Psaume 2 en lettres d’or au centre d’une scène de rois conspirant devant le Roi éclairé sur Sion.

Psaume 2 – Pourquoi ce bruit au milieu des nations

Les rois conspirent dans l’ombre ; le Roi éta­bli demeure sous la lumière.

Le Psaume 2 est un psaume royal et mes­sia­nique. Il fait entendre la révolte des nations, la réponse sou­ve­raine de Dieu, le décret confié au roi oint et l’appel final adres­sé aux gou­ver­nants. Sa prière conduit l’Église de l’agitation poli­tique à la confiance : l’Éternel règne, son Mes­sie reçoit les nations et le refuge demeure ouvert à tous ceux qui viennent à lui.

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Suno ai

Paroles

1. Pour­quoi ce bruit au milieu des nations,
Quelle folie ou quel rêve les mène ?
Le monde entier sou­le­vé d’ambitions
Est main­te­nant pous­sé par la plus vaine.
Les voi­là donc, les grands rois de la terre,
Les gens puis­sants, leur but est bien pré­cis :
Ils sont ligués pour décla­rer la guerre
Contre Dieu tous, et contre son Mes­sie.

2. L’homme ose dire : « Arra­chons, détrui­sons
Le joug auquel ils vou­draient nous sou­mettre ;
Croient-ils pou­voir nous tenir en pri­son ?
L’humanité n’admet plus Dieu pour Maître ! »
Il rit, Celui qui dans les cieux habite,
Se moquant bien de ces décla­ra­tions.
Le Sei­gneur voit ces foules qui s’agitent,
Et balaie­ra leurs folles pré­ten­tions.

3. Quand il lui plaît, c’est Lui qui par­le­ra
Dans son cour­roux plus que tout redou­table.
Le monde entier stu­pé­fait fré­mi­ra,
Se décou­vrant tout à coup misé­rable ;
Et Dieu dira : D’où vient cette entre­prise ?
N’ignorez plus que j’ai fait élec­tion
De mon vrai Roi, et que je l’intronise
Sur mon très saint et haut mont de Sion.

4. Et moi qui suis le Roi qui lui ai plu,
Je publie­rai la loi qu’il m’a don­née ;
C’est qu’il m’a dit : Tu es mon Fils élu,
Je t’engendrai cette heu­reuse jour­née.
Demande-moi, et pour ton héri­tage
Tous les pays devien­dront tes sujets,
Et ton empire aura cet avan­tage
Que sur le monde entier je l’étendrai.

5. Car la jus­tice en ta main fleu­ri­ra,
Sceptre de fer domp­tant les indo­ciles,
Les sou­met­tant dès que tu le vou­dras,
Ou les bri­sant comme un vase d’argile.
Main­te­nant donc, ô vous tous, rois et princes,
Soyez meilleurs, plus sages gou­ver­nants ;
Juges aus­si, des pays, des pro­vinces,
Ins­trui­sez-vous enfin en l’écoutant.

6. Ayez pour but de ser­vir le Sei­gneur,
Cher­chant sans cesse avant tout à lui plaire ;
Soyez joyeux d’être ses ser­vi­teurs,
Et redou­tez sur­tout de lui déplaire.
Ren­dez hom­mage au Fils qu’il vous envoie
Pour évi­ter son juste châ­ti­ment ;
Si vous pre­niez une mau­vaise voie,
Vous péri­rez trop mal­heu­reu­se­ment.

7. Car tout à coup son cour­roux rigou­reux
S’embrasera sans que rien le retarde.
Com­bien alors ceux-là seront heu­reux
Qui seront pla­cés sous sa sau­ve­garde.

Texte ori­gi­nal : Clé­ment Marot. Adap­ta­tion en fran­çais actuel : Marc-Fran­çois Gonin, 1998. Source : Les Psaumes de David, Édi­tions VIDA, ISBN 2–911069-29–3 ; texte repro­duit avec per­mis­sion sur https://psautierdegeneve.blogspot.com/2019/04/psaume-2-pourquoi-ce-bruit-au-milieu.html

Place du psaume dans le Psautier de Genève

Le Psaume 2 ne figure pas dans le recueil ARC véri­fié par Foe­dus. Il appar­tient néan­moins au Psau­tier de Genève com­plet. Clé­ment Marot l’avait déjà ver­si­fié au XVIe siècle ; la ver­sion rete­nue ici est l’adaptation en fran­çais actuel publiée par Marc-Fran­çois Gonin en 1998, qui conserve sept strophes et pré­sente le psaume sous l’incipit « Pour­quoi ce bruit au milieu des nations ». Le site source indique une pre­mière mise en musique à Stras­bourg en 1539, puis à Lyon en 1548.

