Lectures bibliques : Jérémie 29.7 ; Hébreux 12.14 ; Matthieu 5.9.
Étude biblique
Brève introduction
Les textes de Jérémie 29.7, d’Hébreux 12.14 et de Matthieu 5.9 abordent une question particulièrement importante dans le monde contemporain et dans la vie militaire : chercher la paix dans un monde conflictuel.
Le militaire connaît souvent une réalité paradoxale : il peut être appelé à porter les armes tout en ayant pour mission de protéger, stabiliser ou rétablir la paix.
L’Écriture ne présente jamais la guerre, la violence ou les conflits comme des biens en eux-mêmes. Elle reconnaît cependant que l’homme vit dans un monde marqué : – par le péché ; – les rivalités ; – l’injustice ; – les violences ; – les tensions entre peuples et individus.
Dans ce contexte, la Bible appelle les croyants à rechercher activement la paix sans tomber dans : – la naïveté ; – le déni du mal ; – ou l’abandon de la justice.
Dans le livre de Jérémie, Dieu demande aux exilés de rechercher la paix de la ville où ils vivent. L’épître aux Hébreux appelle ensuite à poursuivre la paix avec tous. Enfin, Jésus déclare heureux les artisans de paix.
Le thème principal de ces textes est donc le suivant : même dans un monde marqué par les conflits, l’homme est appelé à rechercher la paix juste, la réconciliation et le bien commun.
Texte biblique
Jérémie 29.7 :
« Recherchez le bien de la ville […] et priez l’Éternel en sa faveur. »
Hébreux 12.14 :
« Recherchez la paix avec tous. »
Matthieu 5.9 :
« Heureux ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés fils de Dieu. »
Explication des mots importants
Dans Jérémie 29.7, le mot hébreu shalom signifie « paix », mais aussi : – harmonie ; – stabilité ; – sécurité ; – bien-être collectif.
Le verbe hébreu darash signifie « rechercher activement », « poursuivre avec persévérance ».
Dans Hébreux 12.14, le verbe grec diōkō signifie « poursuivre », « chercher activement ».
Dans Matthieu 5.9, le mot grec eirēnopoios signifie « artisan de paix », celui qui agit concrètement pour rétablir la paix.
Ces mots montrent que la paix biblique n’est pas seulement l’absence de guerre, mais une recherche active du bien et de la justice.
Sens du passage
Ces textes révèlent d’abord quelque chose sur Dieu : Dieu est un Dieu de paix et de réconciliation.
Dans Jérémie 29, le peuple d’Israël vit en exil dans une situation difficile et politiquement tendue. Pourtant, Dieu demande au peuple de rechercher le bien de la société dans laquelle il se trouve.
Le texte montre que le croyant ne doit pas nourrir : – la haine ; – le chaos ; – ou l’esprit de destruction.
Dans Hébreux 12, la paix apparaît comme quelque chose qui doit être poursuivi volontairement. Les tensions, les conflits et les divisions naissent facilement dans les relations humaines.
La paix demande donc : – effort ; – maîtrise de soi ; – patience ; – justice.
Dans Matthieu 5, Jésus parle non des hommes passifs, mais des artisans de paix. La paix véritable demande souvent : – courage ; – discernement ; – capacité de réconciliation ; – refus de la haine.
Ces textes révèlent également quelque chose sur l’homme. L’être humain peut être tenté : – par la violence ; – la vengeance ; – l’hostilité ; – l’esprit de rivalité ; – ou le mépris de l’autre.
L’Écriture appelle au contraire à rechercher une paix juste et responsable.
Éclairage pour la vie militaire
Ces passages éclairent directement plusieurs réalités importantes du métier militaire.
Le militaire vit souvent au cœur des tensions et des conflits humains. Pourtant, sa mission peut précisément consister : – à protéger les populations ; – empêcher des violences plus grandes ; – maintenir l’ordre ; – défendre les plus faibles ; – contribuer à la stabilité et à la paix.
