Illustration du Psaume 107 : les délivrances répétées de Dieu pour les errants, captifs, malades et marins qui crient vers lui.

Psaume 107 – Louez Dieu pour sa grâce – ARC 107

Introduction au psaume

Le Psaume 107 est un psaume com­mu­nau­taire d’action de grâces. Il déploie les déli­vrances répé­tées de Dieu pour les errants, cap­tifs, malades et marins qui crient vers lui. Sa prière porte l’expérience humaine devant le Dieu de l’alliance et conduit l’assemblée à rece­voir sa parole, à lui répondre et à espé­rer son œuvre. Dans la litur­gie, il convient par­ti­cu­liè­re­ment aux moments sui­vants : Ado­ra­tion ; Inter­ces­sion ; Décla­ra­tion du par­don. Cha­cun de ces emplois doit res­pec­ter le mou­ve­ment entier du psaume et non iso­ler une for­mule ras­su­rante de son contexte.

Illustration du Psaume 107 : les délivrances répétées de Dieu pour les errants, captifs, malades et marins qui crient vers lui.
Psaume 107 – Louez Dieu pour sa grâce.

Texte intégral du psaume – Louis Segond 1910

1. Louez l’É­ter­nel, car il est bon, Car sa misé­ri­corde dure à tou­jours !

2. Qu’ain­si disent les rache­tés de l’É­ter­nel, Ceux qu’il a déli­vrés de la main de l’en­ne­mi,

3. Et qu’il a ras­sem­blés de tous les pays, De l’o­rient et de l’oc­ci­dent, du nord et de la mer !

4. Ils erraient dans le désert, ils mar­chaient dans la soli­tude, Sans trou­ver une ville où ils pussent habi­ter.

5. Ils souf­fraient de la faim et de la soif ; Leur âme était lan­guis­sante.

6. Dans leur détresse, ils crièrent à l’É­ter­nel, Et il les déli­vra de leurs angoisses ;

7. Il les condui­sit par le droit che­min, Pour qu’ils arri­vassent dans une ville habi­table.

8. Qu’ils louent l’É­ter­nel pour sa bon­té, Et pour ses mer­veilles en faveur des fils de l’homme !

9. Car il a satis­fait l’âme alté­rée, Il a com­blé de biens l’âme affa­mée.

10. Ceux qui avaient pour demeure les ténèbres et l’ombre de la mort Vivaient cap­tifs dans la misère et dans les chaînes,

