Epiphanie

Mat­thieu 2.1−12 : La visite des mages – Vincent Bru (pré­di­ca­tion)

Source ico­no­gra­phique : Extrait de l’œuvre d’An­drea Man­te­gna « Ado­ra­tion des Mages » – Vers 1497 – 1500 – Détrempe et or sur bois ; 54,6cm x 70,7cm • © Andrea MANTEGNA – The J. Paul Get­ty Museum – Malibu.

  • Dimanche de l’Épiphanie – 7 jan­vier 2024
  • Notes de pré­di­ca­tion sur Mat­thieu 2.1−12 : La visite des mages et le roi Hérode (Pas­teur Vincent Bru)
  • Autres lec­tures de la Bible : Ésaïe 60.1−6 ; Éphé­siens 3.2−6

J’a­dopte ici un for­mat dif­fé­rent par rap­port à celui que je vous ai pro­po­sé ces der­niers dimanches avec les vidéos sur You­Tube et le texte inté­gral de mes prédications.

Je vous pro­pose, pour vous aider dans la com­pré­hen­sion du texte et l’é­cri­ture de votre propre pré­di­ca­tion pour ceux qui sont appe­lés à le faire, les élé­ments sui­vants que vous pou­vez uti­li­ser librement :

  1. Le texte lui-même dans la ver­sion Louis Segond
  2. Les autres lec­tures du jour
  3. Une intro­duc­tion, car l’in­tro­duc­tion dans la pré­di­ca­tion c’est ce qui montre l’in­té­rêt du texte, qui éveille l’at­ten­tion, et il faut la pré­pa­rer soigneusement
  4. Une par­tie expli­ca­tion avec les prin­ci­paux points d’in­té­rêt du texte sur les­quels il peut être utile d’insister
  5. Une par­tie illus­tra­tion
  6. Une par­tie appli­ca­tion
  7. La conclu­sion : même chose que pour l’in­tro­duc­tion, une par­tie du ser­mon à ne pas négliger !
  8. Des cita­tions (option­nel)
  9. Divers : points en marge du texte, éclai­rages archéo­lo­giques, cri­tique tex­tuelle, etc.

Le textes de Mat­thieu 2.1−12 (NVS78P, Bible Louis Segond dite « à la Colombe »)

1 Jésus était né à Beth­lé­hem en Judée, au temps du roi Hérode. Des mages d’O­rient arri­vèrent à Jéru­sa­lem 2et dirent : Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Car nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus l’a­do­rer. 3À cette nou­velle le roi Hérode fut trou­blé, et tout Jéru­sa­lem avec lui. 4Il assem­bla tous les prin­ci­paux sacri­fi­ca­teurs et les scribes du peuple, pour leur deman­der où devait naître le Christ. 5Ils lui dirent : À Beth­lé­hem en Judée, car voi­ci ce qui a été écrit par le prophète :

6Et toi, Beth­lé­hem, terre de Juda,

Tu n’es certes pas la moindre

Par­mi les prin­ci­pales villes de Juda ;

Car de toi sor­ti­ra un prince,

Qui fera paître Israël, mon peuple.

7Alors Hérode fit appe­ler en secret les mages, et se fit pré­ci­ser par eux l’é­poque de l’ap­pa­ri­tion de l’é­toile. 8Puis il les envoya à Beth­lé­hem, en disant : Allez, et pre­nez des infor­ma­tions pré­cises sur le petit enfant ; quand vous l’au­rez trou­vé, faites-le-moi savoir, afin que j’aille moi aus­si l’adorer.

9Après avoir enten­du le roi, ils par­tirent. Et voi­ci : l’é­toile qu’ils avaient vue en Orient les pré­cé­dait ; arri­vée au-des­sus (du lieu) où était le petit enfant, elle s’ar­rê­ta. 10À la vue de l’é­toile, ils éprou­vèrent une très grande joie. 11Ils entrèrent dans la mai­son, virent le petit enfant avec Marie, sa mère, se pros­ter­nèrent et l’a­do­rèrent ; ils ouvrirent ensuite leurs tré­sors, et lui offrirent en pré­sent de l’or, de l’en­cens et de la myrrhe. 12Puis, divi­ne­ment aver­tis en songe de ne pas retour­ner vers Hérode, ils rega­gnèrent leur pays par un autre chemin.

Intro­duc­tion

C’est aujourd’­hui la fête de l’É­pi­pha­nie, la fête de la lumière, la lumière de l’É­van­gile venue éclai­rer les nations.

Le mot vient du grec ancien. Il signi­fie « appa­ri­tion » ou « mani­fes­ta­tion », et marque la révé­la­tion de Jésus comme Mes­sie aux Gen­tils, repré­sen­tés par ces mages venus d’Orient.

