Fiche pastorale 15 – Accompagner les proches immédiatement après un décès

Fiche pas­to­rale 15 – Accom­pa­gner les proches immé­dia­te­ment après un décès

Com­prendre la situa­tion

La mort d’un proche consti­tue une rup­ture pro­fonde, même lorsqu’elle était atten­due.

Dans les pre­mières minutes, les réac­tions peuvent être très dif­fé­rentes. Cer­tains pleurent immé­dia­te­ment. D’autres demeurent silen­cieux, paraissent absents ou cherchent à com­prendre les cir­cons­tances du décès. Cer­tains éprouvent du sou­la­ge­ment après une longue période de souf­france, puis se sentent cou­pables de ce sen­ti­ment.

Il arrive aus­si que des ten­sions fami­liales appa­raissent, que des regrets soient expri­més ou que des ques­tions spi­ri­tuelles sur­gissent bru­ta­le­ment.

L’aumônier ne doit pas attendre des proches une réac­tion par­ti­cu­lière.

Il ne cherche ni à pro­vo­quer les larmes ni à inter­rompre celles qui viennent.

Il doit éga­le­ment tenir compte du contexte : mort atten­due après une longue mala­die, décès sou­dain, décès dans des cir­cons­tances trau­ma­tiques ou absence de proches au moment de la mort.

Dans toutes ces situa­tions, son minis­tère com­mence par une pré­sence atten­tive et res­pec­tueuse.

Com­ment abor­der les proches

L’aumônier veille d’abord à ce que le décès ait été consta­té et annon­cé par les pro­fes­sion­nels com­pé­tents. Il ne se sub­sti­tue pas à eux.

Lorsqu’il rejoint la famille, il se pré­sente sim­ple­ment si les per­sonnes ne le connaissent pas.

Il peut dire :

« Je suis l’aumônier pro­tes­tant de l’hôpital. Je suis venu me tenir à votre dis­po­si­tion. »

Si la famille le connaît déjà, quelques mots suf­fisent :

« Je suis là, si vous sou­hai­tez que nous pre­nions un moment ensemble. »

Il n’est pas néces­saire de com­men­cer immé­dia­te­ment par une lec­ture biblique ou une prière.

L’aumônier peut s’asseoir, écou­ter, lais­ser les proches par­ler du défunt ou gar­der le silence.

Lorsque la famille sou­haite un temps spi­ri­tuel, il peut pro­po­ser une lec­ture et une prière.

Il convient de ne pas impo­ser une célé­bra­tion chré­tienne à des proches qui ne la demandent pas.

Lec­tures bibliques pro­po­sées : Psaume 34.19 ; Psaume 46.2–4 ; Jean 11.32–36 ; Romains 8.31–39 ; 1 Thes­sa­lo­ni­ciens 4.13–18 ; Apo­ca­lypse 21.1–5.

Pre­mière médi­ta­tion – Jésus a pleu­ré

Lec­ture : Jean 11.32–36.

Lorsque nous per­dons une per­sonne que nous aimons, nous décou­vrons com­bien sa pré­sence comp­tait dans notre vie.

Il y avait sa voix, ses habi­tudes, ses paroles, les moments par­ta­gés.

Et sou­dain, cette pré­sence nous manque.

La mort laisse un vide que per­sonne ne peut sim­ple­ment com­bler par quelques mots.

Dans l’Évangile selon Jean, nous ren­con­trons Jésus devant le tom­beau de son ami Lazare.

Marthe et Marie viennent de perdre leur frère.

Elles sont dans la peine.

Jésus sait pour­tant qu’il va rap­pe­ler Lazare à la vie.

Mais cela ne l’empêche pas d’être pro­fon­dé­ment ému.

L’Évangile nous dit qu’il pleure.

Ce détail est impor­tant.

Jésus ne consi­dère pas les larmes comme une fai­blesse hon­teuse.

Il ne reproche pas à cette famille sa tris­tesse.

Il par­tage sa dou­leur.

Nous pou­vons donc com­prendre que le deuil ne soit pas contraire à la foi.

Pleu­rer une per­sonne que nous aimons n’est pas un manque de confiance en Dieu.

