Jean alvin

A propos du témoignage intérieur du Saint-Esprit chez Calvin – Jean-Daniel Benoît

On retrouve chez Cal­vin ces trois auto­ri­tés, inter­dé­pen­dantes et dis­tinctes :

  • celle de l’É­glise,
  • celle des Écri­tures,
  • celle du Saint-Esprit.

S’op­po­sant au catho­li­cisme « où toute cer­ti­tude est ôtée à la Parole de Dieu » et où,  fina­le­ment, l’on dépend de l’au­to­ri­té des hommes, le réfor­ma­teur est bien obli­gé cepen­dant de faire cet aveu :

« Je confesse bien qu’il faut s’adresser l’Église pour avoir la pure doc­trine, pour ce que Dieu lui  en a don­né l’ad­mi­nis­tra­tion. »

Com­men­taire sur Éphé­siens 4.14

Thèse essen­tiel­le­ment catho­lique, semble-t-il : c’est l’É­glise qui est juge de la doc­trine, c’est l’É­glise qui la défi­nit, c’est l’É­glise qui inter­prète l’É­cri­ture.

Oui, mais l’adhé­sion indi­vi­duelle est, elle aus­si, néces­saire et, en der­nière ana­lyse, c’est le Saint-Esprit par­lant à la conscience du fidèle qui pro­nonce (témoi­gnage inté­rieur du Saint-Esprit).

En effet, pour­quoi Cal­vin, recon­nais­sant qu’il faut s’a­dres­ser à l’É­glise pour avoir la pure doc­trine, s’op­pose-t-il au catho­li­cisme, dont il semble adop­ter la thèse fon­da­men­tale ? C’est, nous dira-t-il, parce que « sous cou­leur du titre d’É­glise, les Papistes ense­ve­lissent la doc­trine » (Id.).

Bien ! Mais com­ment le sait-il ? C’est qu’il a lu lui­ même, avec son bon sens et ce qu’il affirme être l’illu­mi­na­tion inté­rieure du Saint-Esprit, les livres de l’É­cri­ture.

Et alors, ou bien il iden­ti­fie son juge­ment avec celui de l’É­glise, et c’est lui, Cal­vin, qui est l’É­glise, et nous avons un pape, ou bien cha­cun est appe­lé à exa­mi­ner lui-même libre­ment, comme l’a fait Cal­vin, si la doc­trine « admi­nis­trée » par l’É­glise est bien conforme à celle qui se retrouve dans l’É­cri­ture.

Mais – et c’est là que nous vou­lons en venir – ce juge­ment indi­vi­duel n’est pas abso­lu­ment libre, indé­pen­dant, sub­jec­tif. C’est un fait psy­cho­lo­gique, sinon dog­ma­tique, qu’il est influen­cé par tout le poids de la tra­di­tion, par toute l’au­to­ri­té recon­nue à l’É­glise, par le sens évident de l’É­cri­ture et l’ob­jec­ti­vi­té de la doc­trine qui s’y trouve for­mu­lée.

Ce n’est en fait que rare­ment, à cer­tains tour­nants de l’histoire, que le sens indi­vi­duel, sou­le­vé par une véri­table illu­mi­na­tion inté­rieure, doit faire front et s’op­po­ser à l’autorité de la tra­di­tion et de l’É­glise au nom de l’Écriture.

Encore n’est-ce que pour un temps, la Réforme l’a bien mon­tré ; bien­tôt se recons­ti­tue l’autorité d’une Église, sinon de l’É­glise.

Le plus sou­vent, ces trois moments sont insé­pa­rables : auto­ri­té de l’Église, auto­ri­té de l’Écriture, auto­ri­té de la rai­son et de la conscience éclai­rée par le Saint-Esprit ; ces trois auto­ri­tés se com­pé­nètrent et, en quelque sorte, fusionnent. On peut accen­tuer et sou­li­gner tel ou tel élé­ment de la syn­thèse, mais on est bien obli­gé de recon­naître qu’il y a en fait une syn­thèse et nous croyons que le catho­li­cisme lui-même n’é­chappe pas à cette néces­si­té.

Jean-Daniel Benoît, in Réflexions sur le pro­tes­tan­tisme libé­ral au XIXe siècle. A pro­pos d’un livre récent / Ernest Rochat, Le Déve­lop­pe­ment de la théo­lo­gie pro­tes­tante fran­çaise au XIXs siècle. Genève, Georg, 1942. [page 142, note 9]

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