A cette occa­sion, nous sommes invi­tés à nous sou­ve­nir que le Christ est véri­ta­ble­ment la lumière du monde, et qu’il nous conduit vers Dieu et vers la véri­té comme l’é­toile lumi­neuse dans le ciel a conduit les mages.

Après le sol­stice d’hiver, les jours ral­longent sen­si­ble­ment à par­tir de cette date.

Jésus-Christ est la véri­table étoile, comme il est la véri­table lumière qui en venant dans le monde, éclaire tout homme, comme le dit le pro­logue de l’é­van­gile de jean.

Je pense à cette cita­tion du grand Saint Athanase :

« De même que lorsque paraît le soleil, les ténèbres perdent leur force, et, s’il en reste quelque chose, il les chasse ; de même, quand est venue la divine mani­fes­ta­tion du Dieu Verbe, les ténèbres des idoles n’ont plus de force, mais par­tout toutes les par­ties de l’u­ni­vers sont illu­mi­nées par son enseignement. »

La fête de l’É­pi­pha­nie, c’est aus­si l’oc­ca­sion pour cha­cune de nos familles de se retrou­ver, autour du tra­di­tion­nel gâteau des rois, loin­taine évo­ca­tion de la visite des mages à la crèche de Bethlehem.

Ce gâteau des rois nous rap­pelle que le salut de Dieu est un don gra­tuit, que nous sommes invi­tés à par­ta­ger avec nos proches.

Il faut rap­pe­ler que la tra­di­tion de la galette remonte aux Satur­nales romaines, des fêtes en l’honneur de Saturne, le dieu du temps et du soleil. Pen­dant ces fêtes, un repas était par­ta­gé entre maîtres et esclaves, et une fève (un hari­cot à l’époque) était cachée dans un gâteau rond et doré, sym­bo­li­sant le soleil. Celui qui trou­vait la fève deve­nait « Prince des Satur­nales » pour une jour­née, incar­nant un roi éphémère​.


Ain­si, la fêtes romaines des Satur­nales de la Rome antique vou­lait que les hié­rar­chies sociales et la logique des choses soient bous­cu­lées ce jour-là :

  • Un condam­né à mort devient roi par tirage au sort le temps d’une jour­née. La sen­tence est ensuite exécutée.
  • Le maître et l’esclave changent de rôle ce jour-là éga­le­ment par tirage au sort.

L’épiphanie est la seule fête chré­tienne jusqu’au 4e siècle. Elle repré­sente la mani­fes­ta­tion du Christ dans le monde. Ce n’est qu’au 19e siècle qu’elle devien­dra le Jour des rois com­mé­mo­rant la mani­fes­ta­tion de Jésus enfant aux Rois mages venus l’adorer.

Ini­tia­le­ment com­bat­tue par l’Église catho­lique en rai­son de ses ori­gines païennes, la cou­tume a été fina­le­ment chris­tia­ni­sée, rem­pla­çant la graine par une figu­rine de l’enfant Jésus, puis par des fèves en por­ce­laine à la fin du XVIIIe siècle. Lorsque la tra­di­tion de la galette a été adap­tée par les chré­tiens pour célé­brer l’Épiphanie, qui est en un cer­tain sens la fête de la lumière qu’est Jésus-Christ, la forme et la déco­ra­tion solaire du gâteau ont été conser­vées, bien que la signi­fi­ca­tion ait évo­lué. Quant à l’emploi de la fève, il remonte aux Grecs anciens qui l’utilisaient pour élire leurs magistrats.

Le récit des mages venus de leur loin­tain pays pour offrir à l’en­fant de la crèche de l’or, de l’en­cens et de la myrrhe, a quelque chose à nous dire alors que nous sommes enga­gés dans la nou­velle année.

C’est dans cette atti­tude d’of­frande et d’a­do­ra­tion de ces quelques repré­sen­tants des nations païennes, des sages venus d’O­rient, que cette fête de l’É­pi­pha­nie nous invite à vivre la nou­velle année.

Le texte de ce matin met en cène deux type de per­son­nages, qui repré­sentent deux types d’at­ti­tude et deux huma­ni­tés oppo­sées face à la révé­la­tion de Dieu en Jésus-Christ.

Si les mages repré­sentent les nations païennes objet de l’é­lec­tion divine, qui répondent oui à l’appel de Dieu, dans l’obéissance de la foi, le roi Hérode repré­sente, quant à lui, l’hu­ma­ni­té en révolte contre Dieu, l’hu­ma­ni­té qui s’op­pose à Dieu et à son Mes­sie, et qui n’a de cesse de vou­loir prendre la place de Dieu, pour sa propre perte.