Jérémie 29 rejoint profondément cette responsabilité envers le bien commun. Même dans un monde imparfait, il demeure possible de travailler : – à la protection ; – à la sécurité ; – à la stabilité collective.
Hébreux 12 rappelle ensuite que la paix ne se limite pas aux relations internationales ou aux grandes décisions politiques. Elle concerne aussi : – les relations humaines ; – la cohésion ; – le respect mutuel ; – la maîtrise des tensions.
Dans le contexte militaire, cela peut concerner : – la gestion des conflits internes ; – le respect des populations ; – la maîtrise de la violence ; – le refus de l’esprit de haine.
Matthieu 5 apporte enfin une vision profondément exigeante. Jésus ne glorifie pas la violence pour elle-même. Il valorise ceux qui travaillent à la paix.
Dans certaines situations, le militaire peut être conduit à employer la force. Mais ces textes rappellent que cette force doit toujours rester ordonnée : – à la protection ; – à la justice ; – à la paix ; et non : – à la vengeance ; – à la brutalité ; – ou à la destruction gratuite.
Ces passages rejoignent également plusieurs principes importants : – droit des conflits armés ; – protection des civils ; – proportionnalité de la force ; – recherche de désescalade lorsque cela est possible ; – responsabilité morale dans l’usage de la violence.
Ils mettent aussi en garde contre plusieurs dangers : – banalisation de la violence ; – haine de l’adversaire ; – esprit de vengeance ; – cynisme ; – goût du conflit pour lui-même.
La paix biblique ne signifie pas faiblesse ou naïveté. Elle signifie rechercher le bien, la justice et la protection des personnes même dans un monde dangereux.
Perspective théologique
Toute la Bible présente Dieu comme le Dieu de la paix.
Dans l’Ancien Testament, le shalom désigne une paix profonde liée : – à la justice ; – à l’ordre ; – à la bénédiction ; – à la fidélité de Dieu.
Les prophètes dénoncent régulièrement : – les violences injustes ; – l’oppression ; – les guerres motivées par l’orgueil ou la convoitise.
Le Nouveau Testament approfondit cette perspective à travers la personne du Christ.
Jésus vient réconcilier : – l’homme avec Dieu ; – mais aussi les hommes entre eux.
Il refuse : – la haine ; – la vengeance ; – la violence gratuite.
L’Église ancienne développera une réflexion importante sur : – la paix ; – la justice ; – l’usage légitime de la force.
Augustin élaborera notamment les premiers grands principes de la réflexion chrétienne sur la guerre juste : – autorité légitime ; – cause juste ; – intention droite ; – recherche de la paix.
Thomas d’Aquin approfondira ensuite cette réflexion.
La tradition réformée reconnaîtra elle aussi la légitimité de l’autorité civile et de l’usage mesuré de la force pour protéger les innocents et maintenir l’ordre.
Mais cette force doit toujours rester ordonnée à la paix et au bien commun.
Enfin, ces textes trouvent leur accomplissement ultime dans le Christ lui-même. Jésus est annoncé comme : – le Prince de la paix ; – celui qui réconcilie ; – celui qui met fin ultimement au mal et à la haine.
Le Christ devient ainsi le modèle suprême : – d’une paix juste ; – d’une force maîtrisée ; – d’une autorité exercée pour protéger et réconcilier.
Chercher la paix dans un monde conflictuel, selon l’Écriture, signifie donc travailler avec lucidité et responsabilité à la protection du bien commun, à la justice et à la réconciliation, même au cœur d’un monde marqué par la violence et les divisions.
Méditation et approfondissement
Jérémie 29.7 : « Recherchez le bien (shalom) de la ville où je vous ai menés en captivité. » Le mot shalom désigne la paix, mais aussi la stabilité, la sécurité et le bien commun. Le verbe darash (« rechercher ») exprime une démarche active et persévérante (cf. Ps 34.15 ; Es 1.17 ; Za 8.16). Même en terre étrangère, le peuple de Dieu doit contribuer à la paix et à l’ordre de la société où il vit.
