Fiche pastorale 07 – Accompagner une personne non croyante

Fiche pas­to­rale 07 – Accom­pa­gner une per­sonne non croyante

Com­prendre la situa­tion

L’aumônier hos­pi­ta­lier ne ren­contre pas uni­que­ment des chré­tiens. Il peut être appe­lé auprès d’une per­sonne athée, agnos­tique, indif­fé­rente à la reli­gion ou ayant pris ses dis­tances avec l’Église.

Cette per­sonne peut avoir deman­dé elle-même sa visite. Elle peut aus­si avoir accep­té de ren­con­trer l’aumônier à la sug­ges­tion d’un proche ou d’un soi­gnant.

Les rai­sons de cette ren­contre sont diverses. Cer­tains sou­haitent sim­ple­ment par­ler. D’autres éprouvent le besoin de réflé­chir au sens de leur exis­tence, à la souf­france ou à la mort. D’autres encore sont dis­po­sés à entendre une parole chré­tienne, sans pour autant par­ta­ger la foi de l’aumônier.

Il serait erro­né de consi­dé­rer toute per­sonne non croyante comme hos­tile à la foi. Il serait tout aus­si erro­né d’interpréter son accep­ta­tion d’une visite comme une demande impli­cite d’évangélisation.

La pre­mière res­pon­sa­bi­li­té de l’aumônier consiste à com­prendre ce que cette per­sonne attend réel­le­ment de lui.

Com­ment abor­der la per­sonne

L’aumônier se pré­sente clai­re­ment comme ministre du culte pro­tes­tant. Il ne dis­si­mule ni son iden­ti­té ni ses convic­tions, mais il ne sup­pose pas que son inter­lo­cu­teur sou­haite les par­ta­ger.

Il peut com­men­cer par une ques­tion simple :

« Sou­hai­tez-vous me par­ler de ce que vous tra­ver­sez, ou y a‑t-il une ques­tion par­ti­cu­lière que vous aime­riez abor­der ? »

Si la per­sonne sou­haite seule­ment être écou­tée, l’aumônier lui accorde cette écoute sans cher­cher à intro­duire arti­fi­ciel­le­ment un dis­cours reli­gieux.

Si elle inter­roge la foi chré­tienne, il répond avec fran­chise.

Si elle demande une prière, il peut lui pro­po­ser de pré­ci­ser ce qu’elle sou­haite confier à Dieu.

Il convient de res­pec­ter éga­le­ment le refus d’une lec­ture biblique, d’une prière ou d’une nou­velle visite.

L’aumônier n’a pas à renon­cer à l’annonce de l’Évangile. Mais cette annonce doit être libre­ment accueillie, et non impo­sée à une per­sonne ren­due dépen­dante par la mala­die.

Lec­tures bibliques pro­po­sées, lorsque la per­sonne sou­haite les entendre : Mat­thieu 11.28–30 ; Marc 2.13–17 ; Luc 15.11–24 ; Jean 3.16–17.

Pre­mière médi­ta­tion – Venez à moi, vous qui êtes fati­gués

Lec­ture : Mat­thieu 11.28–30.

La mala­die nous confronte par­fois à des limites que nous n’avions pas ima­gi­nées.

Nous décou­vrons que notre corps ne répond plus comme aupa­ra­vant. Nous dépen­dons de soins, de trai­te­ments et de per­sonnes que nous ne connais­sions pas quelques semaines plus tôt.

Cette situa­tion peut sus­ci­ter beau­coup de ques­tions.

Pour­quoi cela m’arrive-t-il ? Com­ment vais-je tra­ver­ser cette épreuve ? Sur quoi puis-je encore m’appuyer ?

Dans l’Évangile selon Mat­thieu, Jésus s’adresse à ceux qui sont fati­gués et char­gés.

Il ne leur demande pas d’abord de démon­trer leur force. Il les invite à venir à lui.

Cette invi­ta­tion est remar­quable.

Jésus ne pré­sente pas la foi comme une récom­pense accor­dée à ceux qui auraient réus­si leur vie. Il appelle des per­sonnes qui ont besoin de secours.

Dans l’ensemble de son ensei­gne­ment, il montre que l’être humain a besoin de bien davan­tage qu’un sou­la­ge­ment pro­vi­soire. Il a besoin d’être récon­ci­lié avec Dieu.

C’est pour­quoi le Christ est venu dans le monde.

Il a annon­cé la grâce de Dieu, appe­lé les pécheurs à la repen­tance et don­né sa vie sur la croix. Par sa résur­rec­tion, il a mani­fes­té sa vic­toire sur la mort.

