Illustration du Psaume 105 : la mémoire de l’alliance depuis Abraham jusqu’à l’Exode et au don du pays.

Psaume 105 – Célébrons son œuvre – ARC 105

Introduction au psaume

Le Psaume 105 est un psaume his­to­rique d’action de grâces. Il déploie la mémoire de l’alliance depuis Abra­ham jusqu’à l’Exode et au don du pays. Sa prière porte l’expérience humaine devant le Dieu de l’alliance et conduit l’assemblée à rece­voir sa parole, à lui répondre et à espé­rer son œuvre. Dans la litur­gie, il convient par­ti­cu­liè­re­ment aux moments sui­vants : Ado­ra­tion ; Confes­sion de foi ; Sainte Cène. Cha­cun de ces emplois doit res­pec­ter le mou­ve­ment entier du psaume et non iso­ler une for­mule ras­su­rante de son contexte.

Illustration du Psaume 105 : la mémoire de l’alliance depuis Abraham jusqu’à l’Exode et au don du pays.
Psaume 105 – Célé­brons son œuvre.

Texte intégral du psaume – Louis Segond 1910

1. Louez l’É­ter­nel, invo­quez son nom ! Faites connaître par­mi les peuples ses hauts faits !

2. Chan­tez, chan­tez en son hon­neur ! Par­lez de toutes ses mer­veilles !

3. Glo­ri­fiez-vous de son saint nom ! Que le coeur de ceux qui cherchent l’É­ter­nel se réjouisse !

4. Ayez recours à l’É­ter­nel et à son appui, Cher­chez conti­nuel­le­ment sa face !

5. Sou­ve­nez-vous des pro­diges qu’il a faits, De ses miracles et des juge­ments de sa bouche,

6. Pos­té­ri­té d’A­bra­ham, son ser­vi­teur, Enfants de Jacob, ses élus !

7. L’É­ter­nel est notre Dieu ; Ses juge­ments s’exercent sur toute la terre.

8. Il se rap­pelle à tou­jours son alliance, Ses pro­messes pour mille géné­ra­tions,

9. L’al­liance qu’il a trai­tée avec Abra­ham, Et le ser­ment qu’il a fait à Isaac ;

10. Il l’a éri­gée pour Jacob en loi, Pour Israël en alliance éter­nelle,

11. Disant : Je te don­ne­rai le pays de Canaan Comme héri­tage qui vous est échu.

12. Ils étaient alors peu nom­breux, Très peu nom­breux, et étran­gers dans le pays,

13. Et ils allaient d’une nation à l’autre Et d’un royaume vers un autre peuple ;

14. Mais il ne per­mit à per­sonne de les oppri­mer, Et il châ­tia des rois à cause d’eux :

15. Ne tou­chez pas à mes oints, Et ne faites pas de mal à mes pro­phètes !

16. Il appe­la sur le pays la famine, Il cou­pa tout moyen de sub­sis­tance.

17. Il envoya devant eux un homme : Joseph fut ven­du comme esclave.

18. On ser­ra ses pieds dans des liens, On le mit aux fers,

19. Jus­qu’au temps où arri­va ce qu’il avait annon­cé, Et où la parole de l’É­ter­nel l’é­prou­va.

20. Le roi fit ôter ses liens, Le domi­na­teur des peuples le déli­vra.

21. Il l’é­ta­blit sei­gneur sur sa mai­son, Et gou­ver­neur de tous ses biens,

22. Afin qu’il pût à son gré enchaî­ner ses princes, Et qu’il ensei­gnât la sagesse à ses anciens.

23. Alors Israël vint en Égypte, Et Jacob séjour­na dans le pays de Cham.

24. Il ren­dit son peuple très fécond, Et plus puis­sant que ses adver­saires.

25. Il chan­gea leur coeur, au point qu’ils haïrent son peuple Et qu’ils trai­tèrent ses ser­vi­teurs avec per­fi­die.

26. Il envoya Moïse, son ser­vi­teur, Et Aaron, qu’il avait choi­si.

27. Ils accom­plirent par son pou­voir des pro­diges au milieu d’eux, Ils firent des miracles dans le pays de Cham.

