John Wyclif

30 décembre 1384 : Mort du pré-réfor­ma­teur anglais, John Wyclif, « l’étoile du matin » de la Réforme

Kirk­by, Tho­mas, John Wycliffe (c.1330 – 1384), Bal­liol Col­lege, Uni­ver­si­ty of Oxford.

Au 14e siècle, Oxford était l’u­ni­ver­si­té la plus remar­quable au monde et John Wyclif était son théo­lo­gien et phi­lo­sophe par­mi les plus illustres. Les tra­vailleurs de ter­rain de Wyclif (les lol­lards) ont aidé à pré­pa­rer la voie à la réforme anglaise (au 16e siècle) en lisant, prê­chant et chan­tant les Écri­tures en anglais dans les mar­chés, les champs et les mai­sons à tra­vers le pays.

Sur la tra­duc­tion de la Bible de John Wyclif à par­tir de la Vul­gate on peut lire ceci :

La tra­duc­tion de la Bible a été non seule­ment un élan spi­ri­tuel, mais aus­si une contri­bu­tion déci­sive à la langue anglaise en per­fec­tion­nant sa struc­ture et en enri­chis­sant son voca­bu­laire. La gran­deur et la pure­té des doc­trines véhi­cu­laient une sim­pli­ci­té, une beau­té, une pré­ci­sion et une puis­sance incon­nues jusqu’alors. Wyclif a été appe­lé le père de la prose anglaise, tout comme Chau­cer est recon­nu comme le père de la poé­sie anglaise. Aucun homme de son époque n’a écrit autant que Wyclif. Son style était simple et clair et, bien qu’il ait écrit sur les sujets les plus pro­fonds. On ne trouve dans ses œuvres aucune trace des pué­ri­li­tés et des sub­ti­li­tés que l’on trouve chez d’autres écri­vains de son époque. Mais sa ver­sion de la Bible sur­passe ses autres com­po­si­tions en digni­té, grâce et ten­dresse. Ce que Lechler en dit est inté­res­sant : « La tra­duc­tion de Wyclif marque une époque dans le déve­lop­pe­ment de la langue anglaise com­pa­rable à celle mar­quée par la tra­duc­tion de la Bible en alle­mand par Luther. »

https://fr.wycliffe.ch/histoire/john-wycliffe/

Ency­clo­pé­die du protestantisme :

L’œuvre de Wyclif est d’a­bord celle d’un phi­lo­sophe : dans la contro­verse des uni­ver­saux, il incarne le réa­lisme face au nomi­na­lisme.

Ensuite, comme théo­lo­gien ses thèses sont les suivantes :

- l’É­glise est la com­mu­nau­té invi­sible des pré­des­ti­nés au salut, hors de tous liens avec l’ins­ti­tu­tion pon­ti­fi­cale ; il cri­tique vio­lem­ment le Grand Schisme d’Oc­ci­dent qui déchire la papau­té entre Rome et Avi­gnon dès 1378.

- affir­ma­tion de l’au­to­ri­té de l’É­cri­ture qui doit être mise à la por­tée de tous ;

- il admet la pré­sence réelle mais dénonce la doc­trine de la trans­sub­stan­tia­tion ;

- il condamne l’es­cla­vage et pré­co­nise la mise en com­muns des biens matériels.

Consi­dé­ré comme un pré­cur­seur de la Réfor­ma­tion, J. Wyclif n’au­ra qu’une influence indi­recte sur les réfor­ma­teurs. Cer­taines de ses oeuvres sont encore inédites.

Durant quelques années, il mul­ti­plie les pro­vo­ca­tions (légi­times ! ) – tra­duc­tion du Vul­gate, répu­dia­tion de la doc­trine de la trans­sub­stan­tia­tion – si bien qu’en 1382, Guillaume Cour­te­nay, l’an­cien évêque de Londres deve­nu arche­vêque de Can­ter­bu­ry, ras­semble un tri­bu­nal ecclé­sias­tique, qui décide d’ex­pul­ser John Wyclif d’Ox­ford. Il est condam­né à titre post­hume au concile de Constance en 1415.

Voir croirepublications.com

Article sur le site braham.org :

Bien que bon nombre de gens consi­dèrent Mar­tin Luther comme l’auteur de la Réforme pro­tes­tante, les idées que Luther sou­te­nait trouvent leurs ori­gines deux siècles plus tôt, chez un Anglais sur­nom­mé « l’étoile du matin de la réforme », John Wycliffe (1320−1384).

Né 150 ans avant Mar­tin Luther, Wycliffe a amor­cé un mou­ve­ment qui a posé les assises pour la Réforme pro­tes­tante, qui se répan­drait presque par­tout à tra­vers l’Europe au fil du 16e et 17e siècles. Le point cen­tral de ses ensei­gne­ments remet­tait en ques­tion l’autorité ultime : était-ce l’Église ou la Parole de Dieu. Il ne fai­sait preuve d’aucune rete­nue lorsqu’il atta­quait les erreurs de l’organisation hié­rar­chique de l’Église romaine, ain­si que la cor­rup­tion qui infes­tait leur cler­gé. À cause de cette prise de posi­tion, Rome avait Wycliffe dans le col­li­ma­teur jusqu’à la fin de ses jours.

