Catéchèse réformée confessante

Catéchisme de Heidelberg : Dimanche 1 – L’unique consolation du croyant

Texte du Catéchisme (questions-réponses)

INTRODUCTION – 1er dimanche

1. Quelle est ton unique assu­rance dans la vie comme dans la mort ?
C’est que, dans la vie comme dans la mort¹, j’appartiens, corps et âme, non pas à moi-même², mais à Jésus-Christ, mon fidèle Sau­veur³.
Par son sang pré­cieux⁴, il a tota­le­ment payé pour tous mes péchés⁵ et m’a déli­vré de toute puis­sance du Dia­ble⁶.
Il me garde si bien⁷ qu’il ne peut tom­ber un seul che­veu de ma tête sans la volon­té de mon Père qui est dans les cieux⁸, et que toutes choses doivent concou­rir à mon salut⁹.
C’est pour­quoi, par son Saint-Esprit, il m’assure la vie éter­nel­le¹⁰ et me rend prêt et dis­po­sé à vivre désor­mais pour lui, de tout mon cœur¹¹.

¹ Rm 14.7–9.
² 1 Co 6.19–20.
³ 1 Co 3.23 ; Tt 2.14.
⁴ 1 P 1.18–19.
⁵ 1 Jn 1.7 ; 1 Jn 2.2.
⁶ Jn 8.34–36 ; He 2.14–15 ; 1 Jn 3.8.
⁷ Jn 6.39–40 ; Jn 10.27–30 ; 2 Th 3.3 ; 1 P 1.5.
⁸ Mt 10.29–31 ; Lc 21.16–18.
⁹ Rm 8.28.
¹⁰ Rm 8.15–16 ; 2 Co 1.20–22 ; 2 Co 5.5 ; Ep 1.13–14.
¹¹ Rm 8.14.


2. Com­bien de choses dois-tu savoir pour vivre et mou­rir dans cette heu­reuse assu­rance ?
Trois.

D’abord, com­bien sont grands mon péché et ma misè­re¹.
Ensuite, com­ment j’en suis déli­vré².
Enfin, quelle recon­nais­sance je dois à Dieu pour cette déli­vran­ce³.

¹ Jn 9.41 ; Jn 15.22 ; Rm 3.9–10 ; Tt 3.3 ; 1 Jn 1.10.
² Lc 24.46–47 ; Jn 17.3 ; Ac 4.12 ; Ac 10.43 ; 1 Co 6.11 ; Tt 3.4–7.
³ Mt 5.16 ; Rm 6.1–2 ; Rm 6.11–14 ; Ep 5.8–10 ; Col 3.17 ; 1 P 2.9–12.


Situa­tion du Dimanche 1 dans l’ensemble du Caté­chisme

Le pre­mier dimanche ouvre le Caté­chisme de Hei­del­berg et en consti­tue la clef de lec­ture fon­da­men­tale. Il ne se situe pas encore expli­ci­te­ment dans l’une des trois par­ties clas­siques (misère, déli­vrance, recon­nais­sance), mais il les contient toutes en germe. Il pré­cède volon­tai­re­ment l’analyse de la misère humaine pour poser d’emblée le point d’arrivée : la conso­la­tion du croyant en Jésus-Christ.

Le mou­ve­ment doc­tri­nal est donc inha­bi­tuel et pro­fon­dé­ment pas­to­ral. Le Caté­chisme ne com­mence pas par ce que l’homme doit faire, ni même par ce qu’il est, mais par ce qu’il reçoit. Ce pre­mier dimanche pré­pare toute la suite en don­nant la struc­ture tri­par­tite qui orga­ni­se­ra l’ensemble de l’ouvrage : la connais­sance du péché et de la misère, la déli­vrance opé­rée par Christ, et la recon­nais­sance vécue dans une vie nou­velle.

