Illustration du Psaume 118 : la bonté éternelle de Dieu, la délivrance du juste et l’entrée par les portes de la justice.

Psaume 118 – Célébrez Dieu – ARC 118

Introduction au psaume

Le Psaume 118 est un litur­gie d’action de grâces. Il déploie la bon­té éter­nelle de Dieu, la déli­vrance du juste et l’entrée par les portes de la jus­tice. Sa prière porte l’expérience humaine devant le Dieu de l’alliance et conduit l’assemblée à rece­voir sa parole, à lui répondre et à espé­rer son œuvre. Dans la litur­gie, il convient par­ti­cu­liè­re­ment aux moments sui­vants : Ado­ra­tion ; Confes­sion de foi ; Sainte Cène. Cha­cun de ces emplois doit res­pec­ter le mou­ve­ment entier du psaume et non iso­ler une for­mule ras­su­rante de son contexte.

Illustration du Psaume 118 : la bonté éternelle de Dieu, la délivrance du juste et l’entrée par les portes de la justice.
Psaume 118 – Célé­brez Dieu.

Texte intégral du psaume – Louis Segond 1910

1. Louez l’É­ter­nel, car il est bon, Car sa misé­ri­corde dure à tou­jours !

2. Qu’Is­raël dise : Car sa misé­ri­corde dure à tou­jours !

3. Que la mai­son d’Aa­ron dise : Car sa misé­ri­corde dure à tou­jours !

4. Que ceux qui craignent l’É­ter­nel disent : Car sa misé­ri­corde dure à tou­jours !

5. Du sein de la détresse j’ai invo­qué l’É­ter­nel : L’É­ter­nel m’a exau­cé, m’a mis au large.

6. L’É­ter­nel est pour moi, je ne crains rien : Que peuvent me faire des hommes ?

7. L’É­ter­nel est mon secours, Et je me réjouis à la vue de mes enne­mis.

8. Mieux vaut cher­cher un refuge en l’É­ter­nel Que de se confier à l’homme ;

9. Mieux vaut cher­cher un refuge en l’É­ter­nel Que de se confier aux grands.

10. Toutes les nations m’en­vi­ron­naient : Au nom de l’É­ter­nel, je les taille en pièces.

11. Elles m’en­vi­ron­naient, m’en­ve­lop­paient : Au nom de l’É­ter­nel, je les taille en pièces.

12. Elles m’en­vi­ron­naient comme des abeilles ; Elles s’é­teignent comme un feu d’é­pines ; Au nom de l’É­ter­nel, je les taille en pièces.

13. Tu me pous­sais pour me faire tom­ber ; Mais l’É­ter­nel m’a secou­ru.

14. L’É­ter­nel est ma force et le sujet de mes louanges ; C’est lui qui m’a sau­vé.

15. Des cris de triomphe et de salut s’é­lèvent dans les tentes des justes : La droite de l’É­ter­nel mani­feste sa puis­sance !

16. La droite de l’É­ter­nel est éle­vée ! La droite de l’É­ter­nel mani­feste sa puis­sance !

17. Je ne mour­rai pas, je vivrai, Et je racon­te­rai les oeuvres de l’É­ter­nel.

18. L’É­ter­nel m’a châ­tié, Mais il ne m’a pas livré à la mort.

19. Ouvrez-moi les portes de la jus­tice : J’en­tre­rai, je loue­rai l’É­ter­nel.

20. Voi­ci la porte de l’É­ter­nel : C’est par elle qu’entrent les justes.

21. Je te loue, parce que tu m’as exau­cé, Parce que tu m’as sau­vé.

22. La pierre qu’ont reje­tée ceux qui bâtis­saient Est deve­nue la prin­ci­pale de l’angle.

23. C’est de l’É­ter­nel que cela est venu : C’est un pro­dige à nos yeux.

24. C’est ici la jour­née que l’É­ter­nel a faite : Qu’elle soit pour nous un sujet d’al­lé­gresse et de joie !

25. O Éter­nel, accorde le salut ! O Éter­nel, donne la pros­pé­ri­té !

26. Béni soit celui qui vient au nom de l’É­ter­nel ! Nous vous bénis­sons de la mai­son de l’É­ter­nel.

27. L’É­ter­nel est Dieu, et il nous éclaire. Atta­chez la vic­time avec des liens, Ame­nez-la jus­qu’aux cornes de l’au­tel !

