Introduction au psaume
Le Psaume 107 est un psaume communautaire d’action de grâces. Il déploie les délivrances répétées de Dieu pour les errants, captifs, malades et marins qui crient vers lui. Sa prière porte l’expérience humaine devant le Dieu de l’alliance et conduit l’assemblée à recevoir sa parole, à lui répondre et à espérer son œuvre. Dans la liturgie, il convient particulièrement aux moments suivants : Adoration ; Intercession ; Déclaration du pardon. Chacun de ces emplois doit respecter le mouvement entier du psaume et non isoler une formule rassurante de son contexte.

Texte intégral du psaume – Louis Segond 1910
1. Louez l’Éternel, car il est bon, Car sa miséricorde dure à toujours !
2. Qu’ainsi disent les rachetés de l’Éternel, Ceux qu’il a délivrés de la main de l’ennemi,
3. Et qu’il a rassemblés de tous les pays, De l’orient et de l’occident, du nord et de la mer !
4. Ils erraient dans le désert, ils marchaient dans la solitude, Sans trouver une ville où ils pussent habiter.
5. Ils souffraient de la faim et de la soif ; Leur âme était languissante.
6. Dans leur détresse, ils crièrent à l’Éternel, Et il les délivra de leurs angoisses ;
7. Il les conduisit par le droit chemin, Pour qu’ils arrivassent dans une ville habitable.
8. Qu’ils louent l’Éternel pour sa bonté, Et pour ses merveilles en faveur des fils de l’homme !
9. Car il a satisfait l’âme altérée, Il a comblé de biens l’âme affamée.
10. Ceux qui avaient pour demeure les ténèbres et l’ombre de la mort Vivaient captifs dans la misère et dans les chaînes,
