Le Psaume 146 est un psaume de louange qui ouvre la grande doxologie finale du Psautier (Psaumes 146 à 150). Il appelle le croyant à une louange résolue et lucide, fondée non sur les circonstances ou les puissants de ce monde, mais sur la fidélité inébranlable de l’Éternel.
Son genre est clairement hymnique : une exhortation personnelle à louer Dieu, suivie d’une confession publique de ce que Dieu est et de ce qu’il fait. La louange naît ici de la vérité confessée, non de l’émotion.
Dans le Psautier de Genève, ce psaume occupe une place stratégique : il introduit une série de cantiques entièrement tournés vers la souveraineté, la justice et la royauté éternelle de Dieu. Il rappelle que la vraie sécurité ne se trouve ni dans les princes ni dans les structures humaines, mais dans le Dieu créateur et libérateur, fidèle à son alliance.
Liturgiquement, le Psaume 146 est particulièrement adapté à l’ouverture ou à la conclusion du culte. Il oriente l’assemblée vers une louange droite, ancrée dans la théologie de l’alliance : l’Éternel règne pour toujours, il garde la foi à perpétuité, et son règne se manifeste concrètement par sa sollicitude envers les faibles et les opprimés.
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Paroles (Psautier de genève)
1. Loué sois-tu dans mon âme ;
Loué sois-tu, Dieu sauveur.
Que tout dans ma vie proclame
L’amour qui remplit mon cœur.
Mon Dieu, je te chanterai
Tant que je respirerai.
2. Ne mettez votre espérance
En aucun pouvoir humain.
Il n’est point de délivrance
En celui qui meurt demain.
L’homme tombe et ses projets
Se dissipent à jamais.
3. Heureux celui qui espère
Dans le Seigneur, l’Eternel :
Il créa tout sur la terre,
Dans la mer et dans le ciel.
Il est pour l’éternité
Gardien de la vérité.
4. Dieu fait droit dans sa justice
Aux malheureux opprimés.
Il soutient ceux qui faiblissent,
Il nourrit les affamés.
Son secours vient délier
Les chaînes du prisonnier.
5. A la lumière il appelle
Celui qui ne voyait pas,
Et si l’infirme chancelle,
Sa main affermit ses pas.
Il se plaît à protéger
L’orphelin et l’étranger.
6. O Seigneur, tes mains protègent
Celui qui aime ta loi ;
L’injuste est pris à ses pièges,
Car tu es gardien du droit.
Ton royaume durera
Pour toujours, Alléluia !
Place dans le Psautier de Genève
1) Place du psaume dans le Psautier de Genève
Le Psaume 146 ouvre la dernière section du Psautier (Psaumes 146–150), marquée par l’« Alléluia » final. Dans le Psautier de Genève, il inaugure la grande doxologie conclusive : le peuple est appelé à une louange totale, consciente et confiante, tournée exclusivement vers l’Éternel.
2) Genre du psaume
Psaume de louange (hymne). Il combine exhortation personnelle (« Mon âme, loue l’Éternel ») et proclamation communautaire des œuvres de Dieu. La louange naît ici d’une confession de foi : qui Dieu est et ce qu’il fait.
3) Théologie du psaume
Le cœur théologique est le contraste radical entre la fragilité des princes et la fidélité éternelle de Dieu. Toute confiance placée dans l’homme est vaine ; seule la confiance en l’Éternel est bénie. Le psaume déploie une théologie profondément biblique de la providence : Dieu crée, maintient, libère, nourrit, relève, protège. Il se révèle comme le défenseur des faibles (opprimés, affamés, étrangers, orphelins, veuves) et comme le Roi éternel. La louange devient ainsi un acte de lucidité spirituelle autant qu’un acte d’adoration.
4) Musique originale
Dans le Psautier de Genève, le Psaume 146 est chanté sur une mélodie sobre et stable, favorisant une diction claire du texte. La ligne mélodique soutient la proclamation doctrinale : pas d’emphase sentimentale, mais une joie ferme, nourrie par la vérité confessée. Cette musique sert la catéchèse autant que le culte, inscrivant la louange dans la durée et la mémoire de l’Église.
Exégèse
1 Louez l’Éternel !
Mon âme, loue l’Éternel !
2Je louerai l’Éternel tant que je vivrai,
Je psalmodierai en l’honneur de mon Dieu tant que j’existerai.
3 Ne vous confiez pas aux nobles,
À un être humain, à qui n’appartient pas le salut.
