Médecin militaire en prière

Service de santé

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L’image sou­ligne la voca­tion par­ti­cu­lière du soi­gnant mili­taire : pro­té­ger la vie au cœur même du com­bat. La prière rap­pelle que la méde­cine, même dans les situa­tions les plus tech­niques et les plus urgentes, demeure un ser­vice ren­du à l’homme et exer­cé avec conscience devant Dieu.


Il n’existe pas, à pro­pre­ment par­ler, un « code d’honneur du Ser­vice de san­té des armées » for­mu­lé comme celui du sol­dat ou du légion­naire. Le SSA fonc­tionne plu­tôt autour de prin­cipes éthiques et déon­to­lo­giques : soi­gner tous les bles­sés, ser­vir la mis­sion, res­pec­ter la vie humaine, main­te­nir la neu­tra­li­té médi­cale et agir avec cou­rage au com­bat.

Voir : Sous les ailes du Trés-Haut (hymne per­so pour le SSA)

Lecture chrétienne des principes du soignant militaire

1. Servir la vie humaine partout où elle est menacée

Bible

« J’étais malade, et vous m’avez visi­té. »
— Évan­gile selon saint Mat­thieu 25,36

Père de l’Église

« Le pain que tu gardes appar­tient à l’affamé ; le man­teau que tu conserves dans tes coffres appar­tient à celui qui est nu. »
— Basile de Césa­rée, Homé­lie sur l’avarice, PG 31, 276

Réfor­ma­teur

« Nous ne sommes pas nés pour nous-mêmes, mais pour le pro­chain. »
— Jean Cal­vin, Ins­ti­tu­tion de la reli­gion chré­tienne, III, 7, 5

Com­men­taire

La mis­sion pre­mière du soi­gnant mili­taire est de sau­ver et pro­té­ger la vie. Dans la tra­di­tion chré­tienne, le soin du malade est l’une des formes les plus concrètes de l’amour du pro­chain.


2. Soigner sans discrimination

Bible

« Un Sama­ri­tain, qui voya­geait, arri­va près de lui ; il fut ému de com­pas­sion.
Il s’approcha et ban­da ses plaies. »
— Évan­gile selon saint Luc 10,33–34

Père de l’Église

« L’amour ne cherche pas son propre inté­rêt, mais celui de l’autre. »
— Jean Chry­so­stome, Homé­lie sur la Pre­mière épître aux Corin­thiens, hom. 21

Réfor­ma­teur

« Nous devons faire du bien à tous, sans dis­tinc­tion. »
— Mar­tin Luther, Trai­té de la liber­té chré­tienne (1520)

Com­men­taire

Le soi­gnant mili­taire agit dans un cadre huma­ni­taire recon­nu par le droit inter­na­tio­nal : le bles­sé est un patient avant d’être un enne­mi. Cette idée rejoint direc­te­ment l’esprit de la para­bole du Bon Sama­ri­tain.


3. Servir avec courage

Bible

« For­ti­fie-toi et prends cou­rage. »
— Livre de Josué 1,9

Père de l’Église

« Le cou­rage chré­tien consiste à demeu­rer ferme dans le bien mal­gré les dan­gers. »
— Augus­tin d’Hippone, La Cité de Dieu, XIX, 4

Réfor­ma­teur

« La vraie force consiste à per­sé­vé­rer dans le devoir. »
— Jean Cal­vin, Com­men­taire sur Josué (1554)

Com­men­taire

Le per­son­nel du Ser­vice de san­té agit sou­vent au plus près du com­bat, sous le feu, pour éva­cuer ou sta­bi­li­ser les bles­sés. Ce cou­rage n’est pas un esprit de guerre, mais un cou­rage de pro­tec­tion et de secours.


4. Servir la mission et ses frères d’armes

Bible

« Il n’y a pas de plus grand amour que de don­ner sa vie pour ses amis. »
— Évan­gile selon saint Jean 15,13

Père de l’Église

« La cha­ri­té est le lien qui unit les hommes entre eux. »
— Augus­tin d’Hippone, De doc­tri­na chris­tia­na, I, 23

Réfor­ma­teur

« Toute notre vie doit être un ser­vice ren­du à Dieu et au pro­chain. »
— Jean Cal­vin, Ins­ti­tu­tion, III, 7

Com­men­taire

Le méde­cin, l’infirmier ou le bran­car­dier mili­taire par­tage la condi­tion du sol­dat qu’il accom­pagne. Son rôle est d’être pré­sent au cœur de la fra­ter­ni­té d’armes, au moment où la vie est la plus fra­gile.