28. Tu es mon Dieu, et je te loue­rai ; Mon Dieu ! je t’exal­te­rai.

29. Louez l’É­ter­nel, car il est bon, Car sa misé­ri­corde dure à tou­jours !

Le psaume dans le Psautier de Genève

Le Psaume 118 appar­tient au Psau­tier com­plet de Genève. Le recueil ARC en pro­pose la pièce « Célé­brez Dieu » sous le numé­ro 118. Le réper­toire cano­nique l’attribue à la tra­di­tion ver­si­fiée de Clé­ment Marot et/ou Théo­dore de Bèze selon les don­nées propres à cette pièce ; aucune attri­bu­tion plus pré­cise n’est ajou­tée ici lorsqu’elle n’est pas éta­blie. Le chant met la Parole biblique sur les lèvres de l’assemblée : il unit mémoire de l’alliance, prière com­mune et réponse croyante. Son usage litur­gique prin­ci­pal relève de ado­ra­tion ; confes­sion de foi ; sainte cène. Lu dans l’unité de l’Écriture, le psaume conserve sa pre­mière por­tée en Israël et trouve son accom­plis­se­ment en Jésus-Christ, Roi, juste, priant et Sau­veur de son peuple.

Chanter le psaume

Pour lire l’image
Le psaume 118 est un grand psaume de louange pro­cla­mant la fidé­li­té de Dieu et la vic­toire qu’il accorde à son peuple. L’image met en valeur le chant com­mu­nau­taire, cœur de la pié­té réfor­mée : la Parole de Dieu devient louange sur les lèvres de l’assemblée. Dans la pers­pec­tive de la théo­lo­gie de l’alliance, cette louange célèbre l’œuvre du Sei­gneur accom­plie et mani­fes­tée plei­ne­ment en Jésus-Christ, pierre reje­tée deve­nue la pierre angu­laire.

Le Psaume 118 est un psaume d’action de grâce appar­te­nant au groupe du Hal­lel (Psaumes 113–118) chan­té lors de la Pâque juive. Dans la tra­di­tion chré­tienne, il est très tôt deve­nu un psaume pas­cal, car il pro­clame la vic­toire que Dieu accorde à son ser­vi­teur. La phrase « la pierre qu’ont reje­tée ceux qui bâtis­saient est deve­nue la prin­ci­pale de l’angle » est appli­quée au Christ dans le Nou­veau Tes­ta­ment et éclaire la résur­rec­tion annon­cée dans l’Évangile du jour. Dans le Psau­tier de Genève, ce psaume occupe une place impor­tante par­mi les chants de louange et d’action de grâce de l’assemblée. Il est par­ti­cu­liè­re­ment adap­té à la litur­gie de Pâques, car il célèbre la déli­vrance divine et la joie du jour nou­veau que Dieu a fait.

Strophes x6 (Leeds Town Hall Organ P1)
Strophes x6 (Haut­bois)
Suno AI

1. Célé­brez Dieu, ren­dez-lui grâce,
Car éter­nel est son amour.
Incli­nez-vous devant sa face,
Car éter­nel est son amour.
Avec ardeur que tous s’accordent
Pour dis­cer­ner de jour en jour
Les dons de sa misé­ri­corde,
Car éter­nel est son amour.

2. Je l’ai prié dans ma détresse
Et le Sei­gneur m’a exau­cé,
Met­tant sa force en ma fai­blesse,
Sa paix dans mon cœur angois­sé.
A mes côtés le Sei­gneur veille ;
Com­ment de l’homme aurai-je peur ?
Jamais le Sei­gneur ne som­meille ;
J’avancerai d’un pas vain­queur.

3. Mieux vaut avoir son espé­rance
En l’Eternel qu’en l’homme vain ;
Mieux vaut fon­der sa confiance
En Dieu qu’en un pou­voir humain.
Comme un furieux essaim d’abeilles,
Mes enne­mis m’ont entou­ré ;
Ils bour­don­naient à mes oreilles
Mais le feu les a consu­més.

