Pour lire l’image : Le clair-obscur conduit le regard vers la prière et l’espérance du Psaume 68.
Introduction au psaume
Le Psaume 68 est un hymne processionnel et guerrier. Il déploie la victoire du Dieu qui marche devant son peuple, protège les faibles et règne depuis Sion. Sa prière porte l’expérience humaine devant le Dieu de l’alliance et conduit l’assemblée à recevoir sa parole, à lui répondre et à espérer son œuvre. Dans la liturgie, il convient particulièrement aux moments suivants : Adoration ; Confession de foi ; Intercession. Chacun de ces emplois doit respecter le mouvement entier du psaume et non isoler une formule rassurante de son contexte.
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Paroles
Version chantée du recueil ARC, Psaume 68.
Strophes x5 (hautbois)
1. Que Dieu se montre seulement,
Et l’on verra soudainement
Abandonner la place.
Le camp des ennemis épars,
Épouvanté de toutes parts,
Fuira devant sa face.
On les verra soudain s’enfuir
Comme l’on voit s’évanouir
Une épaisse fumée ;
Comme la cire fond au feu,
Ainsi des méchants devant Dieu
La force est consumée.
2. Mais, en présence du Seigneur,
Les justes chantent sa grandeur
Et sa gloire immortelle ;
Car sur la nue il est porté,
Son nom est plein de majesté,
Le Seigneur il s’appelle.
Réjouissez-vous devant lui :
Il est de la veuve l’appui,
Des orphelins le père ;
Aux captifs il porte secours
Et de l’affligé tous les jours
Il entend la prière.
3. Quand pour sauver Dieu est venu,
Et qu’à Moïse il apparut,
Alors les monts tremblèrent.
Au désert il donna de l’eau
Et conduisit tout son troupeau
Vers la nouvelle terre.
Béni soit Dieu dont le secours
Nous est annoncé en ce jour :
Il est notre espérance.
Son peuple est sauvé de la mort,
Sa main détruit les vains efforts
De celui qui l’offense.
4. Que les monts les plus orgueilleux
Devant ce mont où règne Dieu
Laissent toute arrogance.
Élevé sur cette hauteur,
Celui qui est notre Seigneur
Agit avec puissance.
Venez vers ce roi glorieux,
Portez-lui vos dons précieux.
Tressez une couronne ;
Venez, chanteurs et musiciens,
Et que nos chants et que nos mains
S’offrent au Dieu qui donne.
5. O Seigneur, tu nous as fait voir
Et ton amour et ton pouvoir
Dans mainte délivrance.
Fais-nous voir encore aujourd’hui
L’œuvre que ton amour construit
Et quelle est ta puissance.
Toute la terre et tous les cieux
Ensemble tournés vers leur Dieu
Célèbrent sa présence :
A toi qui fais notre bonheur,
A toi, grand Dieu, soient tout honneur,
Force et magnificence.
Le psaume dans le Psautier de Genève
Le Psaume 68 appartient au Psautier complet de Genève. Le recueil ARC en propose la pièce « Que Dieu se montre » sous le numéro 68. Le répertoire canonique l’attribue à la tradition versifiée de Clément Marot et/ou Théodore de Bèze selon les données propres à cette pièce ; aucune attribution plus précise n’est ajoutée ici lorsqu’elle n’est pas établie. Le chant met la Parole biblique sur les lèvres de l’assemblée : il unit mémoire de l’alliance, prière commune et réponse croyante. Son usage liturgique principal relève de adoration ; confession de foi ; intercession. Lu dans l’unité de l’Écriture, le psaume conserve sa première portée en Israël et trouve son accomplissement en Jésus-Christ, Roi, juste, priant et Sauveur de son peuple.
Texte intégral du psaume – Louis Segond 1910
1. (68:1) Au chef des chantres. De David. Psaume. Cantique. (68:2) Dieu se lève, ses ennemis se dispersent, Et ses adversaires fuient devant sa face.
