Fiche pastorale 11 – Lorsque le malade se replie sur lui-même et refuse les visites

Fiche pas­to­rale 11 – Lorsque le malade se replie sur lui-même et refuse les visites

Com­prendre la situa­tion

Il arrive qu’une per­sonne hos­pi­ta­li­sée ne sou­haite plus rece­voir de visites. Elle répond briè­ve­ment, détourne le regard, refuse de par­ler ou demande à res­ter seule.

Ce com­por­te­ment peut avoir plu­sieurs signi­fi­ca­tions.

La per­sonne peut être épui­sée par les trai­te­ments, souf­frir, man­quer de som­meil ou éprou­ver le besoin de retrou­ver un peu de maî­trise sur son quo­ti­dien. Elle peut éga­le­ment être décou­ra­gée, inquiète ou pro­fon­dé­ment attris­tée.

Par­fois, le silence tra­duit une dif­fi­cul­té à expri­mer ce qu’elle res­sent. Dans d’autres situa­tions, il mani­feste sim­ple­ment une volon­té légi­time de ne pas être déran­gée.

L’aumônier ne doit pas inter­pré­ter auto­ma­ti­que­ment ce retrait comme un refus de Dieu, un manque de foi ou une dépres­sion.

Il convient éga­le­ment de dis­tin­guer une per­sonne qui refuse expli­ci­te­ment toute visite de celle qui accepte une pré­sence silen­cieuse, mais ne sou­haite pas conver­ser.

Com­ment abor­der la per­sonne

L’aumônier com­mence par res­pec­ter la liber­té du patient.

Si celui-ci refuse la visite, il n’insiste pas.

Il peut sim­ple­ment répondre :

« Je com­prends. Je ne vais pas vous déran­ger. Si vous sou­hai­tez me ren­con­trer un autre jour, vous pour­rez le deman­der. »

Lorsque la per­sonne accepte sa pré­sence, mais ne parle pas, l’aumônier n’a pas à rem­plir immé­dia­te­ment le silence.

Il peut s’asseoir quelques ins­tants, si cela est sou­hai­té, et lais­ser à son inter­lo­cu­teur la pos­si­bi­li­té de prendre la parole.

Une ques­tion simple peut suf­fire :

« Pré­fé­rez-vous que je reste quelques ins­tants en silence, ou sou­hai­tez-vous être seul ? »

Si la per­sonne paraît très fati­guée, une visite de quelques minutes peut être plus appro­priée qu’un entre­tien pro­lon­gé.

L’aumônier peut pro­po­ser une courte lec­ture biblique ou une prière, mais seule­ment si la per­sonne y consent.

Il ne doit pas consi­dé­rer le refus d’une prière comme une offense per­son­nelle ou comme une preuve d’hostilité spi­ri­tuelle.

Lec­tures bibliques pro­po­sées : Psaume 62.2–9 ; 1 Rois 19.1–8 ; Mat­thieu 11.28–30 ; Marc 6.30–32.

Pre­mière médi­ta­tion – Dieu connaît notre fatigue

Lec­ture : 1 Rois 19.1–8.

Il existe des moments où nous n’avons plus envie de par­ler.

Nous sommes fati­gués. Les ques­tions deviennent trop nom­breuses. Nous ne savons plus très bien com­ment expli­quer ce que nous res­sen­tons.

Par­fois, nous vou­drions sim­ple­ment que tout s’arrête pen­dant quelques ins­tants.

Le pro­phète Élie a connu une période de pro­fond épui­se­ment.

Après avoir affron­té de grandes dif­fi­cul­tés, il prend la fuite. Il s’éloigne et s’arrête dans le désert.

Il est à bout de forces.

Le récit biblique nous montre un homme qui ne res­semble plus au pro­phète cou­ra­geux que nous avions ren­con­tré aupa­ra­vant.

Élie est décou­ra­gé. Il ne voit plus com­ment pour­suivre son che­min.

Ce qui est remar­quable, c’est la manière dont Dieu prend soin de lui.

Avant de lui confier une nou­velle mis­sion, Dieu lui accorde du repos et de la nour­ri­ture.

