Illustration du Psaume 146 : la vanité de la confiance dans les princes et la fidélité du Créateur qui défend les opprimés.

Psaume 146 – Loué sois-tu – ARC 146

Introduction au psaume

Le Psaume 146 est un hymne de louange. Il déploie la vani­té de la confiance dans les princes et la fidé­li­té du Créa­teur qui défend les oppri­més. Sa prière porte l’expérience humaine devant le Dieu de l’alliance et conduit l’assemblée à rece­voir sa parole, à lui répondre et à espé­rer son œuvre. Dans la litur­gie, il convient par­ti­cu­liè­re­ment aux moments sui­vants : Ado­ra­tion ; Confes­sion de foi ; Béné­dic­tion. Cha­cun de ces emplois doit res­pec­ter le mou­ve­ment entier du psaume et non iso­ler une for­mule ras­su­rante de son contexte.

Illustration du Psaume 146 : la vanité de la confiance dans les princes et la fidélité du Créateur qui défend les opprimés.
Psaume 146 – Loué sois-tu.

Texte intégral du psaume – Louis Segond 1910

1. Louez l’É­ter­nel ! Mon âme, loue l’É­ter­nel !

2. Je loue­rai l’É­ter­nel tant que je vivrai, Je célé­bre­rai mon Dieu tant que j’exis­te­rai.

3. Ne vous confiez pas aux grands, Aux fils de l’homme, qui ne peuvent sau­ver.

4. Leur souffle s’en va, ils rentrent dans la terre, Et ce même jour leurs des­seins péris­sent.

5. Heu­reux celui qui a pour secours le Dieu de Jacob, Qui met son espoir en l’É­ter­nel, son Dieu !

6. Il a fait les cieux et la terre, La mer et tout ce qui s’y trouve. Il garde la fidé­li­té à tou­jours.

7. Il fait droit aux oppri­més ; Il donne du pain aux affa­més ; L’É­ter­nel délivre les cap­tifs ;

8. L’É­ter­nel ouvre les yeux des aveugles ; L’É­ter­nel redresse ceux qui sont cour­bés ; L’É­ter­nel aime les justes.

9. L’É­ter­nel pro­tège les étran­gers, Il sou­tient l’or­phe­lin et la veuve, Mais il ren­verse la voie des méchants.

10. L’É­ter­nel règne éter­nel­le­ment ; Ton Dieu, ô Sion ! sub­siste d’âge en âge ! Louez l’É­ter­nel !

Le psaume dans le Psautier de Genève

Le Psaume 146 appar­tient au Psau­tier com­plet de Genève. Le recueil ARC en pro­pose la pièce « Loué sois-tu » sous le numé­ro 146. Le réper­toire cano­nique l’attribue à la tra­di­tion ver­si­fiée de Clé­ment Marot et/ou Théo­dore de Bèze selon les don­nées propres à cette pièce ; aucune attri­bu­tion plus pré­cise n’est ajou­tée ici lorsqu’elle n’est pas éta­blie. Le chant met la Parole biblique sur les lèvres de l’assemblée : il unit mémoire de l’alliance, prière com­mune et réponse croyante. Son usage litur­gique prin­ci­pal relève de ado­ra­tion ; confes­sion de foi ; béné­dic­tion. Lu dans l’unité de l’Écriture, le psaume conserve sa pre­mière por­tée en Israël et trouve son accom­plis­se­ment en Jésus-Christ, Roi, juste, priant et Sau­veur de son peuple.

Chanter le psaume

Le Psaume 146 est un psaume de louange qui ouvre la grande doxo­lo­gie finale du Psau­tier (Psaumes 146 à 150). Il appelle le croyant à une louange réso­lue et lucide, fon­dée non sur les cir­cons­tances ou les puis­sants de ce monde, mais sur la fidé­li­té inébran­lable de l’Éternel.

Son genre est clai­re­ment hym­nique : une exhor­ta­tion per­son­nelle à louer Dieu, sui­vie d’une confes­sion publique de ce que Dieu est et de ce qu’il fait. La louange naît ici de la véri­té confes­sée, non de l’émotion.

Dans le Psau­tier de Genève, ce psaume occupe une place stra­té­gique : il intro­duit une série de can­tiques entiè­re­ment tour­nés vers la sou­ve­rai­ne­té, la jus­tice et la royau­té éter­nelle de Dieu. Il rap­pelle que la vraie sécu­ri­té ne se trouve ni dans les princes ni dans les struc­tures humaines, mais dans le Dieu créa­teur et libé­ra­teur, fidèle à son alliance.