Version abrégée pour les militaires

1. Sauver la vie

Récit biblique

Le Bon Sama­ri­tain voit un bles­sé sur la route, s’arrête, panse ses plaies et prend soin de lui (Luc 10).

À rete­nir

La mis­sion du soi­gnant mili­taire est simple et noble : sau­ver la vie quand elle est mena­cée.


2. Soigner tous les blessés

Récit biblique

Jésus rap­pelle : « J’étais malade, et vous m’avez visi­té. » (Mat­thieu 25,36)

À rete­nir

Un soi­gnant mili­taire ne choi­sit pas ses patients : il soigne toute per­sonne bles­sée.


3. Agir avec courage

Récit biblique

Dieu dit à Josué : « For­ti­fie-toi et prends cou­rage. » (Josué 1,9)

À rete­nir

Le cou­rage du soi­gnant est celui qui avance vers le bles­sé quand les autres fuient.


4. Servir ses frères d’armes

Récit biblique

« Il n’y a pas de plus grand amour que de don­ner sa vie pour ses amis. » (Jean 15,13)

À rete­nir

Le Ser­vice de san­té par­tage le des­tin des sol­dats : ser­vir, secou­rir, pro­té­ger.


Code du soignant militaire chrétien – 10 repères

  1. Ser­vir la vie humaine
    La pre­mière mis­sion du soi­gnant est de pro­té­ger et sau­ver la vie.
    « J’étais malade, et vous m’avez visi­té. » (Mat­thieu 25,36)
  2. Soi­gner sans dis­cri­mi­na­tion
    Le bles­sé est d’abord une per­sonne humaine, avant d’être un enne­mi ou un allié.
    « Va, et toi, fais de même. » (Luc 10,37)
  3. Res­pec­ter la digni­té de chaque patient
    Toute vie humaine porte l’image de Dieu.
    « Dieu créa l’homme à son image. » (Genèse 1,27)
  4. Agir avec cou­rage face au dan­ger
    Le soi­gnant mili­taire inter­vient sou­vent là où la vie est mena­cée.
    « For­ti­fie-toi et prends cou­rage. » (Josué 1,9)
  5. Ser­vir la mis­sion et ses frères d’armes
    Le soin fait par­tie inté­grante de la fra­ter­ni­té mili­taire.
    « Il n’y a pas de plus grand amour que de don­ner sa vie pour ses amis. » (Jean 15,13)
  6. Faire preuve de com­pas­sion et de cha­ri­té
    Le soin n’est pas seule­ment tech­nique : il est aus­si humain et spi­ri­tuel.
    « Revê­tez-vous de sen­ti­ments de com­pas­sion. » (Colos­siens 3,12)
  7. Res­pec­ter la véri­té et l’intégrité pro­fes­sion­nelle
    Le soi­gnant agit avec hon­nê­te­té, com­pé­tence et res­pon­sa­bi­li­té.
    « Que votre oui soit oui. » (Mat­thieu 5,37)
  8. Pra­ti­quer la maî­trise de soi et l’humilité
    La com­pé­tence médi­cale s’accompagne d’un esprit de ser­vice.
    « Ne faites rien par esprit de riva­li­té… mais regar­dez les autres comme supé­rieurs à vous-mêmes. » (Phi­lip­piens 2,3)
  9. Cher­cher la paix même au cœur de la guerre
    La mis­sion médi­cale rap­pelle que la guerre ne doit jamais détruire l’humanité.
    « Heu­reux ceux qui pro­curent la paix. » (Mat­thieu 5,9)
  10. Se sou­ve­nir que la vie appar­tient à Dieu
    Le soi­gnant agit avec sérieux et res­pect devant le mys­tère de la vie.
    « En lui nous avons la vie, le mou­ve­ment et l’être. » (Actes 17,28)

Cette fiche veut sim­ple­ment rap­pe­ler qu’au cœur des opé­ra­tions mili­taires, le soi­gnant demeure un gar­dien de la vie, appe­lé à exer­cer sa mis­sion avec com­pé­tence, cou­rage et conscience droite.