Dans l’architecture du Psau­tier, le Psaume 2 suit immé­dia­te­ment le psaume des deux voies. Ensemble, ils forment un seuil : le Psaume 1 pro­clame le bon­heur de celui qui reçoit l’instruction de l’Éternel ; le Psaume 2 pro­clame le bon­heur de celui qui se réfu­gie auprès de son Oint. La Torah et le Roi ne sont pas deux che­mins concur­rents. Le roi juste reçoit et accom­plit la volon­té divine, tan­dis que les nations sont appe­lées à aban­don­ner leur vaine auto­no­mie.

Son usage chan­té convient à l’adoration, à la confes­sion de foi et à l’intercession pour les auto­ri­tés. La mélo­die fait por­ter par l’assemblée le contraste entre l’agitation ter­restre et la sta­bi­li­té du décret divin. La théo­lo­gie du psaume est celle de l’alliance davi­dique : Dieu éta­blit son roi, le nomme fils dans le cadre de la royau­té et lui pro­met les nations. Le Nou­veau Tes­ta­ment lit cette pro­messe à la lumière de Jésus-Christ, Fils éter­nel mani­fes­té comme Mes­sie, cru­ci­fié par les puis­sances et res­sus­ci­té par Dieu. L’Église ne s’approprie donc pas le sceptre pour domi­ner ; elle annonce le Roi, prie pour les peuples et appelle cha­cun à trou­ver refuge en lui.

Texte du psaume (Louis Segond 1910)

1. Pour­quoi ce tumulte par­mi les nations, Ces vaines pen­sées par­mi les peuples ?

2. Pour­quoi les rois de la terre se sou­lèvent-ils Et les princes se liguent-ils avec eux Contre l’Éternel et contre son oint ?

3. Bri­sons leurs liens, Déli­vrons-nous de leurs chaînes !

4. Celui qui siège dans les cieux rit, Le Sei­gneur se moque d’eux.

5. Puis il leur parle dans sa colère, Il les épou­vante dans sa fureur :

6. C’est moi qui ai oint mon roi Sur Sion, ma mon­tagne sainte !

7. Je publie­rai le décret ; L’Éternel m’a dit : Tu es mon fils ! Je t’ai engen­dré aujourd’hui.

8. Demande-moi et je te don­ne­rai les nations pour héri­tage, Les extré­mi­tés de la terre pour pos­ses­sion ;

9. Tu les bri­se­ras avec une verge de fer, Tu les bri­se­ras comme le vase d’un potier.

10. Et main­te­nant, rois, condui­sez-vous avec sagesse ! Juges de la terre, rece­vez ins­truc­tion !

11. Ser­vez l’Éternel avec crainte, Et réjouis­sez-vous avec trem­ble­ment.

12. Bai­sez le fils, de peur qu’il ne s’irrite, Et que vous ne péris­siez dans votre voie, Car sa colère est prompte à s’enflammer. Heu­reux tous ceux qui se confient en lui !

Entrer dans le Psaume

Brève exégèse du texte

Le Psaume 2 est dépour­vu de sus­crip­tion dans le texte hébreu, mais Actes 4.25–26 le reçoit comme parole de David. Sa forme est celle d’un psaume royal, pro­ba­ble­ment lié à l’intronisation d’un roi davi­dique, et sa por­tée cano­nique dépasse immé­dia­te­ment un seul règne. Quatre voix ou scènes struc­turent le poème : les nations et leurs chefs parlent aux ver­sets 1 à 3 ; Dieu répond depuis les cieux aux ver­sets 4 à 6 ; le roi oint publie le décret aux ver­sets 7 à 9 ; enfin le psal­miste adresse aux rois une exhor­ta­tion aux ver­sets 10 à 12. Ce mou­ve­ment conduit du tumulte à la parole divine, puis du juge­ment annon­cé à l’appel au refuge.

Le pre­mier verbe hébreu, רָגַשׁ, râgash, évoque l’agitation bruyante d’une foule. Le paral­lé­lisme asso­cie les nations, les peuples, les rois et les princes : la révolte est popu­laire et poli­tique. Pour­tant leur médi­ta­tion est רִיק, rîq, « vide » ou « vaine ». Le même verbe הָגָה, hâgâ, qui décri­vait au Psaume 1 la médi­ta­tion féconde de la Torah, désigne ici des pro­jets sans sub­stance. Le dip­tyque est sai­sis­sant : l’homme juste médite l’instruction de Dieu ; les peuples méditent une auto­no­mie qui ne peut abou­tir.

