Vincent Bru, 6 Janvier 2026
Cette page est consacrée aux textes bibliques du Baptême du Seigneur, un moment clé de l’année liturgique où l’Église contemple l’entrée publique de Jésus dans sa mission. Au Jourdain, le Christ se tient parmi les hommes, reçoit le baptême, prie, et le ciel s’ouvre. Le Père révèle l’identité du Fils, l’Esprit descend, et l’œuvre du salut se déploie désormais au grand jour.
Les textes du jour sont :
Ésaïe 42.1–7
Psaume 29
Actes 10.34–38
Luc 3.15–16.21–22
Ces passages forment un ensemble profondément cohérent. Ésaïe annonce le Serviteur choisi, soutenu par Dieu, rempli de l’Esprit et envoyé pour établir le droit et être lumière des nations. Le Psaume 29 proclame la voix souveraine de l’Éternel, puissante sur les eaux et sur toute la création, mais qui bénit son peuple dans la paix. Dans les Actes, Pierre affirme que cette paix est désormais annoncée à toutes les nations, car Jésus-Christ est le Seigneur de tous. L’Évangile de Luc révèle enfin l’accomplissement de ces promesses : Jésus est baptisé, l’Esprit repose sur lui et le Père le déclare Fils bien-aimé.
Le thème général de ce dimanche est la révélation du Christ comme Fils bien-aimé, Serviteur oint par l’Esprit et Seigneur universel, inaugurant son ministère dans l’obéissance, l’humilité et la communion avec le Père.
Dans l’année liturgique, le Baptême du Seigneur marque la conclusion du temps de l’Épiphanie. Après la manifestation du Christ aux nations, l’Église contemple la manifestation trinitaire au Jourdain. Ce temps ouvre la méditation sur le ministère public de Jésus, avant d’entrer progressivement dans la montée vers la Passion.
La couleur liturgique est le blanc, signe de joie, de lumière et de révélation. Elle exprime la gloire du Fils, la pureté de son obéissance et la joie du salut manifesté.
Du point de vue de la théologie de l’alliance, ces textes sont fondamentaux. Le Christ apparaît comme le Médiateur de l’alliance de grâce. En recevant le baptême, il s’identifie à son peuple, assume l’histoire d’Israël et reçoit l’Esprit comme chef de l’humanité nouvelle. Il ne se contente pas d’annoncer l’alliance : il l’incarne. En lui, les promesses faites aux pères trouvent leur accomplissement, et l’alliance s’étend aux nations sans perdre son centre, Jésus-Christ seul.
Le contenu de cette page propose une approche complète et accessible des textes du jour :
– une présentation biblique et théologique de chaque passage,
– des exégèses nourries de la tradition patristique et réformée,
– une prédication structurée,
– une méditation spirituelle et une prière,
– des éléments liturgiques pour le culte,
– des outils pédagogiques pour l’enseignement et la réflexion personnelle.
Cette page est librement utilisable. Elle a pour objectif d’aider à entrer pleinement dans le mystère du Baptême du Seigneur, afin que la révélation faite au Jourdain éclaire la foi, affermisse l’espérance et conduise à une obéissance confiante, enracinée dans la grâce de l’alliance.
Textes bibliques
Ésaïe 42.1–7
Psaume 29
Actes 10.34–38
Évangile selon Luc 3.15–16.21–22
Bref résumé
Le Baptême du Seigneur révèle publiquement l’identité de Jésus comme Fils bien-aimé, oint par l’Esprit pour accomplir la justice de Dieu. Le ciel s’ouvre, la voix du Père retentit, et l’Esprit repose sur le Christ : la mission messianique commence sous le signe de l’humilité et de l’obéissance.
Thème général
La révélation du Fils et le commencement de la mission messianique
Lien avec la théologie de l’alliance
Le baptême de Jésus marque son engagement volontaire comme Médiateur de la nouvelle alliance. En s’identifiant aux pécheurs, le Christ assume l’histoire d’Israël et accomplit parfaitement l’obéissance requise par l’alliance. L’Esprit donné sans mesure atteste que toutes les promesses faites aux pères trouvent en lui leur plein accomplissement.
Titre
« Tu es mon Fils bien-aimé »
Courte méditation
Au Jourdain, Jésus se tient parmi les pécheurs. Lui, le Saint, ne se sépare pas, ne se place pas au-dessus, mais entre dans la file des hommes. Il n’a rien à confesser, et pourtant il s’avance. Ce geste silencieux révèle le cœur de Dieu : un Dieu qui ne sauve pas de loin, mais en se tenant à nos côtés.