Litur­gi­que­ment, le Psaume 146 est par­ti­cu­liè­re­ment adap­té à l’ouverture ou à la conclu­sion du culte. Il oriente l’assemblée vers une louange droite, ancrée dans la théo­lo­gie de l’alliance : l’Éternel règne pour tou­jours, il garde la foi à per­pé­tui­té, et son règne se mani­feste concrè­te­ment par sa sol­li­ci­tude envers les faibles et les oppri­més.

Musique avec intro­duc­tion pour le culte (Leeds Town Hall Organ P1) [x6]

1. Loué sois-tu dans mon âme ;
Loué sois-tu, Dieu sau­veur.
Que tout dans ma vie pro­clame
L’amour qui rem­plit mon cœur.
Mon Dieu, je te chan­te­rai
Tant que je res­pi­re­rai.

2. Ne met­tez votre espé­rance
En aucun pou­voir humain.
Il n’est point de déli­vrance
En celui qui meurt demain.
L’homme tombe et ses pro­jets
Se dis­sipent à jamais.

3. Heu­reux celui qui espère
Dans le Sei­gneur, l’Eternel :
Il créa tout sur la terre,
Dans la mer et dans le ciel.
Il est pour l’éternité
Gar­dien de la véri­té.

4. Dieu fait droit dans sa jus­tice
Aux mal­heu­reux oppri­més.
Il sou­tient ceux qui fai­blissent,
Il nour­rit les affa­més.
Son secours vient délier
Les chaînes du pri­son­nier.

5. A la lumière il appelle
Celui qui ne voyait pas,
Et si l’infirme chan­celle,
Sa main affer­mit ses pas.
Il se plaît à pro­té­ger
L’orphelin et l’étranger.

6. O Sei­gneur, tes mains pro­tègent
Celui qui aime ta loi ;
L’injuste est pris à ses pièges,
Car tu es gar­dien du droit.
Ton royaume dure­ra
Pour tou­jours, Allé­luia !

1) Place du psaume dans le Psau­tier de Genève
Le Psaume 146 ouvre la der­nière sec­tion du Psau­tier (Psaumes 146–150), mar­quée par l’« Allé­luia » final. Dans le Psau­tier de Genève, il inau­gure la grande doxo­lo­gie conclu­sive : le peuple est appe­lé à une louange totale, consciente et confiante, tour­née exclu­si­ve­ment vers l’Éternel.

2) Genre du psaume
Psaume de louange (hymne). Il com­bine exhor­ta­tion per­son­nelle (« Mon âme, loue l’Éternel ») et pro­cla­ma­tion com­mu­nau­taire des œuvres de Dieu. La louange naît ici d’une confes­sion de foi : qui Dieu est et ce qu’il fait.

3) Théo­lo­gie du psaume
Le cœur théo­lo­gique est le contraste radi­cal entre la fra­gi­li­té des princes et la fidé­li­té éter­nelle de Dieu. Toute confiance pla­cée dans l’homme est vaine ; seule la confiance en l’Éternel est bénie. Le psaume déploie une théo­lo­gie pro­fon­dé­ment biblique de la pro­vi­dence : Dieu crée, main­tient, libère, nour­rit, relève, pro­tège. Il se révèle comme le défen­seur des faibles (oppri­més, affa­més, étran­gers, orphe­lins, veuves) et comme le Roi éter­nel. La louange devient ain­si un acte de luci­di­té spi­ri­tuelle autant qu’un acte d’adoration.

4) Musique ori­gi­nale
Dans le Psau­tier de Genève, le Psaume 146 est chan­té sur une mélo­die sobre et stable, favo­ri­sant une dic­tion claire du texte. La ligne mélo­dique sou­tient la pro­cla­ma­tion doc­tri­nale : pas d’emphase sen­ti­men­tale, mais une joie ferme, nour­rie par la véri­té confes­sée. Cette musique sert la caté­chèse autant que le culte, ins­cri­vant la louange dans la durée et la mémoire de l’Église.