Expli­ca­tion

Au sujet de l’attente du Mes­sie à l’époque de Jésus

On sait à quel point l’attente du Mes­sie était vive au temps de Jésus. Tout le monde en par­lait, tout le monde priait Dieu de hâter sa venue. La majo­ri­té des Juifs pen­sait que ce serait un roi : ce serait un des­cen­dant de David, il régne­rait sur le trône de Jéru­sa­lem, il chas­se­rait les Romains, et il éta­bli­rait défi­ni­ti­ve­ment la paix, la jus­tice et la fra­ter­ni­té en Israël ; et les plus opti­mistes allaient même jusqu’à dire que tout ce bon­heur s’installerait dans le monde entier.

Dans ce sens, on citait plu­sieurs pro­phé­ties conver­gentes de l’Ancien Tes­ta­ment : d’abord celle de Balaam dans le Livre des Nombres. Je vous la rap­pelle : au moment où les tri­bus d’Israël s’approchaient de la terre pro­mise sous la conduite de Moïse, et tra­ver­saient les plaines de Moab (aujourd’hui en Jor­da­nie), le roi de Moab, Balaq, avait convo­qué Balaam pour qu’il mau­disse ces impor­tuns ; mais, au lieu de mau­dire, Balaam, ins­pi­ré par Dieu avait pro­non­cé des pro­phé­ties de bon­heur et de gloire pour Israël ; et, en par­ti­cu­lier, il avait osé dire : « Je le vois – mais pas pour main­te­nant – je l’aperçois – mais pas de près : un astre se lève, issu de Jacob, un sceptre se dresse, issu d’Israël… » (Nb 24,17). Le roi de Moab avait été furieux, bien sûr, car, sur l’instant, il y avait enten­du l’annonce de sa future défaite face à Israël ; mais en Israël, dans les siècles sui­vants, on se répé­tait soi­gneu­se­ment cette belle pro­messe ; et peu à peu on en était venu à pen­ser que le règne du Mes­sie serait signa­lé par l’apparition d’une étoile. C’est pour cela que le roi Hérode, consul­té par les mages au sujet d’une étoile, prend l’affaire très au sérieux.

Autre pro­phé­tie concer­nant le Mes­sie, celle de Michée : « Et toi, Beth­léem Éphra­ta, le plus petit des clans de Juda, c’est de toi que sor­ti­ra pour moi celui qui doit gou­ver­ner Israël. » (Mi 5,1). Pro­phé­tie tout à fait dans la ligne de la pro­messe faite par Dieu à David : que sa dynas­tie ne s’éteindrait pas et qu’elle appor­te­rait au pays le bon­heur attendu.

Au sujet des mages

Les mages étaient, à l’époque de Jésus, une caste sacer­do­tale très consi­dé­rée chez les Perses, et chez les peuples d’alentour.

Ils for­maient le conseil secret des rois, admi­nis­traient les affaires reli­gieuses, et se vouaient à l’étude de la nature, spé­cia­le­ment à l’astronomie.

La tra­di­tion a fait des mages de notre récit des rois, bien que le texte biblique ne dise rien à ce sujet.

On a aus­si pré­ten­du qu’ils étaient trois, et on leur a même attri­bué des noms : Gas­par, Mel­chior et Balthazar !

Tout cela relève en fait davan­tage de l’imagination popu­laire que de l’histoire, car les écri­vains sacrés sont res­tés très dis­crets sur l’identité réelle de ces sages venus d’Orient.

Les tra­di­tions et légendes sur les mages vont se déve­lop­per plus tard : du IV°s. au XI°s. Ain­si on peut trou­ver, selon les auteurs :

  • 3 mages, selon le nombre de leurs offrandes : myrrhe, encens et or.
  • 4 mages pour repré­sen­ter les points cardinaux.
  • 12 mages comme en écho aux douze apôtres (ici 12 païens)
  • Ou encore 10, nombre expri­mant, bibli­que­ment, une totalité.

Les rois mages sym­bo­lisent les trois conti­nents connus à l’époque : l’Europe, l’Asie et l’Afrique. Leurs âges repré­sentent les trois âges de la vie : le roi noir Bal­tha­zar incarne la jeu­nesse, Gas­pard la matu­ri­té et Mel­chior, avec sa grande barbe, la vieillesse.

Enfin, ils sont carac­té­ri­sés par leurs offrandes : l’or en hom­mage à la royau­té du Christ, l’encens en hom­mage à sa divi­ni­té et la myrrhe, ser­vant à embau­mer les corps, annonce sa mort pour la rédemp­tion de l’humanité.

Cela étant, on peut rete­nir le fait que ces per­son­nages étaient des hommes d’une posi­tion consi­dé­rable, et que, vrai­sem­bla­ble­ment, ils fai­saient par­tie de ces non-juifs qui par­ta­geaient avec le peuple d’Israël l’espérance mes­sia­nique, à l’exemple de la Cana­néenne, du cen­te­nier de Caper­naüm, et de tant d’autres pro­sé­lytes crai­gnant Dieu.

