Le piétisme

La pié­té chré­tienne est une réa­li­té biblique essen­tielle. Le pié­tisme, en revanche, consti­tue une dérive théo­lo­gique et ecclé­siale qui abso­lu­tise l’expérience reli­gieuse, pri­va­tise la foi et affai­blit la confes­sion objec­tive de l’Évangile. Foe­dus adopte une posi­tion clai­re­ment cri­tique à l’égard du pié­tisme, tout en dis­tin­guant soi­gneu­se­ment la pié­té authen­tique de cette défor­ma­tion his­to­rique et doc­tri­nale.

Cla­ri­fi­ca­tion néces­saire : pié­té et pié­tisme

Foe­dus dis­tingue rigou­reu­se­ment :
– la pié­té, comme réponse vivante et recon­nais­sante à la grâce de Dieu,
– le pié­tisme, comme sys­tème spi­ri­tuel qui déplace le centre de gra­vi­té de la foi.

La pié­té est fruit de la foi.
Le pié­tisme tend à faire de l’expérience vécue le cri­tère de la foi.

Ori­gines et logique du pié­tisme

Le pié­tisme appa­raît his­to­ri­que­ment comme une réac­tion à un chris­tia­nisme per­çu comme froid ou for­mel, notam­ment dans le luthé­ra­nisme post-réfor­ma­teur, avec des figures comme Phi­lipp Jakob Spe­ner.
S’il a vou­lu réveiller la vie spi­ri­tuelle, il a intro­duit une logique nou­velle : la cen­tra­li­té de l’expérience inté­rieure comme mesure de l’authenticité chré­tienne.

Ce dépla­ce­ment n’est pas neutre : il modi­fie en pro­fon­deur la struc­ture de la foi.

Sub­jec­ti­vi­sa­tion de la foi

Le pié­tisme tend à :
– éva­luer la foi à par­tir du res­sen­ti,
– pri­vi­lé­gier le témoi­gnage inté­rieur sur la confes­sion objec­tive,
– soup­çon­ner la doc­trine stable de rigi­di­té spi­ri­tuelle.

La foi devient alors fra­gile, variable et intros­pec­tive.
Ce qui devrait être reçu objec­ti­ve­ment est sans cesse recher­ché sub­jec­ti­ve­ment.

Affai­blis­se­ment de la doc­trine

Foe­dus constate que le pié­tisme pro­duit sou­vent une méfiance à l’égard de la théo­lo­gie doc­tri­nale.
La véri­té confes­sée est jugée moins impor­tante que la fer­veur res­sen­tie.

Or, dans l’Écriture, la doc­trine n’est pas l’ennemie de la vie spi­ri­tuelle : elle en est le fon­de­ment.
Une pié­té sans doc­trine devient rapi­de­ment mal­léable, sen­ti­men­tale ou syn­cré­tique.

Dépla­ce­ment de l’assurance du salut

Dans la foi réfor­mée confes­sante, l’assurance du salut repose sur :
– l’œuvre accom­plie du Christ,
– les pro­messes objec­tives de l’Évangile.

Le pié­tisme tend à dépla­cer cette assu­rance vers :
– l’intensité de la conver­sion vécue,
– la qua­li­té de la vie spi­ri­tuelle,
– la constance du sen­ti­ment reli­gieux.

Ce dépla­ce­ment engendre soit l’orgueil spi­ri­tuel, soit l’angoisse et l’introspection per­ma­nente.

Pri­va­ti­sa­tion de la foi

Le pié­tisme favo­rise une foi cen­trée sur la sphère pri­vée, inté­rieure et émo­tion­nelle.
La dimen­sion ecclé­siale, confes­sion­nelle et publique de la foi est sou­vent rela­ti­vi­sée.

Foe­dus affirme au contraire que la foi chré­tienne :
– est per­son­nelle sans être pri­vée,
– est vécue dans l’Église,
– s’exprime publi­que­ment par la confes­sion et l’obéissance.

Rap­port ambi­gu à l’Église

Le pié­tisme tend à valo­ri­ser :
– les cercles res­treints,
– les affi­ni­tés spi­ri­tuelles,
– l’authenticité res­sen­tie,

Au détri­ment de l’Église visible, de ses minis­tères ordi­naires et de sa dis­ci­pline.
Cette logique fra­gi­lise l’unité ecclé­siale et favo­rise les spi­ri­tua­li­tés paral­lèles.

Consé­quences cultu­relles et poli­tiques

En se repliant sur l’expérience indi­vi­duelle, le pié­tisme contri­bue his­to­ri­que­ment à :
– la dépo­li­ti­sa­tion du chris­tia­nisme,
– le retrait de la réflexion sur la loi, la jus­tice et la cité,
– l’acceptation tacite d’ordres cultu­rels hos­tiles à la foi.

Une foi réduite à l’intériorité devient inof­fen­sive pour le monde, mais aus­si sté­rile pour le témoi­gnage.