28. Il envoya des ténèbres et ame­na l’obs­cu­ri­té, Et ils ne furent pas rebelles à sa parole.

29. Il chan­gea leurs eaux en sang, Et fit périr leurs pois­sons.

30. Le pays four­milla de gre­nouilles, Jusque dans les chambres de leurs rois.

31. Il dit, et parurent les mouches veni­meuses, Les poux sur tout leur ter­ri­toire.

32. Il leur don­na pour pluie de la grêle, Des flammes de feu dans leur pays.

33. Il frap­pa leurs vignes et leurs figuiers, Et bri­sa les arbres de leur contrée.

34. Il dit, et parurent les sau­te­relles, Des sau­te­relles sans nombre,

35. Qui dévo­rèrent toute l’herbe du pays, Qui dévo­rèrent les fruits de leurs champs.

36. Il frap­pa tous les pre­miers-nés dans leur pays, Toutes les pré­mices de leur force.

37. Il fit sor­tir son peuple avec de l’argent et de l’or, Et nul ne chan­ce­la par­mi ses tri­bus.

38. Les Égyp­tiens se réjouirent de leur départ, Car la ter­reur qu’ils avaient d’eux les sai­sis­sait.

39. Il éten­dit la nuée pour les cou­vrir, Et le feu pour éclai­rer la nuit.

40. A leur demande, il fit venir des cailles, Et il les ras­sa­sia du pain du ciel.

41. Il ouvrit le rocher, et des eaux cou­lèrent ; Elles se répan­dirent comme un fleuve dans les lieux arides.

42. Car il se sou­vint de sa parole sainte, Et d’A­bra­ham, son ser­vi­teur.

43. Il fit sor­tir son peuple dans l’al­lé­gresse, Ses élus au milieu des cris de joie.

44. Il leur don­na les terres des nations, Et ils pos­sé­dèrent le fruit du tra­vail des peuples,

45. Afin qu’ils gar­dassent ses ordon­nances, Et qu’ils obser­vassent ses lois. Louez l’É­ter­nel !

Le psaume dans le Psautier de Genève

Le Psaume 105 appar­tient au Psau­tier com­plet de Genève. Le recueil ARC en pro­pose la pièce « Célé­brons son œuvre » sous le numé­ro 105. Le réper­toire cano­nique l’attribue à la tra­di­tion ver­si­fiée de Clé­ment Marot et/ou Théo­dore de Bèze selon les don­nées propres à cette pièce ; aucune attri­bu­tion plus pré­cise n’est ajou­tée ici lorsqu’elle n’est pas éta­blie. Le chant met la Parole biblique sur les lèvres de l’assemblée : il unit mémoire de l’alliance, prière com­mune et réponse croyante. Son usage litur­gique prin­ci­pal relève de ado­ra­tion ; confes­sion de foi ; sainte cène. Lu dans l’unité de l’Écriture, le psaume conserve sa pre­mière por­tée en Israël et trouve son accom­plis­se­ment en Jésus-Christ, Roi, juste, priant et Sau­veur de son peuple.

Chanter le psaume

Strophes x4 (Union Cha­pelle Organ)

1. Célé­brons son œuvre éton­nante ;
Dites à tous sa main puis­sante.
Jouez pour lui, chan­tez sans fin,
Glo­ri­fiez son nom très saint.
Tous ses hauts faits sont mer­veilleux ;
Ils comblent ceux qui aiment Dieu.

2. Décou­vrez Dieu dans sa puis­sance,
Cher­chez la paix de sa pré­sence.
Sou­ve­nez-vous de ce qu’il fit
Quand Abra­ham par­tit pour lui.
C’est notre joie et notre hon­neur
D’appartenir au seul Sei­gneur.

3. Dieu fait sor­tir un peuple immense
Qui s’est for­mé dans la souf­france.
Pour le gui­der s’allume un feu ;
Pour le nour­rir, le pain des cieux.
Ils avaient soif et l’eau jaillit,
Signe de joie, source de vie.

4. Tous ceux que le Sei­gneur libère
Héri­te­ront de cette terre.
Ils cher­che­ront sa volon­té,
Ils trou­ve­ront leur liber­té,
Et le Sei­gneur les uni­ra
Dans son amour, Allé­luia !