Ain­si, avant même d’exposer la gra­vi­té du péché, le Caté­chisme annonce la cer­ti­tude du salut, afin que toute la pro­gres­sion doc­tri­nale se fasse sous le signe de l’espérance.

La ques­tion cen­trale posée par ce Dimanche

Sur quoi repose l’unique conso­la­tion du croyant dans la vie comme dans la mort, et com­ment cette cer­ti­tude struc­ture toute l’existence chré­tienne ?

Expli­ca­tion doc­tri­nale

Le Caté­chisme affirme que l’unique assu­rance du croyant ne réside ni en lui-même, ni dans ses œuvres, ni dans sa fidé­li­té, mais dans son appar­te­nance totale à Jésus-Christ. Cette appar­te­nance est per­son­nelle, cor­po­relle et spi­ri­tuelle, pré­sente et éter­nelle. Elle exclut toute auto­no­mie humaine et toute auto­suf­fi­sance spi­ri­tuelle.

Le fon­de­ment de cette assu­rance est l’œuvre accom­plie du Christ : par son sang, il a plei­ne­ment satis­fait pour le péché, déli­vré de la puis­sance du diable et assu­ré la conser­va­tion du croyant jusque dans les détails les plus infimes de son exis­tence. La pro­vi­dence de Dieu n’est pas abs­traite : elle est ordon­née au salut.

L’articulation Loi / Évan­gile est ici impli­cite mais déci­sive. La Loi mon­tre­ra bien­tôt l’ampleur de la misère humaine, mais dès l’ouverture, l’Évangile est pro­cla­mé comme réponse défi­ni­tive. Le rôle cen­tral du Christ est abso­lu : Sau­veur fidèle, média­teur, garant de la vie éter­nelle et Sei­gneur de la vie nou­velle. Le Saint-Esprit applique cette œuvre en don­nant l’assurance inté­rieure et en dis­po­sant le croyant à vivre désor­mais pour Dieu.

Ancrage biblique

Les affir­ma­tions du Caté­chisme reposent soli­de­ment sur l’Écriture. L’appartenance totale du croyant à Christ est enra­ci­née dans l’enseignement apos­to­lique selon lequel nous ne nous appar­te­nons plus à nous-mêmes, mais à celui qui nous a rache­tés (Rm 14.7–9 ; 1 Co 6.19–20). La rédemp­tion par le sang pré­cieux du Christ exprime le cœur de l’Évangile (1 P 1.18–19).

La déli­vrance de la puis­sance du diable et la conser­va­tion des croyants s’appuient sur la pro­messe du Christ lui-même (Jn 10.27–30). La cer­ti­tude que toutes choses concourent au salut n’est pas une spé­cu­la­tion, mais une pro­messe expli­cite de Dieu (Rm 8.28). Enfin, l’assurance inté­rieure et la dis­po­si­tion à une vie nou­velle sont attri­buées à l’œuvre du Saint-Esprit (Rm 8.15–16).

Le Caté­chisme ne for­mule donc pas une pié­té sub­jec­tive, mais expose l’Évangile biblique dans toute sa cohé­rence.

Lec­ture réfor­mée et conti­nui­té confes­sion­nelle

Ce pre­mier dimanche exprime avec une den­si­té remar­quable la foi réfor­mée confes­sante. On y retrouve l’insistance cal­vi­nienne sur l’union au Christ, la sou­ve­rai­ne­té de la grâce et la cer­ti­tude du salut fon­dée sur l’œuvre objec­tive du Christ et le témoi­gnage inté­rieur de l’Esprit.

La struc­ture tri­par­tite annon­cée rejoint celle que l’on retrouve, sous diverses formes, dans les grandes confes­sions réfor­mées. Le Caté­chisme se dis­tingue tou­te­fois par son ton per­son­nel et confes­sant, qui engage le croyant à dire la foi à la pre­mière per­sonne, sans affai­blir pour autant la rigueur doc­tri­nale.

