Illustration du Psaume 36 : le contraste entre la perversité humaine et la bonté inépuisable de Dieu.

Psaume 36 – Ô Seigneur, ta fidélité – ARC 36

Pour lire l’image : Le clair-obs­cur conduit le regard vers la prière et l’espérance du Psaume 36.

Introduction au psaume

Le Psaume 36 est un médi­ta­tion sapien­tielle et hym­nique. Il déploie le contraste entre la per­ver­si­té humaine et la bon­té inépui­sable de Dieu. Sa prière porte l’expérience humaine devant le Dieu de l’alliance et conduit l’assemblée à rece­voir sa parole, à lui répondre et à espé­rer son œuvre. Dans la litur­gie, il convient par­ti­cu­liè­re­ment aux moments sui­vants : Ado­ra­tion ; Confes­sion du péché ; Décla­ra­tion du par­don. Cha­cun de ces emplois doit res­pec­ter le mou­ve­ment entier du psaume et non iso­ler une for­mule ras­su­rante de son contexte.


Média

Écou­ter le psaume

Musique avec intro, strophes x3 (Leeds Town Hall Organ P1)
Musique avec intro, strophes x3 (haut­bois)

Paroles

Ver­sion chan­tée du recueil ARC, Psaume 36.

1. Ô Seigneur, ta fidélité
Remplit les cieux et ta bonté
Dépasse toute cime.
Ta justice est pareille aux monts,
Tes jugements sont plus profonds
Que le plus grand abîme.
De la puissance du néant,
Tu veux sauver tous les vivants,
Toute chair, toute race ;
Les hommes se rassembleront,
Autour de toi ils trouveront
Leur paix devant ta face.
2 Que précieux est ton amour !
Dans ta demeure nuit et jour
La table est toujours prête ;
Et tu nourris ceux qui ont faim
De l’abondance de tes biens
En un repas de fête.
Ta joie est comme un flot puissant ;
A la fraîcheur de ce torrent
Nos cœurs se désaltèrent.
La source de vie est en toi,
Par ta lumière l’homme voit
Triompher la lumière.
3. Maintiens ta grâce aux hommes droits ;
Donne à celui qui vient vers toi
L’appui de ta justice.
Garde-moi de tomber aux mains
De ces méchants, de ces hautains,
De peur que je faiblisse.
Car ils voudraient chasser les tiens,
Les séparer de leur soutien,
De leur seule assurance.
C’est fait ! Tu les as renversés ;
Ils ne pourront se relever.
Gloire à ta délivrance !

Le psaume dans le Psautier de Genève

Le Psaume 36 appar­tient au Psau­tier com­plet de Genève. Le recueil ARC en pro­pose la pièce « Ô Sei­gneur, ta fidé­li­té » sous le numé­ro 36. Le réper­toire cano­nique l’attribue à la tra­di­tion ver­si­fiée de Clé­ment Marot et/ou Théo­dore de Bèze selon les don­nées propres à cette pièce ; aucune attri­bu­tion plus pré­cise n’est ajou­tée ici lorsqu’elle n’est pas éta­blie. Le chant met la Parole biblique sur les lèvres de l’assemblée : il unit mémoire de l’alliance, prière com­mune et réponse croyante. Son usage litur­gique prin­ci­pal relève de ado­ra­tion ; confes­sion du péché ; décla­ra­tion du par­don. Lu dans l’unité de l’Écriture, le psaume conserve sa pre­mière por­tée en Israël et trouve son accom­plis­se­ment en Jésus-Christ, Roi, juste, priant et Sau­veur de son peuple.


Texte intégral du psaume – Louis Segond 1910

1. (36:1) Au chef des chantres. Du ser­vi­teur de l’É­ter­nel, de David. (36:2) La parole impie du méchant est au fond de mon coeur ; La crainte de Dieu n’est pas devant ses yeux.

2. (36:3) Car il se flatte à ses propres yeux, Pour consom­mer son ini­qui­té, pour assou­vir sa haine.

3. (36:4) Les paroles de sa bouche sont fausses et trom­peuses ; Il renonce à agir avec sagesse, à faire le bien.

4. (36:5) Il médite l’in­jus­tice sur sa couche, Il se tient sur une voie qui n’est pas bonne, Il ne repousse pas le mal.

5. (36:6) Éter­nel ! ta bon­té atteint jus­qu’aux cieux, Ta fidé­li­té jus­qu’aux nues.

6. (36:7) Ta jus­tice est comme les mon­tagnes de Dieu, Tes juge­ments sont comme le grand abîme. Éter­nel ! tu sou­tiens les hommes et les bêtes.