4Son souffle s’en va, il retourne à sa poussière,
Et ce même jour ses intentions périssent.
5 Heureux celui qui a pour secours le Dieu de Jacob,
Qui met son espoir en l’Éternel, son Dieu !
6Il a fait les cieux et la terre,
La mer et tout ce qui s’y trouve.
Il garde la vérité à toujours.
7Il fait droit aux opprimés ;
Il donne du pain aux affamés ;
L’Éternel relâche les prisonniers ;
8 L’Éternel ouvre les (yeux des) aveugles ;
L’Éternel redresse ceux qui sont courbés ;
L’Éternel aime les justes.
9L’Éternel garde les étrangers,
Il soutient l’orphelin et la veuve,
Mais il fait dévier la voie des méchants.
10 L’Éternel régnera éternellement ;
Ton Dieu, ô Sion ! (subsiste) de génération en génération !
Louez l’Éternel !
Sélection en cours :
Nouvelle version Segond révisée (Bible à la colombe) © Société biblique française – Bibli’O, 1978
Introduction – situation et portée du psaume
Le Psaume 146 ouvre la grande doxologie finale du Psautier (Psaumes 146–150). Il ne s’agit pas d’une louange circonstancielle, mais d’une confession de foi fondamentale : à qui faire confiance et pourquoi. Le psaume oppose deux réalités irréductibles : la fragilité radicale de l’homme, même puissant, et la fidélité éternelle de l’Éternel. La louange n’est pas ici une émotion, mais un acte de lucidité théologique.
1) Exégèse détaillée à partir de l’hébreu
Le psaume s’ouvre et se ferme par הַלְלוּ־יָהּ (halelû-yāh), « Louez Yah », encadrant tout le texte dans la louange. Le v.1 précise : נַפְשִׁי אֶת־יְהוָה (nafshî et-YHWH), « mon âme, l’Éternel », forme emphatique : la louange engage l’être intérieur, pas seulement la parole.
Au v.3, l’interdit est clair : אַל־תִּבְטְחוּ בִנְדִיבִים (al-tivteḥû vindivîm), « ne vous confiez pas dans les nobles ». בָּטַח (bataḥ) signifie s’appuyer avec sécurité. L’homme, même prince, est appelé בֶּן־אָדָם (ben-’adam), fils d’Adam : créature mortelle, incapable de salut (אֵין לוֹ תְשׁוּעָה).
Le v.4 souligne cette vanité : רוּחוֹ תֵּצֵא (rûḥô têtsé’), « son souffle sort », retour à la poussière (עָפָר), écho direct de Genèse 3.19. Les projets (עֶשְׁתֹּנוֹת) périssent le jour même : le texte ne critique pas seulement l’échec politique, mais l’illusion ontologique de l’autonomie humaine.
À partir du v.5, le psaume bascule vers la béatitude : אַשְׁרֵי (’ashrê), « heureux », non au sens émotionnel mais objectif : est béni celui dont le secours est le Dieu de Jacob. Le rappel de Jacob inscrit la confiance dans l’histoire de l’alliance.
Les vv.6–9 développent une confession de foi en actes : création (עשה), fidélité (שֹׁמֵר אֱמֶת), justice (עֹשֶׂה מִשְׁפָּט), providence concrète. Chaque action divine vise des catégories vulnérables : opprimés, affamés, prisonniers, aveugles, courbés, étrangers, orphelins, veuves. Le Dieu créateur est aussi le Dieu du quotidien.
Le psaume se conclut par une affirmation royale : יִמְלֹךְ יְהוָה לְעוֹלָם (yimlokh YHWH le‘ôlām), « l’Éternel régnera pour toujours ». Le règne de Dieu n’est ni transitoire ni cyclique : il traverse les générations.
2) Sens des mots théologiques clés
– בָּטַח (se confier) : acte de foi pratique, pas simple opinion.
– תְּשׁוּעָה (salut) : délivrance réelle, non symbolique.
– אֱמֶת (vérité/fidélité) : constance de Dieu à tenir alliance.
– מִשְׁפָּט (justice) : ordre juste instauré par Dieu, non simple sentiment moral.
– מָלַךְ (régner) : exercer une autorité effective, continue.
3) Témoignage des Pères de l’Église
Augustin, Enarrationes in Psalmos 146, souligne que « se confier dans l’homme, c’est se confier dans ce qui passe », tandis que Dieu seul « ne meurt pas et ne trompe pas ». Il lit ce psaume comme une pédagogie de la foi contre l’orgueil politique et religieux.