2. (68:3) Comme la fumée se dissipe, tu les dissipes ; Comme la cire se fond au feu, Les méchants disparaissent devant Dieu.
3. (68:4) Mais les justes se réjouissent, ils triomphent devant Dieu, Ils ont des transports d’allégresse.
4. (68:5) Chantez à Dieu, célébrez son nom ! Frayez le chemin à celui qui s’avance à travers les plaines ! L’Éternel est son nom : réjouissez-vous devant lui !
5. (68:6) Le père des orphelins, le défenseur des veuves, C’est Dieu dans sa demeure sainte.
6. (68:7) Dieu donne une famille à ceux qui étaient abandonnés, Il délivre les captifs et les rend heureux ; Les rebelles seuls habitent des lieux arides.
7. (68:8) O Dieu ! quand tu sortis à la tête de ton peuple, Quand tu marchais dans le désert, ‑Pause.
8. (68:9) La terre trembla, les cieux se fondirent devant Dieu, Le Sinaï s’ébranla devant Dieu, le Dieu d’Israël.
9. (68:10) Tu fis tomber une pluie bienfaisante, ô Dieu ! Tu fortifias ton héritage épuisé.
10. (68:11) Ton peuple établit sa demeure dans le pays Que ta bonté, ô Dieu ! tu avais préparé pour les malheureux.
11. (68:12) Le Seigneur dit une parole, Et les messagères de bonnes nouvelles sont une grande armée : -
12. (68:13) Les rois des armées fuient, fuient, Et celle qui reste à la maison partage le butin.
13. (68:14) Tandis que vous reposez au milieu des étables, Les ailes de la colombe sont couvertes d’argent, Et son plumage est d’un jaune d’or. -
14. (68:15) Lorsque le Tout Puissant dispersa les rois dans le pays, La terre devint blanche comme la neige du Tsalmon.
15. (68:16) Montagnes de Dieu, montagnes de Basan, Montagnes aux cimes nombreuses, montagnes de Basan,
16. (68:17) Pourquoi, montagnes aux cimes nombreuses, avez-vous de l’envie Contre la montagne que Dieu a voulue pour résidence ? L’Éternel n’en fera pas moins sa demeure à perpétuité.
17. (68:18) Les chars de l’Éternel se comptent par vingt mille, Par milliers et par milliers ; Le Seigneur est au milieu d’eux, le Sinaï est dans le sanctuaire.
18. (68:19) Tu es monté dans les hauteurs, tu as emmené des captifs, Tu as pris en don des hommes ; Les rebelles habiteront aussi près de l’Éternel Dieu.
19. (68:20) Béni soit le Seigneur chaque jour ! Quand on nous accable, Dieu nous délivre. ‑Pause.
20. (68:21) Dieu est pour nous le Dieu des délivrances, Et l’Éternel, le Seigneur, peut nous garantir de la mort.
21. (68:22) Oui, Dieu brisera la tête de ses ennemis, Le sommet de la tête de ceux qui vivent dans le péché.
22. (68:23) Le Seigneur dit : Je les ramènerai de Basan, Je les ramènerai du fond de la mer,
23. (68:24) Afin que tu plonges ton pied dans le sang, Et que la langue de tes chiens ait sa part des ennemis.
24. (68:25) Ils voient ta marche, ô Dieu ! La marche de mon Dieu, de mon roi, dans le sanctuaire.
25. (68:26) En tête vont les chanteurs, puis ceux qui jouent des instruments, Au milieu de jeunes filles battant du tambourin.
26. (68:27) Bénissez Dieu dans les assemblées, Bénissez le Seigneur, descendants d’Israël !
27. (68:28) Là sont Benjamin, le plus jeune, qui domine sur eux, Les chefs de Juda et leur troupe, Les chefs de Zabulon, les chefs de Nephthali.
28. (68:29) Ton Dieu ordonne que tu sois puissant ; Affermis, ô Dieu, ce que tu as fait pour nous !
