Parole et discernement

Position : réformés et évangéliques

Le terme « évangélique » recouvre aujourd’hui une grande diversité de courants, de sensibilités et de pratiques. Les relations entre réformés confessants et évangéliques sont marquées à la fois par des convergences doctrinales réelles et par des divergences théologiques significatives. Foedus adopte une position de discernement, de clarté et de charité, refusant aussi bien la confusion que la caricature.

Un socle commun réel

Foedus reconnaît avec gratitude un socle commun important entre réformés confessants et évangéliques historiques.
Ce socle inclut notamment :
– l’autorité de l’Écriture comme Parole de Dieu,
– la centralité de Jésus-Christ,
– la nécessité de la conversion et de la foi personnelle,
– l’annonce explicite de l’Évangile,
– l’importance de la mission.

Sur ces points, de nombreux évangéliques confessent un christianisme plus fidèle à l’Évangile que bien des courants protestants libéraux ou modernistes.

Différences sur la doctrine du salut

La divergence la plus structurante concerne la sotériologie.
La foi réformée confessante affirme la souveraineté absolue de la grâce : élection inconditionnelle, appel efficace, persévérance des saints.
Une grande partie du monde évangélique adopte une sotériologie synergiste, où la décision humaine devient déterminante dans le salut. Cette divergence n’est pas secondaire : elle touche à la compréhension de la grâce, de la foi et de la gloire de Dieu.

Compréhension de l’Écriture

Si réformés et évangéliques confessent l’autorité de la Bible, leur approche peut diverger.
Foedus observe chez certains courants évangéliques :
– un biblicisme parfois décontextualisé,
– une méfiance envers la théologie systématique,
– une faible prise en compte de l’histoire de l’Église.

La foi réformée confessante insiste sur une lecture ecclésiale, théologiquement structurée et historiquement enracinée de l’Écriture.

Sacrements et ecclésiologie

Les divergences sont nettes concernant les sacrements et l’Église.
La tradition réformée confesse deux sacrements comme moyens de grâce, réellement opérants par l’Esprit.
De nombreux évangéliques, notamment issus du baptisme ou du zwinglianisme, considèrent les sacrements comme de simples symboles ou ordinances.
L’ecclésiologie évangélique tend également à privilégier l’Église locale, parfois au détriment de la continuité, de la discipline et de la confession de foi.

Spiritualité et culte

Foedus reconnaît chez les évangéliques un zèle missionnaire et une piété vécue souvent fervente.
Cependant, certaines expressions évangéliques contemporaines tendent vers :
– l’émotionnalisme,
– le pragmatisme,
– une liturgie centrée sur l’expérience immédiate.

La foi réformée confessante valorise une spiritualité ordonnée, nourrie par la Parole, les sacrements et la confession de foi, même lorsque l’émotion est moins visible.

Rapport à la culture et à la modernité

Le monde évangélique est traversé par de fortes tensions.
Certains courants résistent courageusement à la sécularisation ; d’autres s’adaptent rapidement aux normes culturelles dominantes, notamment sur les questions éthiques.
Foedus observe que l’absence d’ancrage confessionnel solide rend certaines Églises évangéliques plus vulnérables aux dérives doctrinales.

Dialogue, coopération et limites

Foedus estime possible une coopération ponctuelle avec des évangéliques sur des bases clairement définies :
– défense de l’autorité biblique,
– proclamation de l’Évangile,
– résistance au libéralisme théologique.

En revanche, toute unité institutionnelle ou ecclésiale qui exigerait l’abandon de points doctrinaux essentiels est exclue. L’unité ne peut être recherchée au prix de la vérité.

Refus de la confusion identitaire

Foedus refuse :
– l’assimilation pure et simple du réformé à l’évangélique,
– la dilution de la foi réformée dans un évangélisme générique,
– le mépris envers les évangéliques fidèles à l’Évangile.

La clarté confessionnelle est une condition du respect mutuel.

Position de Foedus

Foedus se situe clairement dans la foi réformée confessante.
Nous reconnaissons des frères et sœurs en Christ dans le monde évangélique lorsque l’Évangile est fidèlement annoncé.
Nous appelons à un dialogue honnête, à une coopération limitée et à une distinction doctrinale assumée, convaincus que la vérité sert toujours mieux l’unité que la confusion.

