Basile de Césarée

Basile de Césarée

évêque et théologien chrétien, père et Docteur de l’Église

Basile de Césarée

Apport pour la Théologie Réformée :

J’ai noté l’in­té­rêt de Saint Basile por­té à la culture qui rap­pelle l’ap­proche englo­bante de la théo­lo­gie réfor­mée déve­lop­pée notam­ment par Abra­ham Kuy­per : « Il n’est pas de domaine de la vie des hommes dont le Christ ne puisse dire : c’est à moi ! »

La réforme du Mona­chisme va aus­si dans le sens de la Réforme :

« Si vous vivez à l’é­cart des hommes com­ment pour­rez-vous vous réjouir avec les heu­reux et pleu­rer avec ceux qui souffrent ? Notre-Sei­gneur a lavé les pieds de ses apôtres : vous qui êtes seul, à qui les lave­rez-vous ? Et com­ment exer­ce­rez-vous l’hu­mi­li­té, vous qui n’a­vez per­sonne devant qui vous humi­lier ? »F 3.

Son com­bat pour l’ortho­doxie de Nicée est à saluer. Ses écrits sur le Saint Esprit sont abso­lu­ment remar­quables.

On retrouve des accents cal­vi­nistes dans sa cri­tique du ratio­na­lisme de l’hé­ré­sie d’Eunome.

Ce Père cap­pa­do­cien mérite vrai­ment d’être connu et étu­dié, tout comme son illustre contem­po­rain Gré­goire de Nazianze, qui est aus­si un Père cap­pa­do­ciens.

Biographie [wiki] :

Basile de Césa­rée, né en 329 et mort, selon la tra­di­tion, le 1er jan­vier 379 à Césa­rée de Cap­pa­doce, est l’un des prin­ci­paux Pères de l’É­glise. Il a été appe­lé, de son vivant, Basile le Grand en rai­son de son auto­ri­té morale et ecclé­siale.

Fon­da­teur d’un monas­tère dans la région du Pont, sur la mer Noire, il est l’au­teur d’une règle connue comme la règle de saint Basile. Celle-ci est deve­nue la prin­ci­pale règle monas­tique de l’É­glise d’Orient et a par­tiel­le­ment ins­pi­ré la règle de saint Benoît dans l’Oc­ci­dent chré­tien. Il pra­ti­qua l’ascèse toute sa vie.

En 370, il devient évêque de Césa­rée. Son enga­ge­ment pen­dant la famine, les hos­pices pour les mal­heu­reux qu’il crée au sein d’une cité de la misé­ri­corde qui porte le nom de Basi­liade en ont fait l’un des pré­cur­seurs du chris­tia­nisme social.

Il défend la foi de Nicée contre l’aria­nisme et écrit des trai­tés sur le Saint-Esprit, déve­lop­pant la théo­lo­gie de la Tri­ni­té. Il cherche autant que pos­sible à paci­fier les divi­sions au sein de l’Église. Il est consi­dé­ré, avec son frère Gré­goire de Nysse et Gré­goire de Nazianze, comme l’un des trois « Pères cap­pa­do­ciens ».

Il est recon­nu comme Doc­teur de l’É­glise en 1568 par le pape Pie V. Véné­ré en tant que saint par les ortho­doxes comme par les catho­liques, il est fêté le 2 jan­vier en Occi­dent, et le 1er jan­vier, son dies nata­lis, en Orient, mais éga­le­ment lors de la « fête des trois doc­teurs œcu­mé­niques », le 31 jan­vier, avec Jean Chry­so­stome et Gré­goire de Nazianze.

Postérité ecclésiale

Basile est très vite consi­dé­ré comme saint et doc­teur de l’É­glise[C 3] pour ses contri­bu­tions contre l’a­ria­nisme, en par­ti­cu­lier pour ses écrits concer­nant la divi­ni­té de l’Esprit-Saint. Tra­duits en latin, ceux-ci lui assu­rèrent de son vivant une grande noto­rié­té en Occi­dent, laquelle lui vau­dra d’être un des pères grecs les plus cités par les auteurs médié­vaux[12].

Mort le 1er jan­vier, il est com­mé­mo­ré par le chris­tia­nisme ortho­doxe le même jour que la fête de la cir­con­ci­sion. Le mar­ty­ro­loge romain fête saint Basile, non pas le 1er jan­vier, consa­cré à la Vierge Marie, mais le len­de­main – 2 jan­vier – en com­pa­gnie de son ami Gré­goire de Nazianze. Avant la réforme du mar­ty­ro­loge romain en 1969, la Saint-Basile était célé­brée le 14 juin, date tra­di­tion­nelle à laquelle Basile aurait été ordon­né évêque. Les angli­cans célèbrent la Saint-Basile le 2 jan­vier, et les coptes la 14 ou 15 jan­vier.