1 Louez l’Éternel !
Mon âme, loue l’Éternel !
2Je loue­rai l’Éternel tant que je vivrai,
Je psal­mo­die­rai en l’honneur de mon Dieu tant que j’existerai.
3 Ne vous confiez pas aux nobles,
À un être humain, à qui n’appartient pas le salut.
4Son souffle s’en va, il retourne à sa pous­sière,
Et ce même jour ses inten­tions péris­sent.
5 Heu­reux celui qui a pour secours le Dieu de Jacob,
Qui met son espoir en l’Éternel, son Dieu !
6Il a fait les cieux et la terre,
La mer et tout ce qui s’y trouve.
Il garde la véri­té à tou­jours.
7Il fait droit aux oppri­més ;
Il donne du pain aux affa­més ;
L’Éternel relâche les pri­son­niers ;
8 L’Éternel ouvre les (yeux des) aveugles ;
L’Éternel redresse ceux qui sont cour­bés ;
L’Éternel aime les justes.
9L’Éternel garde les étran­gers,
Il sou­tient l’orphelin et la veuve,
Mais il fait dévier la voie des méchants.
10 L’Éternel régne­ra éter­nel­le­ment ;
Ton Dieu, ô Sion ! (sub­siste) de géné­ra­tion en géné­ra­tion !
Louez l’Éternel !
Sélec­tion en cours :

Nou­velle ver­sion Segond révi­sée (Bible à la colombe) © Socié­té biblique fran­çaise – Bibli’O, 1978

Intro­duc­tion – situa­tion et por­tée du psaume
Le Psaume 146 ouvre la grande doxo­lo­gie finale du Psau­tier (Psaumes 146–150). Il ne s’agit pas d’une louange cir­cons­tan­cielle, mais d’une confes­sion de foi fon­da­men­tale : à qui faire confiance et pour­quoi. Le psaume oppose deux réa­li­tés irré­duc­tibles : la fra­gi­li­té radi­cale de l’homme, même puis­sant, et la fidé­li­té éter­nelle de l’Éternel. La louange n’est pas ici une émo­tion, mais un acte de luci­di­té théo­lo­gique.

1) Exé­gèse détaillée à par­tir de l’hébreu
Le psaume s’ouvre et se ferme par הַלְלוּ־יָהּ (hale­lû-yāh), « Louez Yah », enca­drant tout le texte dans la louange. Le v.1 pré­cise : נַפְשִׁי אֶת־יְהוָה (naf­shî et-YHWH), « mon âme, l’Éternel », forme empha­tique : la louange engage l’être inté­rieur, pas seule­ment la parole.

Au v.3, l’interdit est clair : אַל־תִּבְטְחוּ בִנְדִיבִים (al-tiv­teḥû vin­di­vîm), « ne vous confiez pas dans les nobles ». בָּטַח (bataḥ) signi­fie s’appuyer avec sécu­ri­té. L’homme, même prince, est appe­lé בֶּן־אָדָם (ben-’adam), fils d’Adam : créa­ture mor­telle, inca­pable de salut (אֵין לוֹ תְשׁוּעָה).

Le v.4 sou­ligne cette vani­té : רוּחוֹ תֵּצֵא (rûḥô têt­sé’), « son souffle sort », retour à la pous­sière (עָפָר), écho direct de Genèse 3.19. Les pro­jets (עֶשְׁתֹּנוֹת) péris­sent le jour même : le texte ne cri­tique pas seule­ment l’échec poli­tique, mais l’illusion onto­lo­gique de l’autonomie humaine.

À par­tir du v.5, le psaume bas­cule vers la béa­ti­tude : אַשְׁרֵי (’ash­rê), « heu­reux », non au sens émo­tion­nel mais objec­tif : est béni celui dont le secours est le Dieu de Jacob. Le rap­pel de Jacob ins­crit la confiance dans l’histoire de l’alliance.

Les vv.6–9 déve­loppent une confes­sion de foi en actes : créa­tion (עשה), fidé­li­té (שֹׁמֵר אֱמֶת), jus­tice (עֹשֶׂה מִשְׁפָּט), pro­vi­dence concrète. Chaque action divine vise des caté­go­ries vul­né­rables : oppri­més, affa­més, pri­son­niers, aveugles, cour­bés, étran­gers, orphe­lins, veuves. Le Dieu créa­teur est aus­si le Dieu du quo­ti­dien.

