Foi Espérance Amour

La petite fille Espérance – Charles Péguy

Charles Péguy
Charles Péguy

La foi que j’aime le mieux, dit Dieu, c’est l’Espérance.

La Foi ça ne m’étonne pas. Ce n’est pas éton­nant. J’éclate tel­le­ment dans ma créa­tion. La Cha­ri­té, dit Dieu, ça ne m’étonne pas. Ça n’est pas éton­nant. Ces pauvres créa­tures sont si mal­heu­reuses qu’à moins d’avoir un cœur de pierre, com­ment n’auraient-elles point cha­ri­té les unes des autres.

Ce qui m’étonne, dit Dieu, c’est l’Espérance. Et je n’en reviens pas. L’Espérance est une toute petite fille de rien du tout. Qui est venue au monde le jour de Noël de l’année der­nière. C’est cette petite fille de rien du tout. Elle seule, por­tant les autres, qui tra­ver­sa les mondes révo­lus.

La Foi va de soi. La Cha­ri­té va mal­heu­reu­se­ment de soi. Mais l’Espérance ne va pas de soi. L’Espérance ne va pas toute seule. Pour espé­rer, mon enfant, il faut être bien­heu­reux, il faut avoir obte­nu, reçu une grande grâce.

La Foi voit ce qui est. La Cha­ri­té aime ce qui est. L’Espérance voit ce qui n’est pas encore et qui sera. Elle aime ce qui n’est pas encore et qui sera. Sur le che­min mon­tant, sablon­neux, mal­ai­sé. Sur la route mon­tante. Traî­née, pen­due aux bras de des grandes sœurs, qui la tiennent par la main, la petite espé­rance s’avance.

Et au milieu de ses deux grandes sœurs elle a l’air de se lais­ser traî­ner. Comme une enfant qui n’aurait pas la force de mar­cher. Et qu’on traî­ne­rait sur cette route mal­gré elle. Et en réa­li­té c’est elle qui fait mar­cher les deux autres. Et qui les traîne, et qui fait mar­cher le monde. Et qui le traîne. Car on ne tra­vaille jamais que pour les enfants. Et les deux grandes ne marchent que pour la petite.

© Charles Péguy, Le porche du Mys­tère de la deuxième ver­tu, Nou­velle Revue fran­çaise, 1916, p 251.

Voir : Com­ment Charles Péguy m’a expli­qué l’espérance, Valen­tin Fon­tan-Moret, Ale­teia, publié le 01/10/17

Source ico­no­gra­phique (image mise en avant) : Mau­rice Denis, les trois ver­tus théo­lo­gale à l’is­sue de la guerre : Foi, Espé­rance, Amour.


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