Dieu comme refuge

Lec­tures bibliques : Psaume 91 ; Hébreux 6.18–19 ; Jean 10.27–29.

Étude biblique – approfondissement exégétique

Les trois lec­tures de cette page appar­tiennent à des contextes bibliques dis­tincts. Leur rap­pro­che­ment pro­pose un éclai­rage pas­to­ral pour les mili­taires, et non une trans­po­si­tion immé­diate de leurs pres­crip­tions anciennes à la vie des forces armées.

Psaume 91 – Une confiance sans présomption

Le Psaume 91 chante la sécu­ri­té de celui qui se réfu­gie auprès de Dieu. Les images du piège, de la mala­die, de la guerre et des anges char­gés de gar­der le fidèle donnent une forte expres­sion poé­tique à la confiance. Il s’agit d’une prière et d’une confes­sion, non d’un contrat assu­rant qu’aucun croyant ne sera jamais bles­sé ni tué.

Une inter­pré­ta­tion lit­té­rale et auto­ma­tique contre­di­rait l’expérience biblique elle-même, où des hommes fidèles souffrent et meurent. Dans le récit de la ten­ta­tion de Jésus, le diable cite jus­te­ment une pro­messe de ce psaume pour pous­ser le Christ à un geste pré­somp­tueux ; Jésus refuse de mettre Dieu à l’épreuve (Mat­thieu 4.5–7). Cette mise en rela­tion est par­ti­cu­liè­re­ment impor­tante avant toute uti­li­sa­tion du psaume auprès de mili­taires expo­sés au dan­ger.

Hébreux 6.18–19 – L’espérance comme ancre de l’âme

L’épître aux Hébreux fonde la conso­la­tion des croyants sur la fidé­li­té de Dieu à sa pro­messe. L’image de l’ancre évoque une sta­bi­li­té au milieu de l’incertitude. Mais le texte pour­suit en par­lant de l’accès au sanc­tuaire céleste : l’ancrage du croyant n’est pas une garan­tie de condi­tions ter­restres favo­rables, il se situe dans l’œuvre du Christ.

Cette méta­phore est par­ti­cu­liè­re­ment par­lante dans la Marine natio­nale. Elle ne doit pour­tant pas être réduite à une illus­tra­tion déco­ra­tive : l’ancre est asso­ciée à la fia­bi­li­té de la parole divine et à l’espérance qui atteint ce que les yeux ne peuvent encore voir. La confiance ne sup­prime ni la vigi­lance ni le recours aux moyens de sécu­ri­té.

Jean 10.27–29 – La sécurité de ceux qui appartiennent au Christ

Jésus parle comme le bon ber­ger : ses bre­bis écoutent sa voix, il les connaît et elles le suivent. Il pro­met qu’elles ne seront pas arra­chées à sa main ni à celle du Père. Le contexte porte sur la vie éter­nelle et la fidé­li­té divine, non sur l’absence de dan­gers phy­siques durant l’existence ter­restre.

Dans une pers­pec­tive réfor­mée, ce pas­sage par­ti­cipe à la doc­trine de la per­sé­vé­rance des saints : le salut repose ulti­me­ment sur la fidé­li­té de Dieu et sur l’action du Christ. Cette assu­rance ne donne pas licence à l’insouciance ; elle appelle à écou­ter le ber­ger et à le suivre, y com­pris dans l’épreuve.

Accompagner sans promettre l’impossible

Un mili­taire peut trou­ver dans ces trois textes une conso­la­tion véri­table sans se voir pro­mettre un retour cer­tain de mis­sion. La prière ne sau­rait rem­pla­cer le gilet de pro­tec­tion, une pro­cé­dure de sécu­ri­té ou une prise en charge médi­cale. La foi refuse de faire de l’imprudence une preuve de cou­rage.

Lorsque sur­vient un décès ou une bles­sure, l’aumônier ne doit pas conclure que la per­sonne man­quait de foi. Le refuge décrit par l’Écriture n’est pas la néga­tion du deuil ou de la souf­france ; il est la fidé­li­té de Dieu à son alliance en Jésus-Christ, par­fois confes­sée au milieu même des larmes.

Méditation et approfondissement

Psaume 91.2 : « Je dis à l’Éternel : Mon refuge (mach­seh) et ma for­te­resse (met­su­dah), mon Dieu en qui je me confie (batach). » Le mot mach­seh désigne un abri sûr face au dan­ger (cf. Ps 46.2 ; Es 25.4 ; Jr 16.19). Met­su­dah évoque une for­te­resse ou une posi­tion défen­sive solide (cf. Ps 18.3 ; 2 S 22.2). Le verbe batach exprime une confiance stable et assu­rée en Dieu (cf. Pr 3.5 ; Ps 37.5 ; Es 26.3).

Contexte his­to­rique : les for­te­resses et refuges éle­vés jouaient un rôle essen­tiel dans les guerres et inva­sions du Proche-Orient ancien.