Quand Jésus sort de l’eau, le ciel s’ouvre. L’Esprit descend, la voix du Père retentit : « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi j’ai mis toute mon affection » (Luc 3.22). Avant tout miracle, avant toute prédication, avant toute croix, le Père affirme l’identité du Fils. L’obéissance du Christ ne cherche pas l’amour de Dieu : elle en découle.
Dans ce baptême, Jésus accepte déjà la route qui mène à la croix. Il s’identifie à nous pour que nous soyons identifiés à lui. L’eau du Jourdain annonce le sang versé, et la voix du ciel anticipe la victoire de la résurrection. Là où nous étions séparés de Dieu, le Christ ouvre un chemin nouveau.
Comme l’écrivait Jean Calvin, le Christ « a reçu le baptême non pour lui-même, mais pour nous, afin de sanctifier en sa personne l’usage du baptême ». Ce qui est vrai de lui devient vrai pour ceux qui lui appartiennent : aimés avant d’agir, appelés avant de servir, fortifiés avant d’obéir.
Prière
Seigneur Jésus, toi qui es descendu dans les eaux pour nous rejoindre, apprends-moi l’humilité de ton chemin. Fais-moi vivre chaque jour dans la certitude que je suis aimé par le Père à cause de toi. Donne-moi ton Esprit, afin que je marche fidèlement là où tu m’envoies. Amen.
Prédication
Introduction
Il y a des moments où Dieu se manifeste sans bruit humain, mais avec une puissance céleste. Le baptême de Jésus, tel que Luc le rapporte, n’est ni un spectacle, ni une démonstration de force. Pourtant, tout l’Évangile y est déjà contenu. Le ciel s’ouvre, l’Esprit descend, le Père parle. Et au cœur de cette révélation, Jésus se tient dans l’eau, au milieu du peuple, priant.
Les textes de ce jour convergent tous vers cette même vérité : Dieu révèle son salut non par la violence ou l’éclat, mais par la fidélité, l’obéissance et la paix donnée à son peuple.
1. Le Serviteur choisi et oint par Dieu
Ésaïe 42 nous présente le Serviteur de l’Éternel. Il est élu, soutenu par Dieu, rempli de l’Esprit. Il n’élève pas la voix, il n’écrase pas le faible, il n’éteint pas la mèche qui fume encore. Sa mission est d’établir le droit, non seulement pour Israël, mais pour les nations.
Lorsque Jésus descend dans les eaux du Jourdain, cette prophétie s’accomplit. Il ne vient pas en conquérant, mais en Serviteur. Il assume volontairement la condition de ceux qu’il est venu sauver. Il entre dans l’eau non pour être purifié, mais pour sanctifier.
Le Père déclare alors : « Tu es mon Fils bien-aimé, objet de mon affection ». Cette parole reprend Ésaïe 42 et le Psaume 2. Jésus est à la fois le Serviteur souffrant et le Fils royal. Sa gloire passe par l’obéissance, et sa puissance par l’humilité.
Illustration
Un roi terrestre prouve sa légitimité en dominant. Le Christ prouve la sienne en servant. Là où nous attendions un trône, Dieu nous montre une rivière.
Application
Dieu n’appelle jamais ses enfants à une obéissance sans amour préalable. Avant toute œuvre, il y a une parole d’adoption. L’identité précède la mission.
2. La voix souveraine de Dieu et la paix donnée à son peuple
Le Psaume 29 fait retentir la voix de l’Éternel. Elle domine les eaux, brise les cèdres, fait trembler le désert. Cette voix est redoutable, irrésistible, souveraine. Elle rappelle que Dieu règne sur le chaos, sur l’histoire, sur les forces que l’homme ne maîtrise pas.
Mais le psaume ne s’arrête pas à la tempête. Il se conclut par une bénédiction : « L’Éternel donne la force à son peuple, l’Éternel bénit son peuple dans la paix ».
Cette même voix qui fait trembler la création se fait entendre au Jourdain, non pour effrayer, mais pour révéler. Elle ne détruit pas, elle affirme. Elle ne juge pas, elle adopte.
Illustration
L’orage peut détruire une maison mal fondée, mais il révèle aussi la solidité d’un rocher. La voix de Dieu éprouve, mais elle protège ceux qui lui appartiennent.
Application
La paix promise par Dieu n’est pas l’absence de tempête. C’est la certitude que le Roi règne encore lorsque les eaux grondent.
3. Jésus, Seigneur de tous, porteur de paix et de délivrance
Dans Actes 10, Pierre proclame que Dieu ne fait pas acception de personnes. La bonne nouvelle annoncée à Israël est désormais offerte aux nations. Jésus est « le Seigneur de tous ».