Dans le rite byzan­tin, le 30 jan­vier est la fête des Trois Hié­rarques, qui célèbre Gré­goire de Nazianze, Basile de Césa­rée et Jean Chry­so­stome.

Écrits

Basile est recon­nu comme l’un des grands théo­lo­giens du ive siècle[C 3], en lais­sant un livre sur le Saint-Esprit écrit en 375[D 2], le trai­té Contre Euno­mius en trois livres écrit entre 363 et 365[D 2], trente-sept homé­lies[C 3], dont neuf sur l’œuvre des six jours appe­lée l’Hexa­mé­ron ou les six jours de la créa­tion, qu’Ambroise de Milan a imi­tée, treize homé­lies sur des psaumes[D 1], ain­si qu’une riche cor­res­pon­dance épis­to­laire[D 2]. Il a lais­sé encore des trai­tés de Morale et d’As­cé­tisme et des Com­men­taires sur diverses par­ties de l’É­cri­ture[11].

Il a en outre pro­duit plu­sieurs autres œuvres lit­té­raires dans un style qui s’ap­pa­rente à celui de la seconde sophis­tique, comme Lucien de Samo­sate.

Ses œuvres ont été réunies en trois volumes in-folio, par Julien Gar­nier et Prud­homme Maran, à Paris, entre 1721 et 1730, et réim­pri­mées par les frères Gaume, 1835–1840, et dans la col­lec­tion de l’ab­bé Jacques Paul Migne.

Les Homé­lies et les Lettres ont été tra­duites en fran­çais par l’ab­bé Jean-Bap­tiste Mor­van de Bel­le­garde en 1691 ; l’Hexa­mé­ron, par Atha­nase Auger, 1788 ; les Ascé­tiques par Gode­froy Her­mant, 1661 ; un des trai­tés de Morale par l’ab­bé Leroy, 1663 ; le Dis­cours sur l’u­ti­li­té des livres pro­fanes par Claude-Antoine-Félix Fré­mion, 1819.

M. Rous­tan a publié une tra­duc­tion com­plète de Basile de Césa­rée, 12 volumes in‑8 dont 4 seule­ment sont parus , 1847 et Her­mant a don­né sa Vie, 1674. Eugène Fia­lon a écrit une Étude his­to­rique et lit­té­raire sur saint Basile, sui­vie de l’Hexa­mé­ron qu’il a tra­duit en fran­çais en 1865.

Ses œuvres sont réper­to­riées au tome 2 de la Cla­vis Patrum Græ­co­rum sous les no 2835 à 3005.

Héritage

Théologie de Basile de Césarée

Contre Eunome

Dans ce trai­té, Basile déve­loppe son argu­men­ta­tion afin de reje­ter ce qu’il consi­dère comme l’hé­ré­sie d’Eunome, qui remet en cause la nature divine du ChristF 9.

Eunome, tenant du cou­rant ano­méen de l’aria­nisme, déve­loppe, à par­tir des écrits de Pla­ton, et son Phèdre en par­ti­cu­lier, une concep­tion qui remet en cause la Sainte Tri­ni­té. La concep­tion de Pla­ton de l’I­nen­gen­dré, ou l’in­nas­cible, conduit Eunome à affir­mer que l’in­nas­ci­bi­li­té est le propre de DieuF 10. Or pour Eunome, Jésus est engen­dré par le Père. Comme il est engen­dré, il ne peut être inen­gen­dré et donc il ne peut pas être de nature divineF 10. Ain­si il affirme que « Pla­ton a triom­phé du concile de Nicée »8,F 9.

Basile met en cause les thèses d’Eu­nome en affir­mant que l”« inen­gen­dré » ne peut être une défi­ni­tion satis­fai­sante de Dieu. Basile cri­tique la défi­ni­tion de Pla­ton, qui iden­ti­fie dans l”« inen­gen­dré » la forme du concept avec son objet connu. Basile conti­nue en affir­mant qu’Eunome réduit la défi­ni­tion de Dieu à l’un de ses attri­butsF 11Eunome a donc la pré­ten­tion de par­ler de Dieu en se fon­dant sur ses connais­sances ration­nelles. Pour Basile, notre nature humaine et finie ne peut pas pré­tendre à une connais­sance entière de Dieu comme l’af­firme EunomeF 11.