Le psaume se conclut par une affir­ma­tion royale : יִמְלֹךְ יְהוָה לְעוֹלָם (yim­lokh YHWH le‘ôlām), « l’Éternel régne­ra pour tou­jours ». Le règne de Dieu n’est ni tran­si­toire ni cyclique : il tra­verse les géné­ra­tions.

2) Sens des mots théo­lo­giques clés
– בָּטַח (se confier) : acte de foi pra­tique, pas simple opi­nion.
– תְּשׁוּעָה (salut) : déli­vrance réelle, non sym­bo­lique.
– אֱמֶת (vérité/fidélité) : constance de Dieu à tenir alliance.
– מִשְׁפָּט (jus­tice) : ordre juste ins­tau­ré par Dieu, non simple sen­ti­ment moral.
– מָלַךְ (régner) : exer­cer une auto­ri­té effec­tive, conti­nue.

3) Témoi­gnage des Pères de l’Église
Augus­tin, Enar­ra­tiones in Psal­mos 146, sou­ligne que « se confier dans l’homme, c’est se confier dans ce qui passe », tan­dis que Dieu seul « ne meurt pas et ne trompe pas ». Il lit ce psaume comme une péda­go­gie de la foi contre l’orgueil poli­tique et reli­gieux.

Jean Chry­so­stome voit dans la liste des actions divines une réfu­ta­tion de la reli­gion abs­traite : Dieu se fait connaître par ce qu’il fait pour les faibles, non par la puis­sance osten­ta­toire.

4) Lec­ture des Réfor­ma­teurs
Jean Cal­vin écrit dans son Com­men­taire sur les Psaumes que ce texte « nous arrache à cette folie natu­relle qui nous pousse à cher­cher secours chez les hommes ». Pour lui, la louange authen­tique com­mence quand l’homme renonce à toute confiance concur­rente. Cal­vin insiste sur le lien entre pro­vi­dence et jus­tice sociale : Dieu ne règne pas seule­ment dans le ciel, mais dans l’ordre moral du monde.

Mar­tin Luther, dans ses médi­ta­tions sur les psaumes de louange, voit dans le Psaume 146 une caté­chèse contre l’idolâtrie poli­tique : princes et struc­tures passent, la Parole demeure.

5) Apports de l’archéologie et du contexte ancien
Dans le Proche-Orient ancien, les rois se pré­sen­taient comme garants de jus­tice pour les pauvres. Le psaume reprend ce lan­gage royal pour l’attribuer exclu­si­ve­ment à l’Éternel. C’est une sub­ver­sion théo­lo­gique : ce que les rois pré­tendent être, Dieu seul l’est réel­le­ment.

6) Impli­ca­tions pour la théo­lo­gie de l’alliance
Le Psaume 146 arti­cule créa­tion, alliance et royau­té. Le Dieu qui a fait les cieux est celui qui « garde la véri­té à tou­jours » : l’alliance repose sur son être immuable. La pro­tec­tion des faibles n’est pas un sup­plé­ment éthique, mais un signe de la fidé­li­té de Dieu à son alliance. La louange finale est donc une confes­sion d’alliance renou­ve­lée : recon­naître que l’Éternel règne, aujourd’hui comme à jamais.

Ques­tions ouvertes pour la réflexion per­son­nelle et com­mu­nau­taire

QCM de com­pré­hen­sion

Réponse atten­due : b)

Réponse atten­due : c)

Réponse atten­due : c)

Pro­po­si­tions d’animation en groupe
– Lec­ture alter­née du psaume : une per­sonne lit les ver­sets sur la fra­gi­li­té humaine, une autre ceux sur l’action fidèle de Dieu, afin de faire entendre le contraste cen­tral du texte.
– Tra­vail en petits groupes : rele­ver dans le psaume ce qui relève de la créa­tion, de la pro­vi­dence et de la royau­té, puis mon­trer com­ment ces trois thèmes s’articulent.
– Mise en situa­tion : cha­cun refor­mule le psaume en une confes­sion de foi contem­po­raine, sans en chan­ger le conte­nu théo­lo­gique.

Repères péda­go­giques essen­tiels
– La louange biblique est insé­pa­rable de la véri­té confes­sée.
– La confiance est un acte spi­ri­tuel avant d’être un sen­ti­ment.
– La fidé­li­té de Dieu se mani­feste concrè­te­ment dans l’histoire.
– Le règne de Dieu est pré­sent, réel et éter­nel, même lorsqu’il est contes­té en appa­rence.