Entrer dans le Psaume

Brève exégèse du texte

Le Psaume 105 doit être lu comme une uni­té poé­tique et théo­lo­gique. Ses 45 ver­sets ne jux­ta­posent pas des sen­tences indé­pen­dantes : ils conduisent le lec­teur selon un mou­ve­ment de prière. L’ouverture – « Louez l’É­ter­nel, invo­quez son nom ! Faites connaître par­mi les peuples ses hauts faits ! » – éta­blit la situa­tion, l’adresse ou l’appel ini­tial. La conclu­sion – « Afin qu’ils gar­dassent ses ordon­nances, Et qu’ils obser­vassent ses lois. Louez l’É­ter­nel ! » – montre vers quelle confes­sion, demande ou louange ce mou­ve­ment tend. Cette tra­jec­toire com­mande l’interprétation : la mémoire de l’alliance depuis Abra­ham jusqu’à l’Exode et au don du pays.

Le genre du texte – psaume his­to­rique d’action de grâces – déter­mine sa manière de par­ler. La poé­sie hébraïque avance par paral­lé­lismes, reprises, contrastes et inten­si­fi­ca­tions. Une seconde ligne ne répète pas méca­ni­que­ment la pre­mière : elle la pré­cise, l’élargit ou la porte à son accom­plis­se­ment. Les chan­ge­ments de per­sonne, les impé­ra­tifs, les ques­tions et les images signalent les arti­cu­la­tions du poème. Il faut donc obser­ver qui parle, à qui, devant quels témoins et à quel moment la plainte devient confiance, l’enseignement louange ou la mémoire espé­rance.

Le nom ren­du par « l’Éternel » tra­duit le tétra­gramme YHWH et ins­crit la prière dans l’alliance. Le psal­miste ne s’adresse pas à une puis­sance reli­gieuse indé­ter­mi­née, mais au Dieu qui s’est fait connaître, qui a déli­vré son peuple et qui demeure fidèle à sa pro­messe. Lorsque le psaume parle de bon­té, de fidé­li­té, de jus­tice ou de salut, ces mots décrivent les actes du Dieu de l’alliance. La grâce n’efface donc ni la véri­té ni le juge­ment : elle délivre le pécheur, res­taure le peuple et ordonne une vie d’obéissance recon­nais­sante.

Les images du Psaume 105 donnent à cette confes­sion une forme incar­née. Elles ne sont ni déco­ra­tives ni éso­té­riques. Elles tra­duisent dans le lan­gage du corps, du che­min, de la mai­son, de la créa­tion, du com­bat ou du sanc­tuaire la manière dont Dieu ren­contre son peuple. La réa­li­té du mal n’est pas niée, mais elle n’est jamais sou­ve­raine. Le fidèle peut nom­mer la peur, la faute, l’injustice ou l’épuisement sans leur aban­don­ner le der­nier mot. La prière devient ain­si un acte de véri­té devant Dieu et un refus des faux appuis.

La lec­ture cano­nique conduit à Jésus-Christ sans sup­pri­mer Israël ni trans­for­mer chaque détail en sym­bole arbi­traire. Jésus a prié les psaumes, accom­pli l’obéissance qu’ils réclament et por­té en sa pas­sion la détresse du juste. Sa résur­rec­tion atteste la vic­toire du juge­ment et de la grâce. Les affir­ma­tions royales, sacer­do­tales, sapien­tielles ou péni­ten­tielles trouvent en lui leur centre : il est le Roi fidèle, le Ser­vi­teur sans fraude et le Média­teur par lequel l’Église peut reprendre toute la prière ins­pi­rée.

La struc­ture de l’alliance relie enfin l’individu et la com­mu­nau­té. Même lorsque le « je » domine, le priant appar­tient au peuple que Dieu ras­semble ; même lorsque le « nous » parle, chaque fidèle est per­son­nel­le­ment appe­lé à croire et à obéir. Le sanc­tuaire, Sion, la créa­tion, l’histoire d’Israël et les nations ne doivent donc pas être réduits à des états inté­rieurs. Ils ins­crivent la prière dans l’œuvre publique de Dieu. Le Psaume 105 forme ain­si une conscience ecclé­siale : la déli­vrance reçue devient témoi­gnage, la jus­tice deman­dée devient enga­ge­ment, et la louange répond à une grâce qui pré­cède toute œuvre humaine.

