Introduction
La théologie libérale classique (fin XVIIIᵉ – XIXᵉ siècle) a cherché à adapter la foi chrétienne à la raison moderne et aux sciences, en relativisant souvent l’inspiration biblique et l’inerrance. La néo-orthodoxie, initiée par Karl Barth au début du XXᵉ siècle, constitue une réaction critique au libéralisme et un pont vers la théologie moderne. Elle réaffirme la centralité du Christ et la souveraineté de Dieu, tout en maintenant une approche critique de la Bible : celle-ci est la parole de Dieu transmise par des textes humains, non inerrante au sens littéral ou scientifique.
La théologie moderne, issue des disciples de Barth et influencée par le post-modernisme et l’existentialisme, pousse plus loin l’adaptation au contexte culturel et l’accent sur l’expérience religieuse, s’éloignant davantage des standards de la théologie réformée classique.
On peut clarifier les nuances entre théologie libérale classique et théologie moderne, ainsi que le rôle de la néo-orthodoxie comme étape intermédiaire :
1. Théologie libérale classique (fin XVIIIᵉ – XIXᵉ siècle)
- Origine : Réaction à la Réforme et au protestantisme classique, influencée par le rationalisme et le Siècle des Lumières.
- Caractéristiques :
- Rationalisme religieux : la foi doit être compatible avec la raison.
- Approche morale et éthique du christianisme : Jésus est modèle moral plutôt que Sauveur surnaturel.
- Lecture critique de la Bible, souvent historicisée ou symbolique.
- Divergences avec la Réforme classique :
- Relativisation de l’inspiration biblique et de l’inerrance.
- Moins d’accent sur la grâce souveraine et la justification par la foi seule.
- Jésus perçu surtout comme enseignant moral.
2. Né-orthodoxie (Karl Barth, début XXᵉ siècle)
- Rôle : Réaction contre le libéralisme, tentative de restaurer la centralité de la révélation et du Christ.
- Caractéristiques :
- Centrée sur la révélation divine dans le Christ.
- Dieu est souverain, transcendant et parle à travers l’histoire du salut.
- Bible = parole de Dieu, mais transmise par des textes humains ; non inerrante au sens scientifique ou historique.
- Fonction de transition :
- Rapproche certains aspects de la théologie classique (centralité du Christ, souveraineté divine).
- Tout en utilisant des outils modernes et critiques issus du libéralisme.
3. Théologie moderne (milieu – fin XXᵉ siècle)
- Origine : Évolution des disciples de Barth et des néo-orthodoxes ; influence croissante du post-modernisme, de l’existentialisme et des sciences sociales.
- Caractéristiques :
- Accent sur l’expérience religieuse, l’inclusion et l’adaptation culturelle.
- Lecture de la Bible davantage symbolique, narrative ou critique ; la notion d’inerrance est largement abandonnée.
- Moins de rigueur sur la transcendance et la souveraineté divine.
- Lien avec le libéralisme :
- Rapprochement avec certaines méthodes libérales classiques : historicité, relativisme moral, priorité à l’expérience humaine sur la révélation.
- Éloignement progressif de la théologie réformée classique sur tous les points centraux : grâce, Christ Sauveur, Parole inerrante.
Cette page présente les principaux théologiens néo-orthodoxes et modernes, avec leurs contributions et leurs divergences sur l’inspiration et l’inerrance biblique, ainsi que sur les points de convergence avec la théologie réformée classique.
Théologiens néo-orthodoxes
Karl Barth (Suisse, 20e siècle)
Chef de file ; Bible = parole de Dieu mais transmise par des textes humains ; divergence sur l’inerrance formelle.
Emil Brunner (Suisse, 20e siècle)
Rencontre personnelle avec Dieu ; divergence sur lecture littérale et scientifique des textes.
Oscar Cullmann (Allemagne/France, 20e siècle)
Historien du salut centré sur Christ ; divergence sur précision historique des Écritures.
Helmut Thielicke (Allemagne, 20e siècle)
Théologie pratique et pastorale ; convergence sur grâce et Christ, divergence sur inspiration littérale.
Jürgen Moltmann (Allemagne, 20e–21e siècle)
Théologie de l’espérance ; divergence sur lecture littérale et inerrance.
Wolfhart Pannenberg (Allemagne, 20e–21e siècle)
Intègre histoire et science ; divergence sur inspiration formelle, centrée sur dialogue Dieu-homme.
Eduard Thurneysen (Suisse, 20e siècle)
Disciple de Barth ; accent sur la prédication et le Christ ; divergence sur conception exacte de l’inerrance.
Théologiens modernes
Hans Küng (Suisse, 20e–21e siècle)
Bible comme guide de foi et morale ; divergence sur inerrance et dogmes classiques.
John Shelby Spong (États-Unis, 20e–21e siècle)
Christianisme inclusif ; divergence sur résurrection, divinité du Christ et inerrance.
Marcus Borg (États-Unis, 20e–21e siècle)
Jésus historique vs Christ de la foi ; divergence sur inspiration et salut exclusif par Christ.
André Gounelle (France, 20e–21e siècle)
Priorité à la liberté de conscience ; divergence sur autorité biblique et dogmes traditionnels.
Raphaël Picon (France, 21e siècle)
Foi comme relation symbolique ; divergence sur révélation et vérité objective.
Laurent Gagnebin (Suisse, 20e–21e siècle)
Dialogue avec la modernité et l’athéisme ; divergence sur souveraineté divine et centralité du Christ.
David F. Watson (Royaume-Uni/USA, 21e siècle)
Théologie contextuelle et culturelle ; divergence sur inerrance et lecture littérale.
Conclusion
La néo-orthodoxie a constitué une étape charnière entre le libéralisme classique et la théologie moderne, réaffirmant Christ et souveraineté divine tout en nuançant l’inerrance biblique. Les théologiens modernes poursuivent l’évolution amorcée par Barth, mais s’éloignent davantage de la théologie réformée classique, mettant l’accent sur l’expérience, le contexte culturel et la liberté d’interprétation.
Étudier ces courants permet au chrétien réformé de discerner les limites de l’adaptation à la modernité, tout en comprenant les défis théologiques et intellectuels auxquels l’Église est confrontée pour rester fidèle à l’Écriture et à la centralité du Christ.