La méde­cine dans la tra­di­tion chré­tienne : soi­gner le corps, ser­vir le pro­chain

Dans l’histoire du chris­tia­nisme, le soin des malades n’a jamais été consi­dé­ré comme une acti­vi­té secon­daire. Il est au contraire une consé­quence directe de l’Évangile. Dès les pre­miers siècles, les chré­tiens ont com­pris que la foi en Christ impli­quait une res­pon­sa­bi­li­té concrète envers les malades, les pauvres et les bles­sés. La méde­cine, dans cette pers­pec­tive, n’est pas seule­ment une tech­nique : elle est une œuvre de misé­ri­corde.

Dans les Évan­giles, Jésus appa­raît lui-même comme un gué­ris­seur. Une grande par­tie de son minis­tère public consiste à rele­ver les malades, rendre la vue aux aveugles et puri­fier les lépreux. Les gué­ri­sons ne sont pas seule­ment des miracles spec­ta­cu­laires : elles mani­festent la com­pas­sion de Dieu pour la souf­france humaine. Jésus résume cette mis­sion en décla­rant : « Ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de méde­cin, mais les malades » (Marc 2,17).

Les pre­mières com­mu­nau­tés chré­tiennes ont très tôt imi­té cet exemple. Les diacres et les fidèles pre­naient soin des pauvres, des veuves et des malades. Dans un monde antique où la méde­cine était sou­vent réser­vée aux riches, les chré­tiens ont intro­duit une idée nou­velle : la per­sonne souf­frante pos­sède une digni­té qui exige d’être secou­rue.

Au IVᵉ siècle, cette intui­tion prend une forme ins­ti­tu­tion­nelle avec l’apparition des pre­miers éta­blis­se­ments hos­pi­ta­liers chré­tiens. L’un des exemples les plus célèbres est celui de Basile de Césa­rée. Vers l’an 370, ce grand évêque cap­pa­do­cien fonde près de Césa­rée un vaste com­plexe cha­ri­table des­ti­né à accueillir les pauvres, les voya­geurs et les malades. Ce centre, sou­vent appe­lé la « Basi­liade », est consi­dé­ré par de nom­breux his­to­riens comme l’un des pre­miers véri­tables hôpi­taux de l’histoire chré­tienne.

Basile explique lui-même la moti­va­tion spi­ri­tuelle de cette œuvre : les malades doivent être accueillis comme le Christ lui-même. Dans ses homé­lies sur la cha­ri­té, il rap­pelle que les biens maté­riels et les talents doivent être uti­li­sés pour secou­rir ceux qui souffrent. La méde­cine devient ain­si une forme concrète d’amour du pro­chain.

Au cours du Moyen Âge, cette vision se déve­loppe lar­ge­ment à tra­vers les monas­tères. Les com­mu­nau­tés monas­tiques deviennent des centres impor­tants de soins et d’accueil. Les règles monas­tiques encou­ragent expli­ci­te­ment l’attention aux malades. La règle de saint Benoît affirme par exemple : « Avant tout et par-des­sus tout, on pren­dra soin des malades » (Règle de saint Benoît, cha­pitre 36).

Les monas­tères conservent éga­le­ment les savoirs médi­caux de l’Antiquité. Les moines reco­pient les trai­tés grecs et latins, cultivent des plantes médi­ci­nales et déve­loppent des pra­tiques de soins. Dans de nom­breux ter­ri­toires euro­péens, les monas­tères deviennent les lieux où les pauvres peuvent rece­voir un accueil et un trai­te­ment.

À par­tir du XIIᵉ siècle appa­raissent éga­le­ment des ordres hos­pi­ta­liers spé­cia­li­sés, comme les Hos­pi­ta­liers de Saint-Jean de Jéru­sa­lem. Ces ins­ti­tu­tions com­binent soin médi­cal, accueil des pèle­rins et assis­tance aux bles­sés. Elles illus­trent l’idée que le soin du corps fait par­tie inté­grante de la voca­tion chré­tienne.

La Réforme du XVIᵉ siècle ne remet pas en cause cet héri­tage. Au contraire, elle le réin­ter­prète dans une pers­pec­tive nou­velle. Les réfor­ma­teurs insistent sur la voca­tion de chaque chré­tien à ser­vir Dieu dans les acti­vi­tés ordi­naires de la vie. La méde­cine devient ain­si une voca­tion pro­fes­sion­nelle légi­time et hono­rable.

