Illustration du Psaume 139 : la connaissance totale de Dieu, sa présence inévitable, le mystère de la création personnelle et la demande d’être sondé.

Psaume 139 – Seigneur, tu lis – ARC 139

Introduction au psaume

Le Psaume 139 est un médi­ta­tion sapien­tielle et prière. Il déploie la connais­sance totale de Dieu, sa pré­sence inévi­table, le mys­tère de la créa­tion per­son­nelle et la demande d’être son­dé. Sa prière porte l’expérience humaine devant le Dieu de l’alliance et conduit l’assemblée à rece­voir sa parole, à lui répondre et à espé­rer son œuvre. Dans la litur­gie, il convient par­ti­cu­liè­re­ment aux moments sui­vants : Confes­sion du péché ; Consé­cra­tion ; Béné­dic­tion. Cha­cun de ces emplois doit res­pec­ter le mou­ve­ment entier du psaume et non iso­ler une for­mule ras­su­rante de son contexte.

Illustration du Psaume 139 : la connaissance totale de Dieu, sa présence inévitable, le mystère de la création personnelle et la demande d’être sondé.
Psaume 139 – Sei­gneur, tu lis.

Texte intégral du psaume – Louis Segond 1910

1. Au chef des chantres. De David. Psaume. Éter­nel ! tu me sondes et tu me connais,

2. Tu sais quand je m’as­sieds et quand je me lève, Tu pénètres de loin ma pen­sée ;

3. Tu sais quand je marche et quand je me couche, Et tu pénètres toutes mes voies.

4. Car la parole n’est pas sur ma langue, Que déjà, ô Éter­nel ! tu la connais entiè­re­ment.

5. Tu m’en­toures par der­rière et par devant, Et tu mets ta main sur moi.

6. Une science aus­si mer­veilleuse est au-des­sus de ma por­tée, Elle est trop éle­vée pour que je puisse la sai­sir.

7. Où irais-je loin de ton esprit, Et où fui­rais-je loin de ta face ?

8. Si je monte aux cieux, tu y es ; Si je me couche au séjour des morts, t’y voi­là.

9. Si je prends les ailes de l’au­rore, Et que j’aille habi­ter à l’ex­tré­mi­té de la mer,

10. Là aus­si ta main me condui­ra, Et ta droite me sai­si­ra.

11. Si je dis : Au moins les ténèbres me cou­vri­ront, La nuit devient lumière autour de moi ;

12. Même les ténèbres ne sont pas obs­cures pour toi, La nuit brille comme le jour, Et les ténèbres comme la lumière.

13. C’est toi qui as for­mé mes reins, Qui m’as tis­sé dans le sein de ma mère.

14. Je te loue de ce que je suis une créa­ture si mer­veilleuse. Tes oeuvres sont admi­rables, Et mon âme le recon­naît bien.

15. Mon corps n’é­tait point caché devant toi, Lorsque j’ai été fait dans un lieu secret, Tis­sé dans les pro­fon­deurs de la terre.

16. Quand je n’é­tais qu’une masse informe, tes yeux me voyaient ; Et sur ton livre étaient tous ins­crits Les jours qui m’é­taient des­ti­nés, Avant qu’au­cun d’eux exis­tât.

17. Que tes pen­sées, ô Dieu, me semblent impé­né­trables ! Que le nombre en est grand !

18. Si je les compte, elles sont plus nom­breuses que les grains de sable. Je m’é­veille, et je suis encore avec toi.

19. O Dieu, puisses-tu faire mou­rir le méchant ! Hommes de sang, éloi­gnez-vous de moi !

20. Ils parlent de toi d’une manière cri­mi­nelle, Ils prennent ton nom pour men­tir, eux, tes enne­mis !

21. Éter­nel, n’au­rais-je pas de la haine pour ceux qui te haïssent, Du dégoût pour ceux qui s’é­lèvent contre toi ?