29. (68:30) De ton temple tu règnes sur Jérusalem ; Les rois t’apporteront des présents.
30. (68:31) Épouvante l’animal des roseaux, La troupe des taureaux avec les veaux des peuples, Qui se prosternent avec des pièces d’argent ! Disperse les peuples qui prennent plaisir à combattre !
31. (68:32) Des grands viennent de l’Égypte ; L’Éthiopie accourt, les mains tendues vers Dieu.
32. (68:33) Royaumes de la terre, chantez à Dieu, Célébrez le Seigneur ! ‑Pause.
33. (68:34) Chantez à celui qui s’avance dans les cieux, les cieux éternels ! Voici, il fait entendre sa voix, sa voix puissante.
34. (68:35) Rendez gloire à Dieu ! Sa majesté est sur Israël, et sa force dans les cieux.
35. (68:36) De ton sanctuaire, ô Dieu ! tu es redoutable. Le Dieu d’Israël donne à son peuple la force et la puissance. Béni soit Dieu !
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Brève exégèse du texte
Le Psaume 68 doit être lu comme une unité poétique et théologique. Ses 35 versets ne juxtaposent pas des sentences indépendantes : ils conduisent le lecteur selon un mouvement de prière. L’ouverture – « (68:1) Au chef des chantres. De David. Psaume. Cantique. (68:2) Dieu se lève, ses ennemis se dispersent, Et ses adversaires fuient devant sa face. » – établit la situation, l’adresse ou l’appel initial. La conclusion – « (68:36) De ton sanctuaire, ô Dieu ! tu es redoutable. Le Dieu d’Israël donne à son peuple la force et la puissance. Béni soit Dieu ! » – montre vers quelle confession, demande ou louange ce mouvement tend. Cette trajectoire commande l’interprétation : la victoire du Dieu qui marche devant son peuple, protège les faibles et règne depuis Sion.
Le genre du texte – hymne processionnel et guerrier – détermine sa manière de parler. La poésie hébraïque avance par parallélismes, reprises, contrastes et intensifications. Une seconde ligne ne répète pas mécaniquement la première : elle la précise, l’élargit ou la porte à son accomplissement. Les changements de personne, les impératifs, les questions et les images signalent les articulations du poème. Il faut donc observer qui parle, à qui, devant quels témoins et à quel moment la plainte devient confiance, l’enseignement louange ou la mémoire espérance.
Le nom rendu par « l’Éternel » traduit le tétragramme YHWH et inscrit la prière dans l’alliance. Le psalmiste ne s’adresse pas à une puissance religieuse indéterminée, mais au Dieu qui s’est fait connaître, qui a délivré son peuple et qui demeure fidèle à sa promesse. Lorsque le psaume parle de bonté, de fidélité, de justice ou de salut, ces mots décrivent les actes du Dieu de l’alliance. La grâce n’efface donc ni la vérité ni le jugement : elle délivre le pécheur, restaure le peuple et ordonne une vie d’obéissance reconnaissante.
Les images du Psaume 68 donnent à cette confession une forme incarnée. Elles ne sont ni décoratives ni ésotériques. Elles traduisent dans le langage du corps, du chemin, de la maison, de la création, du combat ou du sanctuaire la manière dont Dieu rencontre son peuple. La réalité du mal n’est pas niée, mais elle n’est jamais souveraine. Le fidèle peut nommer la peur, la faute, l’injustice ou l’épuisement sans leur abandonner le dernier mot. La prière devient ainsi un acte de vérité devant Dieu et un refus des faux appuis.
La lecture canonique conduit à Jésus-Christ sans supprimer Israël ni transformer chaque détail en symbole arbitraire. Jésus a prié les psaumes, accompli l’obéissance qu’ils réclament et porté en sa passion la détresse du juste. Sa résurrection atteste la victoire du jugement et de la grâce. Les affirmations royales, sacerdotales, sapientielles ou pénitentielles trouvent en lui leur centre : il est le Roi fidèle, le Serviteur sans fraude et le Médiateur par lequel l’Église peut reprendre toute la prière inspirée.
