Introduction au psaume
Le Psaume 138 est un action de grâces individuelle. Il déploie la louange entière pour la parole fidèle de Dieu, sa proximité avec les humbles et son œuvre menée à terme. Sa prière porte l’expérience humaine devant le Dieu de l’alliance et conduit l’assemblée à recevoir sa parole, à lui répondre et à espérer son œuvre. Dans la liturgie, il convient particulièrement aux moments suivants : Adoration ; Confession de foi ; Bénédiction. Chacun de ces emplois doit respecter le mouvement entier du psaume et non isoler une formule rassurante de son contexte.

Texte intégral du psaume – Louis Segond 1910
1. De David. Je te célèbre de tout mon coeur, Je chante tes louanges en la présence de Dieu.
2. Je me prosterne dans ton saint temple, Et je célèbre ton nom, à cause de ta bonté et de ta fidélité, Car ta renommée s’est accrue par l’accomplissement de tes promesses.
3. Le jour où je t’ai invoqué, tu m’as exaucé, Tu m’as rassuré, tu as fortifié mon âme.
4. Tous les rois de la terre te loueront, ô Éternel ! En entendant les paroles de ta bouche ;
5. Ils célébreront les voies de l’Éternel, Car la gloire de l’Éternel est grande.
6. L’Éternel est élevé : il voit les humbles, Et il reconnaît de loin les orgueilleux.
7. Quand je marche au milieu de la détresse, tu me rends la vie, Tu étends ta main sur la colère de mes ennemis, Et ta droite me sauve.
8. L’Éternel agira en ma faveur. Éternel, ta bonté dure toujours, N’abandonne pas les oeuvres de tes mains !
Le psaume dans le Psautier de Genève
Le Psaume 138 appartient au Psautier complet de Genève. Le recueil ARC en propose la pièce « Que tout mon cœur » sous le numéro 138. Le répertoire canonique l’attribue à la tradition versifiée de Clément Marot et/ou Théodore de Bèze selon les données propres à cette pièce ; aucune attribution plus précise n’est ajoutée ici lorsqu’elle n’est pas établie. Le chant met la Parole biblique sur les lèvres de l’assemblée : il unit mémoire de l’alliance, prière commune et réponse croyante. Son usage liturgique principal relève de adoration ; confession de foi ; bénédiction. Lu dans l’unité de l’Écriture, le psaume conserve sa première portée en Israël et trouve son accomplissement en Jésus-Christ, Roi, juste, priant et Sauveur de son peuple.
Chanter le psaume
1. Que tout mon cœur soit dans mon chant ;
Qu’il soit brûlant
De tes louanges.
Je te rends grâce en ta maison ;
Je loue ton nom
Devant les anges.
Tu es venu pour exalter
La renommée
De ta parole.
J’adore ta fidélité
Et ta bonté
Qui me console.
2. Tu me réponds dès que je crie ;
Tu élargis
Mon espérance.
Même les grands t’écouteront
Et béniront
Ta providence.
Ton saint amour, ô roi des cieux,
Veille en tous lieux
Sur toutes choses.
Dans ses projets tu suis des yeux
L’homme orgueilleux ;
Tu en disposes.
3. Ta paix, mon Dieu, dure à toujours ;
C’est ton amour
Qui me délivre.
Quand je suis le plus éprouvé
Ton bras levé
Me fait revivre.
Et quand je suis au désespoir,
C’est ton pouvoir
Qui me relève.
Ce qu’il t’a plu de commencer
Sans se lasser
Ta main l’achève.
Entrer dans le Psaume
Brève exégèse du texte
Le Psaume 138 doit être lu comme une unité poétique et théologique. Ses 8 versets ne juxtaposent pas des sentences indépendantes : ils conduisent le lecteur selon un mouvement de prière. L’ouverture – « De David. Je te célèbre de tout mon coeur, Je chante tes louanges en la présence de Dieu. » – établit la situation, l’adresse ou l’appel initial. La conclusion – « L’Éternel agira en ma faveur. Éternel, ta bonté dure toujours, N’abandonne pas les oeuvres de tes mains ! » – montre vers quelle confession, demande ou louange ce mouvement tend. Cette trajectoire commande l’interprétation : la louange entière pour la parole fidèle de Dieu, sa proximité avec les humbles et son œuvre menée à terme.
Le genre du texte – action de grâces individuelle – détermine sa manière de parler. La poésie hébraïque avance par parallélismes, reprises, contrastes et intensifications. Une seconde ligne ne répète pas mécaniquement la première : elle la précise, l’élargit ou la porte à son accomplissement. Les changements de personne, les impératifs, les questions et les images signalent les articulations du poème. Il faut donc observer qui parle, à qui, devant quels témoins et à quel moment la plainte devient confiance, l’enseignement louange ou la mémoire espérance.
Le nom rendu par « l’Éternel » traduit le tétragramme YHWH et inscrit la prière dans l’alliance. Le psalmiste ne s’adresse pas à une puissance religieuse indéterminée, mais au Dieu qui s’est fait connaître, qui a délivré son peuple et qui demeure fidèle à sa promesse. Lorsque le psaume parle de bonté, de fidélité, de justice ou de salut, ces mots décrivent les actes du Dieu de l’alliance. La grâce n’efface donc ni la vérité ni le jugement : elle délivre le pécheur, restaure le peuple et ordonne une vie d’obéissance reconnaissante.