A ce titre, l’Église ancienne n’a pas man­qué de voir dans les mages les pré­mices des nations païennes ame­nées aux pieds de Jésus, les « fron­tières » de la grâce et du salut s’ouvrant désor­mais au-delà du seul Israël.

Le récit de l’évangile de Mat­thieu indique qu’ils viennent d’Orient. Cet orient nous ren­voie au monde perse où exer­çaient des savants à la fois astro­logues, méde­cins-gué­ris­seurs, devins, et conseillers poli­tiques… Ils inter­pré­taient les signes de la nature comme des mes­sages venant des dieux. L’appa­ri­tion d’un astre était d’ailleurs sou­vent inter­pré­tée, par tous, comme l’annonce d’un grand bou­le­ver­se­ment, géné­ra­le­ment catas­tro­phique, et annon­cia­teur d’un nou­veau règne, d’un chan­ge­ment de monde.

C’est bien ce qu’annonce ici nos mages : l’avènement d’un roi.

Mat­thieu fait se confron­ter deux royau­tés : celle des puis­sants comme Hérode, et celle de Dieu en ce roi des juifs qui sera recon­nu sur la croix.

Au sujet du Roi Hérode le Grand

Hérode le Grand, ori­gi­naire d’Idumée, avait pris le pou­voir sur la Judée grâce à ses ami­tiés romaines. Bien qu’il ait épou­sé une fille de grand-prêtre, il fut tou­jours consi­dé­ré comme un demi-juif, sans pié­té et d’une vio­lence recon­nue et crainte.

Hérode obtint du Sénat romain le titre de roi des juifs en 40 avant JC, et il est sen­sé avoir exer­cé son règne jusqu’en 4 avant Jésus-Christ.

Il était répu­té pour sa cruauté.

L’historien juif Fla­vius Joseph nous apprend que pour mieux asseoir son auto­ri­té, Hérode fit mettre à mort sa femme, ses deux fils, ain­si qu’une foule de juifs de dis­tinc­tion, qui fai­saient oppo­si­tion à son gouvernement.

Ces crimes, aus­si bien que son pen­chant pour des usages et des diver­tis­se­ments publics emprun­tés au paga­nisme, le ren­dirent odieux à la nation juive.

Ain­si donc, la réac­tion d’Hérode à la nou­velle de la nais­sance de celui que les mages sur­nomment le « roi des juifs » ne nous étonne guère.

Au sujet de l’étoile

Dans son récit, Mat­thieu fait appel à de nom­breuses réfé­rences sym­bo­liques et bibliques, à com­men­cer par cette étoile (ou cet astre) que les mages ont obser­vé. L’évangéliste fait réfé­rence, ici, à la pro­phé­tie de Balaam, ce pro­phète-devin et païen qui bénit les fils d’Israël conduit par Moïse se diri­geant vers la terre de Canaan.

Nombres 24.15−17

15 Balaam pro­non­ça sa sen­tence et dit :

Oracle de Balaam, fils de Beor,

Oracle de l’homme qui a l’œil clairvoyant,

16Oracle de celui qui entend les paroles de Dieu,

De celui qui connaît les des­seins du Très-Haut,

De celui qui voit la vision du Tout-Puissant,

De celui qui se pros­terne et dont les yeux s’ouvrent.

17Je le vois, mais non maintenant,

Je le contemple, mais non de près.

Un astre sort de Jacob,

Un sceptre s’é­lève d’Israël.

Il blesse les flancs de Moab

Et il abat tous les fils de Seth.

L’étoile des mages, chez Mat­thieu, repré­sente, en elle-même, l’accomplissement des Écri­tures gui­dant ceux qui espèrent ce roi des Juifs. Les mages ont trou­vé une étoile et cherchent un roi comme Balaam l’annonçait : de Jacob (c’est-à-dire Israël) monte une étoile, d’Israël sur­git un sceptre (c’est-à-dire un roi) qui brise les temps de Moab et les fils de Seth…

Hérode pour­rait bien être concer­né, L’Idumée étant voi­sine de l’ancienne Moab.

On peut s’interroger sur l’origine de ce phé­no­mène céleste, de cette étoile.

Com­ment une étoile a‑t-elle pu gui­der les mages jusqu’à Bethlehem ?

Bien des hypo­thèses ont été avan­cées pour expli­quer ce phénomène.

Pour ma part, je suis por­té à pen­ser, à la suite de Cal­vin, qu’il s’agit là en réa­li­té d’un phé­no­mène sans pré­cé­dant dans l’histoire, qui relève d’une inter­ven­tion divine toute spéciale.