En 1378, il a clai­re­ment pris posi­tion en écri­vant, La Véri­té des Saintes Écri­tures. Le point cen­tral de cet ouvrage était que l’Écriture est la révé­la­tion com­plète de Dieu, et l’autorité abso­lue, au-delà des tra­di­tions, du droit canon, des papes, des conciles, et de toute chose ter­restre. Il croyait aus­si que la Parole devait être acces­sible à tous les laïques, comme au cler­gé. C’est de cette convic­tion qu’est issue la Bible Wycliffe, tra­duite du latin, en anglais.

Grâce aux efforts de Wycliffe, la Bible en latin a été tra­duite en anglais (elle n’a pas été impri­mée en grande quan­ti­té étant don­né que la presse typo­gra­phique n’avait pas encore été inven­tée), et les exem­plaires cir­cu­laient par­tout. (…) Les gens du peuple, peu ins­truits, ne par­laient pas le latin, et devaient donc se fier à l’interprétation des prêtres.

Les groupes de gens qui avaient des exem­plaires de la Bible Wycliffe, et qui tiraient leurs pré­di­ca­tions de celle-ci, étaient appe­lés des lol­lards. C’était un terme péjo­ra­tif à l’époque (…) qui signi­fiait « mar­mo­neurs ». Un grand nombre d’entre eux ont été brû­lés avec leur copie atta­chée autour du cou. Comme Sha­drach, Méshach, et Abed-Nego, ces vaillants mar­tyrs sont allés dans le feu à cause de la Parole.

Les Bibles des lol­lards ont été copiées en un grand nombre d’exemplaires, et dis­tri­buées par­tout au pays (…) il y a, à ce jour, plus d’exemplaires de cette Bible que de n’importe quel autre manus­crit de l’époque médié­vale (230 copies).

La Bible de Wycliffe n’était pas aus­si bonne qu’elle aurait pu l’être, car elle a été tra­duite du latin, plu­tôt que de l’original en grec et en hébreux… Néan­moins, le tra­vail de Wycliffe a tra­cé le che­min pour la tra­duc­tion de Tyn­dale (en anglais) et de Luther (en alle­mand). Ces deux tra­duc­tions sont basées sur les écrits ori­gi­naux, et elles sont encore uti­li­sées aujourd’hui. De 1604 à 1611, l’équipe de tra­duc­tion du Roi Jacques (King James – en anglais) s’est beau­coup fiée à la tra­duc­tion de Tyn­dale pour créer la Bible King James

À cause de sa popu­la­ri­té, et par crainte du peuple, l’église a atten­du 40 ans avant de déter­rer les osse­ments de Wycliffe pour les brû­ler et répandre ses cendres dans un cours d’eau voi­sin – le fleuve Swift. Il était aus­si inter­dit, sous peine de mort, de déte­nir une copie de la Bible Wycliffe. Cepen­dant, cela n’a pas eu d’effet sur l’influence de Wycliffe, ni sur les évé­ne­ments qui avaient été mis en branle en Europe. L’auteur, John Foxe, l’a dit en ces mots dans son livre des martyrs :

« Bien qu’ils aient déter­ré son corps, brû­lé ses os et noyé ses cendres, la Parole de Dieu et la véri­té de sa doc­trine, ain­si que le fruit et le suc­cès qui en décou­lèrent, ne pou­vaient être inci­né­rées ; encore aujourd’hui, elles demeurent. »

Foxes Book of Martyrs

Wiki­pe­dia (extraits) :

John Wyclif (ou WycliffWycliffe, ou encore Jean de Wiclef) (v. 1330 – 1384) est un théo­lo­gien anglais et pré­cur­seur de la Réforme anglaise, et plus géné­ra­le­ment de la Réforme pro­tes­tante.

Prin­ci­paux écrits :
  • Pos­tilla super totam Bibliam (v.1370/71 – v.1375/76), com­men­taire sur l’en­semble de la Bible ; il s’a­git d’un ensemble de manus­crits dont une par­tie a été per­due (notam­ment les com­men­taires sur le Penta­teuque et le Livre des Proverbes)2 ;
  • Sum­ma theo­lo­giae, ensemble de textes ras­sem­blés en 12 livres au début de la car­rière de Wyclif et cou­vrant une grande par­tie de ses prin­ci­paux écrits théologiques2 ;
  • De man­da­tis divi­nis (1373÷74) ;
  • De sta­tu inno­cen­ciae (1373÷1374) ;
  • De Domi­nio divi­no (1375) ;
  • De offi­cio regis ;
  • De civi­li domi­nio (1376÷78), dont il défend ensuite les thèses dans une Pro­tes­ta­tio /​Decla­ra­tiones en réponse à leur condam­na­tion par le pape Gré­goire XI12 ;
  • De veri­tate sacrae scrip­tu­rae (1378), où il insiste sur sa concep­tion de la Bible comme seule et ultime source de la doc­trine chrétienne2 ;
  • De potes­tae papae (1379) ;
  • De eucha­ris­tia (1380÷81) ;
  • Dia­lo­gus ;
  • Tria­lo­gus (1383), revue géné­rale de ses opi­nions sur divers sujets ; condam­né avec le Dia­lo­gus en 1412 ;
  • Opus evan­ge­li­cum, son der­nier ouvrage.

