La moisson du Royaume

11ᵉ dimanche du temps ordinaire – Année A : La moisson du Royaume et l’appel des ouvriers (Matthieu 9.36–10.8)

Lec­tures du jour – 11ᵉ dimanche du temps ordi­naire – 14 juin 2026 – année A
Évan­gile : Mat­thieu 9.36–10.8
Por­tés, récon­ci­liés, envoyés
« Alors il dit à ses dis­ciples : La mois­son est grande, mais il y a peu d’ouvriers. » (Mat­thieu 9.37, Louis Segond 1910)

La vie mili­taire est sou­vent asso­ciée à l’en­ga­ge­ment, à la dis­ci­pline et à la mis­sion. Le sol­dat apprend très tôt qu’il appar­tient à quelque chose qui le dépasse. Il reçoit une mis­sion, il sert une uni­té, il s’ins­crit dans une his­toire. Mais der­rière les opé­ra­tions, les entraî­ne­ments, les res­pon­sa­bi­li­tés et les contraintes du métier demeure une ques­tion plus pro­fonde : à qui appar­te­nons-nous réel­le­ment ?

Les textes bibliques de ce dimanche apportent une réponse remar­quable.

Dans le livre de l’Exode, Dieu rap­pelle à Israël ce qu’il a fait pour lui : « Je vous ai por­tés sur des ailes d’aigle et ame­nés vers moi. » Cette image est forte. Avant d’être un peuple qui agit, Israël est un peuple qui a été por­té. Avant d’être appe­lé à obéir, il a été déli­vré.

Il existe ici une leçon impor­tante pour le mili­taire chré­tien. Nous sommes sou­vent ten­tés de mesu­rer notre valeur à nos per­for­mances, à nos res­pon­sa­bi­li­tés ou à nos résul­tats. Pour­tant, la pre­mière véri­té de l’É­van­gile n’est pas ce que nous fai­sons pour Dieu mais ce que Dieu a fait pour nous.

Le Sei­gneur ne dit pas à Israël : « Vous m’a­vez rejoint grâce à votre cou­rage. » Il dit : « Je vous ai por­tés. »

Avec les années, beau­coup de mili­taires découvrent leurs limites. Le corps vieillit. Cer­taines capa­ci­tés dimi­nuent. Les pro­jets changent. Des muta­tions sur­viennent. Les res­pon­sa­bi­li­tés passent à d’autres. Nous appre­nons pro­gres­si­ve­ment que notre exis­tence ne repose pas uni­que­ment sur notre propre force.

La foi chré­tienne nous rap­pelle alors que nous sommes por­tés par une fidé­li­té plus grande que la nôtre.

L’a­pôtre Paul nous conduit encore plus loin.

Dans l’é­pître aux Romains, il écrit que « lorsque nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous ».

Le sol­dat connaît la notion de sacri­fice. Il sait ce qu’est le dévoue­ment. Il com­prend ce que signi­fie ser­vir une cause plus grande que soi.

Mais ici appa­raît quelque chose d’u­nique. Le Christ ne donne pas sa vie pour ses amis seule­ment. Il donne sa vie pour des enne­mis. Il meurt pour ceux qui ne le cherchent pas. Il récon­ci­lie avec Dieu ceux qui s’é­taient éloi­gnés de lui.

Dans beau­coup de domaines de la vie, la recon­nais­sance dépend du mérite. Une pro­mo­tion, une déco­ra­tion ou une res­pon­sa­bi­li­té sont géné­ra­le­ment accor­dées à quel­qu’un qui les a méri­tées.

La grâce de Dieu fonc­tionne autre­ment.

Elle est don­née à des hommes et des femmes qui ne peuvent pas la gagner.

Cette véri­té est pro­fon­dé­ment libé­ra­trice. Elle nous rap­pelle que notre iden­ti­té la plus pro­fonde ne repose ni sur notre grade, ni sur notre fonc­tion, ni sur nos réus­sites. Elle repose sur l’a­mour de Dieu mani­fes­té en Jésus-Christ.

Puis l’É­van­gile nous montre Jésus regar­dant les foules.

Il les voit « comme des bre­bis qui n’ont point de ber­ger ».

Cette image résonne par­ti­cu­liè­re­ment dans le monde mili­taire. Sur le ter­rain, l’ab­sence de com­man­de­ment clair pro­duit rapi­de­ment la confu­sion. Une uni­té pri­vée de direc­tion perd sa cohé­sion et son effi­ca­ci­té. L’his­toire mili­taire regorge d’exemples où la dis­pa­ri­tion des chefs a pro­vo­qué le désordre et par­fois la défaite.

Jésus applique une image sem­blable à l’hu­ma­ni­té. Il voit des hommes et des femmes déso­rien­tés, dis­per­sés, fati­gués.