Élé­ments de réponse pour l’animateur
Le Psaume 146 enseigne une foi décen­trée de l’homme et recen­trée sur Dieu. Il invite à une louange lucide, nour­rie par la mémoire de l’alliance et par l’observation de l’action fidèle de Dieu dans le monde. Toute lec­ture ou ani­ma­tion doit aider à pas­ser d’une confiance dif­fuse à une confiance confes­sée, arti­cu­lée et assu­mée.

Entrer dans le Psaume

Brève exégèse du texte

Le Psaume 146 doit être lu comme une uni­té poé­tique et théo­lo­gique. Ses 10 ver­sets ne jux­ta­posent pas des sen­tences indé­pen­dantes : ils conduisent le lec­teur selon un mou­ve­ment de prière. L’ouverture – « Louez l’É­ter­nel ! Mon âme, loue l’É­ter­nel ! » – éta­blit la situa­tion, l’adresse ou l’appel ini­tial. La conclu­sion – « L’É­ter­nel règne éter­nel­le­ment ; Ton Dieu, ô Sion ! sub­siste d’âge en âge ! Louez l’É­ter­nel ! » – montre vers quelle confes­sion, demande ou louange ce mou­ve­ment tend. Cette tra­jec­toire com­mande l’interprétation : la vani­té de la confiance dans les princes et la fidé­li­té du Créa­teur qui défend les oppri­més.

Le genre du texte – hymne de louange – déter­mine sa manière de par­ler. La poé­sie hébraïque avance par paral­lé­lismes, reprises, contrastes et inten­si­fi­ca­tions. Une seconde ligne ne répète pas méca­ni­que­ment la pre­mière : elle la pré­cise, l’élargit ou la porte à son accom­plis­se­ment. Les chan­ge­ments de per­sonne, les impé­ra­tifs, les ques­tions et les images signalent les arti­cu­la­tions du poème. Il faut donc obser­ver qui parle, à qui, devant quels témoins et à quel moment la plainte devient confiance, l’enseignement louange ou la mémoire espé­rance.

Le nom ren­du par « l’Éternel » tra­duit le tétra­gramme YHWH et ins­crit la prière dans l’alliance. Le psal­miste ne s’adresse pas à une puis­sance reli­gieuse indé­ter­mi­née, mais au Dieu qui s’est fait connaître, qui a déli­vré son peuple et qui demeure fidèle à sa pro­messe. Lorsque le psaume parle de bon­té, de fidé­li­té, de jus­tice ou de salut, ces mots décrivent les actes du Dieu de l’alliance. La grâce n’efface donc ni la véri­té ni le juge­ment : elle délivre le pécheur, res­taure le peuple et ordonne une vie d’obéissance recon­nais­sante.

Les images du Psaume 146 donnent à cette confes­sion une forme incar­née. Elles ne sont ni déco­ra­tives ni éso­té­riques. Elles tra­duisent dans le lan­gage du corps, du che­min, de la mai­son, de la créa­tion, du com­bat ou du sanc­tuaire la manière dont Dieu ren­contre son peuple. La réa­li­té du mal n’est pas niée, mais elle n’est jamais sou­ve­raine. Le fidèle peut nom­mer la peur, la faute, l’injustice ou l’épuisement sans leur aban­don­ner le der­nier mot. La prière devient ain­si un acte de véri­té devant Dieu et un refus des faux appuis.

La lec­ture cano­nique conduit à Jésus-Christ sans sup­pri­mer Israël ni trans­for­mer chaque détail en sym­bole arbi­traire. Jésus a prié les psaumes, accom­pli l’obéissance qu’ils réclament et por­té en sa pas­sion la détresse du juste. Sa résur­rec­tion atteste la vic­toire du juge­ment et de la grâce. Les affir­ma­tions royales, sacer­do­tales, sapien­tielles ou péni­ten­tielles trouvent en lui leur centre : il est le Roi fidèle, le Ser­vi­teur sans fraude et le Média­teur par lequel l’Église peut reprendre toute la prière ins­pi­rée.

