Exécution de Louis Capet XVIme du nom, le 21 janvier 1793.

La Révolution française et les révolutions (Jean-Marc Berthoud) – AUDIO

Vincent Bru, 11 jan­vier 2026

Texte de synthèse argumentée (texte d’appui à l’écoute de la conférence)

Le pré­sent texte reprend les prin­ci­paux axes d’une confé­rence consa­crée à l’interprétation chré­tienne des révo­lu­tions modernes, en par­ti­cu­lier la Révo­lu­tion fran­çaise, mises en pers­pec­tive avec les révo­lu­tions russe, anglaise et amé­ri­caine. Il ne se sub­sti­tue pas à l’écoute de l’enregistrement audio, qui demeure néces­saire pour en sai­sir toute la por­tée, mais vise à en pro­po­ser une lec­ture struc­tu­rée, intel­li­gible et péda­go­gique.

Le point de départ de l’exposé est his­to­rio­gra­phique. L’orateur sou­ligne l’importance du tour­nant opé­ré par des his­to­riens comme Pierre Chau­nu, qui ont contri­bué à des­ser­rer l’emprise de l’interprétation répu­bli­caine offi­cielle de la Révo­lu­tion fran­çaise. Ce renou­vel­le­ment his­to­rio­gra­phique a per­mis de rou­vrir des dos­siers long­temps dis­qua­li­fiés a prio­ri, notam­ment ceux rela­tifs à la Ter­reur, à la Ven­dée ou à la vio­lence struc­tu­relle du pro­jet révo­lu­tion­naire. Cette révi­sion ne pro­cède pas d’un simple conser­va­tisme nos­tal­gique, mais d’un effort pour affron­ter les faits his­to­riques dans leur bru­ta­li­té réelle.

Cepen­dant, l’exposé met en garde contre une illu­sion  : celle de croire qu’une his­to­rio­gra­phie sim­ple­ment révi­sée suf­fi­rait à com­prendre en pro­fon­deur le phé­no­mène révo­lu­tion­naire. Toute lec­ture de l’histoire repose sur des pré­sup­po­sés. Comme le recon­nais­sait Chau­nu lui-même, il n’existe pas d’histoire neutre : l’historien opère tou­jours un tri, et ce tri sup­pose des cri­tères. La ques­tion déci­sive devient alors : quels sont les a prio­ri légi­times pour inter­pré­ter l’histoire ?

C’est ici que la confé­rence intro­duit une cri­tique fon­da­men­tale : sans théo­lo­gie biblique de l’histoire, les ana­lyses res­tent incom­plètes. Même lorsqu’elles décrivent cor­rec­te­ment les méca­nismes révo­lu­tion­naires, elles échouent à en sai­sir la racine pro­fonde. La révo­lu­tion moderne est inter­pré­tée comme une révolte contre toute trans­cen­dance, contre l’ordre créa­tion­nel, contre la loi de Dieu. Elle sub­sti­tue à la loi divine une légis­la­tion pure­ment imma­nente, issue de la volon­té humaine, incar­née dans l’État deve­nu sou­ve­rain abso­lu.

Jean-Hen­ri Merle d’Aubigné : une his­to­rio­gra­phie confes­sion­nel­le­ment assu­mée

C’est dans cette pers­pec­tive que s’inscrit l’œuvre de Jean-Hen­ri Merle d’Aubigné, dont l’His­toire de la Réfor­ma­tion du sei­zième siècle consti­tue l’une des expres­sions les plus ache­vées d’une his­to­rio­gra­phie confes­sion­nel­le­ment assu­mée. Dès la pré­face de son œuvre monu­men­tale, Merle d’Aubigné pose un prin­cipe métho­do­lo­gique fon­da­men­tal : l’histoire n’est intel­li­gible que si Dieu y est recon­nu comme acteur sou­ve­rain.

« Dieu est dans l’histoire.
L’histoire du monde doit être racon­tée comme les annales du gou­ver­ne­ment du Roi des rois. »
(His­toire de la Réfor­ma­tion du sei­zième siècle, Pré­face géné­rale, Livre I, éd. Fisch­ba­cher, Paris, 1835).

Cette affir­ma­tion n’est ni déco­ra­tive ni pieuse : elle fonde une lec­ture théo­lo­gique du deve­nir des nations. Contre une his­to­rio­gra­phie posi­ti­viste qui se contente d’aligner des faits, Merle d’Aubigné dénonce une céci­té volon­taire à l’égard de la pro­vi­dence divine :

« On a vu les actions des hommes et des peuples se suc­cé­der avec fra­cas ;
on a enten­du le choc des armes ;
mais on n’a point aper­çu la main de Dieu qui dirige tout. »
(ibid., Pré­face).

