Illustration du Psaume 91 : la protection du Très-Haut au milieu des dangers, reçue dans l’attachement et non comme formule magique.

Psaume 91 – Qui demeure auprès du Seigneur – ARC 91

Introduction au psaume

Le Psaume 91 est un psaume de confiance. Il déploie la pro­tec­tion du Très-Haut au milieu des dan­gers, reçue dans l’attachement et non comme for­mule magique. Sa prière porte l’expérience humaine devant le Dieu de l’alliance et conduit l’assemblée à rece­voir sa parole, à lui répondre et à espé­rer son œuvre. Dans la litur­gie, il convient par­ti­cu­liè­re­ment aux moments sui­vants : Confes­sion de foi ; Inter­ces­sion ; Béné­dic­tion. Cha­cun de ces emplois doit res­pec­ter le mou­ve­ment entier du psaume et non iso­ler une for­mule ras­su­rante de son contexte.

Illustration du Psaume 91 : la protection du Très-Haut au milieu des dangers, reçue dans l’attachement et non comme formule magique.
Psaume 91 – Qui demeure auprès du Sei­gneur.

Texte intégral du psaume – Louis Segond 1910

1. Celui qui demeure sous l’a­bri du Très Haut Repose à l’ombre du Tout Puis­sant.

2. Je dis à l’É­ter­nel : Mon refuge et ma for­te­resse, Mon Dieu en qui je me confie !

3. Car c’est lui qui te délivre du filet de l’oi­se­leur, De la peste et de ses ravages.

4. Il te cou­vri­ra de ses plumes, Et tu trou­ve­ras un refuge sous ses ailes ; Sa fidé­li­té est un bou­clier et une cui­rasse.

5. Tu ne crain­dras ni les ter­reurs de la nuit, Ni la flèche qui vole de jour,

6. Ni la peste qui marche dans les ténèbres, Ni la conta­gion qui frappe en plein midi.

7. Que mille tombent à ton côté, Et dix mille à ta droite, Tu ne seras pas atteint ;

8. De tes yeux seule­ment tu regar­de­ras, Et tu ver­ras la rétri­bu­tion des méchants.

9. Car tu es mon refuge, ô Éter­nel ! Tu fais du Très Haut ta retraite.

10. Aucun mal­heur ne t’ar­ri­ve­ra, Aucun fléau n’ap­pro­che­ra de ta tente.

11. Car il ordon­ne­ra à ses anges De te gar­der dans toutes tes voies ;

12. Ils te por­te­ront sur les mains, De peur que ton pied ne heurte contre une pierre.

13. Tu mar­che­ras sur le lion et sur l’as­pic, Tu fou­le­ras le lion­ceau et le dra­gon.

14. Puis­qu’il m’aime, je le déli­vre­rai ; Je le pro­té­ge­rai, puis­qu’il connaît mon nom.

15. Il m’in­vo­que­ra, et je lui répon­drai ; Je serai avec lui dans la détresse, Je le déli­vre­rai et je le glo­ri­fie­rai.

16. Je le ras­sa­sie­rai de longs jours, Et je lui ferai voir mon salut.

Le psaume dans le Psautier de Genève

Le Psaume 91 appar­tient au Psau­tier com­plet de Genève. Le recueil ARC en pro­pose la pièce « Qui demeure auprès du Sei­gneur » sous le numé­ro 91. Le réper­toire cano­nique l’attribue à la tra­di­tion ver­si­fiée de Clé­ment Marot et/ou Théo­dore de Bèze selon les don­nées propres à cette pièce ; aucune attri­bu­tion plus pré­cise n’est ajou­tée ici lorsqu’elle n’est pas éta­blie. Le chant met la Parole biblique sur les lèvres de l’assemblée : il unit mémoire de l’alliance, prière com­mune et réponse croyante. Son usage litur­gique prin­ci­pal relève de confes­sion de foi ; inter­ces­sion ; béné­dic­tion. Lu dans l’unité de l’Écriture, le psaume conserve sa pre­mière por­tée en Israël et trouve son accom­plis­se­ment en Jésus-Christ, Roi, juste, priant et Sau­veur de son peuple.

Chanter le psaume

Strophes ×5 (orgue)

1. Qui demeure auprès du Sei­gneur,
À l’ombre de sa grâce,
Qui éprouve un secret bon­heur
À recher­cher sa face,
Dit à son Dieu : “Sois mon rem­part,
En toi j’ai confiance ;
Auprès de toi j’aurai ma part,
Dieu de mon espé­rance”.