Pierre résume alors l’Évangile en quelques mots : Jésus a été oint d’Esprit et de puissance, il a fait le bien, il a délivré ceux qui étaient sous l’oppression du diable. Tout commence « après le baptême que Jean a prêché ».
Le baptême du Christ marque donc le début visible de son ministère messianique. Il ne s’impose pas par la force, mais par la restauration. Il ne règne pas en écrasant, mais en libérant. La paix annoncée n’est pas politique, elle est réconciliation avec Dieu.
Illustration
Un médecin ne prouve pas sa compétence en parlant de la maladie, mais en guérissant. Le Christ manifeste son autorité en rendant la vie là où elle était captive.
Application
Si Jésus est Seigneur de tous, il est aussi Seigneur de toute notre vie. Il n’y a pas de domaine neutre, ni de zone exclue de sa paix.
Conclusion
Au Jourdain, Dieu révèle son cœur. Le Fils se tient parmi les pécheurs. L’Esprit descend pour équiper. Le Père parle pour aimer.
Ésaïe nous montre le Serviteur fidèle. Le Psaume nous rappelle la majesté du Roi. Actes nous annonce l’universalité du salut. Luc nous révèle que tout cela se rejoint en Jésus-Christ.
Le baptême du Seigneur nous rappelle que le salut est une initiative divine, que l’obéissance du Christ est parfaite, et que la paix donnée à son peuple repose sur une royauté éternelle.
Là où le ciel s’ouvre au-dessus du Fils bien-aimé, il s’ouvre aussi pour ceux qui sont unis à lui. Et la parole du Père devient, par grâce, notre assurance : en Christ, nous sommes aimés avant même d’agir, envoyés sans être abandonnés, et gardés dans la paix du Roi souverain.
Exégèse
Bible hébraïque
Ésaïe 42 :1-7 NVS78P [1] Voici mon serviteur auquel je tiens fermement, Mon élu, en qui mon âme se complaît. J’ai mis mon Esprit sur lui ; Il révélera le droit aux nations. [2] Il ne criera pas, Il n’élèvera pas la voix Et ne la fera pas entendre dans les rues. [3] Il ne brisera pas le roseau broyé Et il n’éteindra pas la mèche qui faiblit ; Il révélera le droit selon la vérité. [4] Il ne faiblira pas Ni ne s’esquivera, Jusqu’à ce qu’il ait établi le droit sur la terre, Et que les îles s’attendent à sa loi. [5] Ainsi parle Dieu, l’Éternel, Qui a créé les cieux et qui les déploie, Qui étend la terre et ses productions, Qui donne la respiration à ceux qui la peuplent Et le souffle à ceux qui la parcourent. [6] Moi, l’Éternel, je t’ai appelé pour la justice Et je te prends par la main, Je te protège et je t’établis Pour (faire) alliance avec le peuple, Pour être la lumière des nations, [7] Pour ouvrir les yeux des aveugles, Pour faire sortir de prison le captif Et de leur cachot les habitants des ténèbres.
Ésaïe 42.1–7 se situe au début du premier « chant du Serviteur ». Nous sommes dans la section dite du Deutéro-Ésaïe (chapitres 40–55), adressée à un peuple en exil, découragé, apparemment abandonné. Dieu répond non par une simple promesse politique, mais par la révélation d’une personne : son Serviteur.
Le verset 1 concentre une densité théologique remarquable. « Voici mon serviteur » introduit une figure choisie et envoyée par Dieu. Le terme hébreu ‘eved désigne à la fois le serviteur royal et le serviteur de l’alliance. « Mon élu, en qui mon âme se complaît » anticipe explicitement la voix céleste au baptême de Jésus (Luc 3.22). L’élection n’est pas fondée sur une œuvre préalable, mais sur le bon plaisir souverain de Dieu. « J’ai mis mon Esprit sur lui » : l’onction de l’Esprit est constitutive de sa mission. Dans l’Ancien Testament, l’Esprit est donné pour une tâche précise ; ici, il repose pleinement et durablement sur le Serviteur. Sa mission est universelle : « il révélera le droit aux nations ». Le mot mishpat ne désigne pas seulement la justice juridique, mais l’ordre juste voulu par Dieu, conforme à son alliance.