4. J’entends un chant de déli­vrance ;
Un cri joyeux s’est éle­vé :
Dieu mani­feste sa puis­sance,
Son bras vain­queur l’a empor­té.
S’il nous éprouve, il nous fait vivre ;
Venez tous et le célé­brez.
C’est de la mort qu’il me délivre ;
Je ne crains pas car je vivrai.

5. Pour moi tu as ouvert la porte
Et jusqu’à toi j’avancerai.
Vois le seul don que je t’apporte :
L’amour d’un cœur puri­fié.
La pierre autre­fois mépri­sée
Par la folie des bâtis­seurs,
A l’angle est main­te­nant posée :
C’est un miracle du Sei­gneur.

6. La voi­ci l’heureuse jour­née
Qui répond à son grand désir.
Louons Dieu qui nous l’a don­née
Et qu’elle soit notre plai­sir.
Béni soit celui qui s’avance
Au nom du Sei­gneur en ce jour ;
Il vient pour notre déli­vrance
Car éter­nel est son amour.

Dans le Psau­tier de Genève, le Psaume 118 occupe une posi­tion par­ti­cu­liè­re­ment signi­fi­ca­tive à la fin de la grande sec­tion de louange et d’action de grâce. Dans la numé­ro­ta­tion du psau­tier biblique, il appar­tient au groupe des Psaumes du Hal­lel (113–118), tra­di­tion­nel­le­ment chan­tés lors des grandes fêtes d’Israël, notam­ment à la Pâque.

Dans la tra­di­tion réfor­mée issue de Genève au XVIe siècle, ces psaumes du Hal­lel ont été conser­vés dans leur fonc­tion de louange com­mu­nau­taire solen­nelle, ce qui explique que le Psaume 118 soit sou­vent asso­cié aux moments litur­giques mar­quant la vic­toire de Dieu, la déli­vrance et l’entrée dans la pré­sence divine.

Le Psau­tier de Genève (édi­tion com­plète de 1562) pro­pose une para­phrase métrique fran­çaise per­met­tant le chant par toute l’assemblée. Comme pour les autres psaumes, la mélo­die est conçue pour une psal­mo­die simple, modale et com­mu­nau­taire, afin que le peuple tout entier par­ti­cipe au chant.

Le conte­nu théo­lo­gique du psaume – « La pierre qu’ont reje­tée ceux qui bâtis­saient est deve­nue la prin­ci­pale de l’angle » (Ps 118.22) – lui donne une place cen­trale dans la lec­ture chris­to­lo­gique du psau­tier. Dès l’époque de la Réforme, il est com­pris comme un psaume mes­sia­nique, repris dans le Nou­veau Tes­ta­ment pour annon­cer la résur­rec­tion et l’exaltation du Christ (Mat­thieu 21.42 ; Actes 4.11 ; 1 Pierre 2.7).

Ain­si, dans l’usage litur­gique réfor­mé, le Psaume 118 est fré­quem­ment chan­té lors des célé­bra­tions de Pâques, mais aus­si dans les cultes d’action de grâce, car il pro­clame la fidé­li­té de l’alliance : « Car sa misé­ri­corde dure à tou­jours. »