Le Sei­gneur ne méprise pas sa fai­blesse.

Il connaît les limites de son ser­vi­teur.

Ce pas­sage ne signi­fie pas que toutes nos dif­fi­cul­tés dis­pa­raî­tront après une nuit de som­meil ou un repas.

Il nous rap­pelle cepen­dant que notre condi­tion cor­po­relle compte.

Nous ne sommes pas de purs esprits.

Nous avons besoin de repos, de nour­ri­ture, de soins et par­fois de silence.

Lorsque nous sommes malades, ces besoins deviennent encore plus impor­tants.

Il peut donc être légi­time de ne pas avoir envie de par­ler.

Il peut être néces­saire de deman­der du calme.

Nous n’avons pas à nous jus­ti­fier constam­ment de notre fatigue.

Mais le récit d’Élie nous rap­pelle éga­le­ment que Dieu n’abandonne pas son ser­vi­teur dans son épui­se­ment.

Il conti­nue de prendre soin de lui.

Et dans l’Évangile, Jésus-Christ appelle ceux qui sont fati­gués et char­gés à venir à lui.

Nous pou­vons donc pré­sen­ter au Sei­gneur notre las­si­tude, même lorsque nous ne trou­vons pas les mots pour l’exprimer.

Nous pou­vons lui deman­der le repos dont nous avons besoin et la force de tra­ver­ser cette jour­née.

Prière pro­non­cée par l’aumônier

Sei­gneur notre Dieu,

Tu connais la fatigue de cette per­sonne.

Tu sais ce que la mala­die, les trai­te­ments et les inquié­tudes peuvent deman­der à son corps et à son esprit.

Nous te deman­dons de lui accor­der le repos dont elle a besoin.

Sou­lage ses souf­frances et bénis les soins qui lui sont appor­tés.

Donne aux soi­gnants l’attention néces­saire pour res­pec­ter ses limites.

Aide ses proches à com­prendre son besoin de tran­quilli­té, sans y voir néces­sai­re­ment un rejet.

Sei­gneur Jésus-Christ, tu as appe­lé à toi ceux qui sont fati­gués et char­gés.

Fais entendre ta Parole à cette per­sonne.

Accorde-lui la force néces­saire pour aujourd’hui.

Garde-nous dans la patience, la véri­té et la com­pas­sion.

Amen.

Deuxième médi­ta­tion – Le silence devant Dieu

Lec­ture : Psaume 62.2–9.

Nous pen­sons par­fois qu’il faut tou­jours trou­ver quelque chose à dire.

Lorsque nous ren­con­trons une per­sonne malade, nous cher­chons des paroles pour l’encourager.

Lorsque nous prions, nous essayons de for­mu­ler nos demandes.

Mais il arrive que les mots nous manquent.

La souf­france peut nous lais­ser sans réponse.

La fatigue peut rendre dif­fi­cile toute conver­sa­tion.

Dans le Psaume 62, David exprime sa confiance en Dieu.

Il affirme que son âme trouve en lui son repos.

Ce repos n’est pas sim­ple­ment l’absence de bruit.

Il est lié à la confiance que le psal­miste place dans le Sei­gneur.

David connaît pour­tant l’opposition, les menaces et les dif­fi­cul­tés.

Sa paix ne vient pas de ce que tous ses pro­blèmes auraient dis­pa­ru.

Elle repose sur Dieu, qu’il recon­naît comme son rocher et son salut.

Cette parole nous invite à décou­vrir qu’il n’est pas tou­jours néces­saire de mul­ti­plier les dis­cours.

Nous pou­vons nous tenir devant Dieu avec notre fai­blesse.

Nous pou­vons lui confier notre fatigue et nos inquié­tudes.

Et lorsque nous ne savons plus quoi deman­der, nous pou­vons sim­ple­ment écou­ter sa Parole.

La foi chré­tienne ne repose pas sur notre capa­ci­té à pro­duire de belles prières.

Elle repose sur Jésus-Christ, notre Sau­veur.

Il nous est donc pos­sible de cher­cher notre secours auprès de lui avec des mots très simples.

