Parole et discernement

Le subjectivisme religieux

Le sub­jec­ti­visme reli­gieux consiste à faire de l’expérience inté­rieure, du res­sen­ti ou de la conscience indi­vi­duelle le cri­tère ultime de la véri­té spi­ri­tuelle. Cette dérive tra­verse le pié­tisme, le spi­ri­tua­lisme moderne, cer­taines formes de cha­ris­ma­tisme et le libé­ra­lisme théo­lo­gique. Foe­dus adopte une posi­tion réso­lu­ment cri­tique à l’égard du sub­jec­ti­visme reli­gieux, qu’il consi­dère comme incom­pa­tible avec la foi chré­tienne confes­sante.

Défi­ni­tion du sub­jec­ti­visme reli­gieux

Par sub­jec­ti­visme reli­gieux, Foe­dus entend toute concep­tion selon laquelle :
– la véri­té reli­gieuse est fon­dée sur l’expérience per­son­nelle,
– la conscience indi­vi­duelle prime sur la révé­la­tion objec­tive,
– le res­sen­ti devient cri­tère d’authenticité spi­ri­tuelle.

Dans cette logique, la foi n’est plus reçue, mais pro­duite ; elle n’est plus confes­sée, mais éprou­vée.

Une inver­sion fon­da­men­tale

La foi chré­tienne repose sur une struc­ture claire :
– Dieu parle,
– l’homme écoute,
– la foi répond.

Le sub­jec­ti­visme inverse cet ordre :
– l’homme éprouve,
– inter­prète,
– puis attri­bue à Dieu ce qu’il res­sent.

Ce dépla­ce­ment est déci­sif.
Il ne modi­fie pas seule­ment la spi­ri­tua­li­té ; il altère la révé­la­tion elle-même.

Racines his­to­riques

Le sub­jec­ti­visme reli­gieux ne naît pas ex nihi­lo.
Il s’est déve­lop­pé his­to­ri­que­ment :
– dans le pié­tisme, par la sur­va­lo­ri­sa­tion de l’expérience de conver­sion,
– dans le roman­tisme reli­gieux,
– dans le libé­ra­lisme théo­lo­gique moderne, notam­ment chez Frie­drich Schleier­ma­cher, pour qui la reli­gion devient essen­tiel­le­ment sen­ti­ment de dépen­dance.

Ce cou­rant marque dura­ble­ment la moder­ni­té reli­gieuse occi­den­tale.

Affai­blis­se­ment de l’autorité de l’Écriture

Lorsque l’expérience devient cen­trale, l’Écriture change de sta­tut.
Elle n’est plus norme sou­ve­raine, mais réser­voir d’images, d’inspirations ou de jus­ti­fi­ca­tions a pos­te­rio­ri.

La ques­tion n’est plus :
Que dit Dieu ?
mais :
Que me dit ce texte aujourd’hui ?

La Parole est ain­si sou­mise à l’expérience au lieu de la juger.

Rela­ti­vi­sa­tion de la doc­trine

Le sub­jec­ti­visme conduit inévi­ta­ble­ment à une rela­ti­vi­sa­tion doc­tri­nale.
Si la véri­té est vécue inté­rieu­re­ment, elle devient variable selon les per­sonnes, les cultures et les émo­tions.

La confes­sion de foi cesse d’être une norme com­mune pour deve­nir une option per­son­nelle.

Foe­dus affirme au contraire que la doc­trine chré­tienne exprime une véri­té objec­tive, reçue et trans­mise, non négo­ciable à l’infini.

Fra­gi­li­sa­tion de l’assurance du salut

Dans la foi réfor­mée confes­sante, l’assurance du salut repose sur :
– l’œuvre accom­plie du Christ,
– les pro­messes objec­tives de l’Évangile.

Le sub­jec­ti­visme déplace cette assu­rance vers :
– l’intensité du vécu spi­ri­tuel,
– la constance du sen­ti­ment reli­gieux,
– la qua­li­té per­çue de la foi.

Ce dépla­ce­ment engendre insta­bi­li­té, intros­pec­tion anxieuse ou orgueil spi­ri­tuel.

Indi­vi­dua­li­sa­tion et écla­te­ment ecclé­sial

Le sub­jec­ti­visme fra­gi­lise l’Église visible.
La com­mu­nau­té devient secon­daire face au vécu per­son­nel.
L’autorité doc­tri­nale est per­çue comme une menace pour l’authenticité.

Il en résulte :
– un écla­te­ment des appar­te­nances,
– une mul­ti­pli­ca­tion de spi­ri­tua­li­tés pri­vées,
– une perte de la confes­sion com­mune.

Foe­dus affirme que la foi chré­tienne est per­son­nelle sans être indi­vi­dua­liste, vécue dans l’Église et régu­lée par la confes­sion.

Spi­ri­tua­li­té sans incar­na­tion

Le sub­jec­ti­visme tend à pro­duire une spi­ri­tua­li­té dés­in­car­née :
– déta­chée des sacre­ments,
– méfiante envers les minis­tères ordi­naires,
– hos­tile à toute ins­ti­tu­tion durable.

Or Dieu a choi­si d’agir par des moyens visibles, ordi­naires et ecclé­siaux.
Mépri­ser ces moyens au nom de l’authenticité est une illu­sion spi­ri­tuelle récur­rente.

Consé­quences cultu­relles et éthiques

Lorsque la véri­té reli­gieuse devient sub­jec­tive :
– la morale devient rela­tive,
– la loi de Dieu est inté­rio­ri­sée puis neu­tra­li­sée,
– la foi se dis­sout dans l’émotion.

Le sub­jec­ti­visme reli­gieux pré­pare ain­si le ter­rain du rela­ti­visme éthique et du libé­ra­lisme doc­tri­nal.

Posi­tion de Foe­dus

Foe­dus rejette le sub­jec­ti­visme reli­gieux sous toutes ses formes.
Nous affir­mons que :
– la foi repose sur la révé­la­tion objec­tive de Dieu,
– l’Écriture est norme sou­ve­raine,
– la doc­trine est fon­de­ment de la vie spi­ri­tuelle,
– l’expérience est fruit de la foi, non son cri­tère.

Nous appe­lons à une spi­ri­tua­li­té enra­ci­née, confes­sante et ecclé­siale, nour­rie par les moyens ordi­naires de la grâce.

Fina­li­té

Cette posi­tion vise à pro­té­ger la foi chré­tienne de sa dis­so­lu­tion inté­rieure.
La véri­té ne naît pas du res­sen­ti ; elle est reçue.
La liber­té spi­ri­tuelle ne consiste pas à se fon­der sur soi-même, mais à s’appuyer sur une Parole plus solide que nos émo­tions.

Foe­dus défend une foi capable de tra­ver­ser les sai­sons, pré­ci­sé­ment parce qu’elle ne dépend pas de l’intensité de l’instant.


Annexes :
Posi­tion « Contre le libé­ra­lisme théo­lo­gique »,
– une fiche pas­to­rale « accom­pa­gner sans sub­jec­ti­vi­ser »,
– une syn­thèse trans­ver­sale « objec­ti­vi­té de la foi chré­tienne » pour clore ce cycle doc­tri­nal.