C’est aus­si recon­naître la valeur de la rela­tion que nous avons per­due.

La foi chré­tienne ne nous demande pas d’effacer notre affec­tion.

Elle nous invite à appor­ter notre peine devant le Sei­gneur.

Jésus-Christ a connu la souf­france humaine.

Il a lui-même tra­ver­sé la mort.

Et l’Évangile annonce qu’il est res­sus­ci­té.

C’est pour­quoi nous pou­vons trou­ver auprès de lui une espé­rance qui ne nie pas notre dou­leur.

Aujourd’hui, nous n’avons pas besoin de cher­cher immé­dia­te­ment une expli­ca­tion à ce qui vient de se pro­duire.

Nous pou­vons prendre le temps de pleu­rer, de nous sou­ve­nir et de demeu­rer ensemble.

Nous pou­vons aus­si deman­der au Sei­gneur de nous don­ner la force de tra­ver­ser les heures qui viennent.

Prière pro­non­cée par l’aumônier

Sei­gneur notre Dieu,

Nous voi­ci réunis dans la peine.

Une per­sonne que nous aimions vient de mou­rir, et nous éprou­vons la dou­leur de son absence.

Tu connais notre tris­tesse, nos ques­tions et les sou­ve­nirs qui nous reviennent.

Nous te remer­cions pour les liens d’affection qui ont mar­qué cette vie.

Nous te deman­dons de sou­te­nir ceux qui pleurent aujourd’hui.

Donne-leur la force néces­saire pour tra­ver­ser ces pre­mières heures.

Accorde-leur des proches atten­tifs, capables d’écouter et de demeu­rer pré­sents.

Sei­gneur Jésus-Christ, tu as pleu­ré devant le tom­beau de ton ami.

Tu connais la dou­leur de la sépa­ra­tion.

Fais entendre ta Parole à ceux qui souffrent et conduis-les vers l’espérance de ta résur­rec­tion.

Amen.

Deuxième médi­ta­tion – Un refuge au milieu du bou­le­ver­se­ment

Lec­ture : Psaume 46.2–4.

Lorsqu’un décès sur­vient, nous avons par­fois l’impression que tout vacille.

Les évé­ne­ments se suc­cèdent rapi­de­ment.

Il faut pré­ve­nir des proches, prendre des déci­sions, répondre à des ques­tions.

Mais inté­rieu­re­ment, nous ne sommes pas tou­jours capables de suivre ce qui se passe.

Le Psaume 46 parle d’un monde bou­le­ver­sé.

Il évoque la terre qui tremble et les mon­tagnes qui chan­cellent.

Ces images expriment une situa­tion dans laquelle les repères habi­tuels semblent dis­pa­raître.

Pour­tant, au milieu de ce bou­le­ver­se­ment, le psal­miste affirme que Dieu est un refuge et un secours.

Il ne dit pas que les épreuves n’existent pas.

Il affirme que le Sei­gneur demeure fidèle lorsque tout paraît instable.

Cette parole peut nous accom­pa­gner dans le deuil.

Nous ne pou­vons pas reve­nir en arrière.

Nous ne pou­vons pas sup­pri­mer la dou­leur de la sépa­ra­tion.

Mais nous pou­vons deman­der à Dieu de nous sou­te­nir.

Nous pou­vons aus­si nous appuyer les uns sur les autres.

Il n’est pas néces­saire de tout déci­der immé­dia­te­ment.

Cer­taines démarches devront être accom­plies, mais il est per­mis de prendre un moment pour res­pi­rer, s’asseoir et rece­voir de l’aide.

La Bible nous rap­pelle que nous ne sommes pas appe­lés à por­ter seuls toutes nos souf­frances.

Dieu nous a créés pour vivre dans des rela­tions de soli­da­ri­té et d’affection.

L’Église est éga­le­ment appe­lée à por­ter les far­deaux de ceux qui souffrent.

Et au centre de notre foi se trouve Jésus-Christ, qui a vain­cu la mort.

C’est vers lui que nous pou­vons nous tour­ner, même lorsque notre cœur est pro­fon­dé­ment trou­blé.