Jean Chrysostome voit dans la liste des actions divines une réfutation de la religion abstraite : Dieu se fait connaître par ce qu’il fait pour les faibles, non par la puissance ostentatoire.
4) Lecture des Réformateurs
Jean Calvin écrit dans son Commentaire sur les Psaumes que ce texte « nous arrache à cette folie naturelle qui nous pousse à chercher secours chez les hommes ». Pour lui, la louange authentique commence quand l’homme renonce à toute confiance concurrente. Calvin insiste sur le lien entre providence et justice sociale : Dieu ne règne pas seulement dans le ciel, mais dans l’ordre moral du monde.
Martin Luther, dans ses méditations sur les psaumes de louange, voit dans le Psaume 146 une catéchèse contre l’idolâtrie politique : princes et structures passent, la Parole demeure.
5) Apports de l’archéologie et du contexte ancien
Dans le Proche-Orient ancien, les rois se présentaient comme garants de justice pour les pauvres. Le psaume reprend ce langage royal pour l’attribuer exclusivement à l’Éternel. C’est une subversion théologique : ce que les rois prétendent être, Dieu seul l’est réellement.
6) Implications pour la théologie de l’alliance
Le Psaume 146 articule création, alliance et royauté. Le Dieu qui a fait les cieux est celui qui « garde la vérité à toujours » : l’alliance repose sur son être immuable. La protection des faibles n’est pas un supplément éthique, mais un signe de la fidélité de Dieu à son alliance. La louange finale est donc une confession d’alliance renouvelée : reconnaître que l’Éternel règne, aujourd’hui comme à jamais.
Outils pédagogiques
Questions ouvertes pour la réflexion personnelle et communautaire
- Le psaume oppose confiance en l’homme et confiance en l’Éternel. Quels « princes » modernes, visibles ou invisibles, peuvent aujourd’hui capter notre confiance sans que nous en ayons pleinement conscience ?
- Pourquoi le psalmiste commence-t-il par s’adresser à sa propre âme avant d’exhorter la communauté ? Qu’est-ce que cela révèle de la nature de la louange ?
- En quoi la liste des actions de Dieu (vv.6–9) corrige-t-elle une conception abstraite ou purement intérieure de la foi ?
- Le psaume affirme que Dieu « fait dévier la voie des méchants ». Comment tenir ensemble cette affirmation et la patience apparente de Dieu face au mal ?
- Que signifie concrètement confesser aujourd’hui : « L’Éternel régnera éternellement » dans un monde instable et changeant ?
QCM de compréhension
- Selon le Psaume 146, pourquoi l’homme ne peut-il être un objet de confiance ultime ?
a) Parce qu’il manque de bonne volonté
b) Parce qu’il est mortel et incapable de salut
c) Parce qu’il est moralement imparfait
d) Parce qu’il est socialement instable
Réponse attendue : b)
- À quels groupes Dieu est-il particulièrement associé dans son action selon le psaume ?
a) Les puissants et les sages
b) Les riches et les chefs
c) Les faibles et les vulnérables
d) Les prêtres et les prophètes
Réponse attendue : c)
- Le terme « heureux » (’ashrê) désigne principalement :
a) Un sentiment passager
b) Une réussite sociale
c) Un état objectif de bénédiction
d) Une récompense future uniquement
Réponse attendue : c)
Propositions d’animation en groupe
– Lecture alternée du psaume : une personne lit les versets sur la fragilité humaine, une autre ceux sur l’action fidèle de Dieu, afin de faire entendre le contraste central du texte.
– Travail en petits groupes : relever dans le psaume ce qui relève de la création, de la providence et de la royauté, puis montrer comment ces trois thèmes s’articulent.
– Mise en situation : chacun reformule le psaume en une confession de foi contemporaine, sans en changer le contenu théologique.
Repères pédagogiques essentiels
– La louange biblique est inséparable de la vérité confessée.
– La confiance est un acte spirituel avant d’être un sentiment.
– La fidélité de Dieu se manifeste concrètement dans l’histoire.
– Le règne de Dieu est présent, réel et éternel, même lorsqu’il est contesté en apparence.
Éléments de réponse pour l’animateur
Le Psaume 146 enseigne une foi décentrée de l’homme et recentrée sur Dieu. Il invite à une louange lucide, nourrie par la mémoire de l’alliance et par l’observation de l’action fidèle de Dieu dans le monde. Toute lecture ou animation doit aider à passer d’une confiance diffuse à une confiance confessée, articulée et assumée.
