Introduction au psaume
Le Psaume 98 est un hymne royal. Il déploie la victoire salvatrice de Dieu révélée aux nations et accueillie par toute la création. Sa prière porte l’expérience humaine devant le Dieu de l’alliance et conduit l’assemblée à recevoir sa parole, à lui répondre et à espérer son œuvre. Dans la liturgie, il convient particulièrement aux moments suivants : Adoration ; Confession de foi ; Bénédiction. Chacun de ces emplois doit respecter le mouvement entier du psaume et non isoler une formule rassurante de son contexte.

Texte intégral du psaume – Louis Segond 1910
1. Psaume. Chantez à l’Éternel un cantique nouveau ! Car il a fait des prodiges. Sa droite et son bras saint lui sont venus en aide.
2. L’Éternel a manifesté son salut, Il a révélé sa justice aux yeux des nations.
3. Il s’est souvenu de sa bonté et de sa fidélité envers la maison d’Israël, Toutes les extrémités de la terre ont vu le salut de notre Dieu.
4. Poussez vers l’Éternel des cris de joie, Vous tous, habitants de la terre ! Faites éclater votre allégresse, et chantez !
5. Chantez à l’Éternel avec la harpe ; Avec la harpe chantez des cantiques !
6. Avec les trompettes et au son du cor, Poussez des cris de joie devant le roi, l’Éternel !
7. Que la mer retentisse avec tout ce qu’elle contient, Que le monde et ceux qui l’habitent éclatent d’allégresse,
8. Que les fleuves battent des mains, Que toutes les montagnes poussent des cris de joie,
9. Devant l’Éternel ! Car il vient pour juger la terre ; Il jugera le monde avec justice, Et les peuples avec équité.
Le psaume dans le Psautier de Genève
Le Psaume 98 appartient au Psautier complet de Genève. Le recueil ARC en propose la pièce « Entonnons un nouveau cantique » sous le numéro 98. Le répertoire canonique l’attribue à la tradition versifiée de Clément Marot et/ou Théodore de Bèze selon les données propres à cette pièce ; aucune attribution plus précise n’est ajoutée ici lorsqu’elle n’est pas établie. Le chant met la Parole biblique sur les lèvres de l’assemblée : il unit mémoire de l’alliance, prière commune et réponse croyante. Son usage liturgique principal relève de adoration ; confession de foi ; bénédiction. Lu dans l’unité de l’Écriture, le psaume conserve sa première portée en Israël et trouve son accomplissement en Jésus-Christ, Roi, juste, priant et Sauveur de son peuple.
Chanter le psaume
1. Entonnons un nouveau cantique
Pour célébrer le Dieu sauveur ;
Ce qu’il a fait est magnifique,
Levant pour nous un bras vainqueur.
Le salut de Dieu se révèle
Et tous les yeux l’ont reconnu ;
De proche en proche la nouvelle
Jusqu’au bout du monde a couru.
2. Dieu fait à son peuple connaître
Sa grâce et sa fidélité ;
Et sa justice va paraître
Devant les peuples assemblés.
Vous qui comptiez sur sa promesse,
Voyez : le Seigneur se souvient !
Il nous secours dans sa tendresse,
Il nous relève et nous soutient.
3. Chantez pour lui vos chants de fête,
Psalmodiez ! Criez de joie !
Au son du cor et des trompettes,
Acclamez tous le Roi des rois !
Le Seigneur vient juger la terre ;
Sa vérité va s’imposer.
Que tous les peuples qui espèrent
En l’apprenant soient apaisés.
4. Que tous les océans mugissent.
Fleuves aussi, battez des mains
Et que les montagnes bondissent
Pour acclamer le Roi qui vient.
Le Seigneur va juger le monde
Avec droiture et vérité,
Et partout sa justice fonde
Son éternelle royauté.
Entrer dans le Psaume
Brève exégèse du texte
Le Psaume 98 doit être lu comme une unité poétique et théologique. Ses 9 versets ne juxtaposent pas des sentences indépendantes : ils conduisent le lecteur selon un mouvement de prière. L’ouverture – « Psaume. Chantez à l’Éternel un cantique nouveau ! Car il a fait des prodiges. Sa droite et son bras saint lui sont venus en aide. » – établit la situation, l’adresse ou l’appel initial. La conclusion – « Devant l’Éternel ! Car il vient pour juger la terre ; Il jugera le monde avec justice, Et les peuples avec équité. » – montre vers quelle confession, demande ou louange ce mouvement tend. Cette trajectoire commande l’interprétation : la victoire salvatrice de Dieu révélée aux nations et accueillie par toute la création.
Le genre du texte – hymne royal – détermine sa manière de parler. La poésie hébraïque avance par parallélismes, reprises, contrastes et intensifications. Une seconde ligne ne répète pas mécaniquement la première : elle la précise, l’élargit ou la porte à son accomplissement. Les changements de personne, les impératifs, les questions et les images signalent les articulations du poème. Il faut donc observer qui parle, à qui, devant quels témoins et à quel moment la plainte devient confiance, l’enseignement louange ou la mémoire espérance.