Comme l’a dit un com­men­ta­teur récent : « Les termes du récit et sur­tout le ver­set 9 prouvent avec évi­dence que l’écrivain se repré­sente, non un astre céleste ordi­naire, non le résul­tat d’observations astro­lo­giques, mais l’apparition d’un lumi­naire spé­cial, qui déter­mine le départ des mages de leur pays, qui leur réap­pa­raît sur le che­min de Beth­le­hem et qui vient s’arrêter sur le lieu où était le petit enfant. »

Qui plus est, et bien que le texte ne le pré­cise pas, on peut aus­si pen­ser que, comme les ber­gers de Beth­le­hem, les mages ont étaient l’objet d’une révé­la­tion divine par­ti­cu­lière, de la même façon qu’ils furent, comme nous le lisons au ver­set 12, « divi­ne­ment aver­ti en songe » de ne pas retour­ner vers Hérode.

A moins que ceux-ci aient tout sim­ple­ment été pré­pa­rés à ce grand évé­ne­ment qui les a emme­nés jusqu’à Jéru­sa­lem, par l’attente vague, mais uni­ver­sel­le­ment répan­due en Orient, d’un grand per­son­nage reli­gieux qui devait appa­raître à cette époque ?

Quoi qu’il en soit, à la nais­sance du Sau­veur, les savants mages sont conduits vers lui par une étoile.

Le contraste Hérode/​Joseph

Le contraste entre l’attitude de Joseph, le père adop­tif de Jésus et celle d’Hérode est frap­pant : foi obéis­sante du pre­mier contre hos­ti­li­té et révolte du second ; huma­ni­té rache­tée, peuple de l’Église d’un côté, huma­ni­té péche­resse de l’autre ; la Cité de Dieu contre la Cité de ce monde (Saint Augus­tin), Christ contre Satan ! L’opposition est radi­cale, l’antithèse est totale.

Hérode est l’anti-Joseph ! Il est son oppo­sé. Il repré­sente l’humanité péche­resse en révolte contre Dieu et contre son Messie.

Le per­son­nage d’Hérode est décrit en contraste à celui de Joseph dont nous parle le cha­pitre 1 de l’évangile de Matthieu.

Joseph écoute la parole de Dieu et accepte le des­sein divin en accueillant Marie et l’enfant.

Hérode prend connais­sance des Écri­tures, la parole de Dieu, mais va tout faire pour s’y opposer.

Ain­si, face à la doci­li­té croyante de Joseph, Hérode appa­raît comme celui qui ins­tru­men­ta­lise la Parole de Dieu pour par­ve­nir à ses fins, par orgueil, pour se main­te­nir au pou­voir, coûte que coûte.

La convo­ca­tion des mages en secret relève déjà du com­plot contre Jésus. Hérode fait de ces étran­gers des agents de ren­sei­gne­ment mal­gré eux.

Le roi de Judée est l’homme du men­songe, là où Joseph cherche la vérité.

La pro­phé­tie de Michée (2.4−6)

Hérode convoque les grands prêtres et les scribes du peuple, afin d’obtenir des ren­sei­gne­ment sur la nais­sance de ce roi des juifs annon­cés par les mages.

Ceux-ci se réfère à la pro­phé­tie mes­sia­nique de Michée (Michée 5.1−3) :

1 Et toi, Beth­léem Éphrata

Toi qui es petite par­mi les mil­liers de Juda,

De toi sor­ti­ra pour moi

Celui qui domi­ne­ra sur Israël

Et dont l’o­ri­gine remonte au loin­tain passé,

Aux jours d’éternité.

2 C’est pour­quoi il les abandonnera

Jus­qu’au temps où enfan­te­ra celle qui doit enfanter,

Et le reste de ses frères

Revien­dra auprès des fils d’Israël.

3Il se dres­se­ra et les fera paître

Avec la force de l’Éternel,

Avec la majes­té du nom de l’É­ter­nel, son Dieu :

Et ils auront une demeure (assu­rée),

Car il est dès main­te­nant glorifié

Jus­qu’aux extré­mi­tés de la terre.

Avec cette cita­tion, le récit donne à entendre qui est ce roi des Juifs que cherchent les mages.

Hérode veut savoir où ? Il va aus­si entendre qui il est.

Le livre du pro­phète Michée donne Beth­léem comme lieu de naissance.

La ville est d’abord celle qui vit naître le grand roi David à qui Dieu pro­mit une éter­nelle des­cen­dance royale, sié­geant sur le trône de Jérusalem.

La cita­tion accen­tue le drame. Hérode entend que ce roi à venir, est un des­cen­dant de David, un mes­sia­nique roi des Juifs face à ce demi-juif Iduméen.

Un enfant est donc né qui pos­sède toute légi­ti­mi­té pour prendre sa place sur le trône. Du moins, si cet enfant arrive à majorité.

Nous savons qu’Hérode fera tout pour empê­cher cette nais­sance, jusqu’à faire mas­sa­crer tous les enfants de moins de deux ans dans la ville de Beth­léem, comme nous l’apprends les ver­sets 13 et suivants.