Hébreux 6.18–19 : « Cette espé­rance (elpis), nous la pos­sé­dons comme une ancre (agku­ra) de l’âme. » Elpis désigne une espé­rance solide fon­dée sur les pro­messes de Dieu (cf. Rm 5.5 ; 1 Pi 1.3 ; Hé 10.23). Agku­ra signi­fie ancre : image de sta­bi­li­té et de sécu­ri­té au milieu des tem­pêtes (cf. Ac 27.29–30).

Jean 10.28–29 : « Per­sonne ne les ravi­ra (har­pazō) de ma main. » Le verbe har­pazō signi­fie arra­cher bru­ta­le­ment ou sai­sir de force (cf. Mt 11.12 ; Ac 23.10 ; Jude 23). Le mot cheir (« main ») sym­bo­lise ici la puis­sance pro­tec­trice et sou­ve­raine de Dieu (cf. Jn 17.12 ; Es 49.16 ; Dt 33.3).

Éclai­rage his­to­rique : dans le monde pas­to­ral du Ier siècle, les bre­bis étaient par­ti­cu­liè­re­ment vul­né­rables aux voleurs et aux bêtes sau­vages ; la pro­tec­tion du ber­ger était indis­pen­sable.

Pour aller plus loin

Dans les périodes d’incertitude, beau­coup cherchent un point d’appui solide : sécu­ri­té maté­rielle, puis­sance, contrôle, recon­nais­sance ou pro­tec­tion humaine. Pour­tant, toutes ces réa­li­tés demeurent fra­giles et limi­tées. La Bible rap­pelle que le refuge ultime de l’homme ne peut être trou­vé entiè­re­ment dans les choses de ce monde.

Le psaume 91 parle de Dieu comme d’une for­te­resse et d’un abri. Jésus affirme quant à lui que per­sonne ne peut arra­cher ses bre­bis de sa main. Cette sécu­ri­té ne signi­fie pas absence totale d’épreuve, mais pré­sence fidèle de Dieu au cœur même du dan­ger.

La culture contem­po­raine pro­met sou­vent une sécu­ri­té totale grâce à la tech­nique, à l’organisation ou au contrôle humain. Mais les crises, la mala­die, les conflits ou la mort rap­pellent régu­liè­re­ment les limites de cette maî­trise. Où l’homme peut-il alors trou­ver une espé­rance solide lorsque tout vacille ?

Le Code du sol­dat valo­rise pré­pa­ra­tion, vigi­lance et pro­tec­tion. Pour­tant, même les struc­tures les plus solides ne sup­priment pas tota­le­ment la fra­gi­li­té humaine. La foi biblique n’encourage ni impru­dence ni pas­si­vi­té ; elle rap­pelle sim­ple­ment que l’homme n’est pas auto­suf­fi­sant.

Dans quoi cher­chons-nous réel­le­ment notre sécu­ri­té inté­rieure ? Pour­quoi l’homme moderne sup­porte-t-il si dif­fi­ci­le­ment l’idée de dépendre de quelqu’un d’autre que lui-même ? Peut-on res­ter cou­ra­geux tout en recon­nais­sant sa propre fra­gi­li­té ?

Relire Psaume 91 et Jean 10.27–29 peut aider à réflé­chir à cette confiance pro­fonde qui ne repose pas seule­ment sur les cir­cons­tances visibles.

Outils pédagogiques

Questions pour analyser les présupposés

– Pour­quoi l’homme cherche-t-il des sécu­ri­tés abso­lues ?
– Le refuge signi­fie-t-il absence totale de dan­ger ?
– Peut-on gar­der confiance dans l’incertitude ?

Questions bibliques

– Pour­quoi le Psaume 91 pré­sente-t-il Dieu comme refuge ?
– Que signi­fie l’espérance comme « ancre de l’âme » ? (Hébreux 6.18–19)
– Pour­quoi Jésus parle-t-il de ses bre­bis en sécu­ri­té ? (Jean 10.27–29)

Questions éthiques pour la vie militaire

– Com­ment gar­der sta­bi­li­té inté­rieure dans les crises ?
– Pour­quoi la peur peut-elle trou­bler le dis­cer­ne­ment ?
– Com­ment sou­te­nir ceux qui vacillent mora­le­ment ?

Questions théologiques

– Pour­quoi la foi chré­tienne parle-t-elle de confiance en Dieu ?
– Com­ment Dieu accom­pagne-t-il son peuple dans l’épreuve ?

Applications pratiques

– Cher­cher calme et recul dans les ten­sions.
– Refu­ser la panique ou le déses­poir.
– Entre­te­nir une confiance inté­rieure régu­lière.