1 Célé­brez l’É­ter­nel, car il est bon,
Car sa bien­veillance dure à tou­jours !
2Qu’Israël dise :
Car sa bien­veillance dure à tou­jours !
3Que la mai­son d’Aa­ron dise :
Car sa bien­veillance dure à tou­jours !
4Que ceux qui craignent l’É­ter­nel disent :
Car sa bien­veillance dure à tou­jours !
5Du sein de la détresse j’ai invo­qué l’É­ter­nel :
L’É­ter­nel m’a répon­du, il (m’a mis) à l’aise.
6 L’É­ter­nel est pour moi, je ne crains rien :
Que peuvent me faire des hommes ?
7L’Éternel est mon secours,
J’ar­rê­te­rai mes regards sur ceux qui me haïssent.
8 Mieux vaut se réfu­gier en l’É­ter­nel
Que se confier à l’homme ;
9Mieux vaut se réfu­gier en l’É­ter­nel
Que se confier aux nobles.
10Toutes les nations m’en­vi­ron­naient :
Au nom de l’É­ter­nel, je les taille en pièces.
11Elles m’en­vi­ron­naient, m’en­ve­lop­paient :
Au nom de l’É­ter­nel, je les taille en pièces.
12Elles m’en­vi­ron­naient comme des abeilles :
Elles s’é­teignent comme un feu d’é­pines ;
Au nom de l’É­ter­nel, je les taille en pièces.
13Tu me pous­sais fort pour me faire tom­ber ;
Mais l’É­ter­nel m’a secou­ru.
14 L’É­ter­nel est ma force et mon chant ;
Il est deve­nu mon salut.
15Des cris de triomphe et de salut (s’é­lèvent) dans les tentes des justes :
La droite de l’É­ter­nel agit avec puis­sance !
16 La droite de l’É­ter­nel est éle­vée !
La droite de l’É­ter­nel agit avec puis­sance !
17Je ne mour­rai pas, je vivrai
Et je redi­rai les œuvres de l’É­ter­nel.
18 L’É­ter­nel m’a châ­tié,
Mais il ne m’a pas livré à la mort.
19Ou­vrez-moi les portes de la jus­tice :
Par elles j’en­tre­rai, je célé­bre­rai l’É­ter­nel.
20Voici la porte de l’É­ter­nel :
C’est par elle qu’entrent les justes.
21Je te célé­bre­rai, parce que tu m’as répon­du,
Parce que tu es deve­nu mon salut.
22 La pierre qu’ont reje­tée ceux qui bâtis­saient
Est deve­nue la pierre prin­ci­pale, celle de l’angle.
23C’est de l’É­ter­nel que cela est venu :
C’est un miracle à nos yeux.
24C’est ici la jour­née que l’É­ter­nel a faite :
À cause d’elle, soyons dans l’al­lé­gresse et la joie !
25Éternel, accorde le salut !
Éter­nel, donne le suc­cès !
26Béni soit celui qui vient au nom de l’É­ter­nel !
Nous vous bénis­sons de la mai­son de l’É­ter­nel.
27L’Éternel est Dieu, il nous éclaire.
Atta­chez des bran­chages (au cor­tège de) fête,
Jus­qu’aux cornes de l’au­tel !
28Tu es mon Dieu, et je te célé­bre­rai ;
Mon Dieu ! je t’exal­te­rai.
29Célébrez l’É­ter­nel, car il est bon,
Car sa bien­veillance dure à tou­jours !

Intro­duc­tion

Le Psaume 118 appar­tient au groupe des psaumes appe­lés Hal­lel (113–118), chan­tés lors des grandes fêtes d’Israël, en par­ti­cu­lier à la Pâque. Il s’agit d’un psaume d’action de grâce com­mu­nau­taire qui célèbre la déli­vrance accor­dée par Dieu après une situa­tion de détresse. Dans la tra­di­tion juive, il accom­pagne la pro­ces­sion vers le Temple. Dans le Nou­veau Tes­ta­ment, il reçoit une lec­ture mes­sia­nique expli­cite : plu­sieurs ver­sets sont appli­qués à Jésus-Christ, notam­ment le ver­set 22 (« la pierre reje­tée »). Le psaume unit ain­si louange litur­gique, témoi­gnage per­son­nel de salut et espé­rance mes­sia­nique.

Exé­gèse à par­tir de l’hébreu

Le refrain qui ouvre et clôt le psaume donne sa clé :

« Car sa bien­veillance dure à tou­jours ».

Le terme hébreu חֶסֶד (ḥesed) est cen­tral. Il ne signi­fie pas seule­ment « bien­veillance », mais la fidé­li­té d’alliance de Dieu : amour loyal, enga­ge­ment durable envers son peuple. Ce mot ren­voie direc­te­ment à la théo­lo­gie de l’alliance biblique.

Le ver­set 5 intro­duit le témoi­gnage per­son­nel :

« Du sein de la détresse j’ai invo­qué l’Éternel. »

Le mot מֵּצַר (met­sar) signi­fie un lieu étroit, une situa­tion d’oppression. L’expression sui­vante est très par­lante :

« L’Éternel m’a répon­du, il m’a mis au large. »

Le verbe רָחַב (rachav) signi­fie élar­gir, don­ner de l’espace. Dieu délivre en fai­sant pas­ser de l’étroitesse à l’espace ouvert.

