Parole et discernement

Position sur la théologie de la libération

La théo­lo­gie de la libé­ra­tion est née d’un contexte réel de pau­vre­té, d’injustice et d’oppression, prin­ci­pa­le­ment en Amé­rique latine au XXᵉ siècle. Elle a vou­lu répondre à une souf­france concrète et à des situa­tions sociales scan­da­leuses. Tou­te­fois, en inté­grant des caté­go­ries idéo­lo­giques étran­gères à l’Évangile, elle a pro­fon­dé­ment alté­ré la théo­lo­gie chré­tienne. Foe­dus adopte une posi­tion cri­tique, confes­sante et nuan­cée face à la théo­lo­gie de la libé­ra­tion.

Ori­gine et inten­tion

La théo­lo­gie de la libé­ra­tion émerge dans un contexte de misère struc­tu­relle, d’inégalités éco­no­miques extrêmes et de régimes auto­ri­taires. Elle se pré­sente comme une théo­lo­gie enga­gée, cher­chant à arti­cu­ler foi chré­tienne et lutte pour la jus­tice sociale. Cette inten­tion de prendre au sérieux la souf­france des pauvres ne peut être niée ni mépri­sée.

Par­mi ses figures fon­da­trices figure notam­ment Gus­ta­vo Gutiér­rez, qui a for­mu­lé une théo­lo­gie expli­ci­te­ment orien­tée vers la libé­ra­tion socio-poli­tique.

Dépla­ce­ment métho­do­lo­gique fon­da­men­tal

La rup­ture cen­trale de la théo­lo­gie de la libé­ra­tion n’est pas d’abord éthique, mais métho­do­lo­gique.
Elle ne part plus de la révé­la­tion biblique pour éclai­rer la réa­li­té sociale, mais de l’analyse socio-poli­tique pour relire l’Écriture. La praxis devient le cri­tère d’interprétation de la Parole de Dieu. La Bible est lue à tra­vers des grilles idéo­lo­giques, sou­vent issues du mar­xisme ou de ses déri­vés.

Foe­dus affirme au contraire que l’Écriture juge toute praxis humaine, y com­pris les luttes sociales.

Influence du mar­xisme

Même lorsque ses pro­mo­teurs s’en défendent, la théo­lo­gie de la libé­ra­tion intègre des caté­go­ries mar­xistes déter­mi­nantes :
– lec­ture de l’histoire en termes de lutte des classes,
– réduc­tion du mal à des struc­tures éco­no­miques,
– vision conflic­tuelle et mani­chéenne du réel,
– escha­to­lo­gie imma­nen­ti­sée.

Ces caté­go­ries modi­fient en pro­fon­deur la com­pré­hen­sion biblique du péché, du salut et de l’espérance.

Redé­fi­ni­tion du péché

Dans la théo­lo­gie de la libé­ra­tion, le péché est prio­ri­tai­re­ment com­pris comme struc­tu­rel : injus­tice, oppres­sion, domi­na­tion éco­no­mique.
Foe­dus recon­naît la réa­li­té du péché struc­tu­rel, mais affirme qu’il pro­cède du péché per­son­nel et non l’inverse. Lorsque le péché est prin­ci­pa­le­ment exter­na­li­sé dans des sys­tèmes, la res­pon­sa­bi­li­té indi­vi­duelle est affai­blie et la conver­sion per­son­nelle mar­gi­na­li­sée.

Chris­to­lo­gie et salut

La théo­lo­gie de la libé­ra­tion tend à pri­vi­lé­gier le Christ comme libé­ra­teur poli­tique ou sym­bole de résis­tance face à l’oppression.
La croix est alors lue moins comme sacri­fice expia­toire que comme consé­quence de l’engagement de Jésus contre les puis­sances injustes.
Le salut est redé­fi­ni comme libé­ra­tion his­to­rique et sociale, au détri­ment de la récon­ci­lia­tion avec Dieu par la grâce.

Foe­dus affirme que la libé­ra­tion véri­table com­mence par la déli­vrance du péché devant Dieu, sans exclure des impli­ca­tions sociales réelles, mais sans les abso­lu­ti­ser.

Église et mis­sion

Dans la théo­lo­gie de la libé­ra­tion, l’Église devient sou­vent un acteur poli­tique ou un ins­tru­ment de trans­for­ma­tion sociale. La pro­cla­ma­tion de l’Évangile cède la place à l’engagement mili­tant.
Foe­dus affirme que l’Église est appe­lée à aimer les pauvres, dénon­cer l’injustice et pra­ti­quer la cha­ri­té, mais qu’elle ne peut être réduite à un mou­ve­ment révo­lu­tion­naire ou idéo­lo­gique sans perdre sa voca­tion propre.

Ambi­guï­tés et dérives

Les consé­quences obser­vables de la théo­lo­gie de la libé­ra­tion sont nom­breuses :
– subor­di­na­tion de la théo­lo­gie à l’idéologie,
– effa­ce­ment de la jus­ti­fi­ca­tion par la foi,
– confu­sion entre Royaume de Dieu et pro­jet poli­tique,
– pola­ri­sa­tion ecclé­siale et ins­tru­men­ta­li­sa­tion de la foi.

Lorsque le Royaume est iden­ti­fié à une trans­for­ma­tion socio-éco­no­mique immé­diate, l’espérance chré­tienne est rabat­tue sur l’histoire pré­sente.

Jus­tice sociale et foi réfor­mée

Foe­dus rejette l’idée selon laquelle une cri­tique de la théo­lo­gie de la libé­ra­tion impli­que­rait une indif­fé­rence à la jus­tice sociale.
La foi réfor­mée confes­sante prend au sérieux :
– la digni­té des pauvres,
– la res­pon­sa­bi­li­té sociale,
– la dénon­cia­tion de l’injustice,
– la cha­ri­té concrète.

Mais elle refuse de trans­for­mer l’Évangile en idéo­lo­gie poli­tique ou en pro­gramme de libé­ra­tion ter­restre.

Posi­tion de Foe­dus

Foe­dus adopte une posi­tion cri­tique et confes­sante face à la théo­lo­gie de la libé­ra­tion.
Nous recon­nais­sons la légi­ti­mi­té de la ques­tion de la jus­tice sociale, mais reje­tons toute théo­lo­gie qui subor­donne la révé­la­tion biblique à une ana­lyse idéo­lo­gique, redé­fi­nit le salut en termes poli­tiques et imma­nen­tise le Royaume de Dieu.
Nous affir­mons un Évan­gile qui trans­forme les per­sonnes et, par elles, éclaire la socié­té, sans se confondre avec un pro­jet révo­lu­tion­naire.

Fina­li­té

Cette posi­tion vise à pré­ser­ver la cen­tra­li­té de l’Évangile tout en refu­sant l’indifférence face à la souf­france humaine. Elle cherche à unir véri­té doc­tri­nale, cha­ri­té concrète et dis­cer­ne­ment poli­tique, convain­cue que seule la grâce de Dieu libère l’homme de manière véri­table et durable.


En com­plé­ment :
– une table com­pa­ra­tive : théo­lo­gie biblique de la jus­tice / théo­lo­gie de la libé­ra­tion,
– une page « Jus­tice sociale, cha­ri­té et Royaume de Dieu » pour cla­ri­fier posi­ti­ve­ment la posi­tion réfor­mée confes­sante.