Les versets 2 et 3 décrivent le style paradoxal de ce Serviteur. Il ne crie pas, n’impose pas par la force, n’use pas de violence politique ou religieuse. Le contraste est frappant avec les puissances impériales. L’image du « roseau broyé » et de la « mèche qui faiblit » exprime une extrême fragilité. Le Serviteur n’écrase pas ce qui est déjà brisé ; il ne méprise pas ce qui semble presque éteint. Pourtant, cette douceur n’est pas faiblesse : « il révélera le droit selon la vérité ». La vérité (‘emet) renvoie à la fidélité stable de Dieu à ses promesses.
Le verset 4 corrige toute lecture sentimentale. Le Serviteur lui-même ne fléchira pas. Il persévérera jusqu’à l’accomplissement total de sa mission. Les « îles » représentent les nations lointaines, les extrémités du monde connu. La loi attendue n’est pas une domination culturelle, mais l’enseignement salvateur de Dieu offert à tous.
Les versets 5 à 7 ancrent la mission du Serviteur dans l’acte créateur de Dieu. Celui qui parle est le Créateur des cieux et de la terre, celui qui donne le souffle de vie. La rédemption n’est pas détachée de la création : le Dieu qui crée est aussi celui qui restaure. Le Serviteur est « appelé pour la justice » : son appel est conforme au caractère même de Dieu. « Je te prends par la main » exprime la protection divine constante dans la mission, y compris dans la souffrance.
Le verset 6 est central pour la théologie de l’alliance. Le Serviteur est établi « pour alliance avec le peuple ». Il ne se contente pas d’annoncer l’alliance : il l’incarne. Il est à la fois le Médiateur et le contenu vivant de l’alliance. En même temps, il est « lumière des nations », montrant que l’élection d’Israël n’a jamais été exclusive, mais missionnaire.
Le verset 7 décrit les effets concrets du salut : ouverture des yeux, libération des captifs, sortie des ténèbres. Ces images sont à la fois spirituelles et réelles. Elles annoncent la délivrance du péché, de l’idolâtrie et de l’esclavage spirituel, tout en préfigurant la restauration totale promise par Dieu.
Les Pères de l’Église ont unanimement reconnu dans ce texte une prophétie messianique. Irénée de Lyon voit dans le Serviteur celui qui « récapitule en lui l’humanité blessée afin de la guérir par l’obéissance ». Augustin souligne que la douceur du Serviteur est la forme même de la puissance divine, qui vainc non par la contrainte mais par l’amour.
Jean Calvin écrit dans son Commentaire sur Ésaïe que ce Serviteur « n’est pas seulement envoyé pour le peuple juif, mais pour rassembler sous l’obéissance de Dieu ceux qui étaient dispersés dans le monde entier ». Il insiste sur le fait que la mission du Christ unit indissolublement justice et miséricorde.
Dans la théologie réformée de l’alliance, Ésaïe 42.1–7 est fondamental. Le Christ y apparaît comme le Serviteur élu de toute éternité, porteur de l’Esprit, accomplissant l’obéissance que l’alliance exige, et accordant aux nations les bénéfices de cette alliance. L’élection n’est jamais une fin en soi : elle est ordonnée à la rédemption et à la lumière offerte au monde entier.
Psaume
Voir Psaume 29
Tradition apostolique – Actes
Actes 10 :34-38 NVS78P [34] Alors Pierre ouvrit la bouche et dit : En vérité, je le comprends, pour Dieu il n’y a pas de considération de personnes, [35] mais en toute nation celui qui le craint et qui pratique la justice lui est agréable. [36] Il a envoyé la parole aux fils d’Israël, en leur annonçant la bonne nouvelle de la paix par Jésus-Christ ; c’est lui, le Seigneur de tous. [37] Vous savez ce qui est arrivé dans toute la Judée, après avoir commencé en Galilée, à la suite du baptême que Jean a prêché : [38] comment Dieu a oint d’Esprit Saint et de puissance Jésus de Nazareth, qui allait de lieu en lieu en faisant le bien et en guérissant tous ceux qui étaient sous l’oppression du diable ; car Dieu était avec lui.
Actes des Apôtres 10.34–38 se situe à un moment charnière de l’histoire du salut. Pierre se trouve dans la maison de Corneille, centurion romain, donc païen. Pour la première fois, un apôtre proclame explicitement l’Évangile à des non-Juifs sans exiger leur intégration préalable au judaïsme. Ce passage marque une avancée décisive dans la compréhension de l’universalité de l’alliance en Jésus-Christ.