Basile affirme ain­si :

« Le monde a été créé, nous fait bien connaître la puis­sance et la sagesse du Créa­teur, mais non son essence. La puis­sance du Créa­teur ne s’y révèle pas néces­sai­re­ment tout entière. Il se peut que le bras de l’Ar­tiste divin n’y déploie pas toute sa force… En tout cas, le dilemme d’Eu­no­mius ne sau­rait nous étreindre. Si nous ne connais­sons pas l’es­sence de Dieu, nous ne connais­sons rien de Lui. Si, pour être vraie, la connais­sance devait être la pleine com­pré­hen­sion, que sau­rions-nous des choses finies elles-mêmes, qui par tant de côtés, nous échappent ? Et il s’a­git de l’in­fi­ni ! Connaître l’es­sence divine, c’est avant tout connaître l’in­com­pré­hen­si­bi­li­té de Dieu. »F 12,9.

Traité du Saint-Esprit

Dans ce trai­té, ache­vé en 375, Basile, issu du par­ti homéou­sien, vise à éta­blir l’é­ga­li­té d’honneur (« l’homotimie ») de l’Esprit avec le Père et avec le Fils, à par­tir des Écri­tures et de la Tra­di­tion. Ce trai­té qui est un modèle de pneu­ma­to­lo­gie marque, entre les conciles de Nicée (325) et de Constan­ti­nople (381), une étape déci­sive sur la voie de la défi­ni­tion de la consub­stan­tia­li­té du Saint-Esprit.

  • Le Mag­ni­fi­cat de l’Es­prit

« Comme le soleil brille sur les corps sans être amoin­dri par la part de lumière qu’ils reçoivent de mille façons, l’Es­prit pro­cure à tous sa grâce sans être dimi­nué ni divi­sé.

Il illu­mine tous les êtres vers l’in­tel­li­gence de Dieu, il ins­pire les pro­phètes, il donne la sagesse aux légis­la­teurs, la consé­cra­tion aux prêtres, la force aux rois, le conseil aux justes, l’hon­neur aux gens de ver­tu. Par sa grâce, il opère les gué­ri­sons, il rend la vie aux morts, il libère les enchaî­nés, il adopte les enfants déshé­ri­tés. Il opère ces mer­veilles en fai­sant naître d’en haut. Un publi­cain a la foi ? il en fait un évan­gé­liste (Mt. 9.9). Il vient chez un pêcheur ? Il en fait un théo­lo­gien (Mt. 4.19). Un per­sé­cu­teur se repent ? Il en fait l’A­pôtre des nations, le héraut de la foi, l’ins­tru­ment qu’il s’est choi­si (Ac. 9.15). Par lui, les faibles sont forts, les pauvres sont riches, les gens sans esprit ni élo­quence, plus sages que les sages.

L’Es­prit est dans le ciel et il rem­plit la terre, il est par­tout pré­sent et n’est enfer­mé nulle part. Il réside tout entier en cha­cun et est tout entier avec Dieu. Il n’ad­mi­nistre pas les dons en ser­vi­teur litur­gique, mais il dis­pense sa grâce de sa propre auto­ri­té. Car il la dis­pense, dit Paulà cha­cun en par­ti­cu­lier, comme il le veut (1 Co. 12.11). Il est envoyé comme dis­pen­sa­teur, mais il agit de sa propre auto­ri­té. Prions pour qu’il soit pré­sent en nos âmes et qu’à aucun moment il ne nous aban­donne, par la grâce de notre Sei­gneur Jésus-Christ, à qui soient la gloire et le pou­voir dans les siècles des siècles. Amen ! »

— Homé­lie 15, sur la foi, 3, tra­duc­tion inédite de Guillaume Bady.

Basile a long­temps étu­dié la culture pro­fane avant de deve­nir évêque de Césa­rée en Cap­pa­doce. Extrait du Trai­té du Saint-Esprit :

Le Fils de l’homme va être livré

« Com­ment ne pas être stu­pé­faits devant la grande puis­sance, mais aus­si l’a­mour du Sau­veur pour les hommes, lui qui a sup­por­té de com­pa­tir à nos fai­blesses et qui a été capable de s’a­bais­ser jus­qu’à notre pau­vre­té ? En effet, ni le ciel, ni la terre, ni l’im­mense éten­due des mers, les habi­tants des eaux, ceux qui vivent sur la terre, les plantes, les étoiles, l’air, les sai­sons, l’or­don­nance infi­ni­ment variée de l’u­ni­vers, rien ne prouve autant la sur­émi­nence de sa force que le fait d’a­voir pu, lui Dieu, lui que l’es­pace ne sau­rait conte­nir, se lais­ser impas­si­ble­ment lier par la chair à la mort, afin de nous accor­der, par sa propre Pas­sion, la grâce de l’im­pas­si­bi­li­té.