La structure de l’alliance relie enfin l’individu et la communauté. Même lorsque le « je » domine, le priant appartient au peuple que Dieu rassemble ; même lorsque le « nous » parle, chaque fidèle est personnellement appelé à croire et à obéir. Le sanctuaire, Sion, la création, l’histoire d’Israël et les nations ne doivent donc pas être réduits à des états intérieurs. Ils inscrivent la prière dans l’œuvre publique de Dieu. Le Psaume 68 forme ainsi une conscience ecclésiale : la délivrance reçue devient témoignage, la justice demandée devient engagement, et la louange répond à une grâce qui précède toute œuvre humaine.
Martin Luther caractérise ce psaume par cet extrait exact : « A prayer at the removing of the ark.; An exhortation to praise God for his mercies, for his ». Source vérifiée : Martin Luther, A Manual of the Book of Psalms, section « Psalm LXVIII », traduction anglaise de Henry Cole, Londres, 1837, texte du domaine public, Project Gutenberg, livre numérique 75892 : https://www.gutenberg.org/cache/epub/75892/pg75892.txt. Cet extrait situe le Psaume 68 dans la prière et la doctrine de l’Église ; il ne dispense pas de suivre le texte verset par verset.
Pastoralement, le Psaume 68 n’offre ni technique de protection ni promesse de confort immédiat. Il apprend à porter toute l’existence devant Dieu, à distinguer la foi de l’optimisme et à recevoir l’espérance comme dépendance envers la parole divine. L’Église peut donc le chanter dans les moments de adoration ; confession de foi ; intercession, à condition de laisser sa progression complète former la prière. En Christ, elle confesse que Dieu demeure fidèle, que le mal sera jugé, que le pardon est réel et que l’obéissance reconnaissante est le fruit de la grâce.
Observation du texte
Relisez les 35 versets d’un seul tenant. Qui parle et à qui ? Quels mots, verbes, images ou noms divins reviennent ? Comment l’ouverture prépare-t-elle la conclusion ? Où se produit le principal changement de ton ? Quels parallélismes précisent ou intensifient la pensée ? Distinguez ce que le psaume affirme de Dieu, ce qu’il reconnaît de l’être humain et ce qu’il demande. Vérifiez enfin que votre lecture rend compte de l’ensemble et ne repose pas seulement sur un verset familier.
Interprétation théologique
Que révèle le Psaume 68 de la sainteté, de la justice, de la bonté et de la fidélité de Dieu ? Comment l’alliance éclaire-t-elle la victoire du Dieu qui marche devant son peuple, protège les faibles et règne depuis Sion ? Quelle place le texte donne-t-il au péché, au jugement, au pardon, à la providence et à l’espérance ? Comment Jésus-Christ assume-t-il et accomplit-il cette prière ? De quelle manière sa mort et sa résurrection empêchent-elles une lecture triomphaliste ou moraliste ? Que reçoit ici l’Église pour sa confession, son culte et son témoignage ?
Appropriation spirituelle
Quelle réalité personnelle ou communautaire peux-tu présenter à Dieu avec les mots du Psaume 68 ? Quel faux appui ou quelle résistance ce texte met-il en lumière ? Quel attribut de Dieu soutient l’attente et l’obéissance ? Choisis un verset à mémoriser sans l’arracher au mouvement du psaume. Formule ensuite une confession, une intercession et un acte concret de consécration. L’appropriation chrétienne ne consiste pas à se placer spontanément parmi les justes, mais à recevoir en Christ le pardon et la fidélité qui rendent possible une vie nouvelle.
Conclusion pastorale
Le Psaume 68 donne à l’Église des mots vrais pour la victoire du Dieu qui marche devant son peuple, protège les faibles et règne depuis Sion. Il nous apprend à prier sans feinte, à attendre sans passivité et à vivre de la fidélité de Dieu manifestée en Jésus-Christ.