Le verset 34 commence par une formule solennelle : « Pierre ouvrit la bouche ». Dans le style biblique, cette expression annonce une déclaration d’autorité. Pierre confesse une vérité qu’il n’avait pas encore pleinement comprise : « pour Dieu il n’y a pas de considération de personnes ». Le grec prosôpolēmpsia renvoie à l’idée de favoritisme fondé sur l’apparence, l’origine ou le statut. Dieu ne juge pas selon les critères humains. Il ne s’agit pas ici d’un relativisme religieux, mais d’un rejet de toute supériorité ethnique dans l’accès à la grâce.
Le verset 35 précise immédiatement le sens de cette affirmation. « En toute nation celui qui le craint et qui pratique la justice lui est agréable ». Cette phrase a parfois été mal comprise comme une justification par les œuvres. Or, dans le contexte biblique, la « crainte de Dieu » est le fruit de la foi véritable, et la « pratique de la justice » en est la manifestation visible. Pierre ne nie pas la nécessité de la foi en Christ ; il affirme que Dieu attire à lui, dans toutes les nations, ceux qu’il appelle et prépare à recevoir l’Évangile.
Le verset 36 recentre explicitement le discours sur le contenu de la bonne nouvelle. Dieu a envoyé sa parole « aux fils d’Israël », rappelant l’élection historique d’Israël, mais cette parole est « la bonne nouvelle de la paix par Jésus-Christ ». Le mot « paix » (eirēnē) renvoie à la réconciliation avec Dieu, accomplissement des promesses prophétiques. La phrase « c’est lui, le Seigneur de tous » est théologiquement décisive : Jésus n’est pas seulement le Messie d’Israël, il est le Kyrios universel. L’universalité du salut repose sur l’universalité de sa seigneurie.
Les versets 37 et 38 résument de manière condensée le ministère terrestre de Jésus. Pierre part d’un fait connu : le baptême prêché par Jean. Le ministère de Jésus est ainsi enraciné dans l’histoire réelle et publique. « Dieu a oint d’Esprit Saint et de puissance Jésus de Nazareth » : cette onction fait directement écho aux prophéties d’Ésaïe 42 et 61. Jésus est le Serviteur oint, investi pour une mission divine. L’expression souligne l’action trinitaire : Dieu oint, l’Esprit est donné, et le Fils est envoyé.
La description du ministère de Jésus est frappante par sa sobriété : « il allait de lieu en lieu en faisant le bien ». Le salut ne se manifeste pas d’abord par un pouvoir politique ou militaire, mais par une œuvre de restauration. Les guérisons sont interprétées théologiquement : ceux que Jésus délivre sont « sous l’oppression du diable ». Le mal est réel, personnel, et spirituel, mais il est vaincu par la présence du Royaume de Dieu. La phrase finale « car Dieu était avec lui » résume toute la christologie lucanienne : Jésus agit avec l’autorité même de Dieu.
Les Pères de l’Église ont vu dans ce discours une synthèse exemplaire de la prédication apostolique. Irénée souligne que Pierre ne proclame pas une sagesse abstraite, mais un Christ incarné, oint et agissant dans l’histoire pour libérer l’homme de l’esclavage spirituel. Augustin insiste sur le fait que l’universalité du salut n’abolit pas la vérité, mais la rend accessible à toutes les nations.
Jean Calvin remarque que Pierre apprend lui-même, en prêchant, la largeur du dessein de Dieu. Il écrit que Dieu « n’ouvre pas la porte aux Gentils pour confondre les Juifs, mais pour montrer que la grâce promise à Abraham devait se répandre sur toute la terre ». Pour Calvin, ce texte établit clairement que l’Église n’est pas fondée sur une nation, mais sur Christ seul.
Dans la théologie réformée de l’alliance, Actes 10.34–38 montre que l’alliance de grâce, annoncée à Israël, atteint son accomplissement universel en Jésus-Christ. L’élection demeure réelle, mais elle est ordonnée à la bénédiction des nations. Le Christ oint par l’Esprit est le centre de cette alliance : Seigneur de tous, porteur de paix, libérateur du mal, et unique médiateur entre Dieu et les hommes.
Tradition apostolique – Evangile
Luc 3 :15-16, 21-22 NVS78P [15] Comme le peuple était dans l’attente, et que tous se demandaient intérieurement si Jean n’était pas le Christ, [16] il leur répondit à tous : Moi, je vous baptise d’eau, mais il vient, celui qui est plus puissant que moi, et je ne mérite pas de délier la courroie de ses sandales. Lui, il vous baptisera d’Esprit Saint et de feu. [21] Tandis que tout le peuple se faisait baptiser, Jésus fut aussi baptisé ; et, pendant qu’il priait, le ciel s’ouvrit, [22] et l’Esprit Saint descendit sur lui sous une forme corporelle, comme une colombe. Et il vint une voix du ciel : Tu es mon Fils bien-aimé, objet de mon affection.