11. Parce qu’ils s’é­taient révol­tés contre les paroles de Dieu, Parce qu’ils avaient mépri­sé le conseil du Très Haut.

12. Il humi­lia leur coeur par la souf­france ; Ils suc­com­bèrent, et per­sonne ne les secou­rut.

13. Dans leur détresse, ils crièrent à l’É­ter­nel, Et il les déli­vra de leurs angoisses ;

14. Il les fit sor­tir des ténèbres et de l’ombre de la mort, Et il rom­pit leurs liens.

15. Qu’ils louent l’É­ter­nel pour sa bon­té, Et pour ses mer­veilles en faveur des fils de l’homme !

16. Car il a bri­sé les portes d’ai­rain, Il a rom­pu les ver­rous de fer.

17. Les insen­sés, par leur conduite cou­pable Et par leurs ini­qui­tés, s’é­taient ren­dus mal­heu­reux.

18. Leur âme avait en hor­reur toute nour­ri­ture, Et ils tou­chaient aux portes de la mort.

19. Dans leur détresse, ils crièrent à l’É­ter­nel, Et il les déli­vra de leurs angoisses ;

20. Il envoya sa parole et les gué­rit, Il les fit échap­per de la fosse.

21. Qu’ils louent l’É­ter­nel pour sa bon­té, Et pour ses mer­veilles en faveur des fils de l’homme !

22. Qu’ils offrent des sacri­fices d’ac­tions de grâces, Et qu’ils publient ses oeuvres avec des cris de joie !

23. Ceux qui étaient des­cen­dus sur la mer dans des navires, Et qui tra­vaillaient sur les grandes eaux,

24. Ceux-là virent les oeuvres de l’É­ter­nel Et ses mer­veilles au milieu de l’a­bîme.

25. Il dit, et il fit souf­fler la tem­pête, Qui sou­le­va les flots de la mer.

26. Ils mon­taient vers les cieux, ils des­cen­daient dans l’a­bîme ; Leur âme était éper­due en face du dan­ger ;

27. Sai­sis de ver­tige, ils chan­ce­laient comme un homme ivre, Et toute leur habi­le­té était anéan­tie.

28. Dans leur détresse, ils crièrent à l’É­ter­nel, Et il les déli­vra de leurs angoisses ;

29. Il arrê­ta la tem­pête, rame­na le calme, Et les ondes se turent.

30. Ils se réjouirent de ce qu’elles s’é­taient apai­sées, Et l’É­ter­nel les condui­sit au port dési­ré.

31. Qu’ils louent l’É­ter­nel pour sa bon­té, Et pour ses mer­veilles en faveur des fils de l’homme !

32. Qu’ils l’exaltent dans l’as­sem­blée du peuple, Et qu’ils le célèbrent dans la réunion des anciens !

33. Il change les fleuves en désert, Et les sources d’eaux en terre des­sé­chée,

34. Le pays fer­tile en pays salé, A cause de la méchan­ce­té de ses habi­tants.

35. Il change le désert en étang, Et la terre aride en sources d’eaux,

36. Et il y éta­blit ceux qui sont affa­més. Ils fondent une ville pour l’ha­bi­ter ;

37. Ils ense­mencent des champs, plantent des vignes, Et ils en recueillent les pro­duits.

38. Il les bénit, et ils deviennent très nom­breux, Et il ne dimi­nue point leur bétail.

39. Sont-ils amoin­dris et humi­liés Par l’op­pres­sion, le mal­heur et la souf­france ;

40. Verse-t-il le mépris sur les grands, Les fait-il errer dans des déserts sans che­min,

41. Il relève l’in­di­gent et le délivre de la misère, Il mul­ti­plie les familles comme des trou­peaux.

42. Les hommes droits le voient et se réjouissent, Mais toute ini­qui­té ferme la bouche.

43. Que celui qui est sage prenne garde à ces choses, Et qu’il soit atten­tif aux bon­tés de l’É­ter­nel.

Le psaume dans le Psautier de Genève

Le Psaume 107 appar­tient au Psau­tier com­plet de Genève. Le recueil ARC en pro­pose la pièce « Louez Dieu pour sa grâce » sous le numé­ro 107. Le réper­toire cano­nique l’attribue à la tra­di­tion ver­si­fiée de Clé­ment Marot et/ou Théo­dore de Bèze selon les don­nées propres à cette pièce ; aucune attri­bu­tion plus pré­cise n’est ajou­tée ici lorsqu’elle n’est pas éta­blie. Le chant met la Parole biblique sur les lèvres de l’assemblée : il unit mémoire de l’alliance, prière com­mune et réponse croyante. Son usage litur­gique prin­ci­pal relève de ado­ra­tion ; inter­ces­sion ; décla­ra­tion du par­don. Lu dans l’unité de l’Écriture, le psaume conserve sa pre­mière por­tée en Israël et trouve son accom­plis­se­ment en Jésus-Christ, Roi, juste, priant et Sau­veur de son peuple.

Chanter le psaume

Strophes x8 (orgue)
Strophes x8 (haut­bois, cla­ri­nette, bas­son)

1. Louez Dieu pour sa grâce, Célé­brez son amour
Qui jamais ne se lasse, Qui demeure à tou­jours,
Vous tous qu’il a sau­vés Des mains de l’adversaire,
Vous qu’il a ras­sem­blés Des confins de la terre.

2. Ils erraient soli­taires Dans le désert sans fin,
Aveu­glés de pous­sière, Pri­vés d’eau et de pain.
Vers toi ils ont crié, Sei­gneur, dans leur déroute ;
Tu les as déli­vrés Les gui­dant sur la route.

3. Dans les pri­sons obs­cures Des hommes enchaî­nés
Aux peines les plus dures Étaient aban­don­nés ;
Vers toi ils ont crié, Sei­gneur, dans leur misère ;
Tu les as déli­vrés Des fers qui les enserrent.

4. Au Sei­gneur ren­dez grâce, Au Dieu libé­ra­teur ;
Cha­cun de ses miracles Émer­veille nos coeurs.
Que tous les rache­tés, Les hommes qu’il fait vivre
S’unissent pour chan­ter L’amour qui les délivre.

5. Cram­pon­nés aux cor­dages Sur la mer en fureur,
Des marins en nau­frage Se mou­raient de ter­reur.
Vers toi ils ont crié, Dans l’effroi et la peine ;
Tu les as déli­vrés ; Au port tu les ramènes.