2. Du filet ten­du sous tes pas
Son amour te délivre ;
Il te défend dans les com­bats
Que l’ennemi te livre.
Son bou­clier te cou­vri­ra
Si le péril te presse
Et dans sa main te gar­de­ra
Au jour de la détresse.

3. Près de toi quand la mala­die,
Quand le mal­heur te guette,
Il veille sur toi jour et nuit
Et pro­tège ta tête.
Il tient ta vie entre ses mains :
Que dix mille suc­combent
Rien ne cou­pe­ra ton che­min
Et pas même la tombe.

4. Ses anges vien­dront de leurs mains
Te gui­der sur la terre
Pour que ton pied dans le che­min
Ne se heurte à la pierre.
De la vipère et du dra­gon
Tu déjoue­ras les feintes
Et tu fou­le­ras le lion :
Tu mar­che­ras sans crainte.

5. Qui s’est lié à moi, dit Dieu,
Ver­ra ma déli­vrance ;
Il me trou­ve­ra en tous lieux
Lié à sa souf­france.
Chaque jour je glo­ri­fie­rai
Mon ser­vi­teur fidèle
Et du tom­beau l’arracherai
Pour la vie éter­nelle.

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Brève exégèse du texte

Le Psaume 91 doit être lu comme une uni­té poé­tique et théo­lo­gique. Ses 16 ver­sets ne jux­ta­posent pas des sen­tences indé­pen­dantes : ils conduisent le lec­teur selon un mou­ve­ment de prière. L’ouverture – « Celui qui demeure sous l’a­bri du Très Haut Repose à l’ombre du Tout Puis­sant. » – éta­blit la situa­tion, l’adresse ou l’appel ini­tial. La conclu­sion – « Je le ras­sa­sie­rai de longs jours, Et je lui ferai voir mon salut. » – montre vers quelle confes­sion, demande ou louange ce mou­ve­ment tend. Cette tra­jec­toire com­mande l’interprétation : la pro­tec­tion du Très-Haut au milieu des dan­gers, reçue dans l’attachement et non comme for­mule magique.

Le genre du texte – psaume de confiance – déter­mine sa manière de par­ler. La poé­sie hébraïque avance par paral­lé­lismes, reprises, contrastes et inten­si­fi­ca­tions. Une seconde ligne ne répète pas méca­ni­que­ment la pre­mière : elle la pré­cise, l’élargit ou la porte à son accom­plis­se­ment. Les chan­ge­ments de per­sonne, les impé­ra­tifs, les ques­tions et les images signalent les arti­cu­la­tions du poème. Il faut donc obser­ver qui parle, à qui, devant quels témoins et à quel moment la plainte devient confiance, l’enseignement louange ou la mémoire espé­rance.

Le nom ren­du par « l’Éternel » tra­duit le tétra­gramme YHWH et ins­crit la prière dans l’alliance. Le psal­miste ne s’adresse pas à une puis­sance reli­gieuse indé­ter­mi­née, mais au Dieu qui s’est fait connaître, qui a déli­vré son peuple et qui demeure fidèle à sa pro­messe. Lorsque le psaume parle de bon­té, de fidé­li­té, de jus­tice ou de salut, ces mots décrivent les actes du Dieu de l’alliance. La grâce n’efface donc ni la véri­té ni le juge­ment : elle délivre le pécheur, res­taure le peuple et ordonne une vie d’obéissance recon­nais­sante.

Les images du Psaume 91 donnent à cette confes­sion une forme incar­née. Elles ne sont ni déco­ra­tives ni éso­té­riques. Elles tra­duisent dans le lan­gage du corps, du che­min, de la mai­son, de la créa­tion, du com­bat ou du sanc­tuaire la manière dont Dieu ren­contre son peuple. La réa­li­té du mal n’est pas niée, mais elle n’est jamais sou­ve­raine. Le fidèle peut nom­mer la peur, la faute, l’injustice ou l’épuisement sans leur aban­don­ner le der­nier mot. La prière devient ain­si un acte de véri­té devant Dieu et un refus des faux appuis.

La lec­ture cano­nique conduit à Jésus-Christ sans sup­pri­mer Israël ni trans­for­mer chaque détail en sym­bole arbi­traire. Jésus a prié les psaumes, accom­pli l’obéissance qu’ils réclament et por­té en sa pas­sion la détresse du juste. Sa résur­rec­tion atteste la vic­toire du juge­ment et de la grâce. Les affir­ma­tions royales, sacer­do­tales, sapien­tielles ou péni­ten­tielles trouvent en lui leur centre : il est le Roi fidèle, le Ser­vi­teur sans fraude et le Média­teur par lequel l’Église peut reprendre toute la prière ins­pi­rée.