Évangile selon Luc 3.15–16.21–22 s’inscrit dans un moment d’attente messianique intense. Le peuple vit sous domination romaine, nourri des promesses prophétiques et dans l’espérance d’une intervention décisive de Dieu. Luc souligne que cette attente n’est pas seulement collective, mais intérieure : « tous se demandaient en eux-mêmes ». La question centrale est christologique : Jean est-il le Messie ?
Le verset 15 met en lumière cette tension spirituelle. Jean-Baptiste occupe une place prophétique si forte que le peuple envisage qu’il soit le Christ. Luc prépare ainsi le contraste entre le précurseur et celui qui vient. La foi biblique authentique doit toujours être recentrée sur le Christ et non sur ses serviteurs, même les plus grands.
Au verset 16, Jean répond par une confession d’humilité et de vérité théologique. Il distingue radicalement son baptême d’eau du baptême à venir. L’eau renvoie à la repentance et à la préparation ; elle ne produit pas en elle-même la transformation intérieure. Jean se place volontairement en position de serviteur indigne, incapable même d’accomplir le geste réservé à l’esclave le plus humble : délier la courroie des sandales. Cette image souligne l’infinie supériorité du Messie.
L’annonce centrale est celle du baptême « d’Esprit Saint et de feu ». Dans l’arrière-plan biblique, l’Esprit est le don eschatologique promis (Ésaïe 44.3 ; Joël 3). Le feu renvoie à la fois à la purification et au jugement. Il ne s’agit pas de deux baptêmes distincts, mais d’une seule action divine : l’Esprit sanctifie ceux qui appartiennent au Christ et juge ce qui lui résiste. Luc met ainsi en place une christologie puissante : Jésus est celui qui dispense l’Esprit, attribut divin par excellence.
Les versets 21 et 22 décrivent le baptême de Jésus lui-même. Luc insiste sur un détail absent ou secondaire chez les autres évangélistes : « pendant qu’il priait ». Le baptême de Jésus est inséparable de sa communion filiale avec le Père. Avant toute action publique, le Fils se tient dans la prière. La mission naît de la relation.
Le ciel qui s’ouvre est un signe théophanique majeur. Dans l’Écriture, le ciel fermé est le symbole de la distance entre Dieu et l’homme à cause du péché. Ici, cette séparation est levée. Le geste annonce que, par le Christ, l’accès à Dieu est rétabli. L’initiative vient entièrement de Dieu.
La descente de l’Esprit « sous une forme corporelle, comme une colombe » n’est pas une métaphore poétique, mais un signe visible. La colombe évoque plusieurs arrière-plans bibliques : l’Esprit planant sur les eaux de la création (Genèse 1.2) et la colombe du déluge annonçant une terre nouvelle (Genèse 8). Luc suggère ainsi que le baptême de Jésus inaugure une nouvelle création.
La voix du ciel est le sommet théologique du passage. « Tu es mon Fils bien-aimé » reprend le Psaume 2, texte royal et messianique. « Objet de mon affection » fait écho à Ésaïe 42.1, le Serviteur élu en qui Dieu se complaît. Luc unit ainsi deux figures : le Roi messianique et le Serviteur souffrant. Dès le baptême, la voie de la royauté passe par l’obéissance et l’abaissement.
Les Pères de l’Église ont vu dans ce passage une révélation trinitaire. Grégoire de Nazianze souligne que le Père parle, le Fils est baptisé et l’Esprit descend, montrant que le salut est l’œuvre du Dieu un et trine. Augustin insiste sur le fait que Jésus reçoit le baptême non pour être purifié, mais pour sanctifier les eaux et ouvrir le chemin du salut.
Jean Calvin écrit que le Christ « a voulu être baptisé afin de s’associer à nous, et non pour lui-même, mais pour nous ». Il voit dans la voix du Père l’assurance donnée à l’Église entière : ce que le Père déclare du Fils devient, par grâce, la condition de ceux qui sont unis à lui.
Dans la théologie réformée de l’alliance, Luc 3 montre que Jésus assume pleinement la place du Médiateur. Il entre dans les eaux à la place de son peuple, reçoit l’Esprit comme chef de l’humanité nouvelle, et est publiquement déclaré Fils bien-aimé. Le baptême du Christ fonde ainsi le baptême chrétien : non comme œuvre humaine, mais comme signe de l’initiative souveraine de Dieu, ouvrant le ciel et donnant son Esprit à ceux qu’il appelle.
