Fiche pastorale 10 – La solitude et le sentiment d’abandon

Fiche pas­to­rale 10 – La soli­tude et le sen­ti­ment d’abandon

Com­prendre la situa­tion

L’hospitalisation peut pro­vo­quer une rup­ture bru­tale avec la vie ordi­naire. La per­sonne malade quitte son domi­cile, ses habi­tudes, par­fois son conjoint et ses enfants. Elle découvre un envi­ron­ne­ment dans lequel les jour­nées sont ryth­mées par les soins, les exa­mens et les visites médi­cales.

Cer­taines per­sonnes reçoivent régu­liè­re­ment la visite de leurs proches. D’autres res­tent seules pen­dant de longues jour­nées. Il arrive que la famille habite loin, que les rela­tions soient rom­pues ou que les proches eux-mêmes soient épui­sés.

La soli­tude peut éga­le­ment être inté­rieure. Une per­sonne entou­rée peut avoir le sen­ti­ment que per­sonne ne com­prend réel­le­ment ce qu’elle tra­verse.

À cette soli­tude humaine s’a­joute par­fois une souf­france spi­ri­tuelle : la per­sonne prie, mais elle a l’impression que Dieu ne répond pas. Elle se demande s’il l’a oubliée.

L’aumônier ne doit pas confondre ces dif­fé­rentes situa­tions.

Com­ment abor­der la per­sonne

La pre­mière réponse à la soli­tude est sou­vent une pré­sence réelle.

L’aumônier prend le temps de s’asseoir, de regar­der la per­sonne, de l’écouter sans pré­ci­pi­ta­tion. Il évite de mul­ti­plier les paroles des­ti­nées à com­bler les silences.

Il peut deman­der :

« Est-ce que vous avez des per­sonnes qui peuvent venir vous voir ? »

Ou encore :

« Qu’est-ce qui vous pèse le plus dans ces jour­nées à l’hôpital ? »

Ces ques­tions per­mettent de décou­vrir si la soli­tude résulte d’un éloi­gne­ment géo­gra­phique, d’une rup­ture fami­liale, d’un sen­ti­ment d’incompréhension ou d’une détresse spi­ri­tuelle.

Lorsque cela est sou­hai­té par le patient, l’aumônier peut faci­li­ter le contact avec des proches ou avec les ser­vices com­pé­tents de l’établissement. Il ne pro­met pas des visites qu’il ne pour­ra pas assu­rer.

Si la per­sonne exprime un sen­ti­ment d’abandon par Dieu, il accueille cette parole sans la cor­ri­ger immé­dia­te­ment.

Lec­tures bibliques pro­po­sées : Psaume 27.7–10 ; Psaume 42.2–6 ; Ésaïe 49.14–16 ; Mat­thieu 28.18–20 ; Hébreux 13.5–6.

Pre­mière médi­ta­tion – Quand les autres ne sont plus là

Lec­ture : Psaume 27.7–10.

Il existe des soli­tudes que nous n’avions pas choi­sies.

La mala­die nous éloigne de notre mai­son, de nos habi­tudes et par­fois des per­sonnes dont la pré­sence nous est la plus pré­cieuse.

Les jour­nées peuvent deve­nir longues.

Nous atten­dons une visite, un appel, une nou­velle. Nous regar­dons l’heure et nous nous deman­dons quand quelqu’un vien­dra.

Il arrive aus­si que nous n’osions pas deman­der de l’aide, de peur de déran­ger.

Le Psaume 27 nous fait entendre la prière d’un homme qui cherche le secours de Dieu.

David connaît les menaces, les dif­fi­cul­tés et l’incertitude.

Dans sa prière, il envi­sage même l’abandon par les per­sonnes qui devraient lui être les plus proches.

Mais il affirme que le Sei­gneur demeure son recours.

Cette parole ne signi­fie pas que l’absence de nos proches serait sans impor­tance.

Dieu nous a créés pour vivre dans des rela­tions humaines. Nous avons besoin de par­ler, d’être écou­tés, de rece­voir de l’affection et de par­ta­ger notre exis­tence avec d’autres.

La soli­tude fait souf­frir pré­ci­sé­ment parce que ces rela­tions comptent.

La Bible ne nous demande donc pas de faire comme si nous n’avions besoin de per­sonne.