Il répond impli­ci­te­ment aux erreurs qui cherchent soit à fon­der l’assurance sur les œuvres, soit à pri­ver le croyant de toute cer­ti­tude au nom d’une humi­li­té mal com­prise.

Por­tée pas­to­rale et spi­ri­tuelle

Ce dimanche offre une conso­la­tion pro­fonde et solide. Il libère le croyant de l’angoisse de se sau­ver lui-même et de la peur de perdre son salut. Il éclaire la vie et la mort à la lumière de l’appartenance au Christ et donne une sta­bi­li­té inté­rieure face aux épreuves.

Il cor­rige aus­si toute forme de chris­tia­nisme nomi­nal ou pure­ment moral. Appar­te­nir au Christ signi­fie être gar­dé par lui, mais aus­si être ren­du prêt et dis­po­sé à vivre pour lui. La conso­la­tion engendre une trans­for­ma­tion réelle de la vie.

Pour aujourd’hui

Dans un monde mar­qué par l’insécurité exis­ten­tielle, la peur de la mort et la quête de sens, ce pre­mier dimanche rap­pelle que la véri­table assu­rance ne se trouve ni dans la per­for­mance, ni dans l’autonomie, ni dans le contrôle de soi. Les réduc­tions psy­cho­lo­gi­santes de la foi ou les dis­cours vagues sur l’espérance échouent à offrir une conso­la­tion qui tienne face à la mort.

Le Caté­chisme pro­pose une cer­ti­tude enra­ci­née dans l’histoire, la croix et la résur­rec­tion du Christ. Il demeure ain­si un com­pa­gnon fiable pour affron­ter les doutes, la souf­france et la fini­tude humaine.

Prière ou médi­ta­tion finale

Sei­gneur Jésus-Christ,
je confesse que je ne m’appartiens pas à moi-même,
mais que je suis à toi, dans la vie comme dans la mort.
Affer­mis en moi cette assu­rance par ton Esprit,
afin que je vive désor­mais pour toi,
dans la gra­ti­tude, la confiance et l’obéissance.
Amen.


Outils pédagogiques

Objec­tifs péda­go­giques

• Com­prendre ce que le Caté­chisme appelle « l’unique assu­rance »
• Iden­ti­fier le fon­de­ment objec­tif de la conso­la­tion chré­tienne
• Dis­tin­guer assu­rance chré­tienne et sécu­ri­té psy­cho­lo­gique
• Situer la struc­ture tri­par­tite du Caté­chisme (misère, déli­vrance, recon­nais­sance)

Ques­tions ouvertes (dis­cus­sion gui­dée)

  1. Pour­quoi le Caté­chisme com­mence-t-il par la conso­la­tion et non par le péché ou la Loi ?
  2. Que signi­fie concrè­te­ment « ne pas m’appartenir à moi-même » ?
  3. En quoi l’assurance chré­tienne est-elle dif­fé­rente de l’optimisme ou du récon­fort émo­tion­nel ?
  4. Pour­quoi la conso­la­tion du croyant est-elle valable « dans la vie comme dans la mort » ?
  5. Com­ment l’assurance du salut trans­forme-t-elle la manière de vivre aujourd’hui ?

Objec­tif : faire émer­ger la logique du Caté­chisme sans la réduire à une for­mule.

QCM de com­pré­hen­sion (avec élé­ments de réponse)

  1. Selon le Caté­chisme, sur quoi repose l’unique assu­rance du croyant ?
    A. Sur sa fidé­li­té per­son­nelle
    B. Sur ses bonnes œuvres
    C. Sur son appar­te­nance à Jésus-Christ
    D. Sur son sen­ti­ment inté­rieur

→ Réponse cor­recte : C

  1. Quelle est l’étendue de cette appar­te­nance au Christ ?
    A. Spi­ri­tuelle uni­que­ment
    B. Morale et reli­gieuse
    C. Corps et âme, vie et mort
    D. Limi­tée à la vie pré­sente