Mar­tin Luther sou­ligne que les pro­fes­sions de soin font par­tie des ser­vices par les­quels Dieu prend soin de la créa­tion. Dans ses écrits pas­to­raux, il encou­rage l’usage des méde­cins et des remèdes, tout en rap­pe­lant que la gué­ri­son ultime appar­tient à Dieu.

Jean Cal­vin déve­loppe une réflexion simi­laire. Dans son com­men­taire sur l’Ecclésiastique (livre deu­té­ro­ca­no­nique sou­vent uti­li­sé dans la tra­di­tion médi­cale médié­vale) et dans ses ser­mons, il affirme que les com­pé­tences humaines — y com­pris médi­cales — sont des dons de Dieu des­ti­nés au bien com­mun. La méde­cine n’est pas une riva­li­té avec la pro­vi­dence divine, mais un ins­tru­ment par lequel Dieu agit.

Dans les villes réfor­mées comme Genève, Stras­bourg ou Zurich, les auto­ri­tés civiles encou­ragent la créa­tion d’hôpitaux et de struc­tures d’assistance publique. Les ins­ti­tu­tions médi­cales deviennent pro­gres­si­ve­ment plus orga­ni­sées et plus acces­sibles à l’ensemble de la popu­la­tion.

Cette tra­di­tion chré­tienne a pro­fon­dé­ment influen­cé l’histoire de la méde­cine occi­den­tale. L’idée que chaque per­sonne malade mérite soin et com­pas­sion a contri­bué à trans­for­mer les pra­tiques sociales. Les hôpi­taux modernes, même s’ils sont aujourd’hui lar­ge­ment sécu­la­ri­sés, trouvent en par­tie leur ori­gine dans ces ins­ti­tu­tions chré­tiennes de cha­ri­té.

Pour un soi­gnant chré­tien aujourd’hui — et par­ti­cu­liè­re­ment pour un soi­gnant mili­taire — cet héri­tage conserve une grande impor­tance. Il rap­pelle que la méde­cine n’est pas seule­ment une com­pé­tence tech­nique, mais aus­si une res­pon­sa­bi­li­té morale.

Le soi­gnant est pla­cé à la fron­tière entre la vie et la mort. Il accom­pagne la fra­gi­li­té humaine et agit pour pré­ser­ver la vie lorsque celle-ci est mena­cée. Dans cette mis­sion, la tra­di­tion chré­tienne pro­pose plu­sieurs repères : la com­pas­sion envers la souf­france, le res­pect de la digni­té humaine, l’humilité devant les limites de la méde­cine et la convic­tion que la vie demeure un don de Dieu.

Ain­si, depuis les Pères de l’Église jusqu’aux ins­ti­tu­tions hos­pi­ta­lières modernes, la méde­cine a sou­vent été com­prise dans le chris­tia­nisme comme une voca­tion de ser­vice. Soi­gner le corps n’est pas seule­ment répa­rer une bles­sure : c’est répondre à un appel plus pro­fond, celui d’aimer son pro­chain dans sa vul­né­ra­bi­li­té.


Bible et Serment d’Hippocrate : convergences entre médecine antique et éthique biblique

Le ser­ment d’Hippocrate consti­tue l’un des textes fon­da­teurs de l’éthique médi­cale occi­den­tale. Rédi­gé dans la tra­di­tion médi­cale grecque, pro­ba­ble­ment entre le Vᵉ et le IVᵉ siècle avant Jésus-Christ, il exprime un ensemble de prin­cipes des­ti­nés à gui­der la pra­tique du méde­cin : res­pect de la vie, devoir de com­pé­tence, secret pro­fes­sion­nel et refus d’utiliser la méde­cine pour nuire.

Même si ce texte appar­tient à la culture grecque païenne, plu­sieurs de ses prin­cipes rejoignent pro­fon­dé­ment l’anthropologie biblique et la vision chré­tienne de la méde­cine.

Dans sa forme antique, le ser­ment com­mence par une invo­ca­tion reli­gieuse :

« Je jure par Apol­lon méde­cin, par Asclé­pios, par Hygie et Pana­cée, par tous les dieux et toutes les déesses, les pre­nant à témoin… »
(Ser­ment d’Hippocrate, ver­sion antique grecque, tra­duc­tion clas­sique)

Dans la tra­di­tion chré­tienne, cette invo­ca­tion païenne a été rem­pla­cée par une réfé­rence à Dieu ou à la conscience pro­fes­sion­nelle. Cepen­dant, l’idée fon­da­men­tale demeure : la méde­cine est une res­pon­sa­bi­li­té morale pla­cée sous un regard supé­rieur.