L’Évangile ne pro­met pas que toute per­sonne qui croit sera immé­dia­te­ment déli­vrée de la mala­die.

Il annonce que Jésus-Christ accueille ceux qui viennent à lui avec foi.

Peut-être cette parole vous paraît-elle nou­velle. Peut-être sou­lève-t-elle davan­tage de ques­tions qu’elle n’apporte de réponses immé­diates.

Il n’est pas néces­saire de pré­tendre croire ce que l’on ne croit pas.

Mais il est pos­sible de consi­dé­rer sérieu­se­ment cette invi­ta­tion du Christ, d’examiner ce que les Évan­giles disent de lui et de se deman­der qui il est réel­le­ment.

La foi chré­tienne com­mence par cette ren­contre avec la per­sonne de Jésus-Christ.

Prière pro­non­cée par l’aumônier

Cette prière n’est pro­po­sée que si la per­sonne y consent.

Sei­gneur notre Dieu,

Nous te pré­sen­tons cette per­sonne et l’épreuve qu’elle tra­verse.

Tu connais son his­toire, ses convic­tions, ses ques­tions et ses inquié­tudes.

Nous te deman­dons de lui accor­der les soins néces­saires et de sou­te­nir ceux qui l’accompagnent.

Donne-lui la force de tra­ver­ser cette jour­née et de rece­voir l’aide dont elle a besoin.

Nous te prions éga­le­ment pour les ques­tions qu’elle porte.

Si elle cherche à mieux com­prendre qui tu es, donne-lui la lumière néces­saire pour exa­mi­ner libre­ment la véri­té de ton Évan­gile.

Garde-nous de toute parole trom­peuse et de toute pres­sion.

Apprends-nous à nous ren­con­trer dans la véri­té, le res­pect et la com­pas­sion.

Au nom de Jésus-Christ.

Amen.

Deuxième médi­ta­tion – Jésus est venu appe­ler les pécheurs

Lec­ture : Marc 2.13–17.

Dans les Évan­giles, Jésus ren­contre des per­sonnes très dif­fé­rentes.

Cer­taines sont recon­nues pour leur pié­té. D’autres sont consi­dé­rées comme peu res­pec­tables. Cer­taines connaissent les Écri­tures. D’autres vivent loin des pra­tiques reli­gieuses.

Un jour, Jésus appelle Lévi, un col­lec­teur d’impôts.

Il par­tage ensuite un repas avec des per­sonnes que les res­pon­sables reli­gieux consi­dèrent comme des pécheurs.

Cette atti­tude pro­voque des cri­tiques.

Jésus répond en com­pa­rant sa mis­sion à celle d’un méde­cin qui vient auprès des malades.

Il explique qu’il est venu appe­ler les pécheurs.

Cette parole nous apprend quelque chose d’essentiel sur la foi chré­tienne.

Jésus ne s’adresse pas uni­que­ment à ceux qui pos­sèdent déjà une bonne répu­ta­tion reli­gieuse.

Il vient vers des êtres humains qui ont besoin de la grâce de Dieu.

Cela ne signi­fie pas que le péché serait sans impor­tance. Au contraire, Jésus appelle à la repen­tance, c’est-à-dire à recon­naître son péché et à se tour­ner vers Dieu.

Mais le salut ne s’obtient pas en accu­mu­lant des mérites.

Il est don­né par la grâce de Dieu, en Jésus-Christ.

La mala­die peut nous conduire à réflé­chir plus pro­fon­dé­ment à notre exis­tence. Elle ne nous rend pas auto­ma­ti­que­ment croyants. Elle ne prouve pas non plus que Dieu nous puni­rait pour une faute par­ti­cu­lière.

Mais elle peut deve­nir une occa­sion de nous poser des ques­tions que nous avions lais­sées de côté.

Qui est Jésus-Christ ?

Pour­quoi a‑t-il don­né sa vie ?

Que signi­fie être par­don­né et récon­ci­lié avec Dieu ?

Ces ques­tions méritent d’être exa­mi­nées sans pré­ci­pi­ta­tion.

L’Évangile nous invite à décou­vrir en Jésus-Christ non seule­ment un maître spi­ri­tuel, mais le Sau­veur dont nous avons besoin.

Prière pro­non­cée par l’aumônier

Sei­gneur notre Dieu,

Nous te remer­cions pour la véri­té de ta Parole et pour la grâce mani­fes­tée en Jésus-Christ.

