La néo-orthodoxie est apparue au XXᵉ siècle comme une réaction vigoureuse au libéralisme théologique classique. Elle a réaffirmé la transcendance de Dieu, la centralité de Jésus-Christ et la gravité du péché. Pourtant, malgré ce retour apparent aux grands thèmes de la foi chrétienne, la néo-orthodoxie introduit des ruptures doctrinales profondes. Foedus adopte une position critique, confessante et argumentée à son égard.
Origine et intention de la néo-orthodoxie
La néo-orthodoxie naît dans un contexte de crise : faillite morale de la culture moderne, discrédit du progrès, effondrement du protestantisme libéral face aux catastrophes du XXᵉ siècle. Elle entend rompre avec une théologie réduite à l’éthique ou à l’expérience religieuse et rappeler que Dieu est radicalement autre. Cette intention mérite d’être reconnue.
La figure de Karl Barth
Karl Barth est la figure fondatrice et dominante de la néo-orthodoxie. Son œuvre monumentale marque un tournant théologique majeur. Barth refuse l’autonomie de la raison, critique le libéralisme et remet le Christ au centre du discours théologique. Toutefois, ce recentrage s’opère à partir de présupposés nouveaux, qui éloignent sa théologie de la foi réformée confessante classique.
Doctrine de la révélation
La divergence centrale concerne la révélation.
Dans la néo-orthodoxie, la révélation n’est pas identifiée de manière stable à l’Écriture elle-même, mais à l’acte souverain par lequel Dieu se fait connaître. La Bible devient le lieu possible de la Parole de Dieu, mais non la Parole de Dieu en tant que telle.
Foedus affirme au contraire que l’Écriture est réellement et objectivement la Parole de Dieu écrite, inspirée et normative. La révélation n’est pas un événement imprévisible détaché du texte, mais donnée de manière fiable dans l’Écriture.
Autorité de l’Écriture
La néo-orthodoxie fragilise l’autorité normative de la Bible.
Si l’Écriture n’est Parole de Dieu qu’à l’occasion d’un événement, son autorité devient instable et dépendante de l’expérience. Cela ouvre la voie à une pluralité d’interprétations contradictoires, sans critère objectif ultime.
Foedus considère que cette position, malgré son langage élevé, reproduit une faiblesse structurelle comparable à celle du libéralisme, sous une autre forme.
Christologie et élection
La néo-orthodoxie développe une christologie fortement centrée sur le Christ comme lieu unique de la révélation. Toutefois, certaines formulations — notamment sur l’élection — tendent à une universalisation ambiguë du salut.
Lorsque l’élection est redéfinie presque exclusivement comme une réalité christologique sans distinction claire entre élus et non-élus, la doctrine biblique du jugement et de la foi personnelle devient floue.
Sotériologie et jugement
Foedus reconnaît à la néo-orthodoxie une volonté de préserver le sérieux du péché et de la grâce. Néanmoins, l’absence de clarté sur la justification, la foi personnelle et la réalité du jugement final conduit à des lectures proches d’un universalisme implicite ou indéterminé.
La grâce souveraine tend alors à absorber la responsabilité humaine au lieu de l’éclairer.
Rapport à la confession réformée
La néo-orthodoxie se réclame parfois de la Réforme, mais elle rompt avec des éléments structurants de la foi réformée confessante :
– l’inspiration plénière de l’Écriture,
– la clarté doctrinale,
– la normativité stable des confessions de foi.
Elle privilégie le paradoxe, la dialectique et l’ouverture permanente, là où la Réforme confessante cherchait la clarté au service de l’Évangile.
Héritiers et prolongements
Les héritiers de la néo-orthodoxie ont souvent accentué ses ambiguïtés.
La distinction entre révélation et Écriture s’est élargie, la doctrine s’est fluidifiée, et la capacité de résistance aux idéologies contemporaines s’est affaiblie. Là où la néo-orthodoxie voulait être un rempart contre le libéralisme, elle a parfois préparé son retour sous des formes nouvelles.
Apports réels mais limités
Foedus reconnaît certains apports de la néo-orthodoxie :
– la critique du rationalisme théologique,
– le rappel de la transcendance divine,
– la dénonciation de l’auto-justification humaine.
Mais ces apports ne compensent pas les failles doctrinales majeures concernant l’Écriture, la révélation et la certitude de la foi.
Position de Foedus
Foedus adopte une position critique et confessante à l’égard de la néo-orthodoxie.
