Fiche pastorale 12 – Lorsque le pronostic devient défavorable

Fiche pas­to­rale 12 – Lorsque le pro­nos­tic devient défa­vo­rable

Com­prendre la situa­tion

Il arrive qu’un malade apprenne que les trai­te­ments n’ont pas pro­duit les résul­tats espé­rés, que la mala­die pro­gresse ou que les pos­si­bi­li­tés thé­ra­peu­tiques deviennent limi­tées.

Cette annonce peut pro­vo­quer un bou­le­ver­se­ment pro­fond.

La per­sonne peut éprou­ver de la peur, de la colère, du décou­ra­ge­ment ou un sen­ti­ment d’injustice. Elle peut aus­si demeu­rer silen­cieuse, cher­cher à com­prendre les infor­ma­tions reçues ou sou­hai­ter par­ler immé­dia­te­ment de sa famille.

Cer­tains malades demandent s’il existe encore une chance de gué­ri­son. D’autres s’interrogent sur le temps qui leur reste. D’autres enfin disent avoir per­du toute espé­rance.

L’aumônier doit dis­tin­guer ces ques­tions.

Le pro­nos­tic médi­cal appar­tient à la com­pé­tence des méde­cins. L’aumônier ne doit ni le refor­mu­ler avec une assu­rance qu’il ne pos­sède pas ni sug­gé­rer qu’il connaî­trait une issue dif­fé­rente.

Il ne doit pas davan­tage confondre l’espérance chré­tienne avec la cer­ti­tude d’une gué­ri­son ter­restre.

Com­ment abor­der la per­sonne

La pre­mière res­pon­sa­bi­li­té de l’aumônier est d’écouter ce que la per­sonne a com­pris de sa situa­tion.

Il peut deman­der :

« Qu’est-ce que les méde­cins vous ont expli­qué, et qu’est-ce qui vous pré­oc­cupe le plus aujourd’hui ? »

Cette ques­tion per­met de ne pas sup­po­ser que la per­sonne connaît ou sou­haite connaître tous les élé­ments de son pro­nos­tic.

Si elle demande des pré­ci­sions médi­cales, l’aumônier l’encourage à les obte­nir auprès de l’équipe soi­gnante.

Si elle exprime sa peur de mou­rir, il accueille cette inquié­tude sans la mini­mi­ser.

Si elle demande une prière pour sa gué­ri­son, il peut prier avec elle, sans pro­mettre ce que Dieu n’a pas pro­mis.

Enfin, si elle sou­haite par­ler de l’espérance chré­tienne, l’aumônier peut annon­cer la résur­rec­tion de Jésus-Christ et les pro­messes de l’Évangile.

Lec­tures bibliques pro­po­sées : Psaume 31.10–16 ; 2 Corin­thiens 4.7–18 ; Romains 8.18–25 ; 1 Pierre 1.3–9.

Pre­mière médi­ta­tion – Quand nos pro­jets s’ef­fondrent

Lec­ture : Psaume 31.10–16.

Nous construi­sons notre vie avec des pro­jets.

Nous pen­sons aux mois qui viennent, aux per­sonnes que nous aime­rions revoir, aux évé­ne­ments aux­quels nous espé­rons par­ti­ci­per.

La mala­die peut bou­le­ver­ser tout cela.

Lorsque les méde­cins nous annoncent que la situa­tion s’aggrave, nous avons par­fois l’impression que l’avenir se referme.

Nous ne savons plus ce que nous pou­vons espé­rer.

Le Psaume 31 nous fait entendre la prière d’un homme qui tra­verse une pro­fonde détresse.

David parle de ses larmes, de son épui­se­ment et de ses enne­mis.

Il ne cherche pas à don­ner l’impression que tout va bien.

Il recon­naît sa souf­france.

Mais au milieu de cette épreuve, il affirme que ses des­ti­nées sont dans la main de Dieu.

Cette parole ne signi­fie pas que David connaît tout ce qui va lui arri­ver.

Elle signi­fie qu’il remet son exis­tence entre les mains du Sei­gneur.

Nous ne maî­tri­sons pas notre ave­nir.

La mala­die nous le rap­pelle par­fois avec une force dou­lou­reuse.

Mais cette limite ne nous oblige pas à consi­dé­rer notre vie comme dépour­vue de sens.

Nous pou­vons conti­nuer à vivre les jour­nées qui nous sont don­nées.

Nous pou­vons aimer ceux qui nous entourent, leur par­ler, rece­voir leur affec­tion et leur confier ce qui nous tient à cœur.