Contexte historique : les Judéens vivent en exil à Babylone après la destruction de Jérusalem. Jérémie leur demande de ne pas sombrer dans la haine ou le désespoir.
Hébreux 12.14 : « Recherchez (diōkō) la paix (eirēnē) avec tous. » Le verbe diōkō signifie poursuivre avec effort et persévérance. Eirēnē désigne une paix fondée sur des relations justes et restaurées (cf. Rm 12.18 ; Col 3.15 ; Jc 3.18). Le texte montre que la paix demande souvent un engagement volontaire et discipliné.
Matthieu 5.9 : « Heureux ceux qui procurent la paix (eirēnopoios). » Le mot eirēnopoios signifie artisan de paix, celui qui agit concrètement pour rétablir la paix et la réconciliation. Jésus ne parle pas de faiblesse ou de passivité, mais d’un travail actif contre les divisions et la violence.
Éclairage historique : au Ier siècle, la Judée connaît tensions politiques, présence militaire romaine et conflits religieux internes. Les paroles de Jésus prennent place dans un climat profondément instable.
Pour aller plus loin
Nous vivons dans un monde marqué par les tensions, les rivalités et les affrontements. Certains pensent que la paix n’est qu’une illusion fragile ; d’autres imaginent qu’elle peut exister sans justice, sans vérité ou sans effort. La Bible propose une vision plus réaliste et plus exigeante.
Jérémie demande aux exilés de rechercher le bien et la paix de la ville où ils vivent. Jésus appelle ses disciples à devenir des artisans de paix. Cette paix biblique ne signifie pas faiblesse ou refus de toute confrontation, mais recherche active d’un ordre juste et d’une coexistence possible entre les hommes.
La culture contemporaine réduit parfois la paix à l’absence immédiate de conflit. Pourtant, une paix imposée par la peur, le mensonge ou l’injustice demeure souvent précaire. À l’inverse, certains finissent par considérer le conflit comme inévitable et permanent.
Le Code du soldat rappelle que la force armée a précisément pour mission de protéger la paix, la sécurité et les populations. Cela suppose discipline, maîtrise de soi et sens moral, afin que la force reste au service d’un bien plus grand qu’elle-même.
Peut-il exister une paix durable sans justice ? Pourquoi les hommes reproduisent-ils sans cesse divisions et violences malgré les progrès techniques ou politiques ? Sommes-nous artisans de paix ou parfois producteurs de tensions autour de nous ?
Relire Matthieu 5.9 et Hébreux 12.14 peut aider à réfléchir à cette vocation difficile mais essentielle : rechercher la paix sans renoncer à la vérité ni à la justice.
Outils pédagogiques
Questions pour analyser les présupposés
– La paix consiste-t-elle seulement en l’absence de guerre ?
– Pourquoi les conflits humains semblent-ils permanents ?
– Peut-on rechercher la paix sans faiblesse ni naïveté ?
Questions bibliques
– Pourquoi Dieu demande-t-il de rechercher la paix de la ville ? (Jérémie 29.7)
– Que signifie poursuivre la paix ? (Hébreux 12.14)
– Pourquoi Jésus appelle-t-il heureux les artisans de paix ? (Matthieu 5.9)
Questions éthiques pour la vie militaire
– Comment protéger la paix sans encourager l’injustice ?
– Pourquoi certaines missions visent-elles à limiter la violence ?
– Comment garder un esprit de paix même dans les tensions ?
Questions théologiques
– Pourquoi la Bible relie-t-elle justice et paix ?
– Comment le croyant peut-il devenir artisan de paix ?
Applications pratiques
– Refuser les paroles qui aggravent les tensions.
– Chercher dialogue et apaisement lorsque cela est possible.
– Garder maîtrise de soi dans les conflits.