Prière pro­non­cée par l’aumônier

Père céleste,

Tout paraît bou­le­ver­sé aujourd’hui.

Nous te confions cette famille, sa tris­tesse et les déci­sions dif­fi­ciles qui l’attendent.

Accorde-lui le calme néces­saire pour avan­cer sans pré­ci­pi­ta­tion.

Donne à cha­cun la force de tra­ver­ser les heures qui viennent.

Pré­serve les proches de l’isolement et des paroles qui blessent.

Sus­cite autour d’eux des pré­sences fidèles et atten­tives.

Sei­gneur, sois leur refuge au milieu de cette épreuve.

Par ta Parole, fais-leur connaître la conso­la­tion que tu donnes en Jésus-Christ.

Nous te deman­dons de les sou­te­nir aujourd’hui et dans les jours à venir.

Amen.

Troi­sième médi­ta­tion – L’espérance chré­tienne devant la mort

Lec­ture : 1 Thes­sa­lo­ni­ciens 4.13–18.

La mort sou­lève des ques­tions aux­quelles nous ne pou­vons pas répondre par nos seules forces.

Que devient la per­sonne que nous avons aimée ?

La sépa­ra­tion est-elle défi­ni­tive ?

Existe-t-il une espé­rance au-delà de la mort ?

L’apôtre Paul répond à ces ques­tions en annon­çant la résur­rec­tion de Jésus-Christ.

Il rap­pelle aux chré­tiens de Thes­sa­lo­nique qu’ils ne sont pas sans espé­rance.

Cette espé­rance ne repose pas sur l’idée que tous les êtres humains seraient auto­ma­ti­que­ment sau­vés.

Elle repose sur Jésus-Christ, mort et res­sus­ci­té, et sur la pro­messe de Dieu concer­nant ceux qui lui appar­tiennent.

La foi chré­tienne annonce que la mort n’aura pas le der­nier mot.

Le Christ res­sus­ci­té revien­dra et les siens par­ti­ci­pe­ront à sa vic­toire.

Cette pro­messe est une source de conso­la­tion pour les croyants.

Mais elle nous appelle aus­si à la véri­té.

Nous ne pou­vons pas pré­tendre connaître avec cer­ti­tude l’état spi­ri­tuel d’une per­sonne lorsque sa foi nous est incon­nue.

Nous devons lais­ser à Dieu ce qui appar­tient à son juge­ment.

Nous pou­vons tou­te­fois annon­cer avec assu­rance ce que l’Évangile révèle : Jésus-Christ est le Sau­veur des pécheurs, et ceux qui se confient en lui reçoivent la vie éter­nelle.

Aujourd’hui, au milieu de notre peine, nous pou­vons entendre cette bonne nou­velle.

Nous pou­vons deman­der au Sei­gneur de sou­te­nir notre foi et de nous conduire dans son espé­rance.

Nous pou­vons éga­le­ment lui confier notre tris­tesse et les per­sonnes que nous aimons.

L’espérance chré­tienne ne sup­prime pas le deuil.

Elle nous invite à tra­ver­ser cette épreuve en regar­dant vers Jésus-Christ.

Prière pro­non­cée par l’aumônier

Sei­gneur Jésus-Christ,

Tu es mort et tu es res­sus­ci­té.

Tu as vain­cu la mort et tu pro­mets la vie éter­nelle à ceux qui se confient en toi.

Nous te deman­dons de sou­te­nir cette famille dans son deuil.

Tu connais ses ques­tions et ses inquié­tudes.

Garde-nous de pré­tendre savoir ce que tu ne nous as pas révé­lé.

Apprends-nous à nous confier en ta jus­tice et en ta misé­ri­corde.

Fais entendre ton Évan­gile à ceux qui sont pré­sents.

Accorde-leur la conso­la­tion de ta Parole et la force de tra­ver­ser les jours qui viennent.

Que l’espérance de la résur­rec­tion éclaire leur che­min.

Amen.

Qua­trième pos­si­bi­li­té – Une prière très brève immé­dia­te­ment après le décès

Lec­ture pro­po­sée : Psaume 34.19.

Lorsque les proches sont bou­le­ver­sés et ne peuvent rece­voir une longue médi­ta­tion, l’aumônier peut pro­po­ser une lec­ture d’un seul ver­set.