Travail en groupe

Lire Hébreux 6.18–19 puis dis­cu­ter :
« Pour­quoi l’espérance devient-elle essen­tielle dans les périodes d’incertitude ? »

QCM de révision

  1. Le Psaume 91 pré­sente Dieu comme :
    a) un refuge
    b) un dan­ger
    c) un juge loin­tain
    Réponse : a

  2. Hébreux 6 com­pare l’espérance à :
    a) une épée
    b) une ancre
    c) un mur
    Réponse : b

Pour le culte

Canevas de prédication

Thème : Dieu comme refuge. Fil conduc­teur : la fidé­li­té chré­tienne devant Dieu, sans sacra­li­ser le métier des armes.

Introduction

Par­tir d’une situa­tion concrète de la vie mili­taire liée au thème de cette étude. Pré­sen­ter les trois pas­sages selon leur contexte propre avant d’en pro­po­ser une appli­ca­tion ana­lo­gique, fon­dée sur la per­sonne et l’œuvre de Jésus-Christ.

1. Écouter le témoignage de l’Ancien Testament

Le psaume 91 chante la pro­tec­tion divine sans pro­mettre l’impunité. Mon­trer à qui la parole est d’abord adres­sée, puis expli­ci­ter avec pru­dence ce qui demeure éclai­rant pour les consciences d’aujourd’hui.

2. Recevoir l’enseignement apostolique

L’épître aux Hébreux décrit l’espérance comme une ancre. Situer la parole dans la vie de l’Église, en évi­tant de confondre com­bat spi­ri­tuel, gou­ver­ne­ment civil et action armée.

3. Contempler le Christ dans l’Évangile

Jésus assure que nul ne ravi­ra ses bre­bis de sa main. Conduire à la grâce et à la sei­gneu­rie du Christ, et non à une simple exhor­ta­tion à deve­nir un meilleur pro­fes­sion­nel.

Conclusion

Rap­pe­ler la dif­fé­rence entre les obli­ga­tions légales du mili­taire et la fidé­li­té évan­gé­lique qui forme sa conscience. Invi­ter à une déci­sion de foi, de prière et de ser­vice du pro­chain, avec humi­li­té devant les limites de toute puis­sance humaine.

Liturgie proposée – célébration en aumônerie militaire

Accueil et invocation

Que la grâce de Dieu notre Père et la paix de Jésus-Christ soient avec vous. Sei­gneur, ras­semble-nous devant ta Parole. Éclaire notre intel­li­gence, conduis notre conscience et apprends-nous à vivre dans la véri­té et la cha­ri­té.

Adoration

Nous te ren­dons grâce, Dieu fidèle, pour ta sain­te­té, ta pro­vi­dence et ta misé­ri­corde. Ta Parole demeure quand les cir­cons­tances changent. Tu nous appelles non à comp­ter sur notre propre force, mais à nous confier en Jésus-Christ.

Lecture de la Loi de Dieu

Lec­ture pro­po­sée : Mat­thieu 22.37–40 (l’amour de Dieu et du pro­chain) ou Exode 20.1–17, selon les cir­cons­tances de la célé­bra­tion.

Confession des péchés

Sei­gneur, nous recon­nais­sons les man­que­ments de nos paroles, de nos déci­sions et de nos actes. Nous avons par­fois pré­fé­ré notre confort à la véri­té, notre répu­ta­tion au ser­vice et notre volon­té à ton com­man­de­ment. Par­donne-nous par Jésus-Christ et renou­velle-nous par ton Esprit.

Annonce de la grâce

Lec­ture pro­po­sée : 1 Jean 1.8–9 ou Romains 5.1–2. Le par­don est annon­cé sur le fon­de­ment de l’œuvre de Jésus-Christ, non de nos mérites.

Confession de foi

L’assemblée peut confes­ser la foi chré­tienne selon le Sym­bole des apôtres. Pré­voir un chant ou un psaume adap­té.

Prière d’illumination

Esprit Saint, donne-nous de rece­voir ta Parole avec foi, de la com­prendre dans son contexte et d’y dis­cer­ner l’appel de notre Sei­gneur pour notre vie. Pré­serve-nous de l’orgueil, des rac­cour­cis et des fausses assu­rances.

Lectures et prédication

Lec­tures bibliques de ce dos­sier : Psaume 91 ; Hébreux 6. La pré­di­ca­tion peut suivre le cane­vas pro­po­sé ci-des­sus.

Prière d’intercession

Nous te prions pour les per­sonnes expo­sées au dan­ger, à la mala­die et au deuil. Donne aux chefs jus­tice et mesure, aux subor­don­nés loyau­té et conscience droite, aux bles­sés conso­la­tion, et à ceux qui servent un esprit de paix. Pro­tège les inno­cents et conduis les res­pon­sables publics à recher­cher le bien com­mun.

Notre Père, chant et bénédiction

L’assemblée prie le Notre Père et peut chan­ter un psaume ou un can­tique appro­prié. Que la grâce du Sei­gneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu et la com­mu­nion du Saint-Esprit soient avec vous tous (2 Corin­thiens 13.13).