L’histoire ain­si conçue n’est pas un chaos livré au hasard ni une méca­nique imper­son­nelle ; elle pos­sède une struc­ture, une direc­tion et une fina­li­té. Merle d’Aubigné recourt à une image par­ti­cu­liè­re­ment forte pour expri­mer cette convic­tion :

« L’histoire n’est point un chaos livré au hasard.
Elle est un temple majes­tueux que la main de Dieu élève pour sa gloire. »
(ibid.).

Ces affir­ma­tions donnent à l’historiographie réfor­mée sa cohé­rence propre : les évé­ne­ments his­to­riques sont com­pris comme l’expression visible de conflits spi­ri­tuels plus pro­fonds. Cette grille de lec­ture rejoint la pers­pec­tive biblique du conflit entre le Royaume de Dieu et les puis­sances qui s’y opposent (cf. Daniel, Apo­ca­lypse), sans jamais réduire l’histoire à un simple dua­lisme sim­pliste.

C’est pré­ci­sé­ment cette absence de théo­lo­gie expli­cite de l’histoire qui, selon Ber­thoud, limite les apports pour­tant réels de l’historiographie révi­sion­niste contem­po­raine sur la Révo­lu­tion fran­çaise. Décrire la vio­lence révo­lu­tion­naire, la Ter­reur ou la cen­tra­li­sa­tion éta­tique ne suf­fit pas : encore faut-il en com­prendre la source idéo­lo­gique et spi­ri­tuelle. Sans réfé­rence à la loi de Dieu, à l’ordre créa­tion­nel et à la chute de l’homme, l’analyse demeure par­tielle.


La Révo­lu­tion fran­çaise comme matrice des révo­lu­tions modernes

Dans cette pers­pec­tive, la Révo­lu­tion fran­çaise est pré­sen­tée comme la matrice des révo­lu­tions modernes. Elle inau­gure un type de pou­voir qui s’arroge des pré­ro­ga­tives qua­si divines : créer des droits ex nihi­lo, redé­fi­nir l’homme abs­trai­te­ment, recons­truire la socié­té après des­truc­tion. Cette logique conduit inévi­ta­ble­ment à la Ter­reur, non comme acci­dent, mais comme consé­quence interne du pro­jet. Il existe ain­si un lien orga­nique entre idéo­lo­gie des droits de l’homme abs­traits et vio­lence poli­tique sys­té­mique.

La com­pa­rai­son avec la Révo­lu­tion russe ren­force cette ana­lyse. Mal­gré des dif­fé­rences doc­tri­nales, les deux révo­lu­tions par­tagent des traits fon­da­men­taux : rejet expli­cite de Dieu, sub­sti­tu­tion d’une idéo­lo­gie ratio­na­liste (scien­ti­fique ou phi­lo­so­phique) à la loi morale, cen­tra­li­sa­tion extrême de l’État, mépris du pas­sé et volon­té de refon­da­tion totale de la socié­té. Dans les deux cas, l’État devient une puis­sance sans frein, affran­chie de toute norme trans­cen­dante.

La révo­lu­tion puri­taine anglaise comme une résis­tance chré­tienne à l’absolutisme poli­ti­co-reli­gieux

À l’inverse, la confé­rence dis­tingue soi­gneu­se­ment ces révo­lu­tions des mou­ve­ments anglais et amé­ri­cains. La révo­lu­tion puri­taine anglaise n’est pas pré­sen­tée comme une reven­di­ca­tion idéo­lo­gique de droits abs­traits, mais comme une résis­tance chré­tienne à l’absolutisme poli­ti­co-reli­gieux. Elle pro­cède d’un renou­veau spi­ri­tuel préa­lable, fon­dé sur la pré­di­ca­tion, la dis­ci­pline morale et l’obéissance à la Parole de Dieu. La trans­for­ma­tion poli­tique est secon­daire et découle d’une réforme des consciences.

De même, la révo­lu­tion amé­ri­caine appa­raît comme une défense de droits his­to­riques concrets, enra­ci­nés dans une tra­di­tion juri­dique et reli­gieuse, et non comme une entre­prise de refon­da­tion anthro­po­lo­gique. Les colons ne cherchent pas à créer un homme nou­veau, mais à pré­ser­ver des liber­tés héri­tées. Cette dif­fé­rence explique l’absence de ter­reur révo­lu­tion­naire et la sta­bi­li­té ins­ti­tu­tion­nelle rela­tive qui s’ensuit.