Outils pédagogiques
Objectif général
Aider à comprendre le sens théologique du baptême du Seigneur à partir d’Ésaïe 42.1–7, du Psaume 29, d’Actes 10.34–38 et de Luc 3.15–16.21–22, et à en tirer des repères clairs pour la foi, la vie chrétienne et le témoignage.
1. Questions ouvertes pour la réflexion personnelle ou en groupe
- Pourquoi Jésus, sans péché, accepte-t-il de recevoir le baptême de Jean ?
- Que révèle la voix du Père au Jourdain sur l’identité de Jésus avant toute œuvre publique ?
- Comment le portrait du Serviteur en Ésaïe 42 éclaire-t-il le style et la mission de Jésus ?
- En quoi la puissance décrite dans le Psaume 29 est-elle différente de la puissance humaine habituelle ?
- Pourquoi Pierre insiste-t-il sur le fait que Jésus est « le Seigneur de tous » dans Actes 10 ?
- Que signifie concrètement aujourd’hui que Dieu ne fait pas acception de personnes ?
- En quoi le baptême du Christ fonde-t-il notre compréhension du baptême chrétien ?
2. QCM de compréhension
- Dans Luc 3, que fait Jésus au moment de son baptême ?
a) Il prêche
b) Il jeûne
c) Il prie
d) Il enseigne
Réponse attendue : c - Dans Ésaïe 42, comment le Serviteur agit-il envers le faible ?
a) Il le corrige sévèrement
b) Il l’ignore
c) Il le remplace
d) Il ne l’écrase pas
Réponse attendue : d - Dans le Psaume 29, que donne finalement l’Éternel à son peuple ?
a) La victoire militaire
b) La prospérité matérielle
c) La paix
d) La domination politique
Réponse attendue : c - Selon Actes 10, par qui vient la bonne nouvelle de la paix ?
a) Moïse
b) Jean-Baptiste
c) Les apôtres
d) Jésus-Christ
Réponse attendue : d
3. Repères doctrinaux essentiels à retenir
– Le baptême de Jésus n’est pas pour sa purification, mais pour l’accomplissement de toute justice.
– Jésus est à la fois le Serviteur souffrant et le Fils royal.
– La révélation trinitaire est centrale : le Père parle, le Fils obéit, l’Esprit descend.
– La puissance de Dieu n’écrase pas, elle restaure et conduit à la paix.
– L’alliance de grâce est universelle dans son extension, mais centrée exclusivement sur le Christ.
4. Mise en situation pédagogique
Situation proposée
Un chrétien dit : « Jésus est surtout un exemple moral, pas forcément Seigneur de toute chose ».
Travail demandé
– Identifier, à partir des textes, ce qui contredit cette affirmation.
– Montrer comment la seigneurie du Christ est liée à son baptême et à son onction par l’Esprit.
Éléments de réponse
Le Père proclame Jésus Fils bien-aimé, l’Esprit l’oint de puissance, et Pierre affirme qu’il est Seigneur de tous. Jésus n’est pas seulement un exemple, mais le Médiateur et le Roi.
5. Application concrète
– Pour la foi : se souvenir que l’amour de Dieu précède toute obéissance.
– Pour la vie personnelle : apprendre à servir sans chercher la reconnaissance immédiate.
– Pour le témoignage : annoncer un Christ Seigneur, porteur de paix et de délivrance, sans favoritisme ni exclusion.
6. Prière pédagogique de clôture
Seigneur Dieu,
Toi qui as ouvert le ciel au baptême de ton Fils,
ouvre aussi nos intelligences et nos cœurs.
Apprends-nous à reconnaître Jésus comme Serviteur obéissant et Roi souverain,
et fais de nous des témoins fidèles de ta paix,
dans la force de ton Esprit.
Amen.
Textes liturgiques
Prière d’ouverture
Dieu éternel et tout-puissant,
au Jourdain tu as ouvert le ciel,
tu as révélé ton Fils bien-aimé
et tu as fait reposer sur lui ton Esprit.
En ce jour, nous nous tenons devant toi
non par nos mérites, mais par ta grâce.
Accorde-nous un cœur attentif,
une foi humble et confiante,
afin que nous te rendions un culte en esprit et en vérité,
par Jésus-Christ, notre Seigneur.
Amen.
Loi de Dieu
Écoute, Israël, et vous tous qui êtes rassemblés :
Tu aimeras le Seigneur ton Dieu
de tout ton cœur, de toute ton âme
et de toute ta force.
Et tu aimeras ton prochain comme toi-même.
Sur ces deux commandements reposent toute la Loi et les Prophètes.