L’objet de la coa­li­tion est l’Éternel et son מָשִׁיחַ, mâshîaḥ, son « oint ». Dans son pre­mier hori­zon, il s’agit du roi davi­dique consa­cré. Mais s’opposer au roi éta­bli par Dieu revient à s’opposer à Dieu lui-même. Les « liens » et les « chaînes » du ver­set 3 décrivent la sou­ve­rai­ne­té divine comme un joug into­lé­rable aux yeux des rebelles. Le péché n’est donc pas seule­ment trans­gres­sion ponc­tuelle : il est refus de rece­voir la créa­ture, l’autorité et la liber­té comme dons ordon­nés par Dieu.

La réponse céleste ne mani­feste ni inquié­tude ni riva­li­té. Dieu « rit » : non par cruau­té, mais parce que la pré­ten­tion des puis­sances est déri­soire devant sa sou­ve­rai­ne­té. Puis le rire fait place à la parole de colère. Le juge­ment biblique n’est pas un accès arbi­traire ; il est la réac­tion sainte de Dieu contre la révolte qui détruit son ordre bon. Le ver­set 6 oppose au « nous » des conspi­ra­teurs le « moi » divin : Dieu a éta­bli son roi sur Sion. Le choix de Sion situe la royau­té dans l’histoire de l’alliance plu­tôt que dans une divi­ni­sa­tion païenne du sou­ve­rain.

Le décret des ver­sets 7 à 9 reprend la pro­messe faite à David en 2 Samuel 7 : « Je serai pour lui un père, et il sera pour moi un fils. » « Tu es mon fils ; je t’ai engen­dré aujourd’hui » désigne dans le cadre royal l’intronisation et la recon­nais­sance publique du roi comme fils repré­sen­tant de Dieu. Le Nou­veau Tes­ta­ment applique cette parole au Christ, notam­ment en Actes 13.33 et Hébreux 1.5. Il ne sug­gère pas que le Fils éter­nel aurait com­men­cé d’exister : il pro­clame que Jésus, res­sus­ci­té et exal­té, est mani­fes­té dans son règne mes­sia­nique.

L’héritage des nations accom­plit l’horizon uni­ver­sel de l’alliance. Le sceptre ou la verge de fer du ver­set 9 exprime une auto­ri­té irré­sis­tible ; l’image du vase de potier rap­pelle la fra­gi­li­té des empires. La lec­ture chré­tienne doit tenir ensemble jus­tice et mis­sion. Le Christ juge­ra réel­le­ment le mal, mais il reçoit aujourd’hui les nations par l’Évangile, non par la contrainte ecclé­sias­tique. Sa croix révèle même la manière para­doxale dont il triomphe : les chefs se liguent contre lui, accom­plis­sant mal­gré eux ce que la main de Dieu avait arrê­té, et le Cru­ci­fié res­sus­ci­té devient le refuge offert aux peuples.

Les ver­sets 10 à 12 empêchent de réduire le psaume à une menace. Les rois peuvent encore « rece­voir ins­truc­tion ». Ser­vir avec crainte et se réjouir avec trem­ble­ment ne sont pas des atti­tudes contra­dic­toires : la révé­rence chasse l’insouciance orgueilleuse sans abo­lir la joie de l’alliance. Le geste « Bai­sez le fils » est dif­fi­cile sur le plan phi­lo­lo­gique, notam­ment à cause du mot ara­méen bar, mais dans le mou­ve­ment du psaume il appelle clai­re­ment à rendre hom­mage au roi éta­bli par Dieu.

Jean Cal­vin écrit exac­te­ment au sujet de ce ver­set : “the pro­per proof of our obe­dience and pie­ty towards him is reve­rent­ly to embrace his Son, whom he has appoin­ted king over us”. Autre­ment dit, la pié­té envers Dieu se mani­feste en accueillant avec révé­rence le Fils qu’il a éta­bli comme roi. Source pri­maire véri­fiée : Jean Cal­vin, Com­men­ta­ry on the Book of Psalms, vol. 1, com­men­taire de Psaume 2.12, tra­duc­tion anglaise de James Ander­son, https://www.ccel.org/ccel/calvin/calcom08.viii.vi.html. Tra­duc­tion fran­çaise de tra­vail : « la preuve véri­table de notre obéis­sance et de notre pié­té envers Dieu consiste à embras­ser avec révé­rence son Fils, qu’il a éta­bli roi sur nous ».