L’arrière-plan théo­lo­gique de l’ensemble de la confé­rence repose sur une lec­ture biblique de l’histoire ins­pi­rée notam­ment d’Agrip­pa d’Aubigné et de la tra­di­tion réfor­mée. L’histoire est com­prise comme le théâtre d’un conflit entre deux royaumes : le Royaume de Dieu et celui de l’Antichrist. Ce conflit ne se limite pas au spi­ri­tuel au sens étroit, mais engage aus­si les struc­tures poli­tiques, juri­diques et sociales. Un État qui refuse la loi de Dieu se divi­nise lui-même et bas­cule néces­sai­re­ment dans la tyran­nie.

La confé­rence se conclut par une exhor­ta­tion expli­cite : la crise contem­po­raine des nations occi­den­tales, et de la France en par­ti­cu­lier, ne pour­ra être com­prise ni sur­mon­tée sans un retour lucide à cette grille de lec­ture théo­lo­gique. Il n’existe pas de syn­thèse durable entre l’Évangile et un huma­nisme athée d’État. Le choix est radi­cal : ou la recon­nais­sance de la sou­ve­rai­ne­té de Dieu, ou la pour­suite de la logique révo­lu­tion­naire jusqu’à ses consé­quences ultimes.


Ber­thoud rap­porte que, peu avant sa mort, le pas­teur Hauff­mann adres­sa à la France une exhor­ta­tion solen­nelle affir­mant que :

– la déchris­tia­ni­sa­tion avan­cée du pays se mani­feste jusque dans le lan­gage poli­tique,
– l’effacement des réfé­rences chré­tiennes n’est pas neutre mais pré­pare une into­lé­rance accrue,
– l’État qui rejette expli­ci­te­ment la loi de Dieu devient mora­le­ment per­mis­sif et poli­ti­que­ment violent,
– aucune coexis­tence durable n’est pos­sible entre l’Évangile et un huma­nisme d’État athée,
– la nation est pla­cée devant un choix déci­sif : recon­naître ou refu­ser l’autorité du Christ.


Section critique – Providence historique : convergences et tensions entre Merle d’Aubigné, Augustin, Calvin et Van Til

La théo­lo­gie de l’histoire déve­lop­pée par Jean-Hen­ri Merle d’Aubigné s’inscrit clai­re­ment dans une lignée chré­tienne clas­sique, mais elle mérite d’être confron­tée aux grands cadres doc­tri­naux qui l’ont pré­cé­dée et struc­tu­rée. Trois réfé­rences s’imposent : Augus­tin, Jean Cal­vin et Cor­ne­lius Van Til.

Chez Augus­tin, notam­ment dans La Cité de Dieu, l’histoire est com­prise comme le théâtre du conflit entre deux cités irré­duc­tibles : la Cité de Dieu et la cité ter­restre. Ce conflit tra­verse les empires, les ins­ti­tu­tions et les cultures, sans jamais s’identifier tota­le­ment à l’une d’elles. Augus­tin insiste sur la sou­ve­rai­ne­té abso­lue de Dieu, mais refuse toute lec­ture triom­pha­liste ou immé­dia­te­ment lisible de l’histoire : la pro­vi­dence est réelle, mais sou­vent opaque. La vic­toire de la Cité de Dieu n’est plei­ne­ment mani­feste qu’à l’eschaton. Merle d’Aubigné reprend clai­re­ment cette struc­ture binaire du conflit spi­ri­tuel, mais il tend par­fois à lire l’histoire moderne de manière plus direc­te­ment pola­ri­sée, au risque de réduire la com­plexi­té augus­ti­nienne du déjà / pas encore.