22. Je les hais d’une par­faite haine ; Ils sont pour moi des enne­mis.

23. Sonde-moi, ô Dieu, et connais mon coeur ! Éprouve-moi, et connais mes pen­sées !

24. Regarde si je suis sur une mau­vaise voie, Et conduis-moi sur la voie de l’é­ter­ni­té !

Le psaume dans le Psautier de Genève

Le Psaume 139 appar­tient au Psau­tier com­plet de Genève. Le recueil ARC en pro­pose la pièce « Sei­gneur, tu lis » sous le numé­ro 139. Le réper­toire cano­nique l’attribue à la tra­di­tion ver­si­fiée de Clé­ment Marot et/ou Théo­dore de Bèze selon les don­nées propres à cette pièce ; aucune attri­bu­tion plus pré­cise n’est ajou­tée ici lorsqu’elle n’est pas éta­blie. Le chant met la Parole biblique sur les lèvres de l’assemblée : il unit mémoire de l’alliance, prière com­mune et réponse croyante. Son usage litur­gique prin­ci­pal relève de confes­sion du péché ; consé­cra­tion ; béné­dic­tion. Lu dans l’unité de l’Écriture, le psaume conserve sa pre­mière por­tée en Israël et trouve son accom­plis­se­ment en Jésus-Christ, Roi, juste, priant et Sau­veur de son peuple.

Chanter le psaume

Strophes x7 (Union Cha­pel Organ)

1. Sei­gneur, tu lis au fond de moi ;
Ton œil me suit où que je sois,
De mon lever à mon cou­cher,
Dans mes pro­jets les plus cachés ;
Ce que je dis, ce que je pense,
Sei­gneur, tu le connais d’avance.

2. Tu m’as cer­né de toutes parts,
Tu m’as gar­dé comme un rem­part ;
Sur moi, en maître sou­ve­rain,
O Sei­gneur, tu poses ta main.
Un tel savoir est inson­dable
Et son mys­tère incon­nais­sable.

3. Où fui­rai-je loin de tes yeux,
Où t’échapperai-je, ô mon Dieu ?
Si je vais aux cieux, tu es là ;
Même en la mort j’entends ton pas.
Je prends les ailes de l’aurore ;
Au bout des mers, tu vois encore.

4. Par­tout, Sei­gneur, tu me conduis
Et ta main droite me sai­sit.
Si je me cache dans la nuit,
Ta clar­té sitôt la rem­plit.
Pour toi l’ombre même s’éclaire ;
L’obscurité devient lumière.

5. Déjà dans le sein mater­nel
Où tu for­mais mon corps char­nel,
Tu me voyais, tu ins­cri­vais
Les jours que tu me des­ti­nais.
Oui, je suis ton œuvre éton­nante ;
Sei­gneur, je le sais et le chante.

6. Je ne peux suivre tes pro­jets.
Pour­rais-je les sai­sir jamais ?
Plu­tôt comp­ter le sable fin
Que le nombre de tes des­seins ;
En y son­geant je m’émerveille,
J’y pense encor quand je m’éveille.

7. Éprouve-moi ; connais, Sei­gneur,
Toutes les pen­sées de mon cœur.
Aver­tis-moi quand mon sen­tier
Risque à nou­veau de dévier ;
Conduis mes pas, Dieu de lumière,
Sur le che­min que tu éclaires.

Entrer dans le Psaume

Brève exégèse du texte

Le Psaume 139 doit être lu comme une uni­té poé­tique et théo­lo­gique. Ses 24 ver­sets ne jux­ta­posent pas des sen­tences indé­pen­dantes : ils conduisent le lec­teur selon un mou­ve­ment de prière. L’ouverture – « Au chef des chantres. De David. Psaume. Éter­nel ! tu me sondes et tu me connais, » – éta­blit la situa­tion, l’adresse ou l’appel ini­tial. La conclu­sion – « Regarde si je suis sur une mau­vaise voie, Et conduis-moi sur la voie de l’é­ter­ni­té ! » – montre vers quelle confes­sion, demande ou louange ce mou­ve­ment tend. Cette tra­jec­toire com­mande l’interprétation : la connais­sance totale de Dieu, sa pré­sence inévi­table, le mys­tère de la créa­tion per­son­nelle et la demande d’être son­dé.