Il peut ensuite prier :

Prière brève

Sei­gneur notre Dieu,

Nous te confions cette famille dans sa peine.

Tu connais sa dou­leur et les liens d’affection qui l’unissaient à la per­sonne dis­pa­rue.

Accorde-lui la force néces­saire pour tra­ver­ser ces pre­mières heures.

Entoure-la de pré­sences atten­tives.

Sei­gneur Jésus-Christ, fais entendre ta Parole et sou­tiens ceux qui pleurent.

Nous remet­tons cette épreuve entre tes mains.

Amen.

Cin­quième pos­si­bi­li­té – Lorsque les proches ne par­tagent pas la foi chré­tienne

Si la famille ne sou­haite pas de prière chré­tienne, l’aumônier peut pro­po­ser un moment de silence ou sim­ple­ment demeu­rer dis­po­nible.

Il peut dire :

« Je com­prends. Nous pou­vons sim­ple­ment prendre quelques ins­tants de silence, si vous le sou­hai­tez. »

Il ne doit pas trans­for­mer ce silence en prière impo­sée ni en célé­bra­tion reli­gieuse impli­cite.

La pré­sence res­pec­tueuse consti­tue déjà une forme impor­tante d’accompagnement humain.

Indi­ca­tions pra­tiques pour l’aumônier

Les pre­mières paroles

Évi­ter les for­mules qui cherchent à expli­quer immé­dia­te­ment la mort ou à réduire la peine.

Il convient notam­ment de ne pas affir­mer que Dieu aurait vou­lu ce décès pour une rai­son par­ti­cu­lière que nous serions capables d’identifier.

L’aumônier peut recon­naître sim­ple­ment la dou­leur :

« Je suis déso­lé de ce que vous tra­ver­sez. »

Ou :

« Je reste à votre dis­po­si­tion si vous sou­hai­tez par­ler ou prier. »

Les réac­tions des proches

Les pleurs, le silence, la colère, la confu­sion et par­fois le sou­la­ge­ment peuvent se mani­fes­ter de dif­fé­rentes manières.

L’aumônier ne doit pas juger ces réac­tions.

Il demeure atten­tif aux situa­tions de détresse aiguë néces­si­tant l’intervention des pro­fes­sion­nels com­pé­tents.

Les ques­tions sur le salut du défunt

Lorsque les proches demandent si la per­sonne décé­dée est auprès de Dieu, l’aumônier dis­tingue ce que l’Écriture pro­met de ce qu’il ignore.

Il ne pro­nonce pas une assu­rance de salut sans fon­de­ment.

Il peut rap­pe­ler que Dieu est par­fai­te­ment juste et misé­ri­cor­dieux, puis annon­cer les pro­messes de l’Évangile en Jésus-Christ.

Les démarches pra­tiques

L’aumônier ne rem­place pas les pro­fes­sion­nels char­gés des for­ma­li­tés admi­nis­tra­tives, des infor­ma­tions médi­cales ou de l’organisation des suites du décès.

Il peut cepen­dant aider les proches à iden­ti­fier les inter­lo­cu­teurs com­pé­tents.

La suite de l’accompagnement

Une visite ou un appel dans les jours sui­vants peut être utile, lorsque cela est pos­sible et sou­hai­té.

Il importe de ne pas pro­mettre un sui­vi que l’on ne pour­ra pas assu­rer.

L’aumônier peut éga­le­ment pro­po­ser, selon les convic­tions de la famille, une ren­contre pour pré­pa­rer une céré­mo­nie d’obsèques ou un temps de prière.

Ren­vois internes à pré­voir : accom­pa­gne­ment des der­niers jours ; annonce du décès ; deuil ; pré­pa­ra­tion des obsèques ; pré­di­ca­tion funèbre ; espé­rance de la résur­rec­tion ; accom­pa­gne­ment des familles non croyantes.

Sta­tut édi­to­rial : texte ori­gi­nal de tra­vail, à har­mo­ni­ser avec les cha­pitres consa­crés au deuil et aux obsèques avant inté­gra­tion au manus­crit conti­nu.