6. D’autres brû­lants de fièvre, Tor­dus par la dou­leur,
Écar­taient de leurs lèvres Le pain avec hor­reur.
Vers toi ils ont crié, Sei­gneur, dans leur angoisse ;
Tu les as déli­vrés Et gué­ris par ta grâce.

7. Dieu rend le sol fer­tile Où plan­ter un ver­ger,
Où bâtir une ville, Abri­ter l’étranger.
Il donne à l’affamé Du pain en abon­dance ;
Il sou­tient l’opprimé, Il est sa déli­vrance.

8. Louez Dieu pour sa grâce, Célé­brez son amour
Qui jamais ne se lasse, Qui demeure à tou­jours.
Que tous les rache­tés, Les hommes qu’il fait vivre
S’unissent pour chan­ter L’amour qui les délivre.

Entrer dans le Psaume

Brève exégèse du texte

Le Psaume 107 doit être lu comme une uni­té poé­tique et théo­lo­gique. Ses 43 ver­sets ne jux­ta­posent pas des sen­tences indé­pen­dantes : ils conduisent le lec­teur selon un mou­ve­ment de prière. L’ouverture – « Louez l’É­ter­nel, car il est bon, Car sa misé­ri­corde dure à tou­jours ! » – éta­blit la situa­tion, l’adresse ou l’appel ini­tial. La conclu­sion – « Que celui qui est sage prenne garde à ces choses, Et qu’il soit atten­tif aux bon­tés de l’É­ter­nel. » – montre vers quelle confes­sion, demande ou louange ce mou­ve­ment tend. Cette tra­jec­toire com­mande l’interprétation : les déli­vrances répé­tées de Dieu pour les errants, cap­tifs, malades et marins qui crient vers lui.

Le genre du texte – psaume com­mu­nau­taire d’action de grâces – déter­mine sa manière de par­ler. La poé­sie hébraïque avance par paral­lé­lismes, reprises, contrastes et inten­si­fi­ca­tions. Une seconde ligne ne répète pas méca­ni­que­ment la pre­mière : elle la pré­cise, l’élargit ou la porte à son accom­plis­se­ment. Les chan­ge­ments de per­sonne, les impé­ra­tifs, les ques­tions et les images signalent les arti­cu­la­tions du poème. Il faut donc obser­ver qui parle, à qui, devant quels témoins et à quel moment la plainte devient confiance, l’enseignement louange ou la mémoire espé­rance.

Le nom ren­du par « l’Éternel » tra­duit le tétra­gramme YHWH et ins­crit la prière dans l’alliance. Le psal­miste ne s’adresse pas à une puis­sance reli­gieuse indé­ter­mi­née, mais au Dieu qui s’est fait connaître, qui a déli­vré son peuple et qui demeure fidèle à sa pro­messe. Lorsque le psaume parle de bon­té, de fidé­li­té, de jus­tice ou de salut, ces mots décrivent les actes du Dieu de l’alliance. La grâce n’efface donc ni la véri­té ni le juge­ment : elle délivre le pécheur, res­taure le peuple et ordonne une vie d’obéissance recon­nais­sante.

Les images du Psaume 107 donnent à cette confes­sion une forme incar­née. Elles ne sont ni déco­ra­tives ni éso­té­riques. Elles tra­duisent dans le lan­gage du corps, du che­min, de la mai­son, de la créa­tion, du com­bat ou du sanc­tuaire la manière dont Dieu ren­contre son peuple. La réa­li­té du mal n’est pas niée, mais elle n’est jamais sou­ve­raine. Le fidèle peut nom­mer la peur, la faute, l’injustice ou l’épuisement sans leur aban­don­ner le der­nier mot. La prière devient ain­si un acte de véri­té devant Dieu et un refus des faux appuis.

La lec­ture cano­nique conduit à Jésus-Christ sans sup­pri­mer Israël ni trans­for­mer chaque détail en sym­bole arbi­traire. Jésus a prié les psaumes, accom­pli l’obéissance qu’ils réclament et por­té en sa pas­sion la détresse du juste. Sa résur­rec­tion atteste la vic­toire du juge­ment et de la grâce. Les affir­ma­tions royales, sacer­do­tales, sapien­tielles ou péni­ten­tielles trouvent en lui leur centre : il est le Roi fidèle, le Ser­vi­teur sans fraude et le Média­teur par lequel l’Église peut reprendre toute la prière ins­pi­rée.