Illus­tra­tion

Toute pré­di­ca­tion devrait com­por­ter ces trois pôles, ou ces trois aspects :

  1. Expli­ca­tion
  2. Illus­tra­tion
  3. Appli­ca­tion

La pré­di­ca­tion c’est l’ap­pli­ca­tion d’un texte aux gens qui écoutent !

A vous de voir quelles illus­tra­tions peuvent conve­nir ici. Le texte en lui-même est déjà à mon sens suf­fi­sam­ment illus­tré avec les per­son­nages qui entrent en scène : les mages, le roi Hérode, l’en­fant de la crèche, etc., et aus­si l’é­toile qui les guide jus­qu’à Bethléem.

Appli­ca­tion

  • A qui donc vou­lons-nous res­sem­bler ? Joseph ou les mages, ou bien Hérode ? A quelle huma­ni­té vou­lons-nous appar­te­nir ? Il faut choi­sir. La neu­tra­li­té n’est pas pos­sible ici.
  • Comme Joseph, sommes-nous tou­jours dis­po­sés à rece­voir la volon­té de Dieu quelle qu’elle soit ? Il nous faut apprendre à dire oui à Dieu, tou­jours, à nous sou­mettre à sa volon­té, comme nous le deman­dons dans le Notre Père.
  • Comme les mages, il nous faut apprendre à nous lais­ser gui­der par Dieu, par sa Parole, la lumière de sa Loi et de son Évan­gile : son étoile nous mène­ra tou­jours vers le Christ, car la vraie pié­té est cen­trée sur Jésus-Christ. Il est le seul che­min qui conduit à Dieu, le seul média­teur de l’Al­liance, entre Dieu et les hommes, le seul Sauveur.
  • Les cadeaux des mages : l’or, l’en­cens et la myrrhe repré­sentent des cadeaux de grandes valeurs, sur­tout l’or, qui sym­bo­lise la pure­té, car c’est un maté­riau inal­té­rable, et Jésus a dit : « Heu­reux ceux qui ont le cœur pur, car ils ver­ront Dieu » (Mat­thieu 5). Quels cadeaux vou­lons-nous faire à Dieu, en réponse à son amour mani­fes­té en Jésus-Christ ? Le plus beau cadeau que nous pou­vons lui faire, c’est celui de notre vie, et d’une vie aban­don­née, car il s’a­git ici de céder les rênes de notre vie au Christ à qui nous appar­te­nons, il s’a­git de lui don­ner de notre cœur ‒ comme dit le livre des Pro­verbes : « Mon fils, donne-moi ton cœur » (Pro­verbe 23.26) ‒, de notre volon­té, de notre intel­li­gence aus­si, puisque nous sommes appe­lés à l’ai­mer ain­si, de tout notre être, et notre pro­chain comme nous-mêmes.
  • En aimant notre pro­chain, nous aimons Dieu aus­si, et c’est comme un cadeau que nous fai­sons à Dieu : or, encens et myrrhe.
  • Les mages ont sui­vi l’é­toile qui les ont mené jus­qu’à l’en­fant de la crèche. Aujourd’­hui, les mages sont eux-mêmes, à tra­vers le récit qui nous est rap­por­té dans l’é­van­gile de Mat­thieu, cette étoile qui nous guide jus­qu’au Sau­veur. Nous-mêmes sommes invi­tés à deve­nir des exemples, en menant une vie digne de Dieu, digne de son royaume de lumière et d’a­mour, et à être les témoins du Christ res­sus­ci­té, la véri­table lumière du monde. Lorsque les gens nous regardent vivre, est-ce qu’ils peuvent voir en nous cette étoile qui a jadis conduit les mages jus­qu’à Jésus Toute la ques­tion est là !
  • Jésus-Christ est la lumière du monde, mais nous sommes appe­lés à deve­nir à notre tour sel et lumière, selon Mat­thieu 25 !

Conclu­sion

A la nais­sance du Sau­veur, les savants mages sont conduits vers lui par une étoile.

A la vue de l’enfant Jésus, ils n’hésitent pas à offrir à celui-ci de l’or, de l’encens et de la myrrhe, richesses et par­fums tra­di­tion­nels du loin­tain Orient.

En la per­sonne des mages, ce sont les nations païennes qui offrent là, au Roi-Mes­sie, l’hommage et les offrandes qui lui sont dues.

Les mages ont ajou­té foi au signe que Dieu leur a envoyé concer­nant l’apparition du Messie.

Ils ont vu son étoile dans le ciel, et ils l’ont sui­vie, envers et contre tout ; ils se pros­ternent et adorent l’enfant-Roi, dont ils pres­sentent déjà l’identité : il est le Mes­sie pro­mis, celui devant lequel toutes les nations de la terre devront tôt ou tard se pros­ter­ner pour lui rendre l’hommage qui lui est dû.