Elle nous invite à cher­cher le Sei­gneur au milieu de ce manque.

Dieu connaît notre situa­tion, même lorsque per­sonne ne semble mesu­rer ce que nous tra­ver­sons.

Et Jésus-Christ nous a révé­lé la pro­fon­deur de la com­pas­sion divine.

Au cours de son minis­tère, il s’est appro­ché de per­sonnes malades, reje­tées ou iso­lées.

Il ne les a pas consi­dé­rées comme des êtres sans impor­tance.

Il les a ren­con­trées per­son­nel­le­ment.

Aujourd’hui encore, nous pou­vons nous tour­ner vers lui.

Nous pou­vons lui dire notre soli­tude et lui deman­der de nous sou­te­nir.

Nous pou­vons aus­si lui deman­der de nous aider à accueillir les per­sonnes qu’il place sur notre che­min.

Une visite ne fait pas dis­pa­raître toutes les dif­fi­cul­tés. Mais elle peut deve­nir un signe concret de cette atten­tion fra­ter­nelle que Dieu nous appelle à exer­cer les uns envers les autres.

Prière pro­non­cée par l’aumônier

Sei­gneur notre Dieu,

Nous te confions cette per­sonne et les longues heures qu’elle tra­verse.

Tu connais le poids de la soli­tude, l’attente d’une visite et la tris­tesse de ne pas pou­voir par­ta­ger sa vie avec ceux que l’on aime.

Nous te deman­dons de lui accor­der des pré­sences fidèles et atten­tives.

Sou­tiens ses proches lorsqu’ils sont éloi­gnés ou empê­chés.

Aide-nous à trou­ver les moyens de main­te­nir les liens qui peuvent l’être.

Donne aux soi­gnants la patience et l’humanité néces­saires pour accom­pa­gner ceux qui leur sont confiés.

Sei­gneur Jésus-Christ, tu t’es appro­ché de ceux que les autres oubliaient.

Apprends-nous à recon­naître leur digni­té et à leur mani­fes­ter ton amour.

Que cette per­sonne trouve dans ta Parole un secours véri­table.

Sou­tiens-la aujourd’hui et conduis-la dans ton espé­rance.

Amen.

Deuxième médi­ta­tion – Dieu m’a‑t-il oublié ?

Lec­ture : Ésaïe 49.14–16.

Il arrive que la soli­tude prenne une dimen­sion plus pro­fonde.

Nous ne nous deman­dons plus seule­ment pour­quoi les autres ne viennent pas.

Nous nous deman­dons si Dieu lui-même nous a aban­don­nés.

Nous avons prié. Nous avons deman­dé du secours. Pour­tant, la mala­die demeure et les jour­nées conti­nuent à être dif­fi­ciles.

Cette impres­sion peut être dou­lou­reuse.

Dans le livre d’Ésaïe, le peuple de Dieu exprime une plainte sem­blable. Sion se croit aban­don­née et oubliée par le Sei­gneur.

Dieu répond à cette plainte en uti­li­sant une image très forte : celle de l’at­ta­che­ment d’une mère à son enfant.

Même si les affec­tions humaines venaient à défaillir, Dieu affirme qu’il n’oubliera pas son peuple.

Il faut entendre cette pro­messe dans son contexte. Elle est adres­sée à Sion, au peuple de l’alliance, auquel Dieu annonce sa fidé­li­té.

Elle ne signi­fie pas que cha­cun de nos dési­rs sera immé­dia­te­ment accom­pli.

Mais elle révèle quelque chose d’essentiel du carac­tère de Dieu : il est fidèle à ses enga­ge­ments.

Cette fidé­li­té trouve son accom­plis­se­ment déci­sif en Jésus-Christ.

Le Fils de Dieu est venu dans le monde pour accom­plir les pro­messes divines. Il a por­té le péché de son peuple, il est mort et il est res­sus­ci­té.

L’espérance chré­tienne repose sur cette œuvre accom­plie.

Nous ne mesu­rons donc pas la fidé­li­té de Dieu uni­que­ment à ce que nous res­sen­tons aujourd’hui.

Il peut arri­ver que notre cœur soit trou­blé, que notre prière soit dif­fi­cile et que nous ne per­ce­vions aucune conso­la­tion immé­diate.

Mais la Parole de Dieu demeure.

