Vincent Bru, 6 janvier 2026
L’Épiphanie ne prolonge pas simplement Noël : elle en dévoile la portée. Ce qui était donné dans l’humilité de la crèche est maintenant manifesté au monde. Le Christ n’est pas seulement le Messie d’Israël, il est la lumière des nations. Les mages venus d’Orient, étrangers à l’alliance mosaïque, sont pourtant conduits par Dieu jusqu’au Fils. Leur venue est déjà un acte théologique : Dieu accomplit ses promesses, non par l’homme, mais par sa grâce souveraine.
Les dons qu’ils apportent ne sont pas de simples marques d’honneur oriental. L’Église y a toujours reconnu une confession silencieuse de la personne et de l’œuvre du Christ.
L’or proclame la royauté messianique. Irénée de Lyon écrit dans Contre les hérésies :
« Les mages, en offrant leurs présents, ont montré par l’or le Roi, par l’encens Dieu, et par la myrrhe l’homme mortel » (Adversus Haereses, III, 9, 2).
Dès l’enfance du Christ, la royauté promise à David est reconnue, non par les chefs d’Israël, mais par des païens appelés de loin.
L’encens confesse la divinité de l’enfant. Augustin d’Hippone le souligne avec force :
« Ils l’adorèrent comme Dieu, puisqu’ils lui offrirent de l’encens ; ils reconnurent en lui le Roi, puisqu’ils lui donnèrent de l’or » (Sermon 202, §3).
Ainsi, l’Épiphanie affirme clairement ce que l’Évangile révèle : l’enfant de Bethléem est digne de l’adoration réservée à Dieu seul.
La myrrhe, enfin, annonce la croix. Léon le Grand affirme dans un sermon de l’Épiphanie :
« La myrrhe annonce que celui qui est adoré est aussi mortel, car elle est offerte à ceux qui doivent mourir » (Sermon 31, 2).
La gloire du Christ ne peut être séparée de son humiliation ; le Roi vient pour souffrir, et le Dieu véritable pour mourir pour les siens.
Les Réformateurs ont reçu cet héritage patristique en l’inscrivant clairement dans la théologie de l’alliance. Jean Calvin écrit dans son Commentaire sur Matthieu :
« Dieu voulut, par ces mages, appeler les Gentils dès le commencement, afin que les Juifs sachent que le salut n’était pas enfermé dans leurs seules limites » (Commentaire sur Matthieu 2.1).
L’alliance faite avec Abraham portait déjà cette promesse : « toutes les nations de la terre seront bénies en ta descendance » (Genèse 22.18). L’Épiphanie en est une manifestation visible.
Martin Bucer insiste sur la dimension spirituelle des dons :
« Ces présents nous enseignent ce que Dieu attend de tous ceux qu’il appelle : que tout ce que nous sommes et possédons soit soumis au Christ » (Enarrationes in Evangelia, Matthieu 2).
Les mages ne donnent pas seulement des objets : ils se donnent eux-mêmes.
La théologie réformée contemporaine a prolongé cette lecture. Herman Bavinck écrit :
« La révélation en Christ ne supprime pas la diversité des peuples, mais elle les conduit tous à se prosterner devant le même Seigneur » (Dogmatique réformée, t. 3, La révélation).
Les nations ne sont pas abolies, mais intégrées dans l’unité de l’alliance de grâce.
Geerhardus Vos résume cette dynamique biblique :
« L’histoire de la rédemption progresse de la promesse particulière vers l’accomplissement universel » (Biblical Theology, chap. 6).
Les mages sont ainsi les premiers fruits visibles de cet accomplissement.
L’Épiphanie interpelle l’Église aujourd’hui. Si le Christ est réellement Roi, Dieu et Sauveur crucifié, alors nos vies sont appelées à devenir une offrande. L’alliance de grâce ne se contente pas d’éclairer l’intelligence : elle réclame l’adoration, l’obéissance et la fidélité.
Prière
Seigneur Dieu, toi qui as révélé ton Fils aux nations, apprends-nous à reconnaître sa royauté, à adorer sa divinité et à ne jamais séparer sa gloire de sa croix. Reçois nos vies comme une offrande, dans la fidélité de ton alliance, jusqu’au jour où toute langue confessera que Jésus-Christ est Seigneur. Amen.

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