La blessure et la guérison

Lec­tures bibliques : Ésaïe 53.4–5 ; Jacques 5.14–16 ; Marc 2.17.

Étude biblique

Brève introduction

Les textes d’Ésaïe 53.4–5, de Jacques 5.14–16 et de Marc 2.17 abordent une réa­li­té pro­fon­dé­ment pré­sente dans l’expérience humaine et par­ti­cu­liè­re­ment sen­sible dans le monde mili­taire : la bles­sure et la gué­ri­son.

Le métier mili­taire peut expo­ser à plu­sieurs formes de bles­sures : – phy­siques ; – psy­cho­lo­giques ; – morales ; – spi­ri­tuelles.

Cer­taines sont visibles. D’autres res­tent cachées : – trau­ma­tisme ; – culpa­bi­li­té ; – fatigue inté­rieure ; – perte de confiance ; – souf­france silen­cieuse.

L’Écriture recon­naît plei­ne­ment cette réa­li­té de la bles­sure humaine. Elle ne réduit pas l’homme à sa per­for­mance ou à sa force exté­rieure. Elle parle au contraire d’un Dieu qui rejoint les hommes dans leur souf­france et qui apporte gué­ri­son, conso­la­tion et relè­ve­ment.

Dans Ésaïe 53, le Ser­vi­teur souf­frant porte les dou­leurs et les bles­sures des autres. Jacques appelle ensuite les croyants à prier les uns pour les autres afin de rece­voir gué­ri­son et sou­tien. Enfin, Jésus déclare qu’il est venu pour les malades et non pour ceux qui se croient en bonne san­té.

Le thème prin­ci­pal de ces textes est donc le sui­vant : Dieu ne détourne pas son regard de la souf­france humaine ; il vient au contraire rejoindre, por­ter et rele­ver les bles­sés.

Texte biblique

Ésaïe 53.4–5 :

« Ce sont nos souf­frances qu’il a por­tées […] et c’est par ses meur­tris­sures que nous sommes gué­ris. »

Jacques 5.16 :

« Confes­sez donc vos péchés les uns aux autres, et priez les uns pour les autres, afin que vous soyez gué­ris. »

Marc 2.17 :

« Ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de méde­cin, mais les malades. »

Explication des mots importants

Dans Ésaïe 53, le mot hébreu ḥolî signi­fie « mala­die », « souf­france », « fai­blesse ».

Le mot hébreu mak’ob désigne la dou­leur pro­fonde, phy­sique ou inté­rieure.

Le verbe hébreu rāpā’ (« gué­rir ») signi­fie res­tau­rer, soi­gner, remettre debout.

Dans Jacques 5.16, le mot grec iao­mai signi­fie « gué­rir », mais peut aus­si évo­quer une res­tau­ra­tion inté­rieure.

Dans Marc 2.17, le mot grec iatros signi­fie « méde­cin », celui qui soigne les malades.

Ces mots montrent que la gué­ri­son biblique concerne l’homme tout entier : – corps ; – cœur ; – conscience ; – rela­tions ; – vie inté­rieure.

Sens du passage

Ces textes révèlent d’abord quelque chose sur Dieu : Dieu ne méprise pas la souf­france humaine et ne reste pas éloi­gné des bles­sés.

Dans Ésaïe 53, le Ser­vi­teur souf­frant porte les dou­leurs des autres. Le texte montre un Dieu qui entre dans la souf­france humaine au lieu de l’observer de loin.

La bles­sure humaine n’est donc pas igno­rée par Dieu.

Dans Jacques 5, la gué­ri­son appa­raît aus­si comme une réa­li­té com­mu­nau­taire. L’homme bles­sé n’est pas appe­lé à res­ter seul : – il peut deman­der de l’aide ; – rece­voir la prière ; – par­ler ; – être sou­te­nu.

Dans Marc 2, Jésus affirme qu’il est venu pré­ci­sé­ment pour ceux qui recon­naissent leur besoin de secours.

Ces textes révèlent éga­le­ment quelque chose sur l’homme. L’être humain est vul­né­rable : – phy­si­que­ment ; – psy­cho­lo­gi­que­ment ; – mora­le­ment ; – spi­ri­tuel­le­ment.

La Bible refuse l’illusion d’une invul­né­ra­bi­li­té per­ma­nente.

Éclairage pour la vie militaire

Ces pas­sages éclairent direc­te­ment plu­sieurs réa­li­tés impor­tantes du métier mili­taire.