La struc­ture de l’alliance relie enfin l’individu et la com­mu­nau­té. Même lorsque le « je » domine, le priant appar­tient au peuple que Dieu ras­semble ; même lorsque le « nous » parle, chaque fidèle est per­son­nel­le­ment appe­lé à croire et à obéir. Le sanc­tuaire, Sion, la créa­tion, l’histoire d’Israël et les nations ne doivent donc pas être réduits à des états inté­rieurs. Ils ins­crivent la prière dans l’œuvre publique de Dieu. Le Psaume 107 forme ain­si une conscience ecclé­siale : la déli­vrance reçue devient témoi­gnage, la jus­tice deman­dée devient enga­ge­ment, et la louange répond à une grâce qui pré­cède toute œuvre humaine.

Mar­tin Luther carac­té­rise ce psaume par cet extrait exact : « The psal­mist exhor­teth the redee­med, in prai­sing God, to observe his mani­fold pro­vi­dence, over tra­vel­lers, over cap­tives, over ». Source véri­fiée : Mar­tin Luther, A Manual of the Book of Psalms, sec­tion « Psalm CVII », tra­duc­tion anglaise de Hen­ry Cole, Londres, 1837, texte du domaine public, Pro­ject Guten­berg, livre numé­rique 75892 : Pro­ject Guten­berg. Cet extrait situe le Psaume 107 dans la prière et la doc­trine de l’Église ; il ne dis­pense pas de suivre le texte ver­set par ver­set.

Pas­to­ra­le­ment, le Psaume 107 n’offre ni tech­nique de pro­tec­tion ni pro­messe de confort immé­diat. Il apprend à por­ter toute l’existence devant Dieu, à dis­tin­guer la foi de l’optimisme et à rece­voir l’espérance comme dépen­dance envers la parole divine. L’Église peut donc le chan­ter dans les moments de ado­ra­tion ; inter­ces­sion ; décla­ra­tion du par­don, à condi­tion de lais­ser sa pro­gres­sion com­plète for­mer la prière. En Christ, elle confesse que Dieu demeure fidèle, que le mal sera jugé, que le par­don est réel et que l’obéissance recon­nais­sante est le fruit de la grâce.

Observation du texte

Reli­sez les 43 ver­sets d’un seul tenant. Qui parle et à qui ? Quels mots, verbes, images ou noms divins reviennent ? Com­ment l’ouverture pré­pare-t-elle la conclu­sion ? Où se pro­duit le prin­ci­pal chan­ge­ment de ton ? Quels paral­lé­lismes pré­cisent ou inten­si­fient la pen­sée ? Dis­tin­guez ce que le psaume affirme de Dieu, ce qu’il recon­naît de l’être humain et ce qu’il demande. Véri­fiez enfin que votre lec­ture rend compte de l’ensemble et ne repose pas seule­ment sur un ver­set fami­lier.

Interprétation théologique

Que révèle le Psaume 107 de la sain­te­té, de la jus­tice, de la bon­té et de la fidé­li­té de Dieu ? Com­ment l’alliance éclaire-t-elle les déli­vrances répé­tées de Dieu pour les errants, cap­tifs, malades et marins qui crient vers lui ? Quelle place le texte donne-t-il au péché, au juge­ment, au par­don, à la pro­vi­dence et à l’espérance ? Com­ment Jésus-Christ assume-t-il et accom­plit-il cette prière ? De quelle manière sa mort et sa résur­rec­tion empêchent-elles une lec­ture triom­pha­liste ou mora­liste ? Que reçoit ici l’Église pour sa confes­sion, son culte et son témoi­gnage ?

Appropriation spirituelle

Quelle réa­li­té per­son­nelle ou com­mu­nau­taire peux-tu pré­sen­ter à Dieu avec les mots du Psaume 107 ? Quel faux appui ou quelle résis­tance ce texte met-il en lumière ? Quel attri­but de Dieu sou­tient l’attente et l’obéissance ? Choi­sis un ver­set à mémo­ri­ser sans l’arracher au mou­ve­ment du psaume. For­mule ensuite une confes­sion, une inter­ces­sion et un acte concret de consé­cra­tion. L’appropriation chré­tienne ne consiste pas à se pla­cer spon­ta­né­ment par­mi les justes, mais à rece­voir en Christ le par­don et la fidé­li­té qui rendent pos­sible une vie nou­velle.

Conclusion pastorale

Le Psaume 107 donne à l’Église des mots vrais pour les déli­vrances répé­tées de Dieu pour les errants, cap­tifs, malades et marins qui crient vers lui. Il nous apprend à prier sans feinte, à attendre sans pas­si­vi­té et à vivre de la fidé­li­té de Dieu mani­fes­tée en Jésus-Christ.