N’y a‑t-il pas là, une leçon de foi, pour nous qui trou­vons si faci­le­ment de bonnes excuses pour mettre en doute la Parole du Sei­gneur, et pour ne pas vivre dans la recon­nais­sance que Dieu attend de nous ?

Notre époque res­semble étran­ge­ment à celle qui a vu les mages se pros­ter­ner devant l’enfant de la crèche.

Comme eux, nous ren­con­trons l’indifférence des uns, et l’hostilité des autres : nom­breux sont les obs­tacles qui se dressent sur notre che­min, dans notre vie de foi.

Et pour­tant, notre texte nous invite à suivre, avec les mages, l’étoile qui nous conduit jusqu’au Christ.

L’étoile de l’amour de Dieu, qui nous invite au par­tage, à la fra­ter­ni­té, et l’amour.

L’étoile de l’Évangile, qui vient éclai­rer notre nuit, et qui nous donne un nou­vel élan, une nou­velle espé­rance, qui ne tarit jamais, et qui nous porte jusque dans les moments les plus dif­fi­ciles de la vie, puisque le Sei­gneur est là, pré­sent, et qu’il règne sur toutes choses, au-delà des appa­rences trom­peuses de ce monde.

Nous atten­dons le jour où toutes les nations de la terre vien­dront dépo­ser aux pieds du Christ toutes leurs richesses, et leur ado­ra­tion, et lui ren­dront l’hommage qui lui est dû, lui seul.

Alors, comme les mages, et en cette nou­velle année qui s’ouvre devant nous, n’ayons jamais de cesse de regar­der au Christ-Jésus, et de nous pros­ter­ner devant lui, pour lui offrir plus que nos richesses, plus que de l’or, de l’encens ou de la myrrhe, pour lui offrir nos propres vies, afin qu’il leur donne un nou­vel élan, celui de la foi, de l’espérance et de l’amour.

Quelques cita­tions à propos :

Saint Atha­nase, Sur l’incarnation du Verbe :

« De même que lorsque paraît le soleil, les ténèbres perdent leur force, et, s’il en reste quelque chose, il les chasse ; de même, quand est venue la divine mani­fes­ta­tion du Dieu Verbe, les ténèbres des idoles n’ont plus de force, mais par­tout toutes les par­ties de l’u­ni­vers sont illu­mi­nées par son enseignement. »

« Le Sei­gneur a tou­ché toutes les par­ties de la créa­tion, il les a toutes déli­vrées et détrom­pées de toute erreur, comme dit Paul : « Il a dépouillé les prin­ci­pau­tés et les puis­sances et il en a triom­phé sur la croix », afin que per­sonne ne puisse plus désor­mais être éga­ré, mais qu’on trouve en tous lieux le véri­table Verbe de Dieu. »

Divers

Épipha­nie [wiki]

Cette fête célèbre la visite et l’a­do­ra­tion de l’En­fant Jésus par les « mages », rela­tée dans l’É­van­gile selon Mat­thieu. Bien que la Bible ne donne pas leur nombre et ne parle que de « savants venus d’O­rient », la tra­di­tion a fait qu’ils sont habi­tuel­le­ment appe­lés les trois Rois mages et sont nom­més res­pec­ti­ve­ment : Gas­pard, Mel­chior et Bal­tha­zar, noms dont les ini­tiales reprennent celles de la béné­dic­tion : « Chris­tus Man­sio­nem Bene­di­cat », « que le Christ bénisse la demeure ».

Elle est la qua­trième des cinq grandes fêtes car­di­nales de l’année litur­gique catho­lique.

Dans cer­tains pays, la célé­bra­tion litur­gique de la fête est repor­tée à un dimanche, en ver­tu d’un indult papal. Il s’a­git de per­mettre aux gens de célé­brer la fête dans les cas où ils doivent tra­vailler le 6 jan­vier, si ce jour n’est pas férié. Ain­si, en France et en Bel­gique, cette fête est célé­brée le deuxième dimanche après Noël.

En Espagne, où la célé­bra­tion de l’É­pi­pha­nie est par­ti­cu­liè­re­ment impor­tante, le jour est férié. C’est aus­si un jour férié en Suède (Tret­ton­de­dag jul).

Dans les Églises ortho­doxes byzan­tines, l’Épiphanie com­mé­more le bap­tême du Christ dans le Jour­dain, la des­cente du Fils de Dieu au milieu de sa créa­tion, et la mani­fes­ta­tion de la divine Tri­ni­té : la voix du Père témoigne du Fils et la colombe de l’Esprit Saint des­cend sur lui. Le Saint Esprit qui se mani­feste sous la forme d’une colombe signi­fie la sanc­ti­fi­ca­tion et la déi­fi­ca­tion de la nature humaine que le Fils de Dieu assume : il la puri­fie en l’immergeant dans les eaux du Jour­dain, et il la déi­fie en l’exposant au rayon­ne­ment de son Esprit qui repose sur lui de toute éternité.