7. (36:8) Com­bien est pré­cieuse ta bon­té, ô Dieu ! A l’ombre de tes ailes les fils de l’homme cherchent un refuge.

8. (36:9) Ils se ras­sa­sient de l’a­bon­dance de ta mai­son, Et tu les abreuves au tor­rent de tes délices.

9. (36:10) Car auprès de toi est la source de la vie ; Par ta lumière nous voyons la lumière.

10. (36:11) Étends ta bon­té sur ceux qui te connaissent, Et ta jus­tice sur ceux dont le coeur est droit !

11. (36:12) Que le pied de l’or­gueil ne m’at­teigne pas, Et que la main des méchants ne me fasse pas fuir !

12. (36:13) Déjà tombent ceux qui com­mettent l’i­ni­qui­té ; Ils sont ren­ver­sés, et ils ne peuvent se rele­ver.


Entrer dans le Psaume

Brève exégèse du texte

Le Psaume 36 doit être lu comme une uni­té poé­tique et théo­lo­gique. Ses 12 ver­sets ne jux­ta­posent pas des sen­tences indé­pen­dantes : ils conduisent le lec­teur selon un mou­ve­ment de prière. L’ouverture – « (36:1) Au chef des chantres. Du ser­vi­teur de l’É­ter­nel, de David. (36:2) La parole impie du méchant est au fond de mon coeur ; La crainte de Dieu n’est pas devant ses yeux. » – éta­blit la situa­tion, l’adresse ou l’appel ini­tial. La conclu­sion – « (36:13) Déjà tombent ceux qui com­mettent l’i­ni­qui­té ; Ils sont ren­ver­sés, et ils ne peuvent se rele­ver. » – montre vers quelle confes­sion, demande ou louange ce mou­ve­ment tend. Cette tra­jec­toire com­mande l’interprétation : le contraste entre la per­ver­si­té humaine et la bon­té inépui­sable de Dieu.

Le genre du texte – médi­ta­tion sapien­tielle et hym­nique – déter­mine sa manière de par­ler. La poé­sie hébraïque avance par paral­lé­lismes, reprises, contrastes et inten­si­fi­ca­tions. Une seconde ligne ne répète pas méca­ni­que­ment la pre­mière : elle la pré­cise, l’élargit ou la porte à son accom­plis­se­ment. Les chan­ge­ments de per­sonne, les impé­ra­tifs, les ques­tions et les images signalent les arti­cu­la­tions du poème. Il faut donc obser­ver qui parle, à qui, devant quels témoins et à quel moment la plainte devient confiance, l’enseignement louange ou la mémoire espé­rance.

Le nom ren­du par « l’Éternel » tra­duit le tétra­gramme YHWH et ins­crit la prière dans l’alliance. Le psal­miste ne s’adresse pas à une puis­sance reli­gieuse indé­ter­mi­née, mais au Dieu qui s’est fait connaître, qui a déli­vré son peuple et qui demeure fidèle à sa pro­messe. Lorsque le psaume parle de bon­té, de fidé­li­té, de jus­tice ou de salut, ces mots décrivent les actes du Dieu de l’alliance. La grâce n’efface donc ni la véri­té ni le juge­ment : elle délivre le pécheur, res­taure le peuple et ordonne une vie d’obéissance recon­nais­sante.

Les images du Psaume 36 donnent à cette confes­sion une forme incar­née. Elles ne sont ni déco­ra­tives ni éso­té­riques. Elles tra­duisent dans le lan­gage du corps, du che­min, de la mai­son, de la créa­tion, du com­bat ou du sanc­tuaire la manière dont Dieu ren­contre son peuple. La réa­li­té du mal n’est pas niée, mais elle n’est jamais sou­ve­raine. Le fidèle peut nom­mer la peur, la faute, l’injustice ou l’épuisement sans leur aban­don­ner le der­nier mot. La prière devient ain­si un acte de véri­té devant Dieu et un refus des faux appuis.

La lec­ture cano­nique conduit à Jésus-Christ sans sup­pri­mer Israël ni trans­for­mer chaque détail en sym­bole arbi­traire. Jésus a prié les psaumes, accom­pli l’obéissance qu’ils réclament et por­té en sa pas­sion la détresse du juste. Sa résur­rec­tion atteste la vic­toire du juge­ment et de la grâce. Les affir­ma­tions royales, sacer­do­tales, sapien­tielles ou péni­ten­tielles trouvent en lui leur centre : il est le Roi fidèle, le Ser­vi­teur sans fraude et le Média­teur par lequel l’Église peut reprendre toute la prière ins­pi­rée.