Travail en groupe
Lire Matthieu 5.9 puis discuter :
« Quelle différence existe-t-il entre paix véritable et simple absence de confrontation ? »
QCM de révision
Jésus appelle heureux :
a) les dominateurs
b) les artisans de paix
c) les violents
Réponse : bJérémie 29 demande de :
a) rechercher la paix
b) fuir toute société
c) rechercher le désordre
Réponse : a
Pour le culte
Canevas de prédication
Thème : Chercher la paix dans un monde conflictuel. Fil conducteur : la fidélité chrétienne devant Dieu, sans sacraliser le métier des armes.
Introduction
Partir d’une situation concrète de la vie militaire liée au thème de cette étude. Présenter les trois passages selon leur contexte propre avant d’en proposer une application analogique, fondée sur la personne et l’œuvre de Jésus-Christ.
1. Écouter le témoignage de l’Ancien Testament
Jérémie demande de rechercher la paix de la cité d’exil. Montrer à qui la parole est d’abord adressée, puis expliciter avec prudence ce qui demeure éclairant pour les consciences d’aujourd’hui.
2. Recevoir l’enseignement apostolique
L’épître aux Hébreux exhorte à poursuivre la paix. Situer la parole dans la vie de l’Église, en évitant de confondre combat spirituel, gouvernement civil et action armée.
3. Contempler le Christ dans l’Évangile
Jésus déclare bienheureux les artisans de paix. Conduire à la grâce et à la seigneurie du Christ, et non à une simple exhortation à devenir un meilleur professionnel.
Conclusion
Rappeler la différence entre les obligations légales du militaire et la fidélité évangélique qui forme sa conscience. Inviter à une décision de foi, de prière et de service du prochain, avec humilité devant les limites de toute puissance humaine.
Liturgie proposée – célébration en aumônerie militaire
Accueil et invocation
Que la grâce de Dieu notre Père et la paix de Jésus-Christ soient avec vous. Seigneur, rassemble-nous devant ta Parole. Éclaire notre intelligence, conduis notre conscience et apprends-nous à vivre dans la vérité et la charité.
Adoration
Nous te rendons grâce, Dieu fidèle, pour ta sainteté, ta providence et ta miséricorde. Ta Parole demeure quand les circonstances changent. Tu nous appelles non à compter sur notre propre force, mais à nous confier en Jésus-Christ.
Lecture de la Loi de Dieu
Lecture proposée : Matthieu 22.37–40 (l’amour de Dieu et du prochain) ou Exode 20.1–17, selon les circonstances de la célébration.
Confession des péchés
Seigneur, nous reconnaissons les manquements de nos paroles, de nos décisions et de nos actes. Nous avons parfois préféré notre confort à la vérité, notre réputation au service et notre volonté à ton commandement. Pardonne-nous par Jésus-Christ et renouvelle-nous par ton Esprit.
Annonce de la grâce
Lecture proposée : 1 Jean 1.8–9 ou Romains 5.1–2. Le pardon est annoncé sur le fondement de l’œuvre de Jésus-Christ, non de nos mérites.
Confession de foi
L’assemblée peut confesser la foi chrétienne selon le Symbole des apôtres. Prévoir un chant ou un psaume adapté.
Prière d’illumination
Esprit Saint, donne-nous de recevoir ta Parole avec foi, de la comprendre dans son contexte et d’y discerner l’appel de notre Seigneur pour notre vie. Préserve-nous de l’orgueil, des raccourcis et des fausses assurances.
Lectures et prédication
Lectures bibliques de ce dossier : Jérémie 29. La prédication peut suivre le canevas proposé ci-dessus.
Prière d’intercession
Nous te prions pour les forces déployées en zones de tension et les populations civiles. Donne aux chefs justice et mesure, aux subordonnés loyauté et conscience droite, aux blessés consolation, et à ceux qui servent un esprit de paix. Protège les innocents et conduis les responsables publics à rechercher le bien commun.
Notre Père, chant et bénédiction
L’assemblée prie le Notre Père et peut chanter un psaume ou un cantique approprié. Que la grâce du Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous (2 Corinthiens 13.13).