La Bible par­tage cette convic­tion. Le soin de la vie humaine s’inscrit dans la res­pon­sa­bi­li­té confiée à l’homme par Dieu. La vie n’est pas une simple réa­li­té bio­lo­gique ; elle appar­tient au Créa­teur :

« L’Éternel Dieu for­ma l’homme de la pous­sière du sol, il souf­fla dans ses narines un souffle de vie et l’homme devint un être vivant. »
(Genèse 2.7)

Dans le ser­ment d’Hippocrate, l’un des prin­cipes les plus célèbres concerne l’interdiction de don­ner la mort :

« Je ne remet­trai à per­sonne du poi­son, si on m’en demande, ni ne pren­drai l’initiative d’une pareille sug­ges­tion. »
(Ser­ment d’Hippocrate, ver­sion antique)

Cette affir­ma­tion consti­tue l’un des fon­de­ments de l’éthique médi­cale clas­sique : le méde­cin est au ser­vice de la vie, non de la mort.

Ce prin­cipe entre en réso­nance avec le com­man­de­ment biblique fon­da­men­tal :

« Tu ne tue­ras point. »
(Exode 20.13)

Dans la pers­pec­tive biblique, la vie humaine pos­sède une valeur unique parce qu’elle est créée à l’image de Dieu :

« Dieu créa l’homme à son image, il le créa à l’image de Dieu. »
(Genèse 1.27)

Le ser­ment d’Hippocrate insiste éga­le­ment sur l’intégrité morale du méde­cin :

« Je diri­ge­rai le régime des malades à leur avan­tage sui­vant mes forces et mon juge­ment, et je m’abstiendrai de tout mal et de toute injus­tice. »
(Ser­ment d’Hippocrate)

Cette exi­gence morale cor­res­pond à une idée biblique fon­da­men­tale : toute action humaine doit être orien­tée vers le bien du pro­chain.

L’apôtre Paul écrit ain­si :

« Que per­sonne ne cherche son propre inté­rêt, mais que cha­cun cherche celui d’autrui. »
(1 Corin­thiens 10.24)

Un autre aspect impor­tant du ser­ment concerne le secret médi­cal :

« Tout ce que je ver­rai ou enten­drai dans la socié­té pen­dant l’exercice ou même hors de l’exercice de ma pro­fes­sion, je le tai­rai, regar­dant la dis­cré­tion comme un devoir en pareil cas. »
(Ser­ment d’Hippocrate)

Ce prin­cipe cor­res­pond éga­le­ment à une valeur biblique liée à la fidé­li­té et à la confiance :

« Celui qui répand la calom­nie révèle les secrets, mais celui qui a l’esprit fidèle les garde. »
(Pro­verbes 11.13)

La tra­di­tion chré­tienne a donc sou­vent vu dans le ser­ment d’Hippocrate une forme de conver­gence entre sagesse médi­cale antique et morale natu­relle. Les pre­miers méde­cins chré­tiens et les ins­ti­tu­tions hos­pi­ta­lières médié­vales ont sou­vent inté­gré ces prin­cipes dans leur pra­tique.

La Réforme pro­tes­tante, tout en reje­tant les invo­ca­tions païennes, a main­te­nu l’idée que la méde­cine est une voca­tion hono­rable. Jean Cal­vin sou­ligne que les com­pé­tences humaines, y com­pris médi­cales, sont des dons de Dieu des­ti­nés à pré­ser­ver la vie.

Dans son com­men­taire de l’Évangile, Cal­vin rap­pelle que les moyens ordi­naires — dont la méde­cine — font par­tie de la pro­vi­dence divine.

Ain­si, la tra­di­tion médi­cale occi­den­tale repose sur une double héri­tage : la sagesse médi­cale grecque et l’anthropologie biblique. Toutes deux convergent sur un point essen­tiel : la méde­cine est au ser­vice de la vie humaine et doit être exer­cée avec conscience, com­pé­tence et res­pon­sa­bi­li­té.

