Page de titre de la Confession de foy imprimée en 1566, Bibliothèque de Genève, cote Bc 3364.

2 novembre 1561 – Découverte de la Confession des Pays-Bas à Tournai

Le 2 novembre 1561, au matin, un paquet est décou­vert dans l’enceinte du châ­teau de Tour­nai, alors ville des Pays-Bas espa­gnols. Il contient une lettre des­ti­née aux auto­ri­tés et des exem­plaires impri­més d’une confes­sion de foi rédi­gée en fran­çais. Le texte, pré­pa­ré par le pas­teur Guy de Brès, devien­dra la Confes­sion des Pays-Bas, ou Confes­sio Bel­gi­ca, l’un des grands docu­ments doc­tri­naux de la tra­di­tion réfor­mée.

Le dépôt d’une confes­sion sous la per­sé­cu­tion

Le dépôt s’est effec­tué pen­dant la nuit du 1er au 2 novembre. Ce geste clan­des­tin répond à une situa­tion de per­sé­cu­tion : les réfor­més de Tour­nai et d’autres villes des Pays-Bas méri­dio­naux subissent la répres­sion au nom du pou­voir de Phi­lippe II. La confes­sion entend démon­trer qu’ils ne sont pas des sédi­tieux, mais des chré­tiens dési­reux de pra­ti­quer libre­ment leur foi selon l’Écriture. Le carac­tère spec­ta­cu­laire de l’opération ne doit pas mas­quer son objec­tif : faire connaître une doc­trine et deman­der à être jugé sur son conte­nu réel. Les auto­ri­tés civiles étaient invi­tées à dis­tin­guer une confes­sion de foi de la rébel­lion armée, même si les ten­sions poli­tiques et reli­gieuses ne pou­vaient être entiè­re­ment sépa­rées.

L’héritage fran­çais de Guy de Brès

Guy de Brès, né à Mons, a connu l’exil, les Églises fran­co­phones et les débats de la Réforme euro­péenne. Il s’inspire notam­ment de la Confes­sion de foi fran­çaise de 1559 (la Gal­li­ca­na ou Confes­sion de foi de La Rochelle), tout en éla­bo­rant un texte adap­té aux com­mu­nau­tés des Pays-Bas. La confes­sion de 1561 n’est donc pas une pro­fes­sion de foi impro­vi­sée dans la nuit du dépôt : elle a été rédi­gée et impri­mée aupa­ra­vant.

Trente-sept articles pour expo­ser la foi

Ses trente-sept articles exposent la doc­trine de Dieu, la Tri­ni­té, l’autorité et la suf­fi­sance des Écri­tures, la créa­tion et la pro­vi­dence, la chute humaine, le salut accom­pli par Jésus-Christ, la jus­ti­fi­ca­tion par la foi, l’Église, les sacre­ments et l’espérance du juge­ment der­nier. Sa struc­ture montre une ambi­tion d’ensemble. La confes­sion ne réduit pas le chris­tia­nisme à quelques mots d’ordre diri­gés contre Rome ; elle entend rendre compte posi­ti­ve­ment de la foi confes­sée par les Églises.

Le texte atteste éga­le­ment un lien pro­fond avec la com­pré­hen­sion réfor­mée de l’alliance. Il pré­sente l’histoire du salut comme l’œuvre fidèle de Dieu, annon­cée dans les pro­messes anciennes et accom­plie dans le Christ média­teur. Cette lec­ture théo­lo­gique ne doit pour­tant pas faire dire à la confes­sion qu’elle contient déjà toutes les for­mu­la­tions plus tar­dives de la théo­lo­gie fédé­rale.

De Tour­nai aux for­mu­laires d’unité

La Confes­sion des Pays-Bas sera révi­sée et reçue par plu­sieurs synodes, notam­ment à Anvers en 1566 et à Dor­drecht en 1618–1619. Aux côtés du Caté­chisme de Hei­del­berg et des Canons de Dor­drecht, elle devien­dra l’un des Trois For­mu­laires d’unité. Guy de Brès, lui, sera exé­cu­té à Valen­ciennes en 1567.

Le 2 novembre com­mé­more donc la décou­verte d’un texte, non sa rédac­tion, son impres­sion ni son adop­tion offi­cielle. Il rap­pelle une convic­tion fon­da­men­tale : lorsque l’Église doit répondre à l’accusation et à la vio­lence, elle ne gagne rien à dis­si­mu­ler ce qu’elle croit. Elle est appe­lée à confes­ser publi­que­ment la véri­té, avec fer­me­té, mesure et confiance dans la Parole de Dieu.

Le 2 novembre 1561 est rete­nu ici comme date pro­bable de la décou­verte du paquet ; la confes­sion avait été rédi­gée et impri­mée aupa­ra­vant.

Cette notice est extraite de mon livre Mon calen­drier réfor­mé confes­sant, à paraître chez Foe­dus Édi­tions.

Biblio­gra­phie

  • Guy de Brès, Confes­sion de foy faicte d’un com­mun accord par les fidèles qui conversent es Pays Bas…, édi­tion ori­gi­nale, 1561 ; édi­tion de 1566, [Genève], [Jean Bon­ne­foy], Biblio­thèque de Genève, Bc 3364.
  • Émile Braek­man et Jean-Fran­çois Gil­mont, « Les écrits de Guy de Brès », Annales de la Socié­té d’histoire du pro­tes­tan­tisme belge, série V, livre 8, 1971.
  • Arend Pie­ters­ma, « The ‘Confes­sion de foy’ of the Wal­loon Churches in the Uni­ted Pro­vinces of 1580 », Lei­den Uni­ver­si­ty Libra­ries, 14 sep­tembre 2009.

Illus­tra­tion : page de titre de la Confes­sion de foy, édi­tion de 1566 (et non de 1561), Biblio­thèque de Genève, Bc 3364, e‑rara, domaine public ; https://doi.org/10.3931/e‑rara-5952.

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