11. Parce qu’ils s’étaient révoltés contre les paroles de Dieu, Parce qu’ils avaient méprisé le conseil du Très Haut.
12. Il humilia leur coeur par la souffrance ; Ils succombèrent, et personne ne les secourut.
13. Dans leur détresse, ils crièrent à l’Éternel, Et il les délivra de leurs angoisses ;
14. Il les fit sortir des ténèbres et de l’ombre de la mort, Et il rompit leurs liens.
15. Qu’ils louent l’Éternel pour sa bonté, Et pour ses merveilles en faveur des fils de l’homme !
16. Car il a brisé les portes d’airain, Il a rompu les verrous de fer.
17. Les insensés, par leur conduite coupable Et par leurs iniquités, s’étaient rendus malheureux.
18. Leur âme avait en horreur toute nourriture, Et ils touchaient aux portes de la mort.
19. Dans leur détresse, ils crièrent à l’Éternel, Et il les délivra de leurs angoisses ;
20. Il envoya sa parole et les guérit, Il les fit échapper de la fosse.
21. Qu’ils louent l’Éternel pour sa bonté, Et pour ses merveilles en faveur des fils de l’homme !
22. Qu’ils offrent des sacrifices d’actions de grâces, Et qu’ils publient ses oeuvres avec des cris de joie !
23. Ceux qui étaient descendus sur la mer dans des navires, Et qui travaillaient sur les grandes eaux,
24. Ceux-là virent les oeuvres de l’Éternel Et ses merveilles au milieu de l’abîme.
25. Il dit, et il fit souffler la tempête, Qui souleva les flots de la mer.
26. Ils montaient vers les cieux, ils descendaient dans l’abîme ; Leur âme était éperdue en face du danger ;
27. Saisis de vertige, ils chancelaient comme un homme ivre, Et toute leur habileté était anéantie.
28. Dans leur détresse, ils crièrent à l’Éternel, Et il les délivra de leurs angoisses ;
29. Il arrêta la tempête, ramena le calme, Et les ondes se turent.
30. Ils se réjouirent de ce qu’elles s’étaient apaisées, Et l’Éternel les conduisit au port désiré.
31. Qu’ils louent l’Éternel pour sa bonté, Et pour ses merveilles en faveur des fils de l’homme !
32. Qu’ils l’exaltent dans l’assemblée du peuple, Et qu’ils le célèbrent dans la réunion des anciens !
33. Il change les fleuves en désert, Et les sources d’eaux en terre desséchée,
34. Le pays fertile en pays salé, A cause de la méchanceté de ses habitants.
35. Il change le désert en étang, Et la terre aride en sources d’eaux,
36. Et il y établit ceux qui sont affamés. Ils fondent une ville pour l’habiter ;
37. Ils ensemencent des champs, plantent des vignes, Et ils en recueillent les produits.
38. Il les bénit, et ils deviennent très nombreux, Et il ne diminue point leur bétail.
39. Sont-ils amoindris et humiliés Par l’oppression, le malheur et la souffrance ;
40. Verse-t-il le mépris sur les grands, Les fait-il errer dans des déserts sans chemin,
41. Il relève l’indigent et le délivre de la misère, Il multiplie les familles comme des troupeaux.
42. Les hommes droits le voient et se réjouissent, Mais toute iniquité ferme la bouche.
43. Que celui qui est sage prenne garde à ces choses, Et qu’il soit attentif aux bontés de l’Éternel.
Le psaume dans le Psautier de Genève
Le Psaume 107 appartient au Psautier complet de Genève. Le recueil ARC en propose la pièce « Louez Dieu pour sa grâce » sous le numéro 107. Le répertoire canonique l’attribue à la tradition versifiée de Clément Marot et/ou Théodore de Bèze selon les données propres à cette pièce ; aucune attribution plus précise n’est ajoutée ici lorsqu’elle n’est pas établie. Le chant met la Parole biblique sur les lèvres de l’assemblée : il unit mémoire de l’alliance, prière commune et réponse croyante. Son usage liturgique principal relève de adoration ; intercession ; déclaration du pardon. Lu dans l’unité de l’Écriture, le psaume conserve sa première portée en Israël et trouve son accomplissement en Jésus-Christ, Roi, juste, priant et Sauveur de son peuple.
Chanter le psaume
1. Louez Dieu pour sa grâce, Célébrez son amour
Qui jamais ne se lasse, Qui demeure à toujours,
Vous tous qu’il a sauvés Des mains de l’adversaire,
Vous qu’il a rassemblés Des confins de la terre.
2. Ils erraient solitaires Dans le désert sans fin,
Aveuglés de poussière, Privés d’eau et de pain.
Vers toi ils ont crié, Seigneur, dans leur déroute ;
Tu les as délivrés Les guidant sur la route.
3. Dans les prisons obscures Des hommes enchaînés
Aux peines les plus dures Étaient abandonnés ;
Vers toi ils ont crié, Seigneur, dans leur misère ;
Tu les as délivrés Des fers qui les enserrent.
4. Au Seigneur rendez grâce, Au Dieu libérateur ;
Chacun de ses miracles Émerveille nos coeurs.
Que tous les rachetés, Les hommes qu’il fait vivre
S’unissent pour chanter L’amour qui les délivre.
5. Cramponnés aux cordages Sur la mer en fureur,
Des marins en naufrage Se mouraient de terreur.
Vers toi ils ont crié, Dans l’effroi et la peine ;
Tu les as délivrés ; Au port tu les ramènes.
6. D’autres brûlants de fièvre, Tordus par la douleur,
Écartaient de leurs lèvres Le pain avec horreur.
Vers toi ils ont crié, Seigneur, dans leur angoisse ;
Tu les as délivrés Et guéris par ta grâce.
7. Dieu rend le sol fertile Où planter un verger,
Où bâtir une ville, Abriter l’étranger.
Il donne à l’affamé Du pain en abondance ;
Il soutient l’opprimé, Il est sa délivrance.
8. Louez Dieu pour sa grâce, Célébrez son amour
Qui jamais ne se lasse, Qui demeure à toujours.
Que tous les rachetés, Les hommes qu’il fait vivre
S’unissent pour chanter L’amour qui les délivre.
Entrer dans le Psaume
Brève exégèse du texte
Le Psaume 107 doit être lu comme une unité poétique et théologique. Ses 43 versets ne juxtaposent pas des sentences indépendantes : ils conduisent le lecteur selon un mouvement de prière. L’ouverture – « Louez l’Éternel, car il est bon, Car sa miséricorde dure à toujours ! » – établit la situation, l’adresse ou l’appel initial. La conclusion – « Que celui qui est sage prenne garde à ces choses, Et qu’il soit attentif aux bontés de l’Éternel. » – montre vers quelle confession, demande ou louange ce mouvement tend. Cette trajectoire commande l’interprétation : les délivrances répétées de Dieu pour les errants, captifs, malades et marins qui crient vers lui.
Le genre du texte – psaume communautaire d’action de grâces – détermine sa manière de parler. La poésie hébraïque avance par parallélismes, reprises, contrastes et intensifications. Une seconde ligne ne répète pas mécaniquement la première : elle la précise, l’élargit ou la porte à son accomplissement. Les changements de personne, les impératifs, les questions et les images signalent les articulations du poème. Il faut donc observer qui parle, à qui, devant quels témoins et à quel moment la plainte devient confiance, l’enseignement louange ou la mémoire espérance.
Le nom rendu par « l’Éternel » traduit le tétragramme YHWH et inscrit la prière dans l’alliance. Le psalmiste ne s’adresse pas à une puissance religieuse indéterminée, mais au Dieu qui s’est fait connaître, qui a délivré son peuple et qui demeure fidèle à sa promesse. Lorsque le psaume parle de bonté, de fidélité, de justice ou de salut, ces mots décrivent les actes du Dieu de l’alliance. La grâce n’efface donc ni la vérité ni le jugement : elle délivre le pécheur, restaure le peuple et ordonne une vie d’obéissance reconnaissante.