Les ver­sets 8–9 for­mulent un prin­cipe théo­lo­gique majeur :

« Mieux vaut se réfu­gier en l’Éternel que se confier en l’homme. »

Le verbe חָסָה (ḥasah) signi­fie cher­cher refuge, se pla­cer sous pro­tec­tion. Le psaume affirme la supé­rio­ri­té abso­lue de la confiance en Dieu sur toute sécu­ri­té humaine ou poli­tique.

Les ver­sets 10–13 décrivent l’attaque des nations. L’image des abeilles sou­ligne la pres­sion enne­mie, tan­dis que l’expression répé­tée « au nom de l’Éternel » montre que la vic­toire vient uni­que­ment de Dieu.

Le ver­set 14 reprend presque mot pour mot Exode 15.2, le can­tique de Moïse :

« L’Éternel est ma force et mon chant, il est deve­nu mon salut. »

Le mot יְשׁוּעָה (yeshouah) signi­fie salut, déli­vrance. C’est la même racine que le nom Jésus (Yeshoua).

Les ver­sets 19–20 évoquent l’entrée dans le Temple :

« Ouvrez-moi les portes de la jus­tice. »

L’expression שַׁעֲרֵי־צֶדֶק (sha‘arei tse­deq) ren­voie aux portes du sanc­tuaire, mais aus­si à l’accès à la com­mu­nion avec Dieu.

Le ver­set 22 est le cœur mes­sia­nique du psaume :

« La pierre qu’ont reje­tée ceux qui bâtis­saient est deve­nue la pierre prin­ci­pale. »

Le mot אֶבֶן (even) signi­fie pierre, et רֹאשׁ פִּנָּה (rosh pin­nah) désigne la pierre d’angle ou la pierre prin­ci­pale qui sou­tient l’édifice. L’image évoque un ren­ver­se­ment divin : ce qui est reje­té par les hommes devient fon­de­ment par l’action de Dieu.

Le ver­set 24 pro­clame :

« Voi­ci le jour que l’Éternel a fait. »

Le mot יוֹם (yom) peut dési­gner un moment déci­sif de l’histoire du salut : un jour où Dieu mani­feste sa déli­vrance.

Les ver­sets 25–26 contiennent l’acclamation litur­gique :

« Éter­nel, accorde le salut ! »

En hébreu : הוֹשִׁיעָה נָּא (hoshi‘a na), d’où vient le mot Hosan­na uti­li­sé lors de l’entrée de Jésus à Jéru­sa­lem.

Cita­tions des Pères de l’Église

Augus­tin voit dans ce psaume une pro­phé­tie directe du Christ :

« La pierre reje­tée par les bâtis­seurs est deve­nue la pierre d’angle : c’est le Christ reje­té par les chefs d’Israël, mais éta­bli par Dieu comme fon­de­ment de l’Église. »
Augus­tin, Enar­ra­tiones in Psal­mos, Ps. 118.

Jean Chry­so­stome sou­ligne le ren­ver­se­ment divin :

« Ce que les hommes ont mépri­sé, Dieu l’a éle­vé. Ain­si agit la sagesse divine : elle confond les juge­ments humains et mani­feste sa puis­sance dans ce qui sem­blait faible. »
Jean Chry­so­stome, Homé­lies sur les Psaumes.

Cita­tions des Réfor­ma­teurs

Jean Cal­vin écrit :

« David enseigne que Dieu ren­verse sou­vent l’ordre appa­rent du monde : ceux qui étaient mépri­sés deviennent les prin­ci­paux ins­tru­ments de son œuvre. Cette parole s’accomplit par­fai­te­ment en Christ. »
Jean Cal­vin, Com­men­taire sur les Psaumes, Ps 118.

Luther voit dans ce psaume un chant pas­cal :

« Ce psaume est pro­pre­ment le psaume de Pâques, car il célèbre la vic­toire de la vie sur la mort et l’œuvre mer­veilleuse de Dieu dans la pierre reje­tée deve­nue pierre angu­laire. »
Mar­tin Luther, Ope­ra­tiones in Psal­mos.