Chez Cal­vin, la pro­vi­dence his­to­rique est encore plus fer­me­ment ancrée dans la sou­ve­rai­ne­té divine. Dans l’Ins­ti­tu­tion de la reli­gion chré­tienne (I, 16–18), Cal­vin affirme que rien n’advient sans la volon­té de Dieu, y com­pris les actions des impies et des tyrans. Tou­te­fois, cette sou­ve­rai­ne­té n’abolit ni la res­pon­sa­bi­li­té humaine ni l’opacité par­tielle du des­sein divin. Cal­vin se montre extrê­me­ment pru­dent face à toute pré­ten­tion à « lire » direc­te­ment les juge­ments de Dieu dans les évé­ne­ments poli­tiques. Com­pa­ré à Cal­vin, Merle d’Aubigné adopte une pos­ture plus nar­ra­tive et péda­go­gique : il cherche à mani­fes­ter la cohé­rence pro­vi­den­tielle de l’histoire, par­fois au prix d’une moindre rete­nue doc­tri­nale. Sa théo­lo­gie de l’histoire est authen­ti­que­ment réfor­mée, mais moins sys­té­ma­ti­que­ment enca­drée par une doc­trine du mys­tère que chez Cal­vin.

C’est pré­ci­sé­ment ce point que radi­ca­lise Cor­ne­lius Van Til. Pour Van Til, l’histoire n’est intel­li­gible qu’à par­tir de la révé­la­tion biblique pré­sup­po­sée comme auto­ri­té ultime. Toute pré­ten­tion à une neu­tra­li­té his­to­rio­gra­phique est une illu­sion issue de l’autonomie de la rai­son déchue. Sur ce point, Van Til rejoint plei­ne­ment l’intuition de Merle d’Aubigné : une his­toire sans Dieu est néces­sai­re­ment faus­sée. Cepen­dant, Van Til se montre plus méfiant à l’égard des recons­truc­tions his­to­riques glo­bales. Il insiste sur l’antithèse spi­ri­tuelle fon­da­men­tale, mais refuse toute « théo­lo­gie de l’histoire » qui pré­ten­drait car­to­gra­phier de manière trop assu­rée les des­seins divins dans le détail des évé­ne­ments.

Ain­si, Merle d’Aubigné se situe à un car­re­four : plus affir­ma­tif qu’Augustin sur la lisi­bi­li­té his­to­rique du conflit spi­ri­tuel, moins pru­dent que Cal­vin sur l’interprétation des évé­ne­ments, et moins épis­té­mo­lo­gi­que­ment radi­cal que Van Til sur la ques­tion des pré­sup­po­sés. Sa force réside dans sa capa­ci­té à rendre visible la dimen­sion théo­lo­gique de l’histoire contre le posi­ti­visme moderne ; sa limite poten­tielle tient au risque d’une lec­ture trop direc­te­ment démons­tra­tive de la pro­vi­dence.

Cette confron­ta­tion ne dis­qua­li­fie nul­le­ment son apport. Elle per­met au contraire de le situer avec pré­ci­sion : Merle d’Aubigné ne four­nit pas une théo­lo­gie sys­té­ma­tique de l’histoire, mais une his­to­rio­gra­phie confes­sion­nelle mili­tante, pro­fon­dé­ment enra­ci­née dans la foi réfor­mée, et des­ti­née à réveiller une conscience chré­tienne anes­thé­siée par le mythe moderne de la neu­tra­li­té his­to­rique.


Outils pédagogiques

Questions de compréhension

  1. Pour­quoi l’historiographie offi­cielle de la Révo­lu­tion fran­çaise est-elle jugée insuf­fi­sante ?
  2. En quoi une lec­ture pure­ment des­crip­tive de l’histoire est-elle néces­sai­re­ment incom­plète ?
  3. Quel lien est éta­bli entre ratio­na­lisme, droits de l’homme abs­traits et Ter­reur ?
  4. Quelles dif­fé­rences fon­da­men­tales séparent les révo­lu­tions fran­çaise et puri­taine ?
  5. Pour­quoi la dimen­sion théo­lo­gique est-elle jugée indis­pen­sable pour inter­pré­ter l’histoire ?

Questions de réflexion critique

  1. Peut-on pen­ser une neu­tra­li­té axio­lo­gique de l’historien ?
  2. Une socié­té peut-elle dura­ble­ment fon­der le droit sans réfé­rence trans­cen­dante ?
  3. La dis­tinc­tion entre droits abs­traits et droits his­to­riques est-elle opé­rante aujourd’hui ?
  4. La grille « Royaume de Dieu / Royaume de l’Antichrist » est-elle heu­ris­tique ou réduc­trice ?

Pistes de tra­vail col­lec­tif
– Com­pa­rai­son de la Décla­ra­tion des droits de l’homme et de textes puri­tains (West­mins­ter).
– Étude de la notion d’État sou­ve­rain chez Hobbes et chez les révo­lu­tion­naires.
– Ana­lyse d’un épi­sode de la Ter­reur à la lumière de la théo­lo­gie poli­tique pré­sen­tée.