Et si l’Apôtre dit : En tout cela, nous triom­phons par celui qui nous a aimés (Rm. 8, 37), il n’in­dique pas par ce mot quelque humble ser­vice, mais le secours qui opère dans la vigueur de la force. Ne consi­dé­rons donc pas l’ac­tion du Fils comme une aide four­nie sous la contrainte – celle qu’im­pose à un esclave sa condi­tion infé­rieure – mais dans le soin atten­tif dont il entoure déli­bé­ré­ment son propre ouvrage, voyons l’œuvre de la bon­té et de la misé­ri­corde, selon la volon­té de Dieu le Père. Nous ferons ain­si un acte de pié­té, en témoi­gnant, en tout ce qu’il accom­plit, de la puis­sance par­faite du Fils, sans jamais le sépa­rer du des­sein du Père10. »

Extrait du Trai­té du Saint-Esprit

Réforme du cénobitisme

Basile de Césa­rée a une expé­rience impor­tante de la vie céno­bi­tique et ana­cho­ré­tique à tra­vers ses voyages en Orient, au cours des­quels il observe les dif­fé­rentes formes de vies consa­crées. À l’is­sue de ses voyages, il crée une com­mu­nau­té à Anni­sa, près de Neo­cé­sa­rée, où il déve­loppe une nou­velle forme de mona­chisme, sui­vant une règle qu’il rédige en par­tie avec l’aide de Gré­goire de Nazianze, don­nant nais­sance à l’Ordre de saint Basile.

Pour Basile, l’i­déal de vie monas­tique ne réside pas dans les immenses colo­nies de moines exis­tant en Égypte, ni dans les ermi­tages qu’il a visi­tés dans le désertF 3. Il trouve que les trop grandes colo­nies de moines sont trop actives et bruyantes et que les ermi­tages oublient la cha­ri­té et l’hu­mi­li­té : « Si vous vivez à l’é­cart des hommes com­ment pour­rez-vous vous réjouir avec les heu­reux et pleu­rer avec ceux qui souffrent ? Notre-Sei­gneur a lavé les pieds de ses apôtres : vous qui êtes seul, à qui les lave­rez-vous ? Et com­ment exer­ce­rez-vous l’hu­mi­li­té, vous qui n’a­vez per­sonne devant qui vous humi­lier ? »F 3.

Basile sou­haite donc que les monas­tères soient de taille rai­son­nable, de sorte que l’hi­gou­mène puisse avoir un rap­port sui­vi avec chaque moine.,D 2.

En outre, il s’op­pose à l’aus­té­ri­té radi­cale et sys­té­ma­tique qu’il a obser­vée lors de son séjour en Orient. Même s’il pra­tique une vie de pri­va­tions, il rejette les trop grandes pri­va­tions, celles-ci devant res­ter modé­réesD 2. Ain­si recom­mande-t-il de ne pas se dépouiller de ses biens en embras­sant la vie reli­gieuse, mais de les consi­dé­rer comme étant consa­crés à Dieu, afin de les employer pour des bonnes œuvresF 5.

La règle de Basile contri­bue à rap­pro­cher les moines du cler­gé sécu­lier. Dans les monas­tères orien­taux, les moines avaient l’in­ter­dic­tion de deve­nir prêtre. Basile défend la pré­sence de prêtres dans les monas­tèresD 2, alors même que Pacôme le Grand refuse caté­go­ri­que­ment que ses moines reçoivent l’or­di­na­tion pres­by­té­raleC 2. Il sou­haite que les monas­tères soient proches des villes, certes cou­pés phy­si­que­ment et mora­le­ment du monde, de manière à pou­voir contri­buer à l’ins­truc­tion chré­tienne, mais aus­si pour être un exemple de vie chré­tienneD 2.

Basile rédige les règles de l’ordre vers 361, en tant que prêtre. Il écrit au Pape Libère en 363, qui confirme le bien­fait de ces règles mona­cales, comme le Pape Damase Ier en 366 et le Pape Léon en 456C 2.