La struc­ture de l’alliance relie enfin l’individu et la com­mu­nau­té. Même lorsque le « je » domine, le priant appar­tient au peuple que Dieu ras­semble ; même lorsque le « nous » parle, chaque fidèle est per­son­nel­le­ment appe­lé à croire et à obéir. Le sanc­tuaire, Sion, la créa­tion, l’histoire d’Israël et les nations ne doivent donc pas être réduits à des états inté­rieurs. Ils ins­crivent la prière dans l’œuvre publique de Dieu. Le Psaume 146 forme ain­si une conscience ecclé­siale : la déli­vrance reçue devient témoi­gnage, la jus­tice deman­dée devient enga­ge­ment, et la louange répond à une grâce qui pré­cède toute œuvre humaine.

Mar­tin Luther carac­té­rise ce psaume par cet extrait exact : « The Psal­mist voweth per­pe­tual praises to God.; He exhor­teth not to trust in man.; God, for his power ». Source véri­fiée : Mar­tin Luther, A Manual of the Book of Psalms, sec­tion « Psalm CXLVI », tra­duc­tion anglaise de Hen­ry Cole, Londres, 1837, texte du domaine public, Pro­ject Guten­berg, livre numé­rique 75892 : Pro­ject Guten­berg. Cet extrait situe le Psaume 146 dans la prière et la doc­trine de l’Église ; il ne dis­pense pas de suivre le texte ver­set par ver­set.

Pas­to­ra­le­ment, le Psaume 146 n’offre ni tech­nique de pro­tec­tion ni pro­messe de confort immé­diat. Il apprend à por­ter toute l’existence devant Dieu, à dis­tin­guer la foi de l’optimisme et à rece­voir l’espérance comme dépen­dance envers la parole divine. L’Église peut donc le chan­ter dans les moments de ado­ra­tion ; confes­sion de foi ; béné­dic­tion, à condi­tion de lais­ser sa pro­gres­sion com­plète for­mer la prière. En Christ, elle confesse que Dieu demeure fidèle, que le mal sera jugé, que le par­don est réel et que l’obéissance recon­nais­sante est le fruit de la grâce.

Observation du texte

Reli­sez les 10 ver­sets d’un seul tenant. Qui parle et à qui ? Quels mots, verbes, images ou noms divins reviennent ? Com­ment l’ouverture pré­pare-t-elle la conclu­sion ? Où se pro­duit le prin­ci­pal chan­ge­ment de ton ? Quels paral­lé­lismes pré­cisent ou inten­si­fient la pen­sée ? Dis­tin­guez ce que le psaume affirme de Dieu, ce qu’il recon­naît de l’être humain et ce qu’il demande. Véri­fiez enfin que votre lec­ture rend compte de l’ensemble et ne repose pas seule­ment sur un ver­set fami­lier.

Interprétation théologique

Que révèle le Psaume 146 de la sain­te­té, de la jus­tice, de la bon­té et de la fidé­li­té de Dieu ? Com­ment l’alliance éclaire-t-elle la vani­té de la confiance dans les princes et la fidé­li­té du Créa­teur qui défend les oppri­més ? Quelle place le texte donne-t-il au péché, au juge­ment, au par­don, à la pro­vi­dence et à l’espérance ? Com­ment Jésus-Christ assume-t-il et accom­plit-il cette prière ? De quelle manière sa mort et sa résur­rec­tion empêchent-elles une lec­ture triom­pha­liste ou mora­liste ? Que reçoit ici l’Église pour sa confes­sion, son culte et son témoi­gnage ?

Appropriation spirituelle

Quelle réa­li­té per­son­nelle ou com­mu­nau­taire peux-tu pré­sen­ter à Dieu avec les mots du Psaume 146 ? Quel faux appui ou quelle résis­tance ce texte met-il en lumière ? Quel attri­but de Dieu sou­tient l’attente et l’obéissance ? Choi­sis un ver­set à mémo­ri­ser sans l’arracher au mou­ve­ment du psaume. For­mule ensuite une confes­sion, une inter­ces­sion et un acte concret de consé­cra­tion. L’appropriation chré­tienne ne consiste pas à se pla­cer spon­ta­né­ment par­mi les justes, mais à rece­voir en Christ le par­don et la fidé­li­té qui rendent pos­sible une vie nou­velle.

Conclusion pastorale

Le Psaume 146 donne à l’Église des mots vrais pour la vani­té de la confiance dans les princes et la fidé­li­té du Créa­teur qui défend les oppri­més. Il nous apprend à prier sans feinte, à attendre sans pas­si­vi­té et à vivre de la fidé­li­té de Dieu mani­fes­tée en Jésus-Christ.