Les images du Psaume 138 donnent à cette confession une forme incarnée. Elles ne sont ni décoratives ni ésotériques. Elles traduisent dans le langage du corps, du chemin, de la maison, de la création, du combat ou du sanctuaire la manière dont Dieu rencontre son peuple. La réalité du mal n’est pas niée, mais elle n’est jamais souveraine. Le fidèle peut nommer la peur, la faute, l’injustice ou l’épuisement sans leur abandonner le dernier mot. La prière devient ainsi un acte de vérité devant Dieu et un refus des faux appuis.
La lecture canonique conduit à Jésus-Christ sans supprimer Israël ni transformer chaque détail en symbole arbitraire. Jésus a prié les psaumes, accompli l’obéissance qu’ils réclament et porté en sa passion la détresse du juste. Sa résurrection atteste la victoire du jugement et de la grâce. Les affirmations royales, sacerdotales, sapientielles ou pénitentielles trouvent en lui leur centre : il est le Roi fidèle, le Serviteur sans fraude et le Médiateur par lequel l’Église peut reprendre toute la prière inspirée.
La structure de l’alliance relie enfin l’individu et la communauté. Même lorsque le « je » domine, le priant appartient au peuple que Dieu rassemble ; même lorsque le « nous » parle, chaque fidèle est personnellement appelé à croire et à obéir. Le sanctuaire, Sion, la création, l’histoire d’Israël et les nations ne doivent donc pas être réduits à des états intérieurs. Ils inscrivent la prière dans l’œuvre publique de Dieu. Le Psaume 138 forme ainsi une conscience ecclésiale : la délivrance reçue devient témoignage, la justice demandée devient engagement, et la louange répond à une grâce qui précède toute œuvre humaine.
Martin Luther caractérise ce psaume par cet extrait exact : « David praiseth God for the truth of his word.; He prophesieth that the kings of the earth shall ». Source vérifiée : Martin Luther, A Manual of the Book of Psalms, section « Psalm CXXXVIII », traduction anglaise de Henry Cole, Londres, 1837, texte du domaine public, Project Gutenberg, livre numérique 75892 : Project Gutenberg. Cet extrait situe le Psaume 138 dans la prière et la doctrine de l’Église ; il ne dispense pas de suivre le texte verset par verset.
Pastoralement, le Psaume 138 n’offre ni technique de protection ni promesse de confort immédiat. Il apprend à porter toute l’existence devant Dieu, à distinguer la foi de l’optimisme et à recevoir l’espérance comme dépendance envers la parole divine. L’Église peut donc le chanter dans les moments de adoration ; confession de foi ; bénédiction, à condition de laisser sa progression complète former la prière. En Christ, elle confesse que Dieu demeure fidèle, que le mal sera jugé, que le pardon est réel et que l’obéissance reconnaissante est le fruit de la grâce.
Observation du texte
Relisez les 8 versets d’un seul tenant. Qui parle et à qui ? Quels mots, verbes, images ou noms divins reviennent ? Comment l’ouverture prépare-t-elle la conclusion ? Où se produit le principal changement de ton ? Quels parallélismes précisent ou intensifient la pensée ? Distinguez ce que le psaume affirme de Dieu, ce qu’il reconnaît de l’être humain et ce qu’il demande. Vérifiez enfin que votre lecture rend compte de l’ensemble et ne repose pas seulement sur un verset familier.
Interprétation théologique
Que révèle le Psaume 138 de la sainteté, de la justice, de la bonté et de la fidélité de Dieu ? Comment l’alliance éclaire-t-elle la louange entière pour la parole fidèle de Dieu, sa proximité avec les humbles et son œuvre menée à terme ? Quelle place le texte donne-t-il au péché, au jugement, au pardon, à la providence et à l’espérance ? Comment Jésus-Christ assume-t-il et accomplit-il cette prière ? De quelle manière sa mort et sa résurrection empêchent-elles une lecture triomphaliste ou moraliste ? Que reçoit ici l’Église pour sa confession, son culte et son témoignage ?
Appropriation spirituelle
Quelle réalité personnelle ou communautaire peux-tu présenter à Dieu avec les mots du Psaume 138 ? Quel faux appui ou quelle résistance ce texte met-il en lumière ? Quel attribut de Dieu soutient l’attente et l’obéissance ? Choisis un verset à mémoriser sans l’arracher au mouvement du psaume. Formule ensuite une confession, une intercession et un acte concret de consécration. L’appropriation chrétienne ne consiste pas à se placer spontanément parmi les justes, mais à recevoir en Christ le pardon et la fidélité qui rendent possible une vie nouvelle.
Conclusion pastorale
Le Psaume 138 donne à l’Église des mots vrais pour la louange entière pour la parole fidèle de Dieu, sa proximité avec les humbles et son œuvre menée à terme. Il nous apprend à prier sans feinte, à attendre sans passivité et à vivre de la fidélité de Dieu manifestée en Jésus-Christ.