→ Réponse cor­recte : C

  1. Quel est le rôle du Saint-Esprit dans cette assu­rance ?
    A. Don­ner une émo­tion reli­gieuse
    B. Rem­pla­cer l’œuvre du Christ
    C. Assu­rer inté­rieu­re­ment le salut et dis­po­ser à une vie nou­velle
    D. Garan­tir l’absence de souf­france

→ Réponse cor­recte : C

Exer­cice péda­go­gique simple

Deman­der aux par­ti­ci­pants de com­plé­ter puis de com­men­ter la phrase sui­vante :
« Mon unique assu­rance dans la vie et dans la mort, c’est que… »

Ques­tions de sui­vi :
• Sur quoi repose réel­le­ment cette assu­rance ?
• Qu’est-ce qui pour­rait la fra­gi­li­ser si elle n’était pas fon­dée sur Christ ?

Objec­tif : pas­ser de la réci­ta­tion à l’appropriation per­son­nelle.

Mise en situa­tion (tra­vail en petits groupes)

Scé­na­rio :
Une per­sonne affirme :
« J’espère aller bien après la mort parce que j’ai essayé d’être quelqu’un de cor­rect. »

Tra­vail deman­dé :
• Iden­ti­fier sur quoi repose cette espé­rance
• La com­pa­rer avec l’assurance décrite par le Caté­chisme
• Expli­quer pour­quoi le Caté­chisme parle de conso­la­tion et non de simple espoir

Objec­tif : exer­cer le dis­cer­ne­ment entre morale, espé­rance vague et foi chré­tienne.

Point clé à mémo­ri­ser

L’assurance chré­tienne ne repose pas sur ce que je fais pour Dieu,
mais sur ce que Dieu a fait pour moi en Jésus-Christ.

Lien avec la suite du Caté­chisme

Le 1er dimanche annonce la struc­ture entière du Caté­chisme :
• la connais­sance du péché et de la misère,
• la déli­vrance par Jésus-Christ,
• la recon­nais­sance vécue dans une vie nou­velle.

Il oriente toute la suite vers une foi confes­sante, enra­ci­née dans la grâce.


Approfondissement doctrinal et théologique

Le pre­mier dimanche du Caté­chisme de Hei­del­berg ne se contente pas d’exprimer une conso­la­tion sub­jec­tive : il repose sur une archi­tec­ture théo­lo­gique objec­tive, enra­ci­née dans l’histoire du salut et dans la théo­lo­gie de l’alliance. L’assurance du croyant découle non d’un sen­ti­ment inté­rieur auto­nome, mais de son inser­tion réelle dans l’œuvre rédemp­trice de Dieu accom­plie en Jésus-Christ.

Lien avec la théo­lo­gie de l’alliance

La confes­sion « j’appartiens, corps et âme, non pas à moi-même, mais à Jésus-Christ » s’inscrit plei­ne­ment dans la logique biblique de l’alliance. Être sau­vé signi­fie être rache­té pour appar­te­nir. Dès l’Ancien Tes­ta­ment, l’alliance implique une rela­tion d’appartenance : « Je serai votre Dieu, et vous serez mon peuple » (cf. Ex 6.7).

Dans la nou­velle alliance, cette rela­tion est scel­lée non par l’obéissance humaine, mais par le sang du média­teur. Le Caté­chisme exprime ici une véri­té cen­trale : le salut est à la fois juri­dique (Christ a payé pour tous mes péchés), libé­ra­trice (déli­vrance de la puis­sance du diable) et rela­tion­nelle (appar­te­nance per­son­nelle au Sau­veur). La pro­vi­dence et la per­sé­vé­rance des saints découlent direc­te­ment de cette alliance gra­cieuse, conclue et gar­dée par Dieu lui-même.

La recon­nais­sance annon­cée dès le pre­mier dimanche n’est donc pas une condi­tion de l’alliance, mais son fruit.