Nous pou­vons aus­si deman­der à Dieu de nous sou­te­nir.

La foi chré­tienne ne consiste pas à pré­tendre que nous connais­sons l’issue de notre mala­die.

Elle nous apprend à recon­naître que notre vie dépend du Sei­gneur.

En Jésus-Christ, Dieu nous a mani­fes­té sa grâce.

Le Christ a connu la souf­france et la mort. Il est res­sus­ci­té.

C’est pour­quoi nous pou­vons nous tour­ner vers lui, même lorsque notre ave­nir ter­restre devient incer­tain.

Nous pou­vons lui deman­der de nous don­ner la force de vivre fidè­le­ment aujourd’hui.

Et nous pou­vons lui remettre ce que nous ne sommes pas capables de maî­tri­ser.

Prière pro­non­cée par l’aumônier

Sei­gneur notre Dieu,

Nous venons devant toi avec cette nou­velle dif­fi­cile.

Tu connais les pro­jets inter­rom­pus, les inquié­tudes et les ques­tions qui demeurent.

Nous te confions cette per­sonne et ceux qui l’aiment.

Accorde-lui les soins néces­saires, le sou­la­ge­ment de ses souf­frances et la force de tra­ver­ser les jours qui viennent.

Donne aux méde­cins et aux soi­gnants la sagesse néces­saire pour l’accompagner avec com­pé­tence et huma­ni­té.

Aide ses proches à demeu­rer pré­sents, à écou­ter et à mani­fes­ter leur affec­tion.

Nous te deman­dons de sou­te­nir cette per­sonne dans l’incertitude.

Apprends-nous à vivre fidè­le­ment le temps qui nous est don­né.

Sei­gneur Jésus-Christ, tu as vain­cu la mort par ta résur­rec­tion.

Conduis-nous dans la véri­té de ton Évan­gile et garde-nous dans ta grâce.

Amen.

Deuxième médi­ta­tion – Une espé­rance qui dépasse la mala­die

Lec­ture : 2 Corin­thiens 4.7–18.

L’apôtre Paul connais­sait la souf­france.

Dans ses lettres, il parle des épreuves, des per­sé­cu­tions et de la fra­gi­li­té de son exis­tence.

Il ne pré­sente jamais la vie chré­tienne comme une exis­tence à l’abri des dif­fi­cul­tés.

Au contraire, il recon­naît que notre corps est fra­gile.

Dans la deuxième lettre aux Corin­thiens, il com­pare notre condi­tion à celle de vases de terre.

Cette image nous rap­pelle com­bien notre exis­tence est vul­né­rable.

Nous pou­vons être bles­sés, épui­sés, malades.

Nos forces dimi­nuent.

Pour­tant, Paul affirme que la puis­sance de Dieu se mani­feste dans cette fai­blesse.

Il ne veut pas dire que la souf­france serait bonne en elle-même.

Il annonce que Dieu peut sou­te­nir les siens au milieu des épreuves.

Puis il dirige notre regard vers une espé­rance qui dépasse la vie pré­sente.

Cette espé­rance repose sur la résur­rec­tion de Jésus-Christ.

Paul sait que notre corps mor­tel ne dure­ra pas tou­jours.

Mais il annonce que Dieu res­sus­ci­te­ra ceux qui appar­tiennent au Christ.

L’espérance chré­tienne n’est donc pas sim­ple­ment le sou­hait de vivre quelques années sup­plé­men­taires.

Elle est l’attente de la vie nou­velle que Dieu pro­met en Jésus-Christ.

Nous pou­vons dési­rer gué­rir.

Nous pou­vons deman­der au Sei­gneur de pro­lon­ger notre vie.

Ces demandes sont légi­times.

Mais nous ne devons pas confondre notre désir de gué­ri­son avec une pro­messe que Dieu aurait faite à chaque malade.

La pro­messe cen­trale de l’Évangile est plus grande.

Jésus-Christ est mort pour nos péchés et il est res­sus­ci­té.

Ceux qui se confient en lui reçoivent la vie éter­nelle et attendent la résur­rec­tion.

C’est pour­quoi le chré­tien peut conti­nuer d’espérer, même lorsque les pos­si­bi­li­tés médi­cales deviennent limi­tées.

Cette espé­rance ne sup­prime pas la tris­tesse de quit­ter ceux que nous aimons.

Elle ne nous demande pas de faire sem­blant de ne pas avoir peur.

Mais elle nous invite à regar­der au-delà de la mort, vers le Christ vivant.

Lorsque nos forces dimi­nuent, nous pou­vons lui deman­der de renou­ve­ler notre confiance en lui.