Le nom rendu par « l’Éternel » traduit le tétragramme YHWH et inscrit la prière dans l’alliance. Le psalmiste ne s’adresse pas à une puissance religieuse indéterminée, mais au Dieu qui s’est fait connaître, qui a délivré son peuple et qui demeure fidèle à sa promesse. Lorsque le psaume parle de bonté, de fidélité, de justice ou de salut, ces mots décrivent les actes du Dieu de l’alliance. La grâce n’efface donc ni la vérité ni le jugement : elle délivre le pécheur, restaure le peuple et ordonne une vie d’obéissance reconnaissante.
Les images du Psaume 98 donnent à cette confession une forme incarnée. Elles ne sont ni décoratives ni ésotériques. Elles traduisent dans le langage du corps, du chemin, de la maison, de la création, du combat ou du sanctuaire la manière dont Dieu rencontre son peuple. La réalité du mal n’est pas niée, mais elle n’est jamais souveraine. Le fidèle peut nommer la peur, la faute, l’injustice ou l’épuisement sans leur abandonner le dernier mot. La prière devient ainsi un acte de vérité devant Dieu et un refus des faux appuis.
La lecture canonique conduit à Jésus-Christ sans supprimer Israël ni transformer chaque détail en symbole arbitraire. Jésus a prié les psaumes, accompli l’obéissance qu’ils réclament et porté en sa passion la détresse du juste. Sa résurrection atteste la victoire du jugement et de la grâce. Les affirmations royales, sacerdotales, sapientielles ou pénitentielles trouvent en lui leur centre : il est le Roi fidèle, le Serviteur sans fraude et le Médiateur par lequel l’Église peut reprendre toute la prière inspirée.
La structure de l’alliance relie enfin l’individu et la communauté. Même lorsque le « je » domine, le priant appartient au peuple que Dieu rassemble ; même lorsque le « nous » parle, chaque fidèle est personnellement appelé à croire et à obéir. Le sanctuaire, Sion, la création, l’histoire d’Israël et les nations ne doivent donc pas être réduits à des états intérieurs. Ils inscrivent la prière dans l’œuvre publique de Dieu. Le Psaume 98 forme ainsi une conscience ecclésiale : la délivrance reçue devient témoignage, la justice demandée devient engagement, et la louange répond à une grâce qui précède toute œuvre humaine.
Martin Luther caractérise ce psaume par cet extrait exact : « The Psalmist exhorteth the Jews, the Gentiles, and all the creatures to praise God. ». Source vérifiée : Martin Luther, A Manual of the Book of Psalms, section « Psalm XCVIII », traduction anglaise de Henry Cole, Londres, 1837, texte du domaine public, Project Gutenberg, livre numérique 75892 : Project Gutenberg. Cet extrait situe le Psaume 98 dans la prière et la doctrine de l’Église ; il ne dispense pas de suivre le texte verset par verset.
Pastoralement, le Psaume 98 n’offre ni technique de protection ni promesse de confort immédiat. Il apprend à porter toute l’existence devant Dieu, à distinguer la foi de l’optimisme et à recevoir l’espérance comme dépendance envers la parole divine. L’Église peut donc le chanter dans les moments de adoration ; confession de foi ; bénédiction, à condition de laisser sa progression complète former la prière. En Christ, elle confesse que Dieu demeure fidèle, que le mal sera jugé, que le pardon est réel et que l’obéissance reconnaissante est le fruit de la grâce.
Observation du texte
Relisez les 9 versets d’un seul tenant. Qui parle et à qui ? Quels mots, verbes, images ou noms divins reviennent ? Comment l’ouverture prépare-t-elle la conclusion ? Où se produit le principal changement de ton ? Quels parallélismes précisent ou intensifient la pensée ? Distinguez ce que le psaume affirme de Dieu, ce qu’il reconnaît de l’être humain et ce qu’il demande. Vérifiez enfin que votre lecture rend compte de l’ensemble et ne repose pas seulement sur un verset familier.
Interprétation théologique
Que révèle le Psaume 98 de la sainteté, de la justice, de la bonté et de la fidélité de Dieu ? Comment l’alliance éclaire-t-elle la victoire salvatrice de Dieu révélée aux nations et accueillie par toute la création ? Quelle place le texte donne-t-il au péché, au jugement, au pardon, à la providence et à l’espérance ? Comment Jésus-Christ assume-t-il et accomplit-il cette prière ? De quelle manière sa mort et sa résurrection empêchent-elles une lecture triomphaliste ou moraliste ? Que reçoit ici l’Église pour sa confession, son culte et son témoignage ?
Appropriation spirituelle
Quelle réalité personnelle ou communautaire peux-tu présenter à Dieu avec les mots du Psaume 98 ? Quel faux appui ou quelle résistance ce texte met-il en lumière ? Quel attribut de Dieu soutient l’attente et l’obéissance ? Choisis un verset à mémoriser sans l’arracher au mouvement du psaume. Formule ensuite une confession, une intercession et un acte concret de consécration. L’appropriation chrétienne ne consiste pas à se placer spontanément parmi les justes, mais à recevoir en Christ le pardon et la fidélité qui rendent possible une vie nouvelle.
Conclusion pastorale
Le Psaume 98 donne à l’Église des mots vrais pour la victoire salvatrice de Dieu révélée aux nations et accueillie par toute la création. Il nous apprend à prier sans feinte, à attendre sans passivité et à vivre de la fidélité de Dieu manifestée en Jésus-Christ.