Le monde mili­taire confronte par­fois à des bles­sures visibles : – bles­sures de guerre ; – acci­dents ; – han­di­caps ; – souf­france phy­sique.

Mais il existe aus­si des bles­sures invi­sibles : – trau­ma­tisme psy­cho­lo­gique ; – fatigue morale ; – culpa­bi­li­té ; – perte de repères ; – soli­tude inté­rieure ; – bles­sures liées à cer­taines expé­riences de com­bat.

Ésaïe 53 rap­pelle alors une véri­té essen­tielle : la souf­france humaine n’est pas igno­rée par Dieu.

Le Christ lui-même connaît : – la dou­leur ; – la bles­sure ; – l’humiliation ; – l’épuisement ; – la souf­france phy­sique et morale.

Cette proxi­mi­té peut par­ler pro­fon­dé­ment à ceux qui tra­versent l’épreuve.

Jacques 5 rejoint éga­le­ment plu­sieurs réa­li­tés impor­tantes du sou­tien humain : – néces­si­té de par­ler ; – impor­tance de l’accompagnement ; – sou­tien spi­ri­tuel et psy­cho­lo­gique ; – refus de l’isolement.

Dans cer­tains contextes mili­taires, il peut être dif­fi­cile : – d’avouer sa fra­gi­li­té ; – de recon­naître une souf­france inté­rieure ; – de deman­der de l’aide.

Le texte rap­pelle pour­tant qu’il n’est pas bon de por­ter seul cer­taines bles­sures.

Marc 2 sou­ligne enfin que Jésus vient pré­ci­sé­ment vers les bles­sés et les fra­giles.

Cette parole est impor­tante dans un milieu où cer­tains peuvent avoir l’impression : – de devoir tou­jours res­ter forts ; – de cacher leurs dif­fi­cul­tés ; – ou de perdre leur valeur lorsqu’ils sont fra­gi­li­sés.

L’Évangile affirme au contraire que la digni­té humaine ne dis­pa­raît pas avec la bles­sure ou la fai­blesse.

Ces textes rejoignent éga­le­ment plu­sieurs pré­oc­cu­pa­tions concrètes : – accom­pa­gne­ment des bles­sés ; – prise en compte des trau­ma­tismes ; – sou­tien des familles ; – réin­ser­tion après bles­sure ; – écoute des souf­frances invi­sibles.

Ils mettent aus­si en garde contre plu­sieurs dan­gers : – iso­le­ment des bles­sés ; – honte de deman­der de l’aide ; – culture du silence ; – néga­tion des bles­sures psy­cho­lo­giques ; – réduc­tion de l’homme à sa seule effi­ca­ci­té opé­ra­tion­nelle.

La véri­table force col­lec­tive implique aus­si la capa­ci­té à prendre soin des bles­sés.

Perspective théologique

Toute la Bible pré­sente Dieu comme proche des hommes bles­sés et souf­frants.

Dans l’Ancien Tes­ta­ment, les psaumes et les pro­phètes montrent constam­ment un Dieu atten­tif : – aux malades ; – aux affli­gés ; – aux faibles ; – aux bles­sés.

Ésaïe 53 occupe une place cen­trale parce qu’il annonce un Ser­vi­teur qui porte lui-même la souf­france des autres.

Le Nou­veau Tes­ta­ment iden­ti­fie ce Ser­vi­teur au Christ. Jésus passe une grande par­tie de son minis­tère : – à gué­rir ; – rele­ver ; – conso­ler ; – res­tau­rer.

Mais il ne sup­prime pas seule­ment les souf­frances phy­siques. Il vient aus­si : – par­don­ner ; – récon­ci­lier ; – rele­ver inté­rieu­re­ment.

L’Église ancienne déve­lop­pe­ra for­te­ment cette mis­sion de soin et de com­pas­sion envers : – les malades ; – les bles­sés ; – les vic­times de guerre ; – les pauvres ; – les mou­rants.

Augus­tin rap­pel­le­ra sou­vent que l’Église res­semble à un hôpi­tal pour des hommes bles­sés plu­tôt qu’à une assem­blée d’hommes par­faits.

La tra­di­tion réfor­mée insis­te­ra régu­liè­re­ment sur : – la com­pas­sion ; – le sou­tien mutuel ; – l’accompagnement des souf­frants ; – la conso­la­tion offerte par l’Évangile.

Enfin, ces textes trouvent leur accom­plis­se­ment ultime dans le Christ lui-même. Jésus devient : – le méde­cin des âmes ; – le com­pa­gnon des bles­sés ; – celui qui porte les souf­frances humaines.