Les images du Psaume 107 donnent à cette confession une forme incarnée. Elles ne sont ni décoratives ni ésotériques. Elles traduisent dans le langage du corps, du chemin, de la maison, de la création, du combat ou du sanctuaire la manière dont Dieu rencontre son peuple. La réalité du mal n’est pas niée, mais elle n’est jamais souveraine. Le fidèle peut nommer la peur, la faute, l’injustice ou l’épuisement sans leur abandonner le dernier mot. La prière devient ainsi un acte de vérité devant Dieu et un refus des faux appuis.
La lecture canonique conduit à Jésus-Christ sans supprimer Israël ni transformer chaque détail en symbole arbitraire. Jésus a prié les psaumes, accompli l’obéissance qu’ils réclament et porté en sa passion la détresse du juste. Sa résurrection atteste la victoire du jugement et de la grâce. Les affirmations royales, sacerdotales, sapientielles ou pénitentielles trouvent en lui leur centre : il est le Roi fidèle, le Serviteur sans fraude et le Médiateur par lequel l’Église peut reprendre toute la prière inspirée.
La structure de l’alliance relie enfin l’individu et la communauté. Même lorsque le « je » domine, le priant appartient au peuple que Dieu rassemble ; même lorsque le « nous » parle, chaque fidèle est personnellement appelé à croire et à obéir. Le sanctuaire, Sion, la création, l’histoire d’Israël et les nations ne doivent donc pas être réduits à des états intérieurs. Ils inscrivent la prière dans l’œuvre publique de Dieu. Le Psaume 107 forme ainsi une conscience ecclésiale : la délivrance reçue devient témoignage, la justice demandée devient engagement, et la louange répond à une grâce qui précède toute œuvre humaine.
Martin Luther caractérise ce psaume par cet extrait exact : « The psalmist exhorteth the redeemed, in praising God, to observe his manifold providence, over travellers, over captives, over ». Source vérifiée : Martin Luther, A Manual of the Book of Psalms, section « Psalm CVII », traduction anglaise de Henry Cole, Londres, 1837, texte du domaine public, Project Gutenberg, livre numérique 75892 : Project Gutenberg. Cet extrait situe le Psaume 107 dans la prière et la doctrine de l’Église ; il ne dispense pas de suivre le texte verset par verset.
Pastoralement, le Psaume 107 n’offre ni technique de protection ni promesse de confort immédiat. Il apprend à porter toute l’existence devant Dieu, à distinguer la foi de l’optimisme et à recevoir l’espérance comme dépendance envers la parole divine. L’Église peut donc le chanter dans les moments de adoration ; intercession ; déclaration du pardon, à condition de laisser sa progression complète former la prière. En Christ, elle confesse que Dieu demeure fidèle, que le mal sera jugé, que le pardon est réel et que l’obéissance reconnaissante est le fruit de la grâce.
Observation du texte
Relisez les 43 versets d’un seul tenant. Qui parle et à qui ? Quels mots, verbes, images ou noms divins reviennent ? Comment l’ouverture prépare-t-elle la conclusion ? Où se produit le principal changement de ton ? Quels parallélismes précisent ou intensifient la pensée ? Distinguez ce que le psaume affirme de Dieu, ce qu’il reconnaît de l’être humain et ce qu’il demande. Vérifiez enfin que votre lecture rend compte de l’ensemble et ne repose pas seulement sur un verset familier.
Interprétation théologique
Que révèle le Psaume 107 de la sainteté, de la justice, de la bonté et de la fidélité de Dieu ? Comment l’alliance éclaire-t-elle les délivrances répétées de Dieu pour les errants, captifs, malades et marins qui crient vers lui ? Quelle place le texte donne-t-il au péché, au jugement, au pardon, à la providence et à l’espérance ? Comment Jésus-Christ assume-t-il et accomplit-il cette prière ? De quelle manière sa mort et sa résurrection empêchent-elles une lecture triomphaliste ou moraliste ? Que reçoit ici l’Église pour sa confession, son culte et son témoignage ?
Appropriation spirituelle
Quelle réalité personnelle ou communautaire peux-tu présenter à Dieu avec les mots du Psaume 107 ? Quel faux appui ou quelle résistance ce texte met-il en lumière ? Quel attribut de Dieu soutient l’attente et l’obéissance ? Choisis un verset à mémoriser sans l’arracher au mouvement du psaume. Formule ensuite une confession, une intercession et un acte concret de consécration. L’appropriation chrétienne ne consiste pas à se placer spontanément parmi les justes, mais à recevoir en Christ le pardon et la fidélité qui rendent possible une vie nouvelle.
Conclusion pastorale
Le Psaume 107 donne à l’Église des mots vrais pour les délivrances répétées de Dieu pour les errants, captifs, malades et marins qui crient vers lui. Il nous apprend à prier sans feinte, à attendre sans passivité et à vivre de la fidélité de Dieu manifestée en Jésus-Christ.