L’ordre de saint Basile se pro­page rapi­de­ment en Orient, au point de deve­nir l’un des ordres de réfé­rence de la vie céno­bi­tique ortho­doxe. En Occi­dent, Benoît de Nur­sie s’ins­pire de ces règles pour rédi­ger la règle de saint Benoît, qui y joue le même rôleD 2.

La règle de saint Basile est la seule règle monas­tique ayant per­du­ré jus­qu’à nos jours dans les monas­tères d’O­rientC 3.

Liturgie de saint Basile

La litur­gie de la messe a repris cer­taines for­mules de la divine Litur­gie de saint Basile, tou­jours en usage dans l’Église ortho­doxeG 9, où elle est célé­brée les dimanches du Grand Carême de Pâques, hor­mis le dimanche des Rameaux, le Jeu­di saint, le Same­di saint, la veille de Noël, le 1er jan­vier, fête de saint Basile et la veille de la Théo­pha­nie (Épi­pha­nie).

Saint Basile réforme dura­ble­ment la litur­gie, laquelle porte son nom : la litur­gie de saint Basile, encore en usage chez les ortho­doxes et les catho­liques de rite byzan­tinC 3. Cette litur­gie est célé­brée dans l’Église d’O­rient à la place de la litur­gie de saint Jean Chry­so­stome les dimanches et jours de fêtes men­tion­nés plus haut. Les Coptes et les Éthio­piens ont aus­si une ana­phore de saint Basile, dont la pater­ni­té est confir­mée par les litur­gistes, alors que l’a­na­phore prin­ci­pale de l’église armé­nienne est celle de saint Basile.

Basile et la culture

La double for­ma­tion, tant pro­fane que chré­tienne, de Basile lui donne un poids impor­tant dans la ques­tion de l’u­ti­li­sa­tion chré­tienne des sources païennesG 10. Son œuvre la plus connue est le Dis­cours aux jeunes gens. Cet ouvrage « huma­niste » démontre com­ment un chré­tien peut tirer pro­fit de la lit­té­ra­ture clas­sique païenne.

L’op­po­si­tion entre la culture païenne et le chris­tia­nisme condui­sait cer­tains à reje­ter toute la culture pro­fane, la consi­dé­rant comme contraire à la foi. Basile écrit un texte sur « La manière de tirer pro­fit des lettres grecques ». Dans cet écrit, Basile défend la culture pro­fane très décriée ; tout n’est pas immo­ral, les nom­breux exemples peuvent, selon Basile, appor­ter aux jeunes un enno­blis­se­ment. Basile réclame cepen­dant que soient éli­mi­nées les par­ties les plus sus­pectes. Les études des jeunes peuvent donc com­men­cer par les écrits pro­fanes avant de ter­mi­ner sur l’é­tude de la BibleG 10.

Ain­si les écrits grecs sont, pour le chré­tien, la même chose que la culture égyp­tienne pour Moïse et sont pour Basile les pre­mières étapes afin d’ac­cé­der à la plus haute tâche, qui est, pour Basile, l’in­tel­li­gence de l’Ancien Tes­ta­ment et du Nou­veau Tes­ta­mentG 10.

Cette lettre de Basile est l’une des plus connues et a été réim­pri­mée à la Renais­sanceG 10.

Citations

Basile a long­temps étu­dié la culture pro­fane, avant de deve­nir évêque de Césa­rée en Cap­pa­doce13.Heu­reux est l’homme

« Heu­reux est l’homme qui ne suit pas le che­min des pécheurs (Ps 1, 1). Pour­quoi dire « heu­reux » non pas celui qui pra­tique la ver­tu, mais celui qui s’abstient du péché ? Car ain­si, on pour­rait dire « heu­reux » le che­val, le bœuf, la pierre ! Quel être inani­mé se tient-il dans la voie des pécheurs ? Attends donc un peu, tu trou­ve­ras le remède. Suit en effet : Mais se plaît dans la loi du Sei­gneur (Ps 1, 2). Or médi­ter la loi divine est le lot de celui-là seul qui est doué de rai­son.
Quant à nous, nous dirons ceci : pour com­men­cer à pos­sé­der les biens, il faut se reti­rer des maux : Évite le mal, fais ce qui est bien (Ps 36, 27). Le psaume nous conduit donc à la ver­tu avec science et art, il fait du retrait des vices le com­men­ce­ment des biens. Car s’il t’a­vait diri­gé d’emblée vers des œuvres par­faites, tu aurais recu­lé avant de t’y mettre. Mais main­te­nant, il t’en pré­sente d’as­sez faciles pour que tu les affrontes har­di­ment.
Car je pense que l’exer­cice de l’a­mour envers Dieu est sem­blable à cette échelle que vit un jour le bien-heu­reux Jacob, qui d’une part était au ras du sol, mais d’autre part s’é­le­vait plus haut que le ciel lui-même (Gn 28, 12). Ain­si ceux qui s’en­gagent dans une vie ver­tueuse doivent d’a­bord mettre le pied sur les pre­miers degrés, de là mon­ter tou­jours sur les degrés sui­vants jus­qu’à ce que, petit à petit, ils arrivent aus­si haut que la nature humaine peut mon­ter. »

