La question d’Israël ne peut être tranchée sans une doctrine claire de l’alliance. C’est ici que se joue le cœur doctrinal. Les débats sur le « remplacement », la terre, l’élection ou l’Église ne sont en réalité que des conséquences d’une compréhension plus ou moins cohérente de l’économie des alliances.
Nature de l’alliance abrahamique
L’alliance conclue avec Abraham (Genèse 12, 15, 17) est fondamentalement promissive. Elle procède d’une initiative souveraine de Dieu. Elle comporte trois dimensions inséparables : descendance, terre, bénédiction universelle.
Deux éléments sont décisifs.
D’une part, l’élection est gratuite : Abraham n’est pas choisi pour ses mérites.
D’autre part, la promesse est orientée vers les nations. L’élection n’est pas un privilège fermé, mais un instrument au service d’un dessein universel.
La postérité promise trouve son centre en Christ (Galates 3.16). Cela ne supprime pas la dimension historique d’Israël, mais cela en fixe l’orientation ultime.
Conditionnalité mosaïque
Avec l’alliance mosaïque, la structure se complexifie. La loi donnée au Sinaï encadre la vie du peuple dans la terre. La possession du pays devient explicitement conditionnée à l’obéissance (Deutéronome 28).
Le don initial demeure gracieux, mais l’expérience historique de la bénédiction ou du jugement dépend de la fidélité à l’alliance. L’exil manifeste que la terre n’est pas un droit inconditionnel.
Il faut ici éviter une confusion fréquente : la conditionnalité historique n’annule pas la fidélité de Dieu à sa promesse. Elle montre que la promesse elle-même inclut la dimension de la justice divine.
Nouvelle alliance
Les prophètes annoncent une nouvelle alliance (Jérémie 31, Ézéchiel 36). Elle ne détruit pas la précédente ; elle en accomplit la finalité.
La nouveauté réside dans l’intériorisation de la loi, le pardon définitif et l’effusion de l’Esprit. Ce que la loi mosaïque exigeait sans pouvoir produire, Dieu promet de l’accomplir.
Dans le Nouveau Testament, cette nouvelle alliance est scellée en Christ. Elle ne crée pas un plan parallèle ; elle réalise ce vers quoi l’histoire d’Israël tendait.
Continuité et accomplissement
Le point le plus délicat est ici. Parler d’« accomplissement » n’est pas parler d’effacement. Mais parler de continuité ne signifie pas immobilité.
La tradition réformée a toujours insisté sur l’unité de l’alliance de grâce à travers l’histoire, avec des administrations diverses. Israël selon la chair appartient à cette économie historique ; l’Église, composée de Juifs et de païens, participe à son accomplissement.
La question du « remplacement » doit donc être reformulée.
Si l’on entend par remplacement une substitution pure et simple où l’Église annulerait Israël, la réponse est négative.
Si l’on entend par accomplissement que les promesses trouvent leur réalité ultime en Christ et s’élargissent aux nations, la réponse est positive.
Sans doctrine de l’alliance claire, on oscille entre deux excès :
– soit une théologie de substitution simpliste ;
– soit une théologie de séparation qui multiplie les peuples et les plans divins.
L’alliance fournit la clé d’unité : un seul dessein, une seule promesse, une seule grâce, déployés dans l’histoire et accomplis dans le Messie. C’est à cette lumière que doivent être relus Israël, l’Église et les nations.
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