Au sujet de l’historiographie réformée

Objec­tifs péda­go­giques

À l’issue du tra­vail, les par­ti­ci­pants doivent être capables :
– d’identifier les pré­sup­po­sés théo­lo­giques d’une lec­ture de l’histoire,
– de dis­tin­guer his­to­rio­gra­phie réfor­mée, posi­ti­visme his­to­rique et his­to­rio­gra­phie idéo­lo­gique,
– de com­prendre la notion de pro­vi­dence his­to­rique sans tom­ber dans le pro­vi­den­tia­lisme sim­pliste,
– de situer la Révo­lu­tion fran­çaise dans une lec­ture théo­lo­gique de l’histoire,
– de com­pa­rer les approches de Jean-Hen­ri Merle d’Aubigné, Augus­tin, Jean Cal­vin et Cor­ne­lius Van Til.


Notions-clés à maî­tri­ser

– Pro­vi­dence
– Sou­ve­rai­ne­té de Dieu
– Pré­sup­po­sés his­to­rio­gra­phiques
– Neu­tra­li­té his­to­rique (mythe)
– Royaume de Dieu / cité ter­restre
– Loi divine et ordre créa­tion­nel
– Anti­thèse spi­ri­tuelle
– Droits abs­traits / droits his­to­riques
– His­to­rio­gra­phie confes­sion­nelle


Ques­tions de com­pré­hen­sion (niveau fon­da­men­tal)

  1. Pour­quoi l’historiographie réfor­mée refuse-t-elle l’idée d’une his­toire neutre ?
  2. En quoi Merle d’Aubigné consi­dère-t-il que Dieu est acteur de l’histoire ?
  3. Quelle dif­fé­rence existe-t-il entre décrire les faits et en inter­pré­ter le sens ?
  4. Pour­quoi la Révo­lu­tion fran­çaise pose-t-elle un pro­blème théo­lo­gique spé­ci­fique ?
  5. Quelle est la place de la loi de Dieu dans la lec­ture réfor­mée de l’histoire ?

Ques­tions de réflexion cri­tique (niveau avan­cé)

  1. Une his­to­rio­gra­phie confes­sion­nelle est-elle néces­sai­re­ment biai­sée ?
  2. La pru­dence augus­ti­nienne face à la pro­vi­dence est-elle un cor­rec­tif néces­saire à Merle d’Aubigné ?
  3. Cal­vin per­met-il une lec­ture poli­tique directe des juge­ments de Dieu dans l’histoire ?
  4. Van Til a‑t-il rai­son de refu­ser toute pré­ten­tion à une lec­ture glo­bale de l’histoire ?
  5. Peut-on cri­ti­quer l’État moderne sans retom­ber dans une sacra­li­sa­tion du poli­tique ?

Exer­cice com­pa­ra­tif (tra­vail écrit ou oral)

Com­pa­rer, en 2 à 3 pages, les approches sui­vantes de l’histoire :

– Merle d’Aubigné : his­toire comme théâtre visible de la pro­vi­dence
– Augus­tin (La Cité de Dieu)  : conflit des deux cités, lisi­bi­li­té par­tielle
– Cal­vin (Ins­ti­tu­tion, I, 16–18)  : sou­ve­rai­ne­té abso­lue et mys­tère pro­vi­den­tiel
– Van Til : anti­thèse, pré­sup­po­si­tions, impos­si­bi­li­té de neu­tra­li­té

Indi­quer pour cha­cune :
– le pré­sup­po­sé théo­lo­gique cen­tral,
– la force prin­ci­pale,
– le risque ou la limite.


Étude de texte gui­dée

Texte pro­po­sé : Pré­face de l’His­toire de la Réfor­ma­tion du sei­zième siècle de Merle d’Aubigné.

Axes d’analyse :
– concep­tion de Dieu dans l’histoire,
– cri­tique impli­cite du posi­ti­visme,
– rap­port entre foi et méthode his­to­rique,
– fina­li­té morale et spi­ri­tuelle de l’histoire.


