psal­miste ne s’adresse pas à une puis­sance reli­gieuse indé­ter­mi­née, mais au Dieu qui s’est fait connaître, qui a déli­vré son peuple et qui demeure fidèle à sa pro­messe. Lorsque le psaume parle de bon­té, de fidé­li­té, de jus­tice ou de salut, ces mots décrivent les actes du Dieu de l’alliance. La grâce n’efface donc ni la véri­té ni le juge­ment : elle délivre le pécheur, res­taure le peuple et ordonne une vie d’obéissance recon­nais­sante.

Les images du Psaume 72 donnent à cette confes­sion une forme incar­née. Elles ne sont ni déco­ra­tives ni éso­té­riques. Elles tra­duisent dans le lan­gage du corps, du che­min, de la mai­son, de la créa­tion, du com­bat ou du sanc­tuaire la manière dont Dieu ren­contre son peuple. La réa­li­té du mal n’est pas niée, mais elle n’est jamais sou­ve­raine. Le fidèle peut nom­mer la peur, la faute, l’injustice ou l’épuisement sans leur aban­don­ner le der­nier mot. La prière devient ain­si un acte de véri­té devant Dieu et un refus des faux appuis.

La lec­ture cano­nique conduit à Jésus-Christ sans sup­pri­mer Israël ni trans­for­mer chaque détail en sym­bole arbi­traire. Jésus a prié les psaumes, accom­pli l’obéissance qu’ils réclament et por­té en sa pas­sion la détresse du juste. Sa résur­rec­tion atteste la vic­toire du juge­ment et de la grâce. Les affir­ma­tions royales, sacer­do­tales, sapien­tielles ou péni­ten­tielles trouvent en lui leur centre : il est le Roi fidèle, le Ser­vi­teur sans fraude et le Média­teur par lequel l’Église peut reprendre toute la prière ins­pi­rée.

La struc­ture de l’alliance relie enfin l’individu et la com­mu­nau­té. Même lorsque le « je » domine, le priant appar­tient au peuple que Dieu ras­semble ; même lorsque le « nous » parle, chaque fidèle est per­son­nel­le­ment appe­lé à croire et à obéir. Le sanc­tuaire, Sion, la créa­tion, l’histoire d’Israël et les nations ne doivent donc pas être réduits à des états inté­rieurs. Ils ins­crivent la prière dans l’œuvre publique de Dieu. Le Psaume 72 forme ain­si une conscience ecclé­siale : la déli­vrance reçue devient témoi­gnage, la jus­tice deman­dée devient enga­ge­ment, et la louange répond à une grâce qui pré­cède toute œuvre humaine.

Mar­tin Luther carac­té­rise ce psaume par cet extrait exact : « David, praying for Solo­mon, she­weth the good­ness and glo­ry of his, in type, and in truth, of Christ’s ». Source véri­fiée : Mar­tin Luther, A Manual of the Book of Psalms, sec­tion « Psalm LXXII », tra­duc­tion anglaise de Hen­ry Cole, Londres, 1837, texte du domaine public, Pro­ject Guten­berg, livre numé­rique 75892 : https://www.gutenberg.org/cache/epub/75892/pg75892.txt. Cet extrait situe le Psaume 72 dans la prière et la doc­trine de l’Église ; il ne dis­pense pas de suivre le texte ver­set par ver­set.

Pas­to­ra­le­ment, le Psaume 72 n’offre ni tech­nique de pro­tec­tion ni pro­messe de confort immé­diat. Il apprend à por­ter toute l’existence devant Dieu, à dis­tin­guer la foi de l’optimisme et à rece­voir l’espérance comme dépen­dance envers la parole divine. L’Église peut donc le chan­ter dans les moments de confes­sion de foi ; inter­ces­sion ; consé­cra­tion, à condi­tion de lais­ser sa pro­gres­sion com­plète for­mer la prière. En Christ, elle confesse que Dieu demeure fidèle, que le mal sera jugé, que le par­don est réel et que l’obéissance recon­nais­sante est le fruit de la grâce.

Observation du texte

Reli­sez les 20 ver­sets d’un seul tenant. Qui parle et à qui ? Quels mots, verbes, images ou noms divins reviennent ? Com­ment l’ouverture pré­pare-t-elle la conclu­sion ? Où se pro­duit le prin­ci­pal chan­ge­ment de ton ? Quels paral­lé­lismes pré­cisent ou inten­si­fient la pen­sée ? Dis­tin­guez ce que le psaume affirme de Dieu, ce qu’il recon­naît de l’être humain et ce qu’il demande. Véri­fiez enfin que votre lec­ture rend compte de l’ensemble et ne repose pas seule­ment sur un ver­set fami­lier.

Interprétation théologique

Que révèle le Psaume 72 de la sain­te­té, de la jus­tice, de la bon­té et de la fidé­li­té de Dieu ? Com­ment l’alliance éclaire-t-elle la jus­tice du roi mes­sia­nique, la défense des pauvres et la béné­dic­tion pro­mise aux nations ? Quelle place le texte donne-t-il au péché, au juge­ment, au par­don, à la pro­vi­dence et à l’espérance ? Com­ment Jésus-Christ assume-t-il et accom­plit-il cette prière ? De quelle manière sa mort et sa résur­rec­tion empêchent-elles une lec­ture triom­pha­liste ou mora­liste ? Que reçoit ici l’Église pour sa confes­sion, son culte et son témoi­gnage ?

Appropriation spirituelle

Quelle réa­li­té per­son­nelle ou com­mu­nau­taire peux-tu pré­sen­ter à Dieu avec les mots du Psaume 72 ? Quel faux appui ou quelle résis­tance ce texte met-il en lumière ? Quel attri­but de Dieu sou­tient l’attente et l’obéissance ? Choi­sis un ver­set à mémo­ri­ser sans l’arracher au mou­ve­ment du psaume. For­mule ensuite une confes­sion, une inter­ces­sion et un acte concret de consé­cra­tion. L’appropriation chré­tienne ne consiste pas à se pla­cer spon­ta­né­ment par­mi les justes, mais à rece­voir en Christ le par­don et la fidé­li­té qui rendent pos­sible une vie nou­velle.

Conclusion pastorale

Le Psaume 72 donne à l’Église des mots vrais pour la jus­tice du roi mes­sia­nique, la défense des pauvres et la béné­dic­tion pro­mise aux nations. Il nous apprend à prier sans feinte, à attendre sans pas­si­vi­té et à vivre de la fidé­li­té de Dieu mani­fes­tée en Jésus-Christ.