Le genre du texte – médi­ta­tion sapien­tielle et prière – déter­mine sa manière de par­ler. La poé­sie hébraïque avance par paral­lé­lismes, reprises, contrastes et inten­si­fi­ca­tions. Une seconde ligne ne répète pas méca­ni­que­ment la pre­mière : elle la pré­cise, l’élargit ou la porte à son accom­plis­se­ment. Les chan­ge­ments de per­sonne, les impé­ra­tifs, les ques­tions et les images signalent les arti­cu­la­tions du poème. Il faut donc obser­ver qui parle, à qui, devant quels témoins et à quel moment la plainte devient confiance, l’enseignement louange ou la mémoire espé­rance.

Le nom ren­du par « l’Éternel » tra­duit le tétra­gramme YHWH et ins­crit la prière dans l’alliance. Le psal­miste ne s’adresse pas à une puis­sance reli­gieuse indé­ter­mi­née, mais au Dieu qui s’est fait connaître, qui a déli­vré son peuple et qui demeure fidèle à sa pro­messe. Lorsque le psaume parle de bon­té, de fidé­li­té, de jus­tice ou de salut, ces mots décrivent les actes du Dieu de l’alliance. La grâce n’efface donc ni la véri­té ni le juge­ment : elle délivre le pécheur, res­taure le peuple et ordonne une vie d’obéissance recon­nais­sante.

Les images du Psaume 139 donnent à cette confes­sion une forme incar­née. Elles ne sont ni déco­ra­tives ni éso­té­riques. Elles tra­duisent dans le lan­gage du corps, du che­min, de la mai­son, de la créa­tion, du com­bat ou du sanc­tuaire la manière dont Dieu ren­contre son peuple. La réa­li­té du mal n’est pas niée, mais elle n’est jamais sou­ve­raine. Le fidèle peut nom­mer la peur, la faute, l’injustice ou l’épuisement sans leur aban­don­ner le der­nier mot. La prière devient ain­si un acte de véri­té devant Dieu et un refus des faux appuis.

La lec­ture cano­nique conduit à Jésus-Christ sans sup­pri­mer Israël ni trans­for­mer chaque détail en sym­bole arbi­traire. Jésus a prié les psaumes, accom­pli l’obéissance qu’ils réclament et por­té en sa pas­sion la détresse du juste. Sa résur­rec­tion atteste la vic­toire du juge­ment et de la grâce. Les affir­ma­tions royales, sacer­do­tales, sapien­tielles ou péni­ten­tielles trouvent en lui leur centre : il est le Roi fidèle, le Ser­vi­teur sans fraude et le Média­teur par lequel l’Église peut reprendre toute la prière ins­pi­rée.

La struc­ture de l’alliance relie enfin l’individu et la com­mu­nau­té. Même lorsque le « je » domine, le priant appar­tient au peuple que Dieu ras­semble ; même lorsque le « nous » parle, chaque fidèle est per­son­nel­le­ment appe­lé à croire et à obéir. Le sanc­tuaire, Sion, la créa­tion, l’histoire d’Israël et les nations ne doivent donc pas être réduits à des états inté­rieurs. Ils ins­crivent la prière dans l’œuvre publique de Dieu. Le Psaume 139 forme ain­si une conscience ecclé­siale : la déli­vrance reçue devient témoi­gnage, la jus­tice deman­dée devient enga­ge­ment, et la louange répond à une grâce qui pré­cède toute œuvre humaine.