QCM de vali­da­tion (exemples)

  1. Pour l’historiographie réfor­mée, l’histoire est :
    a) une suite d’événements aléa­toires
    b) un pro­ces­sus auto­nome de pro­grès
    c) le lieu de l’action sou­ve­raine de Dieu
    d) une pure construc­tion idéo­lo­gique

Bonne réponse : c

  1. Chez Cal­vin, la pro­vi­dence implique :
    a) une lisi­bi­li­té immé­diate des des­seins de Dieu
    b) l’abolition de la res­pon­sa­bi­li­té humaine
    c) la sou­ve­rai­ne­té divine sur tous les évé­ne­ments
    d) une théo­cra­tie poli­tique

Bonne réponse : c


Pistes d’actualisation

– Com­ment l’historiographie réfor­mée per­met-elle de lire les idéo­lo­gies contem­po­raines ?
– En quoi le refus de la trans­cen­dance trans­forme-t-il le rap­port au pas­sé ?
– L’État moderne peut-il être neutre reli­gieu­se­ment ?


Cri­tère d’évaluation péda­go­gique

Un tra­vail est jugé satis­fai­sant s’il :
– iden­ti­fie clai­re­ment les pré­sup­po­sés théo­lo­giques,
– dis­tingue faits, inter­pré­ta­tion et juge­ment moral,
– évite le pro­vi­den­tia­lisme naïf comme le rela­ti­visme his­to­rique,
– arti­cule foi réfor­mée et rigueur intel­lec­tuelle.


Notice bibliographique indicative (ouvrages cités ou évoqués)

Pierre Chau­nu
Essais sur la Réforme et la Contre-Réforme, Fayard.

Rey­nald Secher
Le Géno­cide fran­co-fran­çais, PUF.

Augus­tin Cochin
Les Socié­tés de pen­sée et la démo­cra­tie, Plon.

Frie­drich Julius Stahl
La Phi­lo­so­phie du droit, trad. Fran­çaise par­tielle.

Alexis de Toc­que­ville
De la démo­cra­tie en Amé­rique, Gal­li­mard.

Edmund Burke
Réflexions sur la Révo­lu­tion de France, GF Flam­ma­rion.

Agrip­pa d’Aubigné
His­toire uni­ver­selle, édi­tions cri­tiques.

Merle d’Aubigné
His­toire de la Réfor­ma­tion au XVIe siècle, plu­sieurs édi­tions.


Jean G. H. Hoffmann — Pasteur et professeur (XXᵉ siècle)

Pas­teur et pro­fes­seur, actif notam­ment depuis la Seconde Guerre mon­diale, ras­sem­blant des docu­ments et témoi­gnant des situa­tions de chré­tiens sous nazisme et com­mu­nisme.1

Il existe un ouvrage bio­gra­phique consa­cré à ce pas­teur :

🔹 Le pas­teur et pro­fes­seur Jean G. H. Hoff­mann : grande figure du pro­tes­tan­tisme du XXᵉ siècle
– Col­lec­tif (ouvrage bio­gra­phique, 106 pp.), pré­sen­tant sa vie et son minis­tère pro­tes­tant.

📌 Cet ouvrage semble être la prin­ci­pale docu­men­ta­tion impri­mée dis­po­nible en fran­çais spé­ci­fi­que­ment sur ce pas­teur, mais il n’est mani­fes­te­ment pas lar­ge­ment dif­fu­sé et dif­fi­cile à trou­ver en biblio­thèque ou index aca­dé­mique.

Éléments connexes utiles

🔹 Sur les publi­ca­tions liées à La Revue réfor­mée, cer­tains fas­ci­cules exter­na­li­sés ou adap­ta­tions font réfé­rence à des tra­vaux d’après J. G. H. Hoff­mann :
– des adap­ta­tions ou pré­sen­ta­tions comme « Mémoire et manus­crits dans le judaïsme rab­bi­nique et le chris­tia­nisme pri­mi­tif » (adap­ta­tion d’après J. G. H. Hoff­mann) ou « Pré­sen­ta­tion de J. G. H. Hoff­mann » figurent dans les fas­ci­cules dis­po­nibles des édi­tions Keryg­ma (La Revue réfor­mée).

🔹 Le direc­teur Pierre Charles Mar­cel fut fon­da­teur de La Revue réfor­mée et l’équipe de rédac­tion autour de lui incluait Hoff­mann selon des recen­sions his­to­riques du pro­tes­tan­tisme fran­çais.

Numé­ro 122 (1980/2) de La Revue réfor­mée men­tionne Jean G.H. Hoff­mann par­mi les contri­bu­teurs : il figure avec Jean-Marc Dau­mas, William Edgar, Pierre Ber­thoud et Pierre Mar­cel comme auteur ou inter­ve­nant sur ce numé­ro spé­ci­fique.

  1. https://e‑librairie.leclerc/author/jean-georges-henri-hoffmann/17276 ↩︎

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