Témoi­gnage des Pères de l’Église

Déjà chez les Pères, l’idée que la conso­la­tion chré­tienne repose sur l’appartenance au Christ est clai­re­ment for­mu­lée. Augus­tin écrit dans La Cité de Dieu (XIX, 23) que la paix véri­table de l’homme ne se trouve qu’en Dieu, auquel il appar­tient par la grâce, et non en lui-même. Pour Augus­tin, l’homme livré à lui-même est incur­va­tus in se, replié sur soi, inca­pable de repos véri­table.

Atha­nase, dans De Incar­na­tione, affirme que le Verbe s’est fait homme afin de res­tau­rer l’humanité déchue et de la rame­ner à Dieu. La conso­la­tion du croyant repose ain­si sur un acte objec­tif de Dieu dans l’histoire, et non sur une élé­va­tion inté­rieure de l’homme.

Lec­ture des Réfor­ma­teurs

Jean Cal­vin exprime avec force cette même convic­tion lorsqu’il écrit dans l’Institution de la reli­gion chré­tienne (III, 1, 1) que « tant que le Christ demeure hors de nous, et que nous sommes sépa­rés de lui, tout ce qu’il a souf­fert et accom­pli pour le salut du genre humain nous est inutile ». L’assurance naît de l’union au Christ, œuvre du Saint-Esprit, et non de la contem­pla­tion de soi.

Le Caté­chisme de Hei­del­berg tra­duit cette théo­lo­gie en lan­gage confes­sant : l’union au Christ fonde à la fois la jus­ti­fi­ca­tion, la sanc­ti­fi­ca­tion et la per­sé­vé­rance.

Apport de la théo­lo­gie réfor­mée clas­sique

Fran­çois Tur­re­tin sou­ligne, dans ses Ins­ti­tuts de théo­lo­gie élenc­tique (XV, 14), que la cer­ti­tude du salut n’est pas une pré­somp­tion char­nelle, mais une consé­quence néces­saire de la fidé­li­té de Dieu dans l’alliance de grâce. Si le salut dépen­dait ulti­me­ment de l’homme, aucune assu­rance ne serait pos­sible.

Pierre Du Mou­lin insiste de son côté sur le fait que l’assurance chré­tienne repose sur les pro­messes divines objec­ti­ve­ment révé­lées dans l’Écriture, et scel­lées par les sacre­ments. Loin d’encourager la licence morale, cette assu­rance est le fon­de­ment même de l’obéissance recon­nais­sante.

Éclai­rage de théo­lo­giens réfor­més confes­sants contem­po­rains

Des théo­lo­giens réfor­més confes­sants contem­po­rains ont rap­pe­lé que la perte du sens de l’alliance conduit inévi­ta­ble­ment à une foi fra­gile et instable. La conso­la­tion chré­tienne devient alors émo­tion­nelle, dépen­dante des cir­cons­tances ou de l’état psy­cho­lo­gique.

Dans la conti­nui­té de la tra­di­tion réfor­mée, ils sou­lignent que l’assurance chré­tienne est à la fois objec­tive (fon­dée sur l’œuvre accom­plie de Christ) et sub­jec­tive (attes­tée par le témoi­gnage du Saint-Esprit), sans jamais être auto-réfé­ren­tielle.

Réponses aux objec­tions modernes (démarche apo­lo­gé­tique)

Face au maté­ria­lisme, le Caté­chisme affirme que l’homme n’est pas réduc­tible à son corps ni à ses fonc­tions bio­lo­giques. L’assurance du croyant englobe le corps et l’âme, la vie et la mort, et trans­cende la dis­so­lu­tion maté­rielle.

Face au nihi­lisme, il pro­clame que l’existence humaine n’est ni absurde ni livrée au hasard : toutes choses concourent au salut de ceux qui appar­tiennent au Christ. Le sens ne se construit pas, il est reçu.