La der­nière béa­ti­tude répond à celle du Psaume 1. Le bon­heur n’appartient pas aux puis­sants capables d’assurer eux-mêmes leur sécu­ri­té, mais à « tous ceux qui se confient en lui ». Le pro­nom peut ren­voyer à Dieu dans la syn­taxe du psaume, tan­dis que l’unité théo­lo­gique du pas­sage asso­cie le refuge en Dieu à l’hommage ren­du à son Oint. En Jésus-Christ, cette uni­té devient plei­ne­ment mani­feste : venir au Fils, c’est rece­voir le règne sal­va­teur du Père. Le psaume entier place ain­si l’Église entre assu­rance et appel : elle ne craint pas l’agitation des nations, ne sacra­lise aucune puis­sance humaine, prie pour les auto­ri­tés, annonce le juge­ment et offre à tous le refuge du Mes­sie.

Observation du texte

Le psaume pro­gresse par quatre scènes. Qui parle dans cha­cune d’elles ? Rele­vez les paroles des nations, celles de Dieu, celles du roi et l’exhortation finale. Com­ment ce chan­ge­ment de voix trans­forme-t-il notre per­cep­tion du tumulte ini­tial ?

Com­pa­rez les verbes des ver­sets 1 à 3 avec les actions de Dieu aux ver­sets 4 à 6. Les nations s’agitent, com­plotent et se liguent ; Dieu siège, rit, parle et éta­blit. Que révèle ce contraste sur la soli­di­té res­pec­tive des pro­jets humains et du décret divin ?

Obser­vez les titres : Éter­nel, oint, roi, fils. Com­ment s’enchaînent-ils ? Repé­rez aus­si les lieux et les espaces : terre, cieux, Sion, nations, extré­mi­tés de la terre. Com­ment le psaume passe-t-il d’un conflit local à une sou­ve­rai­ne­té uni­ver­selle ?

Quels impé­ra­tifs appa­raissent aux ver­sets 10 à 12 ? L’avertissement final ferme-t-il la porte, ou ouvre-t-il encore un che­min de sagesse et de refuge ?

Interprétation théologique

En quoi la révolte contre les « liens » de Dieu éclaire-t-elle la concep­tion biblique du péché ? Pour­quoi l’autonomie abso­lue paraît-elle libé­ra­trice aux nations, alors que le psaume la qua­li­fie de vaine ?

Com­ment dis­tin­guer le pre­mier accom­plis­se­ment du psaume dans la royau­té davi­dique et son accom­plis­se­ment plé­nier en Jésus-Christ ? Que nous apprennent 2 Samuel 7, Actes 4, Actes 13 et Hébreux 1 sur le titre de Fils ?

Que signi­fie la colère de Dieu dans ce psaume ? Com­ment la com­prendre comme expres­sion de sa sain­te­té et de sa jus­tice, sans la réduire à une pas­sion humaine incon­trô­lée ?

De quelle manière la croix accom­plit-elle para­doxa­le­ment le Psaume 2 ? Les puis­sances conspirent contre Jésus, mais Dieu trans­forme leur oppo­si­tion en che­min d’exaltation et de salut. Qu’est-ce que cela enseigne à l’Église sur ses moyens d’action ?

Pour­quoi la pro­messe des nations au Mes­sie inter­dit-elle à la fois le natio­na­lisme reli­gieux et la domi­na­tion poli­tique de l’Église ? Com­ment l’universalité du règne du Christ fonde-t-elle plu­tôt la mis­sion, la prière et l’espérance ?

Appropriation spirituelle

Où per­ce­vez-vous aujourd’hui le « tumulte » : dans la vie publique, dans l’Église, ou dans votre propre cœur ? Quelles peurs ce bruit nour­rit-il, et com­ment le fait que Dieu « siège dans les cieux » réor­donne-t-il ces peurs ?

Quels com­man­de­ments de Dieu êtes-vous ten­té de consi­dé­rer comme des liens à bri­ser ? Deman­dez-vous quelle pro­messe de liber­té vous séduit et quel fruit concret cette pré­ten­due auto­no­mie pro­duit réel­le­ment.

« Ser­vez l’Éternel avec crainte, et réjouis­sez-vous avec trem­ble­ment. » Dans votre prière, la révé­rence et la joie res­tent-elles unies ? Quelle pra­tique pour­rait vous aider à évi­ter à la fois la fami­lia­ri­té irré­vé­ren­cieuse et la peur sans confiance ?

Pour quelles auto­ri­tés devez-vous inter­cé­der nom­mé­ment cette semaine ? Priez non pour la vic­toire d’un camp sacra­li­sé, mais pour que les res­pon­sables reçoivent sagesse, rendent jus­tice et recon­naissent les limites de leur pou­voir.

Le psaume se ter­mine par le refuge. Devant le Christ, ne demeu­rez ni spec­ta­teur du tumulte ni juge satis­fait de la chute des autres. Rece­vez vous-même le Roi, confiez-lui votre voie et annon­cez avec dou­ceur que sa sou­ve­rai­ne­té juste est aus­si l’abri ouvert aux pécheurs.