Galerie à arcades du collège de Navarre à Montauban, ancien lieu de formation réformée du XVIe siècle, distinct de la faculté inaugurée en 1810.

3 novembre 1810 – Installation de la Faculté de théologie protestante de Montauban

Le 3 novembre 1810, la Facul­té de théo­lo­gie pro­tes­tante de Mon­tau­ban est solen­nel­le­ment ins­tal­lée. Cette date ne marque ni sa créa­tion juri­dique, déci­dée par décret impé­rial en 1808, ni le début de ses cours, ouverts dès jan­vier 1810. Elle signale l’entrée offi­cielle dans la vie uni­ver­si­taire d’un éta­blis­se­ment appe­lé à for­mer une part impor­tante du pas­to­rat réfor­mé fran­çais pen­dant plus d’un siècle.

Une for­ma­tion pas­to­rale retrou­vée

La France pro­tes­tante sort d’une longue his­toire de per­sé­cu­tions, de clan­des­ti­ni­té et de recom­po­si­tion ins­ti­tu­tion­nelle. La Révo­ca­tion de l’édit de Nantes en 1685 avait fer­mé les ins­ti­tu­tions de for­ma­tion réfor­mée sur le ter­ri­toire du royaume. La liber­té de culte retrou­vée à la fin du XVIIIe siècle et l’organisation napo­léo­nienne des cultes rendent pos­sible le retour d’un ensei­gne­ment théo­lo­gique recon­nu, même si celui-ci demeure pla­cé dans un cadre admi­nis­tra­tif étroi­te­ment lié à l’État.

De l’ancienne Aca­dé­mie à la facul­té impé­riale

Mon­tau­ban pos­sède une mémoire pro­tes­tante plus ancienne : une aca­dé­mie réfor­mée y avait fonc­tion­né à l’époque moderne avant les trans­for­ma­tions impo­sées par le pou­voir royal. La facul­té du XIXe siècle ne sau­rait être pré­sen­tée comme la simple conti­nua­tion juri­dique de cette aca­dé­mie dis­pa­rue. Elle reprend néan­moins un besoin qui tra­verse les géné­ra­tions : don­ner aux pas­teurs les moyens d’étudier l’Écriture, les langues bibliques, l’histoire de l’Église et la doc­trine chré­tienne.

Les exi­gences de la science et de la confes­sion

Dans ses salles de cours se ren­contrent dif­fé­rentes orien­ta­tions du pro­tes­tan­tisme fran­çais. La for­ma­tion uni­ver­si­taire apporte de pré­cieux ins­tru­ments intel­lec­tuels, mais la qua­li­té des études ne garan­tit pas l’accord doc­tri­nal. Au XIXe siècle, les débats autour du Réveil, de l’autorité biblique et de la théo­lo­gie libé­rale tra­versent la facul­té comme les Églises. Des pro­fes­seurs et pré­di­ca­teurs tels qu’Adolphe Monod et, plus tard, l’historien Émile Dou­mergue illus­trent l’importance de Mon­tau­ban pour la mémoire et la dis­cus­sion de l’héritage réfor­mé. Cette diver­si­té n’efface pas la contri­bu­tion com­mune des ensei­gnants à la recons­ti­tu­tion d’un corps pas­to­ral ins­truit, capable de répondre aux besoins des paroisses après les trans­for­ma­tions révo­lu­tion­naires.

Une pers­pec­tive confes­sante doit donc dis­tin­guer l’existence d’une ins­ti­tu­tion pro­tes­tante de la fidé­li­té doc­tri­nale de cha­cun de ses ensei­gnants. La théo­lo­gie de l’alliance, la jus­ti­fi­ca­tion par la foi et l’autorité sou­ve­raine de l’Écriture ne se trans­mettent pas auto­ma­ti­que­ment par le seul sta­tut uni­ver­si­taire. Elles exigent un tra­vail cri­tique sur les sources bibliques et sur les confes­sions reçues, ain­si qu’une vie d’Église où les ministres sont appe­lés à prê­cher, ensei­gner et ser­vir.

Un héri­tage fran­çais à trans­mettre

En 1919, la facul­té est trans­fé­rée à Mont­pel­lier, où son his­toire se pour­suit sous d’autres formes. Ce dépla­ce­ment ne retire rien à l’importance de Mon­tau­ban dans la recons­truc­tion du pro­tes­tan­tisme fran­çais après les siècles du Désert.

Le 3 novembre rap­pelle ain­si que la liber­té de for­mer des pas­teurs est un bien pré­cieux. Elle engage aus­si une res­pon­sa­bi­li­té : l’Église ne doit pas confondre le pres­tige des diplômes avec la véri­té de l’Évangile, ni mépri­ser les études qui per­mettent de le trans­mettre fidè­le­ment.

Extrait du livre Mon calen­drier réfor­mé confes­sant, à paraître chez Foe­dus Édi­tions.

Biblio­gra­phie

  • Auguste Sar­di­noux, Mémoire uni­ver­si­taire et ecclé­sias­tique sur la Facul­té de théo­lo­gie pro­tes­tante et le sémi­naire de Mon­tau­ban : 1808–1878, Paris, Fisch­ba­cher, 1888.
  • Laurent Gam­ba­rot­to, « Concep­tion et fina­li­té de l’enseignement de la théo­lo­gie à la Facul­té de Mon­tau­ban (1809–1919) et de Mont­pel­lier (1919–1976) », Études théo­lo­giques et reli­gieuses, 71e année, hors-série (sup­plé­ment au no 4), 1996, p. 51–64.
  • André Gou­nelle, « La Facul­té de théo­lo­gie pro­tes­tante de Mon­tau­ban », Études théo­lo­giques et reli­gieuses, vol. 88, no 2, 2013, p. 233–255.

Pho­to­gra­phie : MOSSOT, « Gale­rie de l’ancien col­lège de Navarre » (Mon­tau­ban, pho­to­gra­phie de 2012), Wiki­me­dia Com­mons, CC BY-SA 3.0 (source). Ce bâti­ment est lié à l’ancienne Aca­dé­mie réfor­mée du XVIe siècle : il ne repré­sente pas la Facul­té de théo­lo­gie pro­tes­tante ins­tal­lée en 1810 dans l’ancien couvent des Cla­risses, quai Mont­mu­rat.

Retrou­ver les autres notices du Calen­drier réfor­mé.

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