Face aux idéo­lo­gies contem­po­raines, notam­ment celles qui abso­lu­tisent l’identité indi­vi­duelle ou col­lec­tive, le Caté­chisme rap­pelle que l’homme ne se défi­nit pas par lui-même. La véri­table iden­ti­té se reçoit dans une rela­tion d’appartenance au Sau­veur, et non dans l’auto-détermination.

Face aux fausses reli­gions et aux spi­ri­tua­li­tés syn­cré­tiques, il confesse l’exclusivité du salut en Jésus-Christ, fidèle Sau­veur, sans média­teur concur­rent ni com­plé­ment néces­saire.

Ain­si, le pre­mier dimanche du Caté­chisme de Hei­del­berg demeure un texte puis­sam­ment apo­lo­gé­tique : il répond aux angoisses modernes non par des ajus­te­ments cultu­rels, mais par l’annonce claire et ferme de l’Évangile.


Prêcher sur le Catéchisme – Dimanche 1

Intro­duc­tion

Prê­cher sur un caté­chisme peut sus­ci­ter une objec­tion immé­diate :
« Ne faut-il pas prê­cher la Bible plu­tôt qu’un texte humain ? »

C’est une ques­tion légi­time. Et la réponse est simple : on ne prêche pas à la place de l’Écriture, mais à par­tir d’une confes­sion qui en est le fruit. Le Caté­chisme de Hei­del­berg ne concur­rence pas la Parole de Dieu ; il la résume, la confesse et l’applique.

Et s’il y a un texte qui montre pour­quoi le Caté­chisme peut être prê­ché avec puis­sance, c’est bien son pre­mier dimanche. Il com­mence là où beau­coup de pré­di­ca­tions hésitent à com­men­cer : par la mort, par l’angoisse, par la ques­tion du sens ultime.

« Quelle est ton unique assu­rance dans la vie comme dans la mort ? »

Cette ques­tion n’est pas aca­dé­mique. Elle est exis­ten­tielle. Elle est uni­ver­selle. Et elle est brû­lante.

Pre­mier point – La vraie ques­tion de toute vie humaine

Le Caté­chisme ne com­mence ni par Dieu en soi, ni par la Loi, ni par le péché. Il com­mence par une ques­tion qui tra­verse toute exis­tence humaine :
Qu’est-ce qui peut me tenir quand tout s’effondre ?

L’homme moderne parle peu de la mort, mais il en a peur. Il parle beau­coup de liber­té, mais il vit dans l’angoisse. Il cherche des assu­rances : san­té, argent, recon­nais­sance, iden­ti­té, causes à défendre. Mais aucune de ces choses ne résiste à la mort.

Le Caté­chisme ose poser la ques­tion fron­ta­le­ment :
dans la vie comme dans la mort.

Et déjà, il cor­rige une illu­sion répan­due :
si quelque chose ne me console que tant que je vis, alors ce n’est pas une vraie conso­la­tion.

Appli­ca­tion directe :
Beau­coup vivent avec des conso­la­tions pro­vi­soires. Tant que ça va, ça va. Mais au pre­mier choc, tout s’écroule. Le Caté­chisme nous oblige à regar­der plus loin. Il nous oblige à poser la seule ques­tion qui compte vrai­ment.

Deuxième point – Une assu­rance qui ne repose pas sur moi

La réponse est tout aus­si radi­cale que la ques­tion :
« J’appartiens, corps et âme, non pas à moi-même, mais à Jésus-Christ. »

C’est une décla­ra­tion de dépen­dance totale. Et elle heurte notre culture. Nous vou­lons nous appar­te­nir. Être auto­nomes. Être maîtres de nous-mêmes. Le Caté­chisme affirme exac­te­ment l’inverse : la conso­la­tion com­mence quand je cesse de m’appartenir.

Pour­quoi ?
Parce que si je m’appartiens à moi-même, je suis per­du.
Je suis res­pon­sable de me sau­ver.
De me jus­ti­fier.
De don­ner un sens à ma vie.