Et lorsque les mots nous manquent, nous pou­vons sim­ple­ment nous sou­ve­nir que notre espé­rance repose sur sa fidé­li­té, non sur notre cou­rage.

Prière pro­non­cée par l’aumônier

Sei­gneur Jésus-Christ,

Tu connais la fra­gi­li­té de notre exis­tence.

Tu sais com­bien il est dif­fi­cile de voir dimi­nuer ses forces et de rece­voir des nou­velles qui bou­le­versent l’avenir.

Nous te deman­dons de sou­te­nir cette per­sonne.

Accorde-lui le sou­la­ge­ment et les soins dont elle a besoin.

Donne-lui de rece­voir l’af­fec­tion de ses proches et de vivre les jours qui viennent avec digni­té.

Nous te deman­dons aus­si de lui faire entendre ton Évan­gile.

Tu es mort pour les pécheurs et tu es res­sus­ci­té d’entre les morts.

Par ton Saint-Esprit, conduis cette per­sonne à se confier en toi.

Que son espé­rance ne repose pas sur des pro­messes humaines incer­taines, mais sur ta vic­toire sur la mort.

Garde-nous de toute parole trom­peuse.

Apprends-nous à dire la véri­té avec com­pas­sion.

À toi soient la gloire et la louange.

Amen.

Troi­sième pos­si­bi­li­té – Lorsque la per­sonne ne sou­haite pas une longue médi­ta­tion

Lec­ture pro­po­sée : Romains 8.24–25.

L’aumônier peut dire :

Nous ne savons pas tou­jours ce que nous réservent les jours qui viennent.

Mais l’Évangile nous invite à regar­der vers Jésus-Christ, qui est res­sus­ci­té.

L’espérance chré­tienne ne repose pas sur la cer­ti­tude d’une gué­ri­son immé­diate. Elle repose sur la fidé­li­té de Dieu et sur la vie que le Christ pro­met à ceux qui se confient en lui.

Prière brève

Sei­gneur notre Dieu,

Nous te confions cette per­sonne et l’incertitude qu’elle tra­verse.

Accorde-lui le sou­la­ge­ment, les soins et la pré­sence dont elle a besoin.

Donne-lui la force de vivre cette jour­née.

Fais-lui entendre la véri­té de ton Évan­gile.

Par Jésus-Christ, notre Sei­gneur.

Amen.

Indi­ca­tions pra­tiques pour l’aumônier

La pre­mière médi­ta­tion convient lorsque la per­sonne vient de rece­voir une annonce dif­fi­cile et éprouve prin­ci­pa­le­ment le bou­le­ver­se­ment de ses pro­jets.

La deuxième convient lorsqu’elle sou­haite réflé­chir à la mort, à la résur­rec­tion et à l’espérance chré­tienne.

La troi­sième pro­po­si­tion peut être uti­li­sée lorsque la fatigue ne per­met pas un entre­tien pro­lon­gé.

L’aumônier doit res­pec­ter les infor­ma­tions médi­cales effec­ti­ve­ment com­mu­ni­quées au patient. Il ne doit ni annon­cer lui-même un pro­nos­tic ni inter­pré­ter les don­nées cli­niques à la place des méde­cins.

Il convient éga­le­ment de dis­tin­guer l’arrêt d’un trai­te­ment deve­nu inap­pro­prié de l’abandon des soins. Les soins de confort, le sou­la­ge­ment de la dou­leur et l’accompagnement demeurent essen­tiels.

L’aumônier ne doit jamais affir­mer que la gué­ri­son sur­vien­dra si la per­sonne pos­sède suf­fi­sam­ment de foi.

Il peut prier pour la gué­ri­son, mais il doit recon­naître que Dieu ne lui a pas révé­lé l’issue par­ti­cu­lière de cette mala­die.

Enfin, lorsque la per­sonne exprime un déses­poir intense ou des pro­pos sui­ci­daires, l’aumônier ne doit pas se conten­ter d’une réponse spi­ri­tuelle. Il doit mobi­li­ser les pro­fes­sion­nels com­pé­tents dans le cadre ins­ti­tu­tion­nel appli­cable.

Ren­vois internes à pré­voir : accom­pa­gne­ment des der­niers jours ; annonce d’un pro­nos­tic défa­vo­rable ; espé­rance de la résur­rec­tion ; soins pal­lia­tifs ; prières pour les malades et leurs proches.

Sta­tut édi­to­rial : texte ori­gi­nal de tra­vail, à har­mo­ni­ser avec le manus­crit MAH avant inté­gra­tion.