Lorsque nous ne com­pre­nons pas ce qui nous arrive, nous pou­vons regar­der à Jésus-Christ et nous sou­ve­nir de ce qu’il a fait.

Il ne nous est pas deman­dé de fabri­quer une paix arti­fi­cielle.

Nous pou­vons venir au Sei­gneur avec notre peine et lui deman­der de renou­ve­ler notre confiance en lui.

Prière pro­non­cée par l’aumônier

Père céleste,

Tu connais les moments où nous avons l’impression de par­ler sans être enten­dus.

Tu connais les ques­tions que nous n’osons pas tou­jours expri­mer.

Nous te deman­dons de rece­voir cette souf­france et cette soli­tude.

Garde-nous de confondre ton silence appa­rent avec ton absence.

Fais-nous entendre les pro­messes de ta Parole.

Par ton Saint-Esprit, conduis-nous vers Jésus-Christ, en qui tu as mani­fes­té ta fidé­li­té et ta grâce.

Accorde à cette per­sonne la force de tra­ver­ser les jours qui viennent.

Donne-lui des com­pa­gnons de route, des proches atten­tifs et des occa­sions de rece­voir une véri­table affec­tion.

Apprends-nous à être nous-mêmes des témoins fidèles de ta com­pas­sion.

Au nom de Jésus-Christ.

Amen.

Troi­sième pos­si­bi­li­té – Une visite très brève auprès d’une per­sonne iso­lée

Lec­ture pro­po­sée : Psaume 27.10.

L’aumônier peut dire :

Il arrive que nous nous sen­tions très seuls, par­ti­cu­liè­re­ment lorsque la mala­die nous éloigne de ceux que nous aimons.

Le psal­miste nous rap­pelle que nous pou­vons cher­cher notre secours auprès du Sei­gneur, même lorsque les pré­sences humaines nous manquent.

Nous pou­vons lui confier cette jour­née et lui deman­der de nous sou­te­nir.

Prière brève

Sei­gneur notre Dieu,

Tu connais la soli­tude de cette per­sonne.

Accorde-lui le récon­fort et la pré­sence dont elle a besoin.

Sou­tiens ceux qui l’aiment et faci­lite les liens qui peuvent être main­te­nus.

Donne-lui la force néces­saire pour aujourd’hui.

Que ta Parole lui apporte lumière et espé­rance.

Au nom de Jésus-Christ.

Amen.

Indi­ca­tions pra­tiques pour l’aumônier

La pre­mière médi­ta­tion convient lorsque la per­sonne souffre prin­ci­pa­le­ment de l’absence de ses proches ou d’un iso­le­ment pro­lon­gé.

La deuxième convient lorsqu’elle exprime expli­ci­te­ment un sen­ti­ment d’abandon par Dieu. Il importe alors de ne pas lui repro­cher son manque de foi. Les Psaumes montrent que la plainte peut trou­ver sa place dans la prière.

La troi­sième pro­po­si­tion est adap­tée aux visites courtes, notam­ment auprès de per­sonnes fati­guées.

L’aumônier doit éga­le­ment recher­cher, avec l’accord de la per­sonne et dans le res­pect du cadre ins­ti­tu­tion­nel, les pos­si­bi­li­tés concrètes de réduire son iso­le­ment : contacts fami­liaux, visites auto­ri­sées, accom­pa­gne­ment social ou sou­tien com­mu­nau­taire.

Il convient de dis­tin­guer soli­tude spi­ri­tuelle et détresse psy­cho­lo­gique. Lorsque l’isolement s’accompagne de signes pré­oc­cu­pants, notam­ment d’idées sui­ci­daires, l’aumônier doit sol­li­ci­ter les pro­fes­sion­nels com­pé­tents selon les pro­cé­dures appli­cables.

Enfin, il évi­te­ra de pro­mettre une pré­sence régu­lière qu’il ne pour­ra pas tenir. Une visite annon­cée puis oubliée peut ren­for­cer le sen­ti­ment d’abandon.

Ren­vois internes à pré­voir : écoute pas­to­rale ; accom­pa­gne­ment des per­sonnes iso­lées ; plainte biblique ; pré­sence auprès des malades ; sou­tien des proches.

Sta­tut édi­to­rial : texte ori­gi­nal de tra­vail, à har­mo­ni­ser avec le manus­crit MAH avant inté­gra­tion.