Et je n’en suis pas capable.

Le Caté­chisme énu­mère alors les fon­de­ments objec­tifs de cette assu­rance :
• le sang du Christ a payé pour tous mes péchés
• la puis­sance du diable a été bri­sée
• la pro­vi­dence de Dieu garde jusqu’aux che­veux de ma tête
• toutes choses concourent à mon salut

Ce n’est pas une émo­tion.
Ce n’est pas une impres­sion.
Ce n’est pas une construc­tion men­tale.

C’est un salut accom­pli, appli­qué, gar­dé.

Appli­ca­tion directe :
Beau­coup de chré­tiens vivent comme s’ils devaient encore se sau­ver eux-mêmes. Ils croient en Christ, mais vivent dans la peur, la culpa­bi­li­té, l’instabilité spi­ri­tuelle. Le Caté­chisme rap­pelle une véri­té libé­ra­trice : ton assu­rance ne repose pas sur la force de ta foi, mais sur la fidé­li­té de ton Sau­veur.

Troi­sième point – Une assu­rance qui trans­forme la vie

Le Caté­chisme ne s’arrête pas à la conso­la­tion. Il va jusqu’à ses consé­quences :
« Il me rend prêt et dis­po­sé à vivre désor­mais pour lui, de tout mon cœur. »

Voi­là un point essen­tiel pour la pré­di­ca­tion.
L’assurance chré­tienne ne pro­duit pas la pas­si­vi­té.
Elle pro­duit la recon­nais­sance.

Parce que je suis sau­vé, je peux vivre.
Parce que je suis gar­dé, je peux obéir.
Parce que je n’ai plus rien à prou­ver, je peux aimer.

Et immé­dia­te­ment, le Caté­chisme annonce la struc­ture entière de la vie chré­tienne :
• connaître mon péché et ma misère
• connaître ma déli­vrance
• vivre dans la recon­nais­sance

Autre­ment dit :
la doc­trine n’est pas là pour infor­mer seule­ment,
elle est là pour for­mer.

Appli­ca­tion directe :
Si la foi ne change rien à la manière de vivre, alors ce n’est pas la foi biblique. Mais inver­se­ment, si l’obéissance devient une condi­tion pour être accep­té, alors l’Évangile est per­du. Le Caté­chisme tient les deux ensemble : assu­rance totale, vie trans­for­mée.

Conclu­sion

Prê­cher sur le Caté­chisme, ce n’est pas détour­ner l’Église de l’Écriture. C’est lui apprendre à confes­ser ce que l’Écriture enseigne, avec clar­té, avec cou­rage, avec espé­rance.

Le pre­mier dimanche nous rap­pelle ceci :
le chris­tia­nisme com­mence par une conso­la­tion plus forte que la mort.
Une conso­la­tion qui ne dépend ni de moi, ni de mes per­for­mances, ni de mon époque.

« Mon unique assu­rance, dans la vie comme dans la mort, c’est que j’appartiens à Jésus-Christ. »

Voi­là une parole à prê­cher.
Voi­là une parole à croire.
Voi­là une parole à vivre.


Compléments

Le but prin­ci­pal de la vie humaine et le bon­heur suprême, c’est de connaître Dieu, notre Père, et Jésus-Christ, notre fidèle Sau­veur (Jean 17.3).

Pour hono­rer Dieu comme il convient, et pour pro­fi­ter de toutes ses grâces, je dois savoir les trois véri­tés sui­vantes :

  1. D’abord je dois savoir com­bien sont grand mon péché et ma misère devant Dieu au regard de la sain­te­té de sa Loi (Loi-Péché);
  2. Ensuite je dois savoir com­ment je puis être déli­vré de cette misère par la grâce de Dieu mani­fes­tée en Jésus-Christ (Grâce-Déli­vrance);
  3. Et enfin, je dois savoir com­ment je puis me confier en Dieu et en mon Sei­gneur et Sau­veur Jésus-Christ en leurs expri­mant toute ma recon­nais­sance par l’obéissance à sa Loi (Loi-Recon­nais­sance).