Apports de l’archéologie et du contexte his­to­rique

L’image de la pierre d’angle cor­res­pond à la pra­tique archi­tec­tu­rale du Proche-Orient ancien. La pierre prin­ci­pale pla­cée à l’angle du bâti­ment assu­rait la sta­bi­li­té de toute la struc­ture. La reje­ter signi­fiait mal juger la pièce essen­tielle.

Les pro­ces­sions évo­quées dans les ver­sets 19–27 cor­res­pondent pro­ba­ble­ment aux litur­gies du Temple de Jéru­sa­lem lors des grandes fêtes. Des ins­crip­tions et des­crip­tions antiques confirment que les pèle­rins entraient en chan­tant des psaumes.

Impli­ca­tions pour la théo­lo­gie de l’alliance

Le refrain « sa bien­veillance dure à tou­jours » exprime la fidé­li­té de Dieu à son alliance. Le psaume rap­pelle que la déli­vrance d’Israël n’est jamais fon­dée sur sa force mais sur l’engagement de Dieu envers son peuple.

Dans la lec­ture chré­tienne, Jésus-Christ accom­plit plei­ne­ment ce psaume. Reje­té par les auto­ri­tés, cru­ci­fié, il devient pour­tant la pierre angu­laire du nou­vel édi­fice de l’alliance : l’Église. Ain­si, le psaume unit l’histoire d’Israël, la vic­toire du Mes­sie et la louange du peuple de Dieu qui pro­clame :

« Célé­brez l’Éternel, car il est bon, car sa fidé­li­té d’alliance dure à tou­jours. »

Ques­tions pour ana­ly­ser les pré­sup­po­sés

Fon­de­ment biblique

Le Psaume 118 annonce plu­sieurs thèmes majeurs de la révé­la­tion biblique.
La fidé­li­té d’alliance de Dieu (« sa bien­veillance dure à tou­jours ») ren­voie direc­te­ment au ḥesed, l’amour fidèle par lequel Dieu demeure atta­ché à son peuple mal­gré son infi­dé­li­té (Exode 34.6–7).

La confiance exclu­sive en Dieu (v.8–9) rap­pelle l’enseignement constant de la Sainte Écri­ture : l’homme déchu cherche spon­ta­né­ment son salut dans ses propres moyens, alors que le salut vient uni­que­ment de Dieu.

Le ver­set 22 reçoit une inter­pré­ta­tion déci­sive dans le Nou­veau Tes­ta­ment. Jésus l’applique à lui-même (Mat­thieu 21.42). Les apôtres reprennent ce ver­set pour affir­mer que le Christ reje­té par les auto­ri­tés est deve­nu la pierre angu­laire du salut (Actes 4.11 ; 1 Pierre 2.7).

Lien avec les confes­sions de foi réfor­mées

La théo­lo­gie réfor­mée voit dans ce psaume une illus­tra­tion claire de la sou­ve­rai­ne­té de Dieu dans l’histoire du salut.

La Confes­sion de La Rochelle (1559) affirme que Dieu gou­verne toutes choses par sa pro­vi­dence et qu’il accom­plit son des­sein même lorsque les hommes s’y opposent. La pierre reje­tée deve­nue pierre d’angle illustre pré­ci­sé­ment cette sou­ve­rai­ne­té divine.

Le Caté­chisme de Hei­del­berg (Q.26–28) enseigne éga­le­ment que la pro­vi­dence de Dieu dirige toutes choses pour le bien de son peuple. Le croyant peut donc dire avec le psal­miste : « L’Éternel est pour moi, je ne crains rien. »

Pour un tra­vail en groupe

Ques­tions ouvertes pour l’étude biblique :

Ques­tion de dis­cer­ne­ment :

Dans ta vie ou dans celle de l’Église, existe-t-il des domaines où la confiance est pla­cée davan­tage dans les moyens humains que dans la fidé­li­té de Dieu ?

Prière

Sei­gneur notre Dieu,
toi dont la fidé­li­té dure à tou­jours,
apprends-nous à cher­cher refuge en toi plu­tôt qu’en nos propres forces.
Fais-nous recon­naître en Jésus-Christ la pierre angu­laire de notre salut,
afin que notre vie entière devienne une louange à ta grâce.
Amen.