Nous te confions les ques­tions que cette ren­contre a fait naître.

Donne-nous de cher­cher la véri­té avec sin­cé­ri­té.

Pré­serve-nous des pré­ju­gés, des paroles arti­fi­cielles et des cer­ti­tudes qui ne reposent sur rien.

Nous te deman­dons de faire connaître Jésus-Christ tel que les Écri­tures le révèlent.

Accorde à cette per­sonne la liber­té d’examiner ton Évan­gile et, par ton Saint-Esprit, de recon­naître la véri­té.

Nous te prions aus­si pour sa san­té, pour ses proches et pour ceux qui prennent soin d’elle.

Que notre pré­sence soit mar­quée par la fidé­li­té, la com­pas­sion et le res­pect.

Au nom de Jésus-Christ, notre Sei­gneur.

Amen.

Troi­sième pos­si­bi­li­té – Lorsque la per­sonne sou­haite sim­ple­ment être accom­pa­gnée

Dans cer­taines ren­contres, aucune médi­ta­tion biblique ne sera appro­priée.

Une per­sonne peut sou­hai­ter par­ler de son enfance, de sa famille, de ses regrets ou de ses inquié­tudes sans deman­der une inter­pré­ta­tion reli­gieuse de son expé­rience.

L’aumônier peut alors écou­ter, refor­mu­ler avec pru­dence et aider la per­sonne à expri­mer ce qui lui importe.

Il ne doit pas consi­dé­rer cette ren­contre comme un échec pas­to­ral.

La fidé­li­té à sa voca­tion ne se mesure pas au nombre de prières pro­non­cées ou de pas­sages bibliques lus.

Elle se mani­feste aus­si dans une pré­sence véri­table, qui res­pecte la per­sonne et demeure dis­po­nible pour une conver­sa­tion ulté­rieure.

Si la per­sonne demande fina­le­ment une prière, l’aumônier peut pro­po­ser une for­mu­la­tion simple.

Prière brève, si elle est deman­dée

Sei­gneur notre Dieu,

Nous te confions cette jour­née, avec ses dif­fi­cul­tés et ses inquié­tudes.

Veille sur cette per­sonne et sur ceux qui l’aiment.

Accorde aux soi­gnants sagesse et com­pé­tence.

Donne-lui le cou­rage néces­saire pour tra­ver­ser cette épreuve.

Que la véri­té, la paix et la com­pas­sion accom­pagnent ceux qui sont auprès d’elle.

Au nom de Jésus-Christ.

Amen.

Indi­ca­tions pra­tiques pour l’aumônier

La pre­mière médi­ta­tion convient lorsqu’une per­sonne non croyante mani­feste une cer­taine ouver­ture à la foi chré­tienne et sou­haite entendre une parole de conso­la­tion.

La deuxième est davan­tage appro­priée lorsqu’elle pose des ques­tions sur Jésus-Christ, le salut, le par­don ou la signi­fi­ca­tion de l’Évangile.

La troi­sième pos­si­bi­li­té rap­pelle qu’une ren­contre pas­to­rale ne com­porte pas néces­sai­re­ment une médi­ta­tion ou une prière.

L’aumônier ne doit jamais pro­fi­ter de la dépen­dance phy­sique ou psy­cho­lo­gique d’un patient pour obte­nir une adhé­sion reli­gieuse.

Il ne doit pas non plus lais­ser croire que l’accès à son accom­pa­gne­ment dépen­drait de l’acceptation de ses convic­tions.

Il peut témoi­gner clai­re­ment de Jésus-Christ, expli­quer les Écri­tures et répondre aux ques­tions qui lui sont posées. Mais il recon­naît que la foi ne se pro­duit pas par contrainte humaine.

Dans la pers­pec­tive réfor­mée, la conver­sion relève de l’action sou­ve­raine de Dieu par sa Parole et son Esprit. Cette convic­tion n’autorise ni la pas­si­vi­té ni la mani­pu­la­tion. Elle appelle l’aumônier à annon­cer fidè­le­ment l’Évangile et à lais­ser à Dieu ce qui appar­tient à Dieu.

Ren­vois internes à pré­voir : iden­ti­té et mis­sion de l’aumônier ; liber­té de conscience ; écoute pas­to­rale ; annonce de l’Évangile ; accom­pa­gne­ment des per­sonnes en fin de vie.

Sta­tut édi­to­rial : texte ori­gi­nal de tra­vail, à contrô­ler et à har­mo­ni­ser avec les cha­pitres exis­tants avant inté­gra­tion au manus­crit.