Le Christ ne rejette pas les hommes fra­giles ou bri­sés.

La bles­sure et la gué­ri­son, selon l’Écriture, rap­pellent donc que l’homme demeure vul­né­rable, mais qu’aucune souf­france humaine n’est tota­le­ment igno­rée par Dieu. Le Sei­gneur rejoint les bles­sés afin de les sou­te­nir, les rele­ver et leur redon­ner espé­rance.

Méditation et approfondissement

Ésaïe 53.4–5 : « Ce sont nos souf­frances (cho­liy) qu’il a por­tées, c’est de nos dou­leurs (mak’ob) qu’il s’est char­gé. » Le mot cho­liy désigne la mala­die, la fai­blesse ou l’infirmité. Mak’ob évoque la dou­leur phy­sique ou morale. Le texte pré­sente le Ser­vi­teur souf­frant comme por­tant les bles­sures et les souf­frances des autres. Le mot rapha’ (« gué­ri ») au ver­set 5 signi­fie res­tau­rer, soi­gner, rame­ner à l’intégrité.

Contexte his­to­rique : Ésaïe annonce ces paroles dans une période mar­quée par les crises poli­tiques, les guerres et les souf­frances du peuple d’Israël.

Jacques 5.14–15 : « Quelqu’un par­mi vous est-il malade (asthe­neō) ? » Le verbe asthe­neō signi­fie être faible, malade ou sans force. Jacques invite alors les anciens à prier et à accom­pa­gner la per­sonne souf­frante. Le mot iao­mai (« gué­rir ») désigne la gué­ri­son ou le réta­blis­se­ment accor­dé par Dieu.

Marc 2.17 : « Ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de méde­cin (iatros), mais les malades. » Le mot iatros désigne le méde­cin char­gé de soi­gner les bles­sures et les mala­dies. Jésus applique cette image au salut et à la res­tau­ra­tion inté­rieure de l’homme. Il vient vers ceux qui recon­naissent leur fra­gi­li­té et leur besoin d’aide.

Éclai­rage his­to­rique : la méde­cine antique pos­sé­dait des moyens limi­tés et beau­coup de mala­dies ou bles­sures entraî­naient souf­france durable, exclu­sion ou mort pré­ma­tu­rée. La gué­ri­son pos­sé­dait donc une por­tée par­ti­cu­liè­re­ment forte.

Outils pédagogiques

Questions pour analyser les présupposés

– Pour­quoi cer­taines bles­sures res­tent-elles invi­sibles ?
– La gué­ri­son concerne-t-elle seule­ment le corps ?
– Peut-on deman­der de l’aide sans perdre sa digni­té ?

Questions bibliques

– Que signi­fie : « C’est par ses meur­tris­sures que nous sommes gué­ris » ? (Ésaïe 53.4–5)
– Pour­quoi Jacques parle-t-il prière et sou­tien mutuel ? (Jacques 5.14–16)
– Pour­quoi Jésus dit-il être venu pour les malades ? (Marc 2.17)

Questions éthiques pour la vie militaire

– Pour­quoi cer­taines bles­sures psy­cho­lo­giques sont-elles dif­fi­ciles à recon­naître ?
– Com­ment accom­pa­gner un bles­sé sans le réduire à sa souf­france ?
– Pour­quoi deman­der de l’aide peut-il deman­der du cou­rage ?

Questions théologiques

– Com­ment le Christ rejoint-il les hommes bles­sés ?
– Pour­quoi la com­pas­sion occupe-t-elle une place cen­trale dans l’Évangile ?

Applications pratiques

– Être atten­tif aux souf­frances invi­sibles.
– Refu­ser les moque­ries sur la fra­gi­li­té.
– Cher­cher aide et accom­pa­gne­ment lorsque cela devient néces­saire.

Travail en groupe

Lire Marc 2.17 puis dis­cu­ter :
« Pour­quoi cer­tains hommes refusent-ils long­temps de recon­naître leurs bles­sures inté­rieures ? »

QCM de révision

  1. Jésus dit être venu pour :
    a) les hommes sans besoin
    b) les malades
    c) les puis­sants uni­que­ment
    Réponse : b

  2. Jacques 5 parle :
    a) de sou­tien et de prière
    b) d’isolement
    c) d’indifférence
    Réponse : a

Pour le culte

Canevas de prédication

Thème : La bles­sure et la gue­ri­son. Fil conduc­teur : la fidé­li­té chré­tienne devant Dieu, sans sacra­li­ser le métier des armes.

