Le 2 novembre 1561, au matin, un paquet est découvert dans l’enceinte du château de Tournai, alors ville des Pays-Bas espagnols. Il contient une lettre destinée aux autorités et des exemplaires imprimés d’une confession de foi rédigée en français. Le texte, préparé par le pasteur Guy de Brès, deviendra la Confession des Pays-Bas, ou Confessio Belgica, l’un des grands documents doctrinaux de la tradition réformée.
Le dépôt d’une confession sous la persécution
Le dépôt s’est effectué pendant la nuit du 1er au 2 novembre. Ce geste clandestin répond à une situation de persécution : les réformés de Tournai et d’autres villes des Pays-Bas méridionaux subissent la répression au nom du pouvoir de Philippe II. La confession entend démontrer qu’ils ne sont pas des séditieux, mais des chrétiens désireux de pratiquer librement leur foi selon l’Écriture. Le caractère spectaculaire de l’opération ne doit pas masquer son objectif : faire connaître une doctrine et demander à être jugé sur son contenu réel. Les autorités civiles étaient invitées à distinguer une confession de foi de la rébellion armée, même si les tensions politiques et religieuses ne pouvaient être entièrement séparées.
L’héritage français de Guy de Brès
Guy de Brès, né à Mons, a connu l’exil, les Églises francophones et les débats de la Réforme européenne. Il s’inspire notamment de la Confession de foi française de 1559 (la Gallicana ou Confession de foi de La Rochelle), tout en élaborant un texte adapté aux communautés des Pays-Bas. La confession de 1561 n’est donc pas une profession de foi improvisée dans la nuit du dépôt : elle a été rédigée et imprimée auparavant.
Trente-sept articles pour exposer la foi
Ses trente-sept articles exposent la doctrine de Dieu, la Trinité, l’autorité et la suffisance des Écritures, la création et la providence, la chute humaine, le salut accompli par Jésus-Christ, la justification par la foi, l’Église, les sacrements et l’espérance du jugement dernier. Sa structure montre une ambition d’ensemble. La confession ne réduit pas le christianisme à quelques mots d’ordre dirigés contre Rome ; elle entend rendre compte positivement de la foi confessée par les Églises.
Le texte atteste également un lien profond avec la compréhension réformée de l’alliance. Il présente l’histoire du salut comme l’œuvre fidèle de Dieu, annoncée dans les promesses anciennes et accomplie dans le Christ médiateur. Cette lecture théologique ne doit pourtant pas faire dire à la confession qu’elle contient déjà toutes les formulations plus tardives de la théologie fédérale.
De Tournai aux formulaires d’unité
La Confession des Pays-Bas sera révisée et reçue par plusieurs synodes, notamment à Anvers en 1566 et à Dordrecht en 1618–1619. Aux côtés du Catéchisme de Heidelberg et des Canons de Dordrecht, elle deviendra l’un des Trois Formulaires d’unité. Guy de Brès, lui, sera exécuté à Valenciennes en 1567.
Le 2 novembre commémore donc la découverte d’un texte, non sa rédaction, son impression ni son adoption officielle. Il rappelle une conviction fondamentale : lorsque l’Église doit répondre à l’accusation et à la violence, elle ne gagne rien à dissimuler ce qu’elle croit. Elle est appelée à confesser publiquement la vérité, avec fermeté, mesure et confiance dans la Parole de Dieu.
Le 2 novembre 1561 est retenu ici comme date probable de la découverte du paquet ; la confession avait été rédigée et imprimée auparavant.
Cette notice est extraite de mon livre Mon calendrier réformé confessant, à paraître chez Foedus Éditions.
Bibliographie
- Guy de Brès, Confession de foy faicte d’un commun accord par les fidèles qui conversent es Pays Bas…, édition originale, 1561 ; édition de 1566, [Genève], [Jean Bonnefoy], Bibliothèque de Genève, Bc 3364.
- Émile Braekman et Jean-François Gilmont, « Les écrits de Guy de Brès », Annales de la Société d’histoire du protestantisme belge, série V, livre 8, 1971.
- Arend Pietersma, « The ‘Confession de foy’ of the Walloon Churches in the United Provinces of 1580 », Leiden University Libraries, 14 septembre 2009.
Illustration : page de titre de la Confession de foy, édition de 1566 (et non de 1561), Bibliothèque de Genève, Bc 3364, e‑rara, domaine public ; https://doi.org/10.3931/e‑rara-5952.
Retrouvez les autres notices du Calendrier réformé.
Pour approfondir
- De l’utilité et de la nécessité des confessions de foi
- 13 novembre 1618 : ouverture du Synode de Dordrecht
- La cohérence des Canons de Dordrecht
- 9 novembre 1541 – Naissance de Menso Alting, réformateur des Pays-Bas
- La théologie de l’alliance
- À propos des cinq Sola de la Réforme
- La foi réformée en France – Pierre Courthial