Mar­tin Luther carac­té­rise ce psaume par cet extrait exact : « David prai­seth God for his all­seeing pro­vi­dence, and for his infi­nite mer­cies.; He defieth the wicked.; He prayeth ». Source véri­fiée : Mar­tin Luther, A Manual of the Book of Psalms, sec­tion « Psalm CXXXIX », tra­duc­tion anglaise de Hen­ry Cole, Londres, 1837, texte du domaine public, Pro­ject Guten­berg, livre numé­rique 75892 : Pro­ject Guten­berg. Cet extrait situe le Psaume 139 dans la prière et la doc­trine de l’Église ; il ne dis­pense pas de suivre le texte ver­set par ver­set.

Pas­to­ra­le­ment, le Psaume 139 n’offre ni tech­nique de pro­tec­tion ni pro­messe de confort immé­diat. Il apprend à por­ter toute l’existence devant Dieu, à dis­tin­guer la foi de l’optimisme et à rece­voir l’espérance comme dépen­dance envers la parole divine. L’Église peut donc le chan­ter dans les moments de confes­sion du péché ; consé­cra­tion ; béné­dic­tion, à condi­tion de lais­ser sa pro­gres­sion com­plète for­mer la prière. En Christ, elle confesse que Dieu demeure fidèle, que le mal sera jugé, que le par­don est réel et que l’obéissance recon­nais­sante est le fruit de la grâce.

Observation du texte

Reli­sez les 24 ver­sets d’un seul tenant. Qui parle et à qui ? Quels mots, verbes, images ou noms divins reviennent ? Com­ment l’ouverture pré­pare-t-elle la conclu­sion ? Où se pro­duit le prin­ci­pal chan­ge­ment de ton ? Quels paral­lé­lismes pré­cisent ou inten­si­fient la pen­sée ? Dis­tin­guez ce que le psaume affirme de Dieu, ce qu’il recon­naît de l’être humain et ce qu’il demande. Véri­fiez enfin que votre lec­ture rend compte de l’ensemble et ne repose pas seule­ment sur un ver­set fami­lier.

Interprétation théologique

Que révèle le Psaume 139 de la sain­te­té, de la jus­tice, de la bon­té et de la fidé­li­té de Dieu ? Com­ment l’alliance éclaire-t-elle la connais­sance totale de Dieu, sa pré­sence inévi­table, le mys­tère de la créa­tion per­son­nelle et la demande d’être son­dé ? Quelle place le texte donne-t-il au péché, au juge­ment, au par­don, à la pro­vi­dence et à l’espérance ? Com­ment Jésus-Christ assume-t-il et accom­plit-il cette prière ? De quelle manière sa mort et sa résur­rec­tion empêchent-elles une lec­ture triom­pha­liste ou mora­liste ? Que reçoit ici l’Église pour sa confes­sion, son culte et son témoi­gnage ?

Appropriation spirituelle

Quelle réa­li­té per­son­nelle ou com­mu­nau­taire peux-tu pré­sen­ter à Dieu avec les mots du Psaume 139 ? Quel faux appui ou quelle résis­tance ce texte met-il en lumière ? Quel attri­but de Dieu sou­tient l’attente et l’obéissance ? Choi­sis un ver­set à mémo­ri­ser sans l’arracher au mou­ve­ment du psaume. For­mule ensuite une confes­sion, une inter­ces­sion et un acte concret de consé­cra­tion. L’appropriation chré­tienne ne consiste pas à se pla­cer spon­ta­né­ment par­mi les justes, mais à rece­voir en Christ le par­don et la fidé­li­té qui rendent pos­sible une vie nou­velle.

Conclusion pastorale

Le Psaume 139 donne à l’Église des mots vrais pour la connais­sance totale de Dieu, sa pré­sence inévi­table, le mys­tère de la créa­tion per­son­nelle et la demande d’être son­dé. Il nous apprend à prier sans feinte, à attendre sans pas­si­vi­té et à vivre de la fidé­li­té de Dieu mani­fes­tée en Jésus-Christ.