Nous pou­vons aus­si deman­der au Sei­gneur de nous don­ner la paix inté­rieure néces­saire pour tra­ver­ser les heures dif­fi­ciles.

Cette paix ne signi­fie pas que nous ne souf­fri­rons plus.

Elle signi­fie que nous pou­vons remettre notre vie entre les mains de Dieu.

Aujourd’hui, si vous êtes fati­gué, il n’est pas néces­saire de par­ler lon­gue­ment.

Nous pou­vons sim­ple­ment gar­der un moment de silence, puis confier cette jour­née au Sei­gneur.

Prière pro­non­cée par l’aumônier

Père céleste,

Nous venons devant toi avec peu de mots.

Tu connais cette per­sonne et ce qu’elle tra­verse.

Tu sais ce qui la fatigue, ce qui l’inquiète et ce qu’elle ne par­vient peut-être pas à expri­mer.

Nous te deman­dons de lui accor­der le repos et le sou­la­ge­ment.

Donne-lui la force néces­saire pour rece­voir les soins et tra­ver­ser cette jour­née.

Que ta Parole lui apporte lumière et espé­rance.

Par ton Saint-Esprit, conduis-la vers Jésus-Christ.

Apprends-nous à res­pec­ter les silences, à écou­ter avec patience et à ne pas impo­ser notre pré­sence.

Nous remet­tons cette jour­née entre tes mains.

Au nom de Jésus-Christ.

Amen.

Troi­sième pos­si­bi­li­té – Une pré­sence très brève

Lorsque la per­sonne accepte une visite, mais ne sou­haite pas par­ler long­temps, l’aumônier peut pro­po­ser une seule lec­ture.

Lec­ture : Mat­thieu 11.28.

Il peut dire :

Jésus-Christ connaît notre fai­blesse. Il appelle ceux qui sont fati­gués à venir à lui.

Nous pou­vons lui confier cette jour­née, sans cher­cher à trou­ver beau­coup de mots.

Prière brève

Sei­gneur Jésus-Christ,

Tu connais cette per­sonne et sa fatigue.

Accorde-lui le repos et le sou­la­ge­ment dont elle a besoin.

Sou­tiens-la dans cette jour­née.

Donne sagesse aux soi­gnants et patience à ceux qui l’accompagnent.

Que ta grâce lui soit mani­fes­tée.

Amen.

Indi­ca­tions pra­tiques pour l’aumônier

La pre­mière médi­ta­tion convient par­ti­cu­liè­re­ment lorsqu’une per­sonne exprime son épui­se­ment et accepte une parole biblique.

La deuxième peut être pro­po­sée à une per­sonne qui sou­haite une pré­sence spi­ri­tuelle, mais ne se sent pas capable de conver­ser lon­gue­ment.

La troi­sième pro­po­si­tion convient aux visites très courtes.

Il faut cepen­dant rap­pe­ler qu’aucune de ces médi­ta­tions ne doit être pro­non­cée devant une per­sonne qui a clai­re­ment refu­sé l’accompagnement reli­gieux.

L’aumônier doit aus­si dis­tin­guer un besoin ordi­naire de repos d’un chan­ge­ment pré­oc­cu­pant de com­por­te­ment. Un retrait sou­dain, une confu­sion, une détresse intense ou des pro­pos évo­quant le désir de mou­rir peuvent néces­si­ter une trans­mis­sion rapide aux pro­fes­sion­nels com­pé­tents, selon les pro­cé­dures appli­cables.

Le silence n’est pas tou­jours un pro­blème à résoudre.

Il peut être un besoin, une pro­tec­tion ou sim­ple­ment une manière de tra­ver­ser l’épreuve.

L’aumônier doit apprendre à dis­cer­ner quand par­ler, quand écou­ter et quand se reti­rer.

Ren­vois internes à pré­voir : écoute pas­to­rale ; pré­sence silen­cieuse ; res­pect de la liber­té du patient ; fatigue et souf­france ; accom­pa­gne­ment spi­ri­tuel en fin de vie.

Sta­tut édi­to­rial : texte ori­gi­nal de tra­vail, à har­mo­ni­ser avec le manus­crit MAH avant inté­gra­tion.