Mar­tin Luther carac­té­rise ce psaume par cet extrait exact : « An exhor­ta­tion to praise God, and to seek out his works.; The sto­ry of God’s pro­vi­dence over Abra­ham ». Source véri­fiée : Mar­tin Luther, A Manual of the Book of Psalms, sec­tion « Psalm CV », tra­duc­tion anglaise de Hen­ry Cole, Londres, 1837, texte du domaine public, Pro­ject Guten­berg, livre numé­rique 75892 : Pro­ject Guten­berg. Cet extrait situe le Psaume 105 dans la prière et la doc­trine de l’Église ; il ne dis­pense pas de suivre le texte ver­set par ver­set.

Pas­to­ra­le­ment, le Psaume 105 n’offre ni tech­nique de pro­tec­tion ni pro­messe de confort immé­diat. Il apprend à por­ter toute l’existence devant Dieu, à dis­tin­guer la foi de l’optimisme et à rece­voir l’espérance comme dépen­dance envers la parole divine. L’Église peut donc le chan­ter dans les moments de ado­ra­tion ; confes­sion de foi ; sainte cène, à condi­tion de lais­ser sa pro­gres­sion com­plète for­mer la prière. En Christ, elle confesse que Dieu demeure fidèle, que le mal sera jugé, que le par­don est réel et que l’obéissance recon­nais­sante est le fruit de la grâce.

Observation du texte

Reli­sez les 45 ver­sets d’un seul tenant. Qui parle et à qui ? Quels mots, verbes, images ou noms divins reviennent ? Com­ment l’ouverture pré­pare-t-elle la conclu­sion ? Où se pro­duit le prin­ci­pal chan­ge­ment de ton ? Quels paral­lé­lismes pré­cisent ou inten­si­fient la pen­sée ? Dis­tin­guez ce que le psaume affirme de Dieu, ce qu’il recon­naît de l’être humain et ce qu’il demande. Véri­fiez enfin que votre lec­ture rend compte de l’ensemble et ne repose pas seule­ment sur un ver­set fami­lier.

Interprétation théologique

Que révèle le Psaume 105 de la sain­te­té, de la jus­tice, de la bon­té et de la fidé­li­té de Dieu ? Com­ment l’alliance éclaire-t-elle la mémoire de l’alliance depuis Abra­ham jusqu’à l’Exode et au don du pays ? Quelle place le texte donne-t-il au péché, au juge­ment, au par­don, à la pro­vi­dence et à l’espérance ? Com­ment Jésus-Christ assume-t-il et accom­plit-il cette prière ? De quelle manière sa mort et sa résur­rec­tion empêchent-elles une lec­ture triom­pha­liste ou mora­liste ? Que reçoit ici l’Église pour sa confes­sion, son culte et son témoi­gnage ?

Appropriation spirituelle

Quelle réa­li­té per­son­nelle ou com­mu­nau­taire peux-tu pré­sen­ter à Dieu avec les mots du Psaume 105 ? Quel faux appui ou quelle résis­tance ce texte met-il en lumière ? Quel attri­but de Dieu sou­tient l’attente et l’obéissance ? Choi­sis un ver­set à mémo­ri­ser sans l’arracher au mou­ve­ment du psaume. For­mule ensuite une confes­sion, une inter­ces­sion et un acte concret de consé­cra­tion. L’appropriation chré­tienne ne consiste pas à se pla­cer spon­ta­né­ment par­mi les justes, mais à rece­voir en Christ le par­don et la fidé­li­té qui rendent pos­sible une vie nou­velle.

Conclusion pastorale

Le Psaume 105 donne à l’Église des mots vrais pour la mémoire de l’alliance depuis Abra­ham jusqu’à l’Exode et au don du pays. Il nous apprend à prier sans feinte, à attendre sans pas­si­vi­té et à vivre de la fidé­li­té de Dieu mani­fes­tée en Jésus-Christ.