La struc­ture de l’alliance relie enfin l’individu et la com­mu­nau­té. Même lorsque le « je » domine, le priant appar­tient au peuple que Dieu ras­semble ; même lorsque le « nous » parle, chaque fidèle est per­son­nel­le­ment appe­lé à croire et à obéir. Le sanc­tuaire, Sion, la créa­tion, l’histoire d’Israël et les nations ne doivent donc pas être réduits à des états inté­rieurs. Ils ins­crivent la prière dans l’œuvre publique de Dieu. Le Psaume 91 forme ain­si une conscience ecclé­siale : la déli­vrance reçue devient témoi­gnage, la jus­tice deman­dée devient enga­ge­ment, et la louange répond à une grâce qui pré­cède toute œuvre humaine.

Mar­tin Luther carac­té­rise ce psaume par cet extrait exact : « The state of the godly.; Their safe­ty.; Their habi­ta­tion.; Their ser­vants.; Their friends ; with the effects of them ». Source véri­fiée : Mar­tin Luther, A Manual of the Book of Psalms, sec­tion « Psalm XCI », tra­duc­tion anglaise de Hen­ry Cole, Londres, 1837, texte du domaine public, Pro­ject Guten­berg, livre numé­rique 75892 : Pro­ject Guten­berg. Cet extrait situe le Psaume 91 dans la prière et la doc­trine de l’Église ; il ne dis­pense pas de suivre le texte ver­set par ver­set.

Pas­to­ra­le­ment, le Psaume 91 n’offre ni tech­nique de pro­tec­tion ni pro­messe de confort immé­diat. Il apprend à por­ter toute l’existence devant Dieu, à dis­tin­guer la foi de l’optimisme et à rece­voir l’espérance comme dépen­dance envers la parole divine. L’Église peut donc le chan­ter dans les moments de confes­sion de foi ; inter­ces­sion ; béné­dic­tion, à condi­tion de lais­ser sa pro­gres­sion com­plète for­mer la prière. En Christ, elle confesse que Dieu demeure fidèle, que le mal sera jugé, que le par­don est réel et que l’obéissance recon­nais­sante est le fruit de la grâce.

Observation du texte

Reli­sez les 16 ver­sets d’un seul tenant. Qui parle et à qui ? Quels mots, verbes, images ou noms divins reviennent ? Com­ment l’ouverture pré­pare-t-elle la conclu­sion ? Où se pro­duit le prin­ci­pal chan­ge­ment de ton ? Quels paral­lé­lismes pré­cisent ou inten­si­fient la pen­sée ? Dis­tin­guez ce que le psaume affirme de Dieu, ce qu’il recon­naît de l’être humain et ce qu’il demande. Véri­fiez enfin que votre lec­ture rend compte de l’ensemble et ne repose pas seule­ment sur un ver­set fami­lier.

Interprétation théologique

Que révèle le Psaume 91 de la sain­te­té, de la jus­tice, de la bon­té et de la fidé­li­té de Dieu ? Com­ment l’alliance éclaire-t-elle la pro­tec­tion du Très-Haut au milieu des dan­gers, reçue dans l’attachement et non comme for­mule magique ? Quelle place le texte donne-t-il au péché, au juge­ment, au par­don, à la pro­vi­dence et à l’espérance ? Com­ment Jésus-Christ assume-t-il et accom­plit-il cette prière ? De quelle manière sa mort et sa résur­rec­tion empêchent-elles une lec­ture triom­pha­liste ou mora­liste ? Que reçoit ici l’Église pour sa confes­sion, son culte et son témoi­gnage ?

Appropriation spirituelle

Quelle réa­li­té per­son­nelle ou com­mu­nau­taire peux-tu pré­sen­ter à Dieu avec les mots du Psaume 91 ? Quel faux appui ou quelle résis­tance ce texte met-il en lumière ? Quel attri­but de Dieu sou­tient l’attente et l’obéissance ? Choi­sis un ver­set à mémo­ri­ser sans l’arracher au mou­ve­ment du psaume. For­mule ensuite une confes­sion, une inter­ces­sion et un acte concret de consé­cra­tion. L’appropriation chré­tienne ne consiste pas à se pla­cer spon­ta­né­ment par­mi les justes, mais à rece­voir en Christ le par­don et la fidé­li­té qui rendent pos­sible une vie nou­velle.

Conclusion pastorale

Le Psaume 91 donne à l’Église des mots vrais pour la pro­tec­tion du Très-Haut au milieu des dan­gers, reçue dans l’attachement et non comme for­mule magique. Il nous apprend à prier sans feinte, à attendre sans pas­si­vi­té et à vivre de la fidé­li­té de Dieu mani­fes­tée en Jésus-Christ.