Durant les quatre pre­miers siècles de l’his­toire chré­tienne, l’É­glise avait l’ha­bi­tude de fêter le 6 jan­vier toutes les mani­fes­ta­tions de Dieu sur la terre : la Nati­vi­té (Noël), l’A­do­ra­tion des mages, le bap­tême du Christ et les noces de Cana. Le chan­ge­ment de l’eau en vin et la mul­ti­pli­ca­tion des pains (ou Pha­gi­pha­nie) étaient ain­si com­mé­mo­rés par une même fête avec la Nativité.

Les fêtes ont ensuite été dis­so­ciées : pour le 6 jan­vier, les Latins ont rete­nu l’A­do­ra­tion des mages et les Grecs le Bap­tême du Christ. Les Éthio­piens et les Armé­niens ont conser­vé une fête unique pour la célé­bra­tion de Noël, le 6 jan­vier pour les Armé­niens et le 6 ou le 7 jan­vier pour les Éthio­piens en fonc­tion du calendrier.

Le gâteau des rois ?

La Galette des Rois, avec sa fève cachée, est plus un élé­ment fes­tif et social asso­cié à cette célé­bra­tion. Celui qui trouve la fève devient le « roi » ou la « reine » du jour, une pra­tique qui coïn­cide avec la fête de l’Épiphanie mais qui n’est pas une repré­sen­ta­tion directe de la décou­verte de Jésus par les mages. Cette tra­di­tion de la galette s’est mêlée à la célé­bra­tion de l’Épiphanie, reflé­tant une fusion des tra­di­tions païennes des Satur­nales romaines avec les tra­di­tions chrétiennes.

Voir : Quel est le lien entre la Galette des Rois et l’Épiphanie ?

La tra­di­tion veut que l’É­pi­pha­nie soit l’oc­ca­sion de « tirer les rois » : une fève et par­fois une figu­rine sont cachées dans les pâtis­se­ries (galette des roisgâteau des rois) ; le convive qui découvre cette fève devient le roi ou la reine de la journée.

Cette pra­tique trou­ve­rait son ori­gine dans les Satur­nales de la Rome antique. Pen­dant ces fêtes païennes célé­brées début jan­vier, les rôles étaient inver­sés entre les maîtres et les esclaves qui deve­naient les « rois d’un jour ».
Ce n’est que vers 1875 que les figu­rines en por­ce­laine rem­placent les fèves.

Depuis le xive siècle, on mange la galette des rois et le gâteau des rois à l’oc­ca­sion de cette fête. La tra­di­tion veut que l’on par­tage la pâtis­se­rie en autant de parts que de convives, plus une. Cette der­nière, appe­lée « part du bon Dieu », « part de la Vierge » ou « part du pauvre », est des­ti­née au pre­mier pauvre qui se pré­sen­te­rait au logis.

À Paris, les bou­lan­gers-pâtis­siers offrent tous les ans la galette de l’Ély­sée. Cette galette ne contient pas de fève afin que le pré­sident de la Répu­blique ne puisse pas être cou­ron­né. Cette tra­di­tion remonte à l’an­née 1975, date à laquelle fut offerte à Valé­ry Gis­card d’Es­taing une grande galette d’un mètre de diamètre.

Sui­vi de cette tradition

En 2014, un son­dage réa­li­sé en France révèle que 97 % des Fran­çais fêtent l’É­pi­pha­nie ; un autre son­dage Opi­nion­Way donne quant à lui 85 %.

Ils mangent pour 70 % une galette fran­gi­pane, 11 % un gâteau des rois, prin­ci­pa­le­ment dans l’ex­trême Sud et 8 % une galette des rois à la pomme. 9 % en consomment plus de cinq. 68 % trichent pour don­ner la fève aux plus jeunes.

[wiki]

La date de nais­sance de Jésus ?

Au pas­sage, on note­ra que c’est l’un des rares indices que nous ayons de la date exacte de la nais­sance de Jésus ! On connaît avec cer­ti­tude la date de la mort d’Hé­rode le Grand : 4 av JC (il a vécu de 73 à 4 av JC)… or il a fait tuer tous les enfants de moins de 2 ans : c’est-à-dire des enfants nés entre 6 et 4 (av JC) ; donc Jésus est pro­ba­ble­ment né entre 6 et 4 ! Pro­ba­ble­ment en 6 ou 5… C’est quand, au sixième siècle, un moine du nom de Denys le Petit a vou­lu – à juste titre – comp­ter les années à par­tir de la nais­sance de Jésus, (et non plus à par­tir de la fon­da­tion de Rome) qu’il y a eu tout sim­ple­ment une erreur de comptage.


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