Finalité

Cette position vise à favoriser un discernement serein entre réformés et évangéliques. Elle cherche à préserver la richesse théologique de la foi réformée confessante, tout en reconnaissant les fruits authentiques de l’Évangile là où Dieu les fait naître, hors de nos frontières confessionnelles.


Table comparative : réformés confessants / évangéliques

AxeRéformés confessantsÉvangéliques
AutoritéÉcriture seule, lue dans la continuité confessionnelle de l’ÉgliseÉcriture seule, souvent lue de manière plus individualisée
SalutGrâce souveraine, élection inconditionnelle, monergismeConversion personnelle, décision de foi souvent décisive (synergisme fréquent)
FoiDon de Dieu, fruit de l’électionRéponse personnelle, parfois conçue comme choix initial
SacrementsDeux sacrements, moyens de grâce réelsOrdinances, souvent symboliques
BaptêmeEnfants et adultes, signe de l’allianceMajoritairement baptême des croyants
ÉgliseÉglise visible et invisible, structurée confessionnellementÉglise locale centrale, structures variables
Confessions de foiNormatives, structurantes, reçuesSouvent secondaires ou absentes
CulteSobre, centré sur la Parole et les sacrementsExpression variée, parfois émotionnelle
SpiritualitéOrdonnée, nourrie par la doctrineExpérientielle, centrée sur la conversion
MissionEssentielle, enracinée doctrinalementCentrale, parfois pragmatique
Rapport à la modernitéDiscernement critiqueTrès variable : résistance ou adaptation
Risque principalIntellectualisme secEmotionnalisme ou fragilité doctrinale

FAQ : « Réformé ou évangélique ? »

Les réformés sont-ils évangéliques ?
Historiquement, oui au sens large : ils confessent l’Évangile. Mais aujourd’hui, le terme « évangélique » désigne un courant spécifique. Les réformés confessants ne s’y identifient pas pleinement.

Les évangéliques sont-ils de vrais chrétiens ?
Oui, lorsqu’ils confessent l’Évangile biblique : Jésus-Christ vrai Dieu et vrai homme, salut par la grâce, autorité de l’Écriture. Foedus reconnaît de nombreux frères et sœurs évangéliques authentiques.

Quelle est la différence principale ?
La compréhension de la grâce et du salut.
Les réformés insistent sur la souveraineté totale de Dieu ; beaucoup d’évangéliques mettent l’accent sur la décision personnelle.

Les réformés croient-ils à la conversion ?
Oui, absolument. Mais la conversion est comprise comme l’effet de la grâce de Dieu, non comme sa cause.

Pourquoi les réformés baptisent-ils les enfants ?
Parce qu’ils comprennent le baptême comme signe de l’alliance, dans la continuité biblique. Ce n’est pas une négation de la foi personnelle, mais une autre compréhension de l’alliance.

Les évangéliques méprisent-ils la théologie ?
Non, pas en principe. Mais certains courants la minimisent au profit de l’expérience. D’autres évangéliques sont très théologiquement solides.

Les réformés sont-ils froids ou intellectuels ?
C’est un cliché. La foi réformée vise une piété profonde, mais ordonnée. Elle cherche la stabilité plus que l’intensité émotionnelle.

Peut-on coopérer entre réformés et évangéliques ?
Oui, de manière ponctuelle et claire, notamment pour la défense de l’autorité biblique et de l’Évangile. Mais sans effacer les divergences doctrinales.

Pourquoi Foedus se dit « réformé confessant » et non « évangélique » ?
Parce que la foi réformée confessante offre :
– un ancrage doctrinal solide,
– une continuité historique,
– une résistance plus forte aux dérives culturelles,
– une vision cohérente de Dieu, du salut, de l’Église et du monde.

Faut-il choisir ?
Il faut surtout discerner.
La fidélité à l’Évangile prime sur les étiquettes. Foedus choisit la foi réformée confessante parce qu’elle lui semble la plus fidèle, la plus stable et la plus féconde aujourd’hui.