Parole et discernement

Christianisme et islam : différences irréductibles

Le christianisme et l’islam partagent un vocabulaire commun : Dieu unique, révélation, prophétie, jugement dernier, morale. Ces convergences peuvent donner l’impression d’une continuité profonde. Pourtant, lorsqu’on examine les fondements théologiques, les divergences apparaissent structurelles. Elles ne sont pas secondaires, mais architecturales.

Il ne s’agit pas ici d’entretenir l’hostilité, mais de clarifier. Le respect exige la lucidité. La charité n’efface pas les différences.

Voici les points où la divergence est irréductible.

1. Dieu : unité absolue ou communion trinitaire

L’islam affirme le tawhid, l’unicité absolue de Dieu. Dieu est un sans distinction personnelle interne. Toute association (shirk) est une atteinte à son unicité.

Le christianisme confesse la Trinité : un seul Dieu en trois personnes, Père, Fils et Saint-Esprit. L’unité divine n’est pas solitude, mais communion éternelle.

Ce point n’est pas périphérique. Si Dieu n’est pas éternellement Père, alors l’amour n’est pas constitutif de son être. La vision de Dieu diffère à la racine.

2. Jésus-Christ : prophète ou Fils éternel

Dans l’islam, Jésus est un prophète éminent, né d’une vierge, mais non divin.

Dans le christianisme, Jésus est le Fils éternel incarné, « vrai Dieu et vrai homme ».

Cette différence est radicale :
– soit l’Incarnation est un blasphème,
– soit elle est la révélation suprême de Dieu.

Il n’existe pas de position intermédiaire cohérente.

3. La croix : illusion ou centre du salut

Le Coran nie la crucifixion réelle du Christ (Sourate 4.157).

Le christianisme affirme que la croix est l’événement central de l’histoire : expiation, justice satisfaite, grâce manifestée.

Si la croix est niée, la logique du salut change entièrement. Sans substitution, il n’y a pas de justification par grâce.

4. Révélation : dictée descendue ou Parole incarnée

En islam, le Coran est considéré comme parole divine incréée, descendue.

Dans le christianisme, la révélation culmine non dans un livre descendu, mais dans une personne incarnée : le Verbe fait chair. L’Écriture témoigne du Christ, elle ne le remplace pas.

La différence touche la nature même de la révélation.

5. Péché et salut : balance morale ou rédemption accomplie

L’islam ne connaît pas la doctrine du péché originel ni la corruption radicale de la nature humaine. Le salut dépend de la soumission, des œuvres et de la miséricorde divine.

Le christianisme enseigne la chute, l’incapacité morale de l’homme, et la nécessité d’une grâce souveraine.

Dans un cas, l’homme coopère pour espérer le pardon.
Dans l’autre, Dieu agit pour sauver des pécheurs incapables de se sauver eux-mêmes.

6. Loi et société : ordre religieux global ou distinction des sphères

L’islam classique unit étroitement religion, droit et ordre politique. La communauté religieuse (umma) structure l’ordre social.

Le christianisme distingue l’Église et l’autorité civile, tout en affirmant la souveraineté de Dieu sur toutes choses.

La théologie influe directement sur la vision de la société.

7. Assurance du salut

Dans l’islam, l’issue finale dépend de la volonté souveraine de Dieu et de l’évaluation des œuvres. L’assurance absolue est problématique.

Dans le christianisme, l’assurance repose sur l’œuvre achevée du Christ et sur la fidélité des promesses divines.

La paix intérieure n’a pas la même source.

Conclusion

Les différences entre christianisme et islam ne relèvent pas d’un simple désaccord interprétatif. Elles concernent :

– l’identité de Dieu
– la personne du Christ
– la réalité de la croix
– la nature du salut
– la structure de la révélation

On peut dialoguer, mais on ne peut pas fusionner.

La question décisive demeure : Qui est Jésus ?

De la réponse à cette question dépend toute la cohérence théologique.