Introduction

Par­tir d’une situa­tion concrète de la vie mili­taire liée au thème de cette étude. Pré­sen­ter les trois pas­sages selon leur contexte propre avant d’en pro­po­ser une appli­ca­tion ana­lo­gique, fon­dée sur la per­sonne et l’œuvre de Jésus-Christ.

1. Écouter le témoignage de l’Ancien Testament

Ésaïe 53 parle du ser­vi­teur souf­frant et de son œuvre sal­va­trice. Mon­trer à qui la parole est d’abord adres­sée, puis expli­ci­ter avec pru­dence ce qui demeure éclai­rant pour les consciences d’aujourd’hui.

2. Recevoir l’enseignement apostolique

Jacques rap­pelle la place de la prière dans la mala­die. Situer la parole dans la vie de l’Église, en évi­tant de confondre com­bat spi­ri­tuel, gou­ver­ne­ment civil et action armée.

3. Contempler le Christ dans l’Évangile

Jésus se pré­sente comme méde­cin des pécheurs. Conduire à la grâce et à la sei­gneu­rie du Christ, et non à une simple exhor­ta­tion à deve­nir un meilleur pro­fes­sion­nel.

Conclusion

Rap­pe­ler la dif­fé­rence entre les obli­ga­tions légales du mili­taire et la fidé­li­té évan­gé­lique qui forme sa conscience. Invi­ter à une déci­sion de foi, de prière et de ser­vice du pro­chain, avec humi­li­té devant les limites de toute puis­sance humaine.

Liturgie proposée – célébration en aumônerie militaire

Accueil et invocation

Que la grâce de Dieu notre Père et la paix de Jésus-Christ soient avec vous. Sei­gneur, ras­semble-nous devant ta Parole. Éclaire notre intel­li­gence, conduis notre conscience et apprends-nous à vivre dans la véri­té et la cha­ri­té.

Adoration

Nous te ren­dons grâce, Dieu fidèle, pour ta sain­te­té, ta pro­vi­dence et ta misé­ri­corde. Ta Parole demeure quand les cir­cons­tances changent. Tu nous appelles non à comp­ter sur notre propre force, mais à nous confier en Jésus-Christ.

Lecture de la Loi de Dieu

Lec­ture pro­po­sée : Mat­thieu 22.37–40 (l’amour de Dieu et du pro­chain) ou Exode 20.1–17, selon les cir­cons­tances de la célé­bra­tion.

Confession des péchés

Sei­gneur, nous recon­nais­sons les man­que­ments de nos paroles, de nos déci­sions et de nos actes. Nous avons par­fois pré­fé­ré notre confort à la véri­té, notre répu­ta­tion au ser­vice et notre volon­té à ton com­man­de­ment. Par­donne-nous par Jésus-Christ et renou­velle-nous par ton Esprit.

Annonce de la grâce

Lec­ture pro­po­sée : 1 Jean 1.8–9 ou Romains 5.1–2. Le par­don est annon­cé sur le fon­de­ment de l’œuvre de Jésus-Christ, non de nos mérites.

Confession de foi

L’assemblée peut confes­ser la foi chré­tienne selon le Sym­bole des apôtres. Pré­voir un chant ou un psaume adap­té.

Prière d’illumination

Esprit Saint, donne-nous de rece­voir ta Parole avec foi, de la com­prendre dans son contexte et d’y dis­cer­ner l’appel de notre Sei­gneur pour notre vie. Pré­serve-nous de l’orgueil, des rac­cour­cis et des fausses assu­rances.

Lectures et prédication

Lec­tures bibliques de ce dos­sier : Ésaïe 53. La pré­di­ca­tion peut suivre le cane­vas pro­po­sé ci-des­sus.

Prière d’intercession

Nous te prions pour les bles­sés, les malades et tous les soi­gnants. Donne aux chefs jus­tice et mesure, aux subor­don­nés loyau­té et conscience droite, aux bles­sés conso­la­tion, et à ceux qui servent un esprit de paix. Pro­tège les inno­cents et conduis les res­pon­sables publics à recher­cher le bien com­mun.

Notre Père, chant et bénédiction

L’assemblée prie le Notre Père et peut chan­ter un psaume ou un can­tique appro­prié. Que la grâce du Sei­gneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu et la com­mu­nion du Saint-Esprit soient avec vous tous (2 Corin­thiens 13.13).