Nous reconnaissons son intention de rupture avec le libéralisme, mais refusons ses redéfinitions de la révélation, de l’autorité biblique et de la doctrine du salut.
Nous affirmons une théologie réformée confessante, claire, enracinée dans l’Écriture comme Parole de Dieu écrite, et normée par les confessions historiques.
Finalité
Cette position vise à éviter les confusions entretenues par un langage orthodoxe appliqué à des fondements instables. Elle cherche à préserver la clarté de l’Évangile, la certitude de la foi et l’autorité de l’Écriture, sans retour au rationalisme ni glissement vers l’indétermination doctrinale.
Table comparative doctrinale : foi réformée confessante / néo-orthodoxie / libéralisme théologique contemporain
| Axe doctrinal | Foi réformée confessante | Néo-orthodoxie (Barth et héritiers) | Libéralisme théologique contemporain |
|---|---|---|---|
| Principe d’autorité | Écriture seule comme Parole de Dieu écrite, inspirée et normative | Révélation comme acte souverain ; l’Écriture devient Parole de Dieu de manière événementielle | Autorité déplacée vers la culture, l’expérience, l’éthique dominante |
| Révélation | Révélation objective, donnée par Dieu, consignée fidèlement dans l’Écriture | Révélation dynamique, non identifiée de manière stable au texte biblique | Révélation redéfinie comme expérience humaine ou prise de conscience |
| Écriture | Inspirée, suffisante, claire pour le salut, normative | Témoignage humain pouvant devenir Parole de Dieu | Texte religieux historico-culturel, normativité relative |
| Dieu | Dieu trinitaire, personnel, souverain, immuable | Dieu radicalement autre, connu seulement dans l’acte de révélation | Dieu souvent redéfini : relationnel, symbolique ou immanent |
| Christologie | Christ vrai Dieu et vrai homme, incarnation réelle | Christ centre exclusif de la révélation, formulations parfois dialectiques | Christ modèle éthique, figure inspirante, symbole |
| Croix | Expiation réelle, substitution pénale, fondement du salut | Centralité affirmée, mais interprétations parfois ouvertes | Croix symbolique, scandale neutralisé |
| Salut | Grâce souveraine, justification par la foi seule | Grâce centrale, mais ambiguïtés sur élection et jugement | Salut redéfini : inclusion, guérison, libération sociale |
| Péché | Réalité objective, corruption radicale de l’homme | Péché sérieux, mais parfois abstrait | Péché réduit à l’oppression ou à l’aliénation sociale |
| Jugement | Jugement final réel, justice et miséricorde de Dieu | Jugement affirmé mais souvent indéterminé | Jugement relativisé ou nié |
| Doctrine | Confessée, normative, transmise | Dialectique, ouverte, paradoxale | Évolutive, contextuelle, révisable |
| Église | Communauté confessante sous l’autorité de la Parole | Lieu du témoignage et de l’événement | Espace d’accueil, de dialogue et d’engagement sociétal |
| Éthique | Fondée sur la loi morale et l’ordre créé | Éthique souvent prudente mais non normative | Éthique déterminée par les normes culturelles |
| Rapport à la modernité | Discernement critique, résistance aux idéologies | Réaction critique au libéralisme, mais concessions structurelles | Adaptation assumée à la modernité et à la postmodernité |
| Clarté doctrinale | Recherchée au service de la foi et de l’assurance | Maintien du paradoxe et de l’ouverture | Clarté jugée suspecte ou oppressive |
| Finalité implicite | Fidélité à l’Évangile et gloire de Dieu | Sauver la transcendance de Dieu face au libéralisme | Rendre la foi acceptable culturellement |
Clé de lecture théologique
– La foi réformée confessante part de Dieu qui parle et juge l’homme.
– La néo-orthodoxie parle de Dieu avec force, mais fragilise l’ancrage objectif de sa Parole.
– Le libéralisme contemporain part de l’homme et reformule Dieu à son image.
Le glissement est progressif, mais réel :
Écriture → événement → expérience
Révélation → interprétation → réinvention
Position de Foedus (rappel synthétique)
Foedus se situe résolument dans la foi réformée confessante.
Nous reconnaissons l’intention corrective de la néo-orthodoxie face au libéralisme classique, mais refusons ses redéfinitions de la révélation et de l’autorité biblique.
Nous rejetons le libéralisme théologique contemporain comme une dissolution de l’Évangile dans la culture.
En complément :
- Position sur le libéralisme théologique contemporain
- Position sur la théologie moderne
- Position sur la théologie inclusive
- Position sur la théologie de la libération