Pié­tisme et moder­ni­té

Foe­dus consi­dère que le pié­tisme a pré­pa­ré, invo­lon­tai­re­ment, le ter­rain du libé­ra­lisme théo­lo­gique et du sub­jec­ti­visme reli­gieux moderne.
Lorsque la véri­té devient expé­rience, elle devient variable ; lorsqu’elle devient variable, elle devient négo­ciable.

Posi­tion de Foe­dus

Foe­dus rejette le pié­tisme comme sys­tème spi­ri­tuel et ecclé­sial.
Nous affir­mons une pié­té enra­ci­née dans la doc­trine, nour­rie par les moyens ordi­naires de la grâce, vécue dans l’Église et orien­tée vers la fidé­li­té plu­tôt que vers l’intensité émo­tion­nelle.

Nous appe­lons à une foi :
– objec­tive avant d’être res­sen­tie,
– confes­sante avant d’être intros­pec­tive,
– ecclé­siale avant d’être indi­vi­dua­liste.

Fina­li­té

Cette posi­tion vise à libé­rer la pié­té de ses cari­ca­tures modernes.
La vraie pié­té ne cherche pas sans cesse à se mesu­rer elle-même ; elle regarde au Christ, reçoit ses pro­messes et marche hum­ble­ment dans l’obéissance.
Foe­dus défend une pié­té solide, durable et enra­ci­née, capable de tra­ver­ser les sai­sons sans dépendre de l’émotion.


Table com­pa­ra­tive : pié­té biblique / pié­tisme / spi­ri­tua­lisme moderne

AxePié­té bibliquePié­tismeSpi­ri­tua­lisme moderne
Fon­de­mentParole de Dieu objec­tiveExpé­rience de conver­sionRes­sen­ti inté­rieur
Centre de gra­vi­téChrist et ses pro­messesVie spi­ri­tuelle vécueÉpa­nouis­se­ment per­son­nel
Auto­ri­téÉcri­ture sainteTémoi­gnage inté­rieurIntui­tion, émo­tion
Doc­trineFon­de­ment indis­pen­sableSecon­daire, par­fois sus­pecteRela­ti­vi­sée
Assu­rance du salutŒuvre accom­plie du ChristÉtat spi­ri­tuel per­çuBien-être psy­chique
Rap­port à l’ÉgliseÉglise visible et minis­tèresCercles affi­ni­tairesIndi­vi­dua­lisme reli­gieux
Moyens de la grâceParole, sacre­ments, prièreExpé­rience pri­vi­lé­giéePra­tiques sub­jec­tives
Rap­port à la LoiRègle de vie recon­nais­santeMora­lisme latentDis­so­lu­tion des normes
Risque majeurForme sans cœur (si dévoyée)Intros­pec­tion, angoisseSyn­cré­tisme, illu­sion
Com­pa­ti­bi­li­té réfor­méePleinePar­tielle et instableIncom­pa­tible

FAQ – « Être pieux sans être pié­tiste »

La pié­té est-elle sus­pecte ?
Non. La pié­té est biblique, néces­saire et bonne. Elle est le fruit nor­mal de la foi vivante.

Quand la pié­té devient-elle pié­tisme ?
Lorsque l’expérience vécue devient le cri­tère de véri­té, d’authenticité ou d’assurance du salut.

La doc­trine nuit-elle à la vie spi­ri­tuelle ?
Non. Sans doc­trine, la pié­té devient instable. La véri­té confes­sée nour­rit la vie inté­rieure.

Faut-il res­sen­tir quelque chose pour être un vrai chré­tien ?
La foi peut être accom­pa­gnée d’émotions, mais elle ne repose pas sur elles. Les pro­messes de Dieu demeurent même quand le res­sen­ti fluc­tue.

Com­ment dis­cer­ner une dérive pié­tiste ?
Quand on parle plus de sa conver­sion que du Christ, plus de sa foi que de l’Évangile, plus de son vécu que de la Parole.

L’introspection est-elle mau­vaise ?
Elle devient dan­ge­reuse lorsqu’elle rem­place le regard por­té sur Christ. La foi regarde hors d’elle-même.

La pié­té doit-elle être visible ?
Elle se mani­feste dans l’obéissance, la fidé­li­té et l’amour du pro­chain, pas dans l’étalage du vécu spi­ri­tuel.

Les cercles de prière sont-ils pro­blé­ma­tiques ?
Non en soi. Ils le deviennent lorsqu’ils se sub­sti­tuent à l’Église visible et à ses moyens ordi­naires.

Com­ment culti­ver une pié­té saine ?
Par la fré­quen­ta­tion régu­lière de la Parole, des sacre­ments, de la prière com­mu­nau­taire et de la vie ecclé­siale.

Quelle est la clé ?
Regar­der au Christ plus qu’à soi-même.