La struc­ture de l’alliance relie enfin l’individu et la com­mu­nau­té. Même lorsque le « je » domine, le priant appar­tient au peuple que Dieu ras­semble ; même lorsque le « nous » parle, chaque fidèle est per­son­nel­le­ment appe­lé à croire et à obéir. Le sanc­tuaire, Sion, la créa­tion, l’histoire d’Israël et les nations ne doivent donc pas être réduits à des états inté­rieurs. Ils ins­crivent la prière dans l’œuvre publique de Dieu. Le Psaume 36 forme ain­si une conscience ecclé­siale : la déli­vrance reçue devient témoi­gnage, la jus­tice deman­dée devient enga­ge­ment, et la louange répond à une grâce qui pré­cède toute œuvre humaine.

Mar­tin Luther carac­té­rise ce psaume par cet extrait exact : « The grie­vous estate of the wicked.; The excel­len­cy of God’s mer­cy.; David prayeth for favour to God’s chil­dren. ». Source véri­fiée : Mar­tin Luther, A Manual of the Book of Psalms, sec­tion « Psalm XXXVI », tra­duc­tion anglaise de Hen­ry Cole, Londres, 1837, texte du domaine public, Pro­ject Guten­berg, livre numé­rique 75892. Cet extrait situe le Psaume 36 dans la prière et la doc­trine de l’Église ; il ne dis­pense pas de suivre le texte ver­set par ver­set.

Pas­to­ra­le­ment, le Psaume 36 n’offre ni tech­nique de pro­tec­tion ni pro­messe de confort immé­diat. Il apprend à por­ter toute l’existence devant Dieu, à dis­tin­guer la foi de l’optimisme et à rece­voir l’espérance comme dépen­dance envers la parole divine. L’Église peut donc le chan­ter dans les moments de ado­ra­tion ; confes­sion du péché ; décla­ra­tion du par­don, à condi­tion de lais­ser sa pro­gres­sion com­plète for­mer la prière. En Christ, elle confesse que Dieu demeure fidèle, que le mal sera jugé, que le par­don est réel et que l’obéissance recon­nais­sante est le fruit de la grâce.

Observation du texte

Reli­sez les 12 ver­sets d’un seul tenant. Qui parle et à qui ? Quels mots, verbes, images ou noms divins reviennent ? Com­ment l’ouverture pré­pare-t-elle la conclu­sion ? Où se pro­duit le prin­ci­pal chan­ge­ment de ton ? Quels paral­lé­lismes pré­cisent ou inten­si­fient la pen­sée ? Dis­tin­guez ce que le psaume affirme de Dieu, ce qu’il recon­naît de l’être humain et ce qu’il demande. Véri­fiez enfin que votre lec­ture rend compte de l’ensemble et ne repose pas seule­ment sur un ver­set fami­lier.

Interprétation théologique

Que révèle le Psaume 36 de la sain­te­té, de la jus­tice, de la bon­té et de la fidé­li­té de Dieu ? Com­ment l’alliance éclaire-t-elle le contraste entre la per­ver­si­té humaine et la bon­té inépui­sable de Dieu ? Quelle place le texte donne-t-il au péché, au juge­ment, au par­don, à la pro­vi­dence et à l’espérance ? Com­ment Jésus-Christ assume-t-il et accom­plit-il cette prière ? De quelle manière sa mort et sa résur­rec­tion empêchent-elles une lec­ture triom­pha­liste ou mora­liste ? Que reçoit ici l’Église pour sa confes­sion, son culte et son témoi­gnage ?

Appropriation spirituelle

Quelle réa­li­té per­son­nelle ou com­mu­nau­taire peux-tu pré­sen­ter à Dieu avec les mots du Psaume 36 ? Quel faux appui ou quelle résis­tance ce texte met-il en lumière ? Quel attri­but de Dieu sou­tient l’attente et l’obéissance ? Choi­sis un ver­set à mémo­ri­ser sans l’arracher au mou­ve­ment du psaume. For­mule ensuite une confes­sion, une inter­ces­sion et un acte concret de consé­cra­tion. L’appropriation chré­tienne ne consiste pas à se pla­cer spon­ta­né­ment par­mi les justes, mais à rece­voir en Christ le par­don et la fidé­li­té qui rendent pos­sible une vie nou­velle.

Conclusion pastorale

Le Psaume 36 donne à l’Église des mots vrais pour le contraste entre la per­ver­si­té humaine et la bon­té inépui­sable de Dieu. Il nous apprend à prier sans feinte, à attendre sans pas­si­vi­té et à vivre de la fidé­li­té de Dieu mani­fes­tée en Jésus-Christ.