Les avis divergent sur la tra­duc­tion de la Bible par Wyclif. Il a été un fervent par­ti­san de sa tra­duc­tion du latin en langue ver­na­cu­laire, afin qu’elle soit lue direc­te­ment par les fidèles, mais un tel tra­vail de tra­duc­tion et de révi­sion semble incom­pa­tible avec ses autres activités2. Une tra­duc­tion a pour­tant bien eu lieu, qui a don­né deux ver­sions dif­fé­rentes de la Bible en anglais, toutes deux publiées après sa mort : il se peut donc qu’il ait com­men­cé lui-même la tra­duc­tion à la fin de sa vie, ses dis­ciples se char­geant de l’achever15, ou qu’il y ait tout au moins participé.

Pos­té­ri­té :

Après la mort de Wyclif, son ensei­gne­ment se répand rapi­de­ment. La tra­duc­tion de la Bible qui porte son nom paraît en 1388, et elle est lar­ge­ment dif­fu­sée par ses dis­ciples, les Lol­lards. Enfin, les œuvres de Wyclif influencent for­te­ment le réfor­ma­teur tchèque Jan Hus et les ana­bap­tistesMar­tin Luther recon­naî­tra éga­le­ment sa dette à l’é­gard de Wyclif.

Il est par­fois sur­nom­mé « l’É­toile du Matin » par les pro­tes­tants, car il posa les pre­mières bases théo­riques du pro­tes­tan­tisme plus de cent ans avant que celui-ci ne prenne corps.

Musée du protestantisme :

Né dans une famille de petite noblesse du York­shire, John Wyclif fait de brillantes études à Oxford, scien­ti­fiques d’abord puis théo­lo­giques et il devient doc­teur en 1372. Il est pro­fes­seur à Oxford puis entre au ser­vice du roi d’Angleterre.

À par­tir de 1374, il publie par fas­ci­cules une véri­table somme théo­lo­gique dans laquelle il expose sa doctrine :

  • la hié­rar­chie ecclé­sias­tique : la véri­table Église est l’Église invi­sible des chré­tiens en état de grâce. S’ils sont en état de péché mor­tel, les membres de la hié­rar­chie, et le pape lui-même, en sont exclus. Wyclif pré­co­nise même le tirage au sort de la digni­té pontificale. 
  • la Bible est l’autorité suprême.
  • les indul­gences : un péché ne peut être par­don­né sans qu’il y ait expia­tion et c’est Dieu seul qui pardonne.
  • en revanche, Wyclif main­tient le dogme de la pré­sence réelle du Christ dans la communion.

On reproche à Wyclif de semer le désordre social. Sa doc­trine est condam­née en 1382 par trois synodes tenus à Londres par les domi­ni­cains, mais lui-même n’est pas excommunié.

Ses idées se répandent par­tout grâce aux lollards

Wyclif envoie de sa propre auto­ri­té ses dis­ciples prê­cher dans le royaume d’Angleterre ; ils sont appe­lés « lol­lards ». Ceux-ci sont lar­ge­ment écoutés.

Leurs pré­di­ca­tions contri­buent, dans le Sus­sex et le Kent, à une révolte des pay­sans qui, mas­sa­crant nobles et clercs, enva­hissent Londres en 1381. Cette révolte est dure­ment réprimée.

Leurs « Douze Conclu­sions » (1395) condamnent l’Église éta­blie, les sacre­ments, les prières pour les morts, la confes­sion. Les lol­lards veulent la pra­tique d’une foi simple et « évan­gé­lique » : tout homme doit avoir le libre accès aux Écri­tures dans sa propre langue. On doit aux lol­lards deux tra­duc­tions de la Bible en anglais.

En 1401 un décret anglais condamne les héré­tiques lol­lards au bûcher.

Une influence posthume

Les idées de Wyclif ont un rayon­ne­ment consi­dé­rable en Angle­terre et hors d’Angleterre, par­ti­cu­liè­re­ment à Prague et dans toute l’Europe cen­trale, où elles ins­pirent Jan Hus.

Long­temps après sa mort, le concile de Constance en 1415 le condamne comme héré­tique. En 1428, ses osse­ments sont déter­rés, brû­lés et jetés dans la rivière Swift.

Le mou­ve­ment lol­lard annonce cer­taines idées de la Réforme et dis­pose favo­ra­ble­ment l’opinion à accueillir la sépa­ra­tion de l’Église d’Angleterre d’avec Rome, déci­dée par Hen­ri VIII en 1534.


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