Entrer dans le Psaume

Brève exégèse du texte

Le Psaume 118 doit être lu comme une uni­té poé­tique et théo­lo­gique. Ses 29 ver­sets ne jux­ta­posent pas des sen­tences indé­pen­dantes : ils conduisent le lec­teur selon un mou­ve­ment de prière. L’ouverture – « Louez l’É­ter­nel, car il est bon, Car sa misé­ri­corde dure à tou­jours ! » – éta­blit la situa­tion, l’adresse ou l’appel ini­tial. La conclu­sion – « Louez l’É­ter­nel, car il est bon, Car sa misé­ri­corde dure à tou­jours ! » – montre vers quelle confes­sion, demande ou louange ce mou­ve­ment tend. Cette tra­jec­toire com­mande l’interprétation : la bon­té éter­nelle de Dieu, la déli­vrance du juste et l’entrée par les portes de la jus­tice.

Le genre du texte – litur­gie d’action de grâces – déter­mine sa manière de par­ler. La poé­sie hébraïque avance par paral­lé­lismes, reprises, contrastes et inten­si­fi­ca­tions. Une seconde ligne ne répète pas méca­ni­que­ment la pre­mière : elle la pré­cise, l’élargit ou la porte à son accom­plis­se­ment. Les chan­ge­ments de per­sonne, les impé­ra­tifs, les ques­tions et les images signalent les arti­cu­la­tions du poème. Il faut donc obser­ver qui parle, à qui, devant quels témoins et à quel moment la plainte devient confiance, l’enseignement louange ou la mémoire espé­rance.

Le nom ren­du par « l’Éternel » tra­duit le tétra­gramme YHWH et ins­crit la prière dans l’alliance. Le psal­miste ne s’adresse pas à une puis­sance reli­gieuse indé­ter­mi­née, mais au Dieu qui s’est fait connaître, qui a déli­vré son peuple et qui demeure fidèle à sa pro­messe. Lorsque le psaume parle de bon­té, de fidé­li­té, de jus­tice ou de salut, ces mots décrivent les actes du Dieu de l’alliance. La grâce n’efface donc ni la véri­té ni le juge­ment : elle délivre le pécheur, res­taure le peuple et ordonne une vie d’obéissance recon­nais­sante.

Les images du Psaume 118 donnent à cette confes­sion une forme incar­née. Elles ne sont ni déco­ra­tives ni éso­té­riques. Elles tra­duisent dans le lan­gage du corps, du che­min, de la mai­son, de la créa­tion, du com­bat ou du sanc­tuaire la manière dont Dieu ren­contre son peuple. La réa­li­té du mal n’est pas niée, mais elle n’est jamais sou­ve­raine. Le fidèle peut nom­mer la peur, la faute, l’injustice ou l’épuisement sans leur aban­don­ner le der­nier mot. La prière devient ain­si un acte de véri­té devant Dieu et un refus des faux appuis.

La lec­ture cano­nique conduit à Jésus-Christ sans sup­pri­mer Israël ni trans­for­mer chaque détail en sym­bole arbi­traire. Jésus a prié les psaumes, accom­pli l’obéissance qu’ils réclament et por­té en sa pas­sion la détresse du juste. Sa résur­rec­tion atteste la vic­toire du juge­ment et de la grâce. Les affir­ma­tions royales, sacer­do­tales, sapien­tielles ou péni­ten­tielles trouvent en lui leur centre : il est le Roi fidèle, le Ser­vi­teur sans fraude et le Média­teur par lequel l’Église peut reprendre toute la prière ins­pi­rée.

La struc­ture de l’alliance relie enfin l’individu et la com­mu­nau­té. Même lorsque le « je » domine, le priant appar­tient au peuple que Dieu ras­semble ; même lorsque le « nous » parle, chaque fidèle est per­son­nel­le­ment appe­lé à croire et à obéir. Le sanc­tuaire, Sion, la créa­tion, l’histoire d’Israël et les nations ne doivent donc pas être réduits à des états inté­rieurs. Ils ins­crivent la prière dans l’œuvre publique de Dieu. Le Psaume 118 forme ain­si une conscience ecclé­siale : la déli­vrance reçue devient témoi­gnage, la jus­tice deman­dée devient enga­ge­ment, et la louange répond à une grâce qui pré­cède toute œuvre humaine.