Puis il appelle ses dis­ciples et les envoie dans sa mois­son.

Nous retrou­vons ici une véri­té essen­tielle de la voca­tion chré­tienne.

Dieu nous porte.

Dieu nous récon­ci­lie.

Puis Dieu nous envoie.

Le chré­tien n’est pas appe­lé à vivre replié sur lui-même. Il reçoit une mis­sion.

Pour un mili­taire, cette mis­sion ne consiste pas néces­sai­re­ment à pro­non­cer de longs dis­cours reli­gieux. Elle com­mence sou­vent par la fidé­li­té quo­ti­dienne. Ser­vir avec hon­nê­te­té. Exer­cer l’au­to­ri­té avec jus­tice. Res­pec­ter la digni­té de cha­cun. Être un homme ou une femme de parole. Refu­ser le cynisme. Témoi­gner de l’es­pé­rance chré­tienne lorsque l’oc­ca­sion se pré­sente.

Le Christ n’ap­pelle pas tous les croyants à la même tâche, mais il appelle cha­cun à par­ti­ci­per à sa mois­son.

Les trois lec­tures de ce dimanche forment ain­si un seul mes­sage.

Le Dieu de l’al­liance nous porte lorsque nos forces sont insuf­fi­santes.

Le Christ nous récon­ci­lie lorsque nos péchés nous condamnent.

Le Sei­gneur nous envoie lorsque nous serions ten­tés de vivre uni­que­ment pour nous-mêmes.

Dans un monde sou­vent mar­qué par l’in­cer­ti­tude, le mili­taire chré­tien peut avan­cer avec confiance. Il sait qu’il appar­tient à un Royaume qui ne pas­se­ra pas. Il sait que le véri­table Chef de son exis­tence est le Christ. Et il sait que, quelles que soient les routes qu’il devra encore par­cou­rir, celui qui l’a por­té jus­qu’i­ci conti­nue­ra de le conduire jus­qu’au terme du voyage.

Prière

Sei­gneur notre Dieu,

nous te remer­cions parce que tu es le Dieu qui porte son peuple.

Comme tu as por­té Israël sur des ailes d’aigle, tu nous as sou­te­nus dans les jours de joie comme dans les jours d’é­preuve. Sou­vent nous avons cru avan­cer par nos propres forces, mais c’est ta main qui nous a conduits.

Nous te remer­cions pour Jésus-Christ, notre Sau­veur. Alors que nous étions encore pécheurs, il a don­né sa vie pour nous. Nous n’a­vons rien à pré­sen­ter devant toi sinon notre besoin de grâce. Mais nous croyons que sa croix est suf­fi­sante, que son par­don est com­plet et que sa résur­rec­tion nous ouvre le che­min de la vie.

Nous te prions pour les mili­taires, les marins, les avia­teurs, les gen­darmes, les réser­vistes et leurs familles. Dans les res­pon­sa­bi­li­tés quo­ti­diennes, dans les mis­sions loin­taines, dans les périodes d’in­cer­ti­tude ou de fatigue, garde-les dans ta paix. Donne-leur sagesse dans leurs déci­sions, cou­rage dans leurs devoirs et fidé­li­té dans leur voca­tion.

Apprends-nous à entendre la voix du Bon Ber­ger. Pré­serve-nous de l’or­gueil qui croit pou­voir se pas­ser de toi, mais aus­si du décou­ra­ge­ment qui oublie ta pré­sence. Lorsque nos forces dimi­nuent, rap­pelle-nous que ta grâce demeure. Lorsque nos che­mins semblent obs­curs, rap­pelle-nous que tu marches devant nous.

Fais de nous des témoins fidèles de ton Royaume. Là où tu nous as pla­cés, donne-nous de ser­vir avec droi­ture, d’exer­cer nos res­pon­sa­bi­li­tés avec jus­tice et de por­ter autour de nous quelque chose de la lumière du Christ.

Et puisque la mois­son est grande, sus­cite encore des ouvriers pour ton Église. Donne à ton peuple des pas­teurs fidèles, des ser­vi­teurs cou­ra­geux et des dis­ciples rem­plis d’a­mour pour toi et pour leur pro­chain.

Nous te confions notre ave­nir, nos familles, notre pays et nos armées.

Car tu es le Dieu de l’al­liance, le Père qui nous porte, le Fils qui nous récon­ci­lie et le Saint-Esprit qui nous conduit.

À toi soient la gloire, l’hon­neur et la louange, main­te­nant et pour les siècles des siècles.

Amen.

© Vincent Bru, 1006/2026

Pour appro­fon­dir : 11ᵉ dimanche du temps ordi­naire – Année A : La mois­son du Royaume et l’appel des ouvriers (Mat­thieu 9.36–10.8)