Pour un soi­gnant chré­tien, cette conver­gence rap­pelle que l’acte médi­cal ne se limite pas à un geste tech­nique. Il s’inscrit dans une vision plus large de l’homme, de la vie et de la res­pon­sa­bi­li­té morale devant Dieu et devant les hommes.


Outils pédagogiques

1. Ques­tions pour ana­ly­ser les pré­sup­po­sés

  1. Sur quoi repose la digni­té de la vie humaine : sur l’utilité sociale, sur l’autonomie indi­vi­duelle, ou sur une valeur intrin­sèque de la per­sonne ?
  2. Le méde­cin est-il seule­ment un tech­ni­cien de la san­té ou un gar­dien de la vie humaine ?
  3. Si la méde­cine peut don­ner la mort (eutha­na­sie, sui­cide assis­té), reste-t-elle fidèle à sa voca­tion his­to­rique ?
  4. Le ser­ment d’Hippocrate exprime-t-il une simple tra­di­tion cultu­relle ou une forme de loi morale natu­relle ?
  5. Une socié­té peut-elle main­te­nir une éthique médi­cale stable si elle ne recon­naît plus la valeur objec­tive de la vie humaine ?

2. Lec­ture apo­lo­gé­tique

Le ser­ment d’Hippocrate témoigne d’une intui­tion morale pro­fon­dé­ment enra­ci­née dans la conscience humaine : la méde­cine existe pour pro­té­ger la vie et non pour la détruire. Cette intui­tion cor­res­pond à ce que la tra­di­tion chré­tienne appelle la loi natu­relle, c’est-à-dire une connais­sance morale ins­crite dans la créa­tion.

Même dans une civi­li­sa­tion païenne, la rai­son humaine peut recon­naître cer­taines normes fon­da­men­tales : ne pas tuer, agir pour le bien du patient, pro­té­ger le secret confié. La Bible éclaire et fonde ces intui­tions en révé­lant que la vie humaine pos­sède une valeur unique parce que l’homme est créé à l’image de Dieu.

Ain­si, l’éthique médi­cale clas­sique appa­raît comme un point de ren­contre entre la sagesse humaine et la révé­la­tion biblique.

3. Fon­de­ment biblique

Plu­sieurs textes bibliques éclairent direc­te­ment l’éthique du soin :

Genèse 1.27
« Dieu créa l’homme à son image ; il le créa à l’image de Dieu. »

Exode 20.13
« Tu ne tue­ras point. »

Luc 10.33–34 (para­bole du bon Sama­ri­tain)
« Un Sama­ri­tain… fut ému de com­pas­sion lorsqu’il le vit ; il s’approcha, ban­da ses plaies et y ver­sa de l’huile et du vin. »

Mat­thieu 25.36
« J’étais malade, et vous m’avez visi­té. »

Ces textes montrent que le soin des malades appar­tient à la res­pon­sa­bi­li­té morale du croyant.

4. Lien avec les confes­sions de foi réfor­mées

La tra­di­tion réfor­mée insiste sur plu­sieurs prin­cipes qui éclairent la voca­tion médi­cale.

Confes­sion de foi de La Rochelle (1559), article 9
Dieu gou­verne le monde par sa pro­vi­dence et uti­lise des moyens ordi­naires pour pré­ser­ver la vie humaine.

Caté­chisme de Hei­del­berg, ques­tion 105
Le com­man­de­ment « Tu ne tue­ras point » ne signi­fie pas seule­ment l’interdiction de tuer, mais aus­si l’obligation de pro­té­ger et pré­ser­ver la vie du pro­chain.

Dans cette pers­pec­tive, la méde­cine fait par­tie des moyens ordi­naires par les­quels Dieu prend soin de la créa­tion.

5. Appli­ca­tions concrètes pour aujourd’hui

Pour un soi­gnant — et par­ti­cu­liè­re­ment pour un soi­gnant mili­taire — ces prin­cipes impliquent plu­sieurs res­pon­sa­bi­li­tés :

– pro­té­ger la vie humaine quelles que soient les cir­cons­tances
– soi­gner sans dis­cri­mi­na­tion ami ou enne­mi
– agir avec com­pé­tence et conscience pro­fes­sion­nelle
– res­pec­ter la digni­té du patient
– exer­cer la méde­cine comme un ser­vice ren­du au pro­chain.

Ain­si, la voca­tion médi­cale peut être com­prise comme une forme par­ti­cu­lière d’obéissance au com­man­de­ment de l’amour du pro­chain.