— Basile de Césa­rée. Homé­lie sur le psaume 1, 4–5 ; Magni­fiez avec moi le Sei­gneur, trad. L. Bré­sard, Cerf, 1997, p. 48–49.

À saint Basile, évêque de Césa­rée en Cap­pa­doce, sont attri­buées des Règles14 sui­vies encore aujourd’­hui par une large par­tie des moines d’O­rient, et rédi­gées sous forme de ques­tions et de réponses15.Ques­tion­ner la foi

« Ques­tion : — Par­lez-nous d’a­bord de l’a­mour de Dieu. Il est enten­du qu’il faut aimer Dieu, mais com­ment faut-il l’ai­mer ? Voi­là ce que nous vou­drions apprendre.
Réponse : — L’a­mour de Dieu ne s’en­seigne pas. Per­sonne ne nous a appris à jouir de la lumière ni à tenir à la vie par-des­sus tout ; per­sonne non plus ne nous a ensei­gné à aimer ceux qui nous ont mis au monde ou nous ont éle­vés.
De la même façon, ou plu­tôt, à plus forte rai­son, ce n’est pas un ensei­gne­ment exté­rieur qui nous apprend à aimer Dieu. Dans la nature même de l’être vivant — je veux dire de l’homme —, se trouve insé­ré comme un germe qui contient en lui le prin­cipe de cette apti­tude à aimer. C’est à l’é­cole des com­man­de­ments de Dieu qu’il appar­tient de recueillir ce germe, de le culti­ver dili­gem­ment, de le nour­rir avec soin, et de le por­ter à son épa­nouis­se­ment moyen­nant la grâce divine. »

— Basile de Césa­rée. Grandes règles, ques­tion 2, trad. L. Lèbe, dans Saint Basile, Les règles monas­tiques, Mared­sous, 1969, p. 49.
Interprétation

Le texte qui suit est tiré du Trai­té du bap­tême. Cette œuvre, des­ti­née aux moines, est attri­buée à saint Basile le Grand16.Ser­vir Dieu, avant tout

« Ce n’est pas seule­ment le mépris des biens et des néces­si­tés de la vie qui nous est ensei­gné. Nous appre­nons aus­si à éle­ver nos sen­ti­ments au-des­sus des usages de la socié­té, consi­dé­rés selon la loi et selon la nature comme de justes obli­ga­tions.
À l’un qui avait dit : « Per­mets-moi d’al­ler d’a­bord enter­rer mon père », il a répon­du : « Laisse les morts enter­rer leurs morts » (Lc 9, 59–60). Et à cette parole de l’autre : « Laisse-moi d’a­bord faire mes adieux aux gens de ma mai­son », il a don­né cette réplique plus frap­pante, accom­pa­gnée d’une plus lourde menace : « Qui­conque met la main à la char­rue, puis regarde en arrière, n’est pas fait pour le royaume de Dieu » (Lc 9, 61–62). On voit par là que l’o­bli­ga­tion humaine, lors­qu’elle fait tant soit peu dif­fé­rer la ferme obéis­sance due au Sei­gneur, est incom­pa­tible, même si elle semble rai­son­nable, avec le désir de deve­nir son dis­ciple.
« Si quel­qu’un, affirme le Sei­gneur, vient à moi sans me pré­fé­rer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon dis­ciple. » Cette « haine » met en nous l’i­dée non de tra­mer des embûches, mais d’ex­cel­ler dans la pié­té en nous empê­chant d’é­cou­ter les voix qui en détournent. »

— St Basile le Grand. Sur le bap­tême I, 3–4, trad. J. Duca­tillon, Paris, Cerf, coll. « Sources Chré­tiennes » 357, 1989, p. 93–99.


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