Devant cette exigence sainte, reconnaissons notre besoin de grâce.
Confession des péchés
Seigneur notre Dieu,
nous confessons que nous n’avons pas aimé comme tu le demandes.
Nous cherchons souvent notre propre gloire
au lieu de marcher dans l’obéissance.
Nous résistons à ton Esprit
et nous fuyons le chemin de l’humilité.
Pardonne-nous pour nos duretés, nos compromis et nos silences.
Lave-nous, renouvelle-nous,
et ramène-nous dans la paix de ton alliance,
par Jésus-Christ, ton Serviteur fidèle.
Amen.
Annonce du pardon
Voici la bonne nouvelle de l’Évangile :
Dieu a oint Jésus de Nazareth d’Esprit Saint et de puissance.
Il est allé de lieu en lieu en faisant le bien
et en libérant ceux qui étaient sous l’oppression du mal.
En lui, Dieu donne la paix
et ne fait pas acception de personnes.
À tous ceux qui se confient en Jésus-Christ,
leurs péchés sont pardonnés
et le ciel leur est ouvert.
Recevez cette grâce avec foi.
Amen.
Prière d’illumination
Seigneur,
toi dont la voix domine les eaux
et bénit ton peuple dans la paix,
ouvre maintenant nos cœurs à ta Parole.
Par ton Esprit, éclaire notre intelligence,
affermis notre foi
et rends-nous obéissants à ce que tu nous révèles.
Que ta Parole vivante nous conduise au Christ,
pour ta gloire et notre salut.
Amen.
Intercessions
Dieu fidèle,
nous te prions pour ton Église, répandue dans le monde entier.
Garde-la dans la vérité, l’humilité et la paix,
afin qu’elle rende fidèlement témoignage à ton Fils,
Seigneur de tous.
Nous te prions pour les nations
et pour tous ceux qui exercent l’autorité.
Accorde-leur sagesse et sens de la justice,
afin que la paix soit recherchée
et que les plus faibles soient protégés.
Nous te prions pour ceux qui traversent l’épreuve,
la maladie, la solitude ou l’inquiétude.
Que la voix qui a parlé au Jourdain
leur apporte consolation, force et espérance.
Nous te prions enfin pour chacun de nous.
Renouvelle en nous la joie de ton salut
et rends-nous disponibles à ton appel,
par Jésus-Christ, notre Seigneur.
Amen.
Envoi et bénédiction
Allez dans la paix du Christ.
Le Seigneur vous donne la force,
le Seigneur vous bénit dans la paix.
Que le Père vous garde,
que le Fils vous accompagne
et que l’Esprit vous conduise,
aujourd’hui et pour l’éternité.
Amen.
Psaumes et cantiques
Psaumes (Psautier de Genève – Arc-en-Ciel)
Psaume 29
Voix souveraine de l’Éternel sur les eaux, royauté divine et paix donnée au peuple. Parfait en lien avec le baptême du Christ et la théophanie du Jourdain.
Psaume 2
Proclamation du Fils établi par Dieu : « Tu es mon Fils ». Écho direct à la voix du Père en Luc 3 et à la royauté messianique.
Psaume 72
Annonce du règne juste et pacifique du Roi messianique, ouverture aux nations. Lien fort avec Actes 10 et l’universalité du salut.
Cantiques Arc-en-Ciel
Arc-en-Ciel 151 – Peuple fidèle, le Seigneur t’appelle
Cantique d’appel et de rassemblement, rappelant l’initiative divine et la vocation du peuple de l’alliance.
Arc-en-Ciel 231 – Voici l’eau vive
Cantique baptismal par excellence, mettant en valeur l’eau, l’Esprit et la vie nouvelle en Christ.
Arc-en-Ciel 332 – Gloire à Dieu, paix sur la terre
Cantique de louange trinitaire, faisant le lien entre révélation divine, paix donnée et joie du salut.
Arc-en-Ciel 523 – O Seigneur, envoie ton Esprit
Invocation de l’Esprit en résonance avec l’onction du Christ au Jourdain et la prière d’illumination.
Arc-en-Ciel 615 – Que la paix de Dieu demeure
Cantique d’envoi, reprenant explicitement la bénédiction finale du Psaume 29.
Proposition d’ordre chanté (indicatif)
– Psaume 29 (ouverture et louange)
– Cantique 151 (appel au culte)
– Cantique 231 (après l’annonce du pardon ou autour du thème baptismal)
– Psaume 2 ou 72 (avant la prédication)
– Cantique 523 (prière de l’Esprit)
– Cantique 615 (envoi)

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