Mar­tin Luther carac­té­rise ce psaume par cet extrait exact : « An exhor­ta­tion to praise God for his mer­cy.; The psal­mist by his expe­rience she­weth how good it is ». Source véri­fiée : Mar­tin Luther, A Manual of the Book of Psalms, sec­tion « Psalm CXVIII », tra­duc­tion anglaise de Hen­ry Cole, Londres, 1837, texte du domaine public, Pro­ject Guten­berg, livre numé­rique 75892 : Pro­ject Guten­berg. Cet extrait situe le Psaume 118 dans la prière et la doc­trine de l’Église ; il ne dis­pense pas de suivre le texte ver­set par ver­set.

Pas­to­ra­le­ment, le Psaume 118 n’offre ni tech­nique de pro­tec­tion ni pro­messe de confort immé­diat. Il apprend à por­ter toute l’existence devant Dieu, à dis­tin­guer la foi de l’optimisme et à rece­voir l’espérance comme dépen­dance envers la parole divine. L’Église peut donc le chan­ter dans les moments de ado­ra­tion ; confes­sion de foi ; sainte cène, à condi­tion de lais­ser sa pro­gres­sion com­plète for­mer la prière. En Christ, elle confesse que Dieu demeure fidèle, que le mal sera jugé, que le par­don est réel et que l’obéissance recon­nais­sante est le fruit de la grâce.

Observation du texte

Reli­sez les 29 ver­sets d’un seul tenant. Qui parle et à qui ? Quels mots, verbes, images ou noms divins reviennent ? Com­ment l’ouverture pré­pare-t-elle la conclu­sion ? Où se pro­duit le prin­ci­pal chan­ge­ment de ton ? Quels paral­lé­lismes pré­cisent ou inten­si­fient la pen­sée ? Dis­tin­guez ce que le psaume affirme de Dieu, ce qu’il recon­naît de l’être humain et ce qu’il demande. Véri­fiez enfin que votre lec­ture rend compte de l’ensemble et ne repose pas seule­ment sur un ver­set fami­lier.

Interprétation théologique

Que révèle le Psaume 118 de la sain­te­té, de la jus­tice, de la bon­té et de la fidé­li­té de Dieu ? Com­ment l’alliance éclaire-t-elle la bon­té éter­nelle de Dieu, la déli­vrance du juste et l’entrée par les portes de la jus­tice ? Quelle place le texte donne-t-il au péché, au juge­ment, au par­don, à la pro­vi­dence et à l’espérance ? Com­ment Jésus-Christ assume-t-il et accom­plit-il cette prière ? De quelle manière sa mort et sa résur­rec­tion empêchent-elles une lec­ture triom­pha­liste ou mora­liste ? Que reçoit ici l’Église pour sa confes­sion, son culte et son témoi­gnage ?

Appropriation spirituelle

Quelle réa­li­té per­son­nelle ou com­mu­nau­taire peux-tu pré­sen­ter à Dieu avec les mots du Psaume 118 ? Quel faux appui ou quelle résis­tance ce texte met-il en lumière ? Quel attri­but de Dieu sou­tient l’attente et l’obéissance ? Choi­sis un ver­set à mémo­ri­ser sans l’arracher au mou­ve­ment du psaume. For­mule ensuite une confes­sion, une inter­ces­sion et un acte concret de consé­cra­tion. L’appropriation chré­tienne ne consiste pas à se pla­cer spon­ta­né­ment par­mi les justes, mais à rece­voir en Christ le par­don et la fidé­li­té qui rendent pos­sible une vie nou­velle.

Conclusion pastorale

Le Psaume 118 donne à l’Église des mots vrais pour la bon­té éter­nelle de Dieu, la déli­vrance du juste et l’entrée par les portes de la jus­tice. Il nous apprend à prier sans feinte, à attendre sans pas­si­vi­té et à vivre de la fidé­li­té de Dieu mani­fes­tée en Jésus-Christ.