Il faut bien com­prendre cette dyna­mique de la conver­sion (Loi-Grâce-Loi ou Péché-Grâce-Recon­nais­sance) selon le Caté­chisme de Hei­del­berg et la théo­lo­gie réfor­mée en géné­ral :

  1. La Loi de Dieu me conduit à Jésus-Christ en me révé­lant la gra­vi­té de mon péché : Il s’agit ici de l’usage péda­go­gique de la Loi, le 2ème usage de la Loi, le pre­mier usage étant l’usage civil et poli­tique.
  2. Jésus-Christ me ramène à la Loi afin de vivre d’une manière digne de Dieu : La Loi de Dieu comme règle et comme norme dans la vie de l’Église et du chré­tien. C’est le 3ème usage de la Loi.

La Loi de Dieu, par la foi au Christ-Sau­veur, n’est plus là pour me condam­ner, car Jésus-Christ a tout payé, il est mort sur la Croix à la place du pécheur (sub­sti­tu­tion pénale), mais pour me mon­trer le che­min de la sanc­ti­fi­ca­tion, afin de m’aider à vivre d’une manière qui soit agréable à Dieu, et afin de retrou­ver ma vraie digni­té d’enfant de Dieu, créé en image de Dieu selon Genèse 1 et 2.

L’obéissance à la Loi est ain­si l’expres­sion de ma recon­nais­sance envers Dieu qui m’a fait don d’un si grand Salut ! Elle ne joue aucun rôle dans l’acquisition du Salut, car tout est grâce (Sola Gra­cia, Sola Fide).

Ain­si, comme le dit si bien Mar­tin Luther, le chré­tien est simul­ta­né­ment tou­jours pécheur, et tou­jours jus­ti­fié et tou­jours repen­tant !

Sem­per pec­ca­tor, sem­per jus­tus, sem­per peni­tens !

C’est là tout l’Évangile !

Il peut être utile d’avoir l’éclairage d’autres caté­chismes de la Foi réfor­mée :

« Quel est le but prin­ci­pal de la vie humaine ? C’est de connaître Dieu, car il nous a créés.

Com­ment peux-tu l’affirmer ? S’il nous a créés et pla­cés dans ce monde, c’est pour être glo­ri­fié en nous. Cette vie, dont il est le Créa­teur, n’est-il pas juste de la consa­crer à sa gloire ?

Quel est donc le bien suprême de l’homme ? C’est ce que je viens de dire. »Caté­chisme de Genève, Ques­tions 1 à 3.

« Quel est le but prin­ci­pal de la vie de l’homme ? Le but prin­ci­pal de la vie de l’homme est de glo­ri­fier Dieu et de trou­ver en lui son bon­heur éter­nel.

Com­ment Dieu nous fait-il connaître la façon de le glo­ri­fier et de trou­ver notre bon­heur en lui ? La Bible, Ancien et Nou­veau Tes­ta­ment, qui est la Parole de Dieu, nous indique la façon de le glo­ri­fier et de trou­ver en lui notre bon­heur. »Caté­chisme de West­mins­ter, Ques­tions 1 et 2.

Illus­tra­tion :

Le Caté­chisme, tout comme l’Épître de l’apôtre Paul aux Romains, se divise en trois par­ties, qui résument toute la vie chré­tienne :

Misère/Péché : « Je suis pécheur ! »Grâce/Délivrance : « Ce que Dieu a fait pour moi »Reconnaissance/Service : « Ce que le Sei­gneur m’appelle à faire pour lui »
Voir en par­ti­cu­lier Genèse 3 « La Chute »Sym­bole des ApôtresDix Com­man­de­ments Le « Notre Père »
Rm